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  • il y a 2 mois
LA GRANDE HISTOIRE. "Des agents de la DGSI vomissaient en arrivant au bureau le matin tellement ils étaient stressés parce qu'ils savaient que ça allait arriver."
13 novembre 2015, 130 personnes sont assassinées au Bataclan, sur des terrasses de cafés parisiens et devant le Stade de France. Derrière cet attentat, un commando terroriste a su déjouer la surveillance des services de renseignement. Dans cet épisode de La Grande Histoire, Hugo Baiardi vous raconte les failles qui ont mené à cette tragédie.

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00:0013 novembre 2015, 130 personnes sont assassinées au Bataclan,
00:04sur des terrasses de café parisiens et devant le Stade de France.
00:08Il y a quelqu'un qui est arrivé avec une mitraillette et qui a commencé à tirer sur tout.
00:11Je suis au Seul avec une balle dans le bas du dos,
00:15à côté d'une personne qui a deux balles dans la jambe.
00:18Derrière cet attentat, un commando terroriste a su déjouer la surveillance des services de renseignement.
00:24Des agents, des GSI qui vomissaient en arrivant au bureau le matin,
00:27tellement ils étaient stressés parce qu'ils savaient que ça allait arriver.
00:29Cette semaine dans La Grande Histoire, je vous raconte les failles qui ont mené à cette tragédie.
00:42Pour bien comprendre le film des rendez-vous manqués, des ratés, des services de renseignement,
00:47il faut remonter un an plus tôt,
00:49puisque la décision de l'État islamique de donner un attentat de masse en France a été prise en novembre 2014.
00:53C'est une décision stratégique qui intervient en haut lieu dans le premier cercle d'Abu Bakr al-Baghdadi,
01:05donc l'émir de l'État islamique.
01:07Et c'est une décision qui avait été rendue publique,
01:10puisque en septembre 2014, le porte-parole officiel de l'État islamique,
01:16un Syrien, Abu Mohamed al-Hadnani, avait appelé publiquement dans un message audio
01:20les partisans de l'État islamique à frapper partout là où il le pourrait.
01:27Et donc à partir de cette date, il y a un an qui va s'écouler,
01:30au cours desquels une succession de ratés, à la fois de services de police,
01:33de services de renseignement, mais aussi de l'Union européenne dans son ensemble,
01:37ont permis de mener à la tragédie des attentats du 13 novembre.
01:40Deux mois après l'appel de l'État islamique a frappé les pays de la coalition,
01:49la première cellule terroriste se forme à Verviers, en Belgique.
02:02En novembre 2014, les services belges détectent le retour en Syrie de deux djihadistes belges.
02:07Ils les placent sur écoute, ils les surveillent,
02:09et ils se rendent compte qu'ils font partie d'une cellule terroriste
02:11qui est domicilée dans un appartement de Verviers.
02:14La cellule de Verviers, en fait, c'est la première cellule projetée
02:18par l'État islamique en Europe.
02:20Et c'est vraiment la cellule qui préfigure celle du 13 novembre.
02:24Il s'aperçoit assez rapidement, début janvier 2015,
02:27que cette cellule est pilotée par un djihadiste belge,
02:29je le connaisse très bien, Abdelhamid Abaoud,
02:31qui opère depuis Athènes et qui cherchera à le rejoindre
02:34en faisant fabriquer de faux papiers.
02:36Abdelhamid Abaoud est belge d'origine marocaine.
02:39Il grandit à Molenbeek, dans la banlieue de Bruxelles,
02:42et rejoint le djihad en Syrie en 2013.
02:45Il compte parmi ses amis d'enfance Mohamed Abrini,
02:48ou encore Brahim et Salah Abdeslam,
02:50qui deviendront ses complices dans les attentats du 13 novembre.
02:53La Belgique fait figure de hub de recrutement djihadiste en Europe,
03:07puisque rapporté à sa population,
03:09c'est là où on trouve le plus gros contingent de djihadistes partis en Syrie.
03:14Ce sont des djihadistes qui vont faire leurs preuves sur le terrain
03:20et qui vont se faire remarquer par la hiérarchie.
03:25On va le voir également avec leur intégration au sein du département de l'État islamique,
03:30qui en charge recrutement, l'entraînement et la projection de djihadistes de la Syrie vers l'Europe.
03:36Abbaoud, c'est le coordinateur opérationnel de la cellule des attentats du 13 novembre
03:44et de celle de Vérelévé avant celle-là.
03:47En gros, c'est la tête de pont en Europe de l'État-major des opérations extérieures de l'État islamique.
03:55Les écoutes téléphoniques permettent de situer Abdelhamid Abbaoud à Athènes, en Grèce.
04:00Le 14 janvier 2015, les services belges contactent la police grecque
04:05pour le localiser et le neutraliser.
04:09Mais dès le lendemain, le 15 janvier, les services belges qui redoutent un attentat imminent
04:12lancent l'assaut contre l'appartement de Verviers.
04:16Deux djihadistes sont tués, un troisième arrêté.
04:1956 000 habitants en plein cauchemar.
04:22Depuis 24 heures, les habitants ont appris que trois djihadistes présumés
04:26avaient élu domicile ici depuis leur retour de Syrie.
04:29Verviers se retrouve au cœur d'un projet terroriste.
04:32Cette première tentative d'attentat de grande ampleur en Europe est déjouée.
04:38Mais à Athènes, les policiers grecs sont pris de court.
04:41Ils ne localisent la planque d'Abbaoud que deux jours plus tard, le 17 janvier.
04:45Lorsque la police grecque lance l'assaut, l'appartement est vide.
04:48Ce que les policiers grecs découvrent dans cet appartement conspiratif
04:52où a vécu Abbaoud pendant plusieurs semaines,
04:54c'est des plans d'attaque d'un aéroport qui ressemblent en tout point
04:57à l'attaque de l'aéroport de Zaventen
04:59qui aura lieu à Bruxelles après les attentats du 13 novembre.
05:04Et les autres plans, c'est des plans de fabrication d'explosifs.
05:07Alors on ne découvre pas déjà les plans des attentats du 13 novembre,
05:10ce n'est pas tout à fait ça,
05:10parce qu'aucun aéroport n'a été attaqué le 13 novembre,
05:13mais en tout cas des plans d'attaque qui sont déjà dans le cerveau d'Abbaoud
05:16et qui font partie des plans de la cellule.
05:17Les deux impératifs de la police,
05:20à savoir l'arrestation d'Abbaoud
05:22et le démantèlement de la cellule de Verviers
05:24avant son passage à l'action,
05:26se sont télescopés.
05:27Résultat, le coordinateur de la cellule de Verviers a pu s'échapper.
05:31De retour en Syrie,
05:32Abbaoud donne une interview au journal d'Abik,
05:35instrument de propagande de l'État islamique.
05:37Ça montre aussi l'assurance,
05:39pour ne pas dire l'arrogance du personnage,
05:41puisque c'est une sorte de pied de nez
05:43au service de renseignement européen
05:46qu'il le traquait.
05:47C'est aussi une confirmation de son rôle
05:49de premier plan dans la cellule de Verviers.
05:53Ce qui est intéressant de noter sur ce projet de Verviers,
05:55c'est qu'il sert un peu de répétition générale
05:58aux attentats du 13 novembre.
05:59C'est-à-dire, ils avaient prévu d'envoyer
06:01dix commandos venus de Syrie,
06:02comme pour les attentats du 13 novembre.
06:04Ces commandos avaient utilisé la route des migrants
06:05pour s'infiltrer en Europe,
06:07comme plus tard les commandos du 13 novembre.
06:10Et ils avaient utilisé la Belgique comme base logistique,
06:12comme plus tard les attentats du 13 novembre.
06:14Quelques jours après cette opération,
06:15la police belge va mettre la main
06:17sur un indice matériel
06:18qui aurait pu conduire à l'arrestation
06:20du commando du 13 novembre.
06:27Deux semaines à peine
06:28après le démantèlement de la cellule de Verviers
06:30et le départ d'Abbaoud en Syrie,
06:32les policiers belges de Molenbeek à Bruxelles
06:35reçoivent l'information que Brahim Abdeslam
06:37serait parti en Syrie
06:38et que son frère Salah Abdeslam
06:40a envisagé de le rejoindre en Syrie.
06:42Salah et Brahim Abdeslam sont en charge de l'accueil
06:46des autres membres du commando en Belgique.
06:48Le 7 février 2015,
06:50Brahim Abdeslam rentre de Syrie.
06:53Suspecté d'appartenir à une organisation terroriste,
06:56il est arrêté quelques jours plus tard
06:57par la police de Molenbeek
06:59à la suite d'une banale infraction routière.
07:01Il est placé en garde à vue.
07:03Il est interrogé.
07:04Les policiers belges lui demandent
07:06ce qu'il a été faire en Turquie
07:07puisque c'est la seule trace qu'on a de son départ.
07:08C'est qu'il a pris l'avion pour la Turquie
07:10mais ils ont l'information
07:11qu'il a probablement été en Syrie.
07:13Brahim Abdeslam nie, il ne dit absolument pas.
07:15J'ai été à Bodrum, à Istanbul,
07:17j'ai fait les bars à chichas et les magasins.
07:20Je ne suis jamais allé en Syrie.
07:21Il est libéré le jour même sans aucune charge.
07:23Quelques jours plus tard,
07:24c'est au tour de son frère Salah Abdeslam
07:26d'être convoqué par la police de Molenbeek
07:29pour être interrogé.
07:30On lui posait les mêmes questions.
07:31Il dit absolument pas.
07:32J'ai aucune intention de faire le djihad.
07:34Abbaoud était un vieil ami
07:35mais je ne tolère pas ce qu'il fait.
07:36Pareil, libéré le jour même sans aucune charge.
07:40À l'issue du procès verbal d'interrogatoire,
07:41le policier écrivait que Salah Abdeslam
07:43ne présente aucun signe de radicalisation.
07:48S'il devait rompre d'un seul coup,
07:50se laisser pousser la barbe
07:51et montrer tous les signes extérieurs
07:53classiques, on va dire, de radicalisation,
07:56là, évidemment, ça aurait été beaucoup plus facile
07:58pour les services de les mettre sous surveillance
08:00pour ces motifs-là.
08:01Alors que tant qu'ils passent
08:03pour des fumeurs de shit,
08:05des dealers à la petite semaine,
08:06des petits délinquants,
08:07ça ne va pas affoler
08:07les services antiterroristes européens.
08:10Les policiers ont quand même un doute
08:12et décident de garder le téléphone
08:14de Brahim Abdeslam.
08:15Un téléphone qui sera versé
08:16au dossier des deux frères,
08:18un dossier classé rouge,
08:19ce sont des dossiers sensibles.
08:21Et pourtant,
08:22ce téléphone ne sera pas analysé.
08:24Le dossier des frères Abdeslam
08:25sera classé sans suite
08:27quelques semaines avant
08:28les attentats du 13 novembre.
08:31Ce téléphone, finalement,
08:32ne sera retrouvé que bien après,
08:34un an après les attentats du 13 novembre,
08:36en novembre 2016,
08:37il sera retrouvé dans le commissariat
08:38de Molenbeek
08:38et finalement, on va l'analyser.
08:40En l'analysant,
08:41il découvre une conversation
08:42sur Facebook
08:42entre Brahim Abdeslam
08:44et Abdelhabi d'Abaoud
08:45qui était en Syrie,
08:46où les deux hommes coordonnaient
08:48le départ de Brahim Abdeslam
08:49en Syrie
08:49pour aller s'entraîner.
08:50Et Abaoud lui avait répondu
08:52« Déchire un maximum de porcs,
08:54tue ses couffards ».
08:54On voyait très bien
08:55qu'il y avait déjà
08:56des conversations très inquiétantes
08:57d'ordre opérationnel.
08:59Si ce téléphone
09:00avait été analysé à temps,
09:02il aurait permis aux policiers
09:03de confirmer le voyage
09:05de Brahim Abdeslam en Syrie
09:06et de le relier
09:07à Abdelhabi d'Abaoud
09:09qui, depuis le démantèlement
09:10de la cellule de Verviers,
09:12est considéré
09:12comme l'ennemi public numéro un.
09:14À cette époque-là,
09:15début 2014,
09:16il n'y a pas encore
09:16beaucoup de retours de Syrie
09:17et donc les services
09:18ne sont pas encore inondés.
09:19Par contre, il y a probablement
09:20une forme déjà de naïveté
09:21par rapport au phénomène du djihad.
09:22Sans doute, il n'y a pas eu
09:23encore la prise de conscience
09:24que des gens qui partaient en Syrie,
09:26qui revenaient,
09:26pouvaient présenter une menace.
09:29La particularité
09:30avec cette époque-là,
09:31c'était aussi que
09:32les djihadistes belges
09:33ou français
09:34faisaient pas mal aussi
09:35d'allers-retours.
09:36Le cas d'Abaoud
09:37l'illustrait bien.
09:38Il a dû faire au moins
09:39deux, trois allers-retours
09:40entre la Belgique
09:42et la Syrie.
09:43Pour rejoindre la Belgique,
09:44le commando du 13 novembre
09:45va aussi profiter
09:46des défaillances
09:47des services
09:48de renseignements européens.
09:51Au printemps 2015,
09:57l'Europe connaît
09:58une importante crise migratoire
10:00causée par la guerre en Syrie.
10:02Les pays en première ligne
10:03comme la Grèce
10:04doivent faire face
10:05à l'arrivée
10:06de centaines de milliers
10:07de réfugiés
10:07sur leur côte.
10:09Les membres du commando
10:10du 13 novembre
10:10vont se mêler
10:11au flux de migrants
10:12pour gagner l'Europe.
10:13Comme on pouvait le redouter,
10:16Abdelhamid Abaoud
10:17est arrivé en juillet
10:18sur l'île de Kyo,
10:19sur provenance de Turquie,
10:20sur un bateau de migrants.
10:21Abaoud a été pris en photo
10:22à son arrivée en Europe.
10:24Il était enregistré
10:24sous le numéro 65.
10:26Mais malheureusement,
10:27la police aux frontières
10:28qui n'avaient pas les outils,
10:29ils n'étaient pas connectés
10:30au fichier d'information
10:31Schengen, d'Europol,
10:33qui permettait de recouper
10:34les mandats d'arrêt européens,
10:35car il a été visé
10:36par un mandat d'arrêt,
10:36qui permettait de recouper
10:37les mandats d'arrêt
10:38avec des données biométriques.
10:38D'autres membres du commando
10:41vont suivre la même route.
10:43Partir de Turquie,
10:44accoster sur une île grecque,
10:46avant de rentrer en Europe
10:47avec de faux papiers sériens.
10:49Abaoud, qui rentre en Europe
10:50à l'été 2015,
10:52n'est pas tout seul,
10:52puisqu'il est accompagné
10:53à ce moment-là
10:54d'un djihadiste marocain
10:55qu'il vient d'ailleurs
10:56de recruter et d'entraîner.
10:58Ayub el-Khazani
10:59accompagne Abaoud
11:00lors de sa traversée en Europe
11:02dans le flux des migrants
11:04et sera missionné
11:06dès son retour,
11:07donc dès leur arrivée
11:08à Bruxelles.
11:08Pour une opération,
11:10on lui dit
11:10tu vas taper dans un train.
11:12Donc ce sera le Thalys.
11:13Au moment du passage à l'acte,
11:15son arme à feu s'enraille
11:16et donc il est ensuite maîtrisé
11:17par quelques passagers du train.
11:19N'importe qui,
11:20nous sommes blessés,
11:20mais Spencer a pris des blessures
11:21et il n'a pas peur.
11:24C'est notre ami.
11:24Donc quand on le voit,
11:25on a dû s'entraîner.
11:26On ne pouvait pas laisser
11:27tout le monde mourir.
11:29Le 7 août,
11:30Abaoud arrive à Bruxelles.
11:32Quelques jours plus tard,
11:33un djihadiste français
11:34est interpellé
11:35à son retour de Syrie.
11:36Pendant son interrogatoire,
11:38Reda Amé raconte
11:39au juge antiterroriste
11:40Marc Trevidic
11:41son bref passage en Syrie.
11:43Il dit voilà,
11:44j'ai passé quelque temps en Syrie
11:45et un certain
11:46Abdelhamid Abaoud
11:47m'a recruté
11:48et il m'a formé
11:49à jeter des grenades,
11:51à tirer la Kalachnikov
11:52et il m'a demandé
11:53de rentrer en France
11:55pour commettre un attentat
11:56contre un concert de rock.
11:57Pendant cet interrogatoire,
11:59Reda Amé donne
12:00le nom du commanditaire
12:01Abaoud,
12:02le type de cible,
12:03un concert de rock
12:04et annonce un projet
12:05d'attentat imminent
12:06sur le sol français.
12:07Le juge d'ailleurs,
12:08le juge d'un sous-travide,
12:09il me donnera une interview
12:09quelques temps après
12:10dans Paris Match
12:11où il dit,
12:11la question n'est pas
12:12de savoir si ça va arriver
12:13mais quand ça va arriver.
12:14L'État islamique,
12:15son modus operandi,
12:17c'était des passages éclairs.
12:19C'est-à-dire recruter
12:21un nouvel arrivant
12:22qui viendrait de débarquer
12:24en Syrie,
12:25le former très rapidement
12:26et ensuite les renvoyer
12:27directement dans leur pays d'origine.
12:29de telle manière
12:30que les services
12:31n'auraient pas été alertés.
12:33Ces passages éclairs
12:34ont permis à l'État islamique
12:35de mettre en place
12:36une sorte d'usine à kamikaze.
12:40Vous nous aviez prévenu
12:41que cette menace existait,
12:42que cette menace du groupe islamique.
12:44Ce soir,
12:44vous n'êtes donc pas surpris ?
12:47Je ne suis pas surpris.
12:48J'aurais préféré avoir tort
12:50mais en fait,
12:52ce que j'ai dit,
12:52c'est que c'est ce qu'on savait.
12:54Les services le savaient.
12:56On m'a posé la question,
12:57j'ai préféré être honnête
12:57en disant qu'il prépare
12:58un gros attentat
12:59mais en fait,
13:00je n'étais pas le seul à le savoir,
13:01beaucoup de gens le savaient.
13:03D'ici à pouvoir l'empêcher,
13:04c'est un autre problème.
13:09À partir de l'été 2015,
13:11les services de renseignement français
13:12sont sur les dents.
13:13Ils sont quasiment certains
13:14qu'il va se passer
13:15quelque chose de grave.
13:16On m'a raconté des choses,
13:17il y avait des agents
13:18des GSI qui vomissaient
13:19en arrivant au bureau le matin
13:20tellement ils étaient stressés
13:21parce qu'ils savaient
13:22que ça allait arriver.
13:25Au sein de la coalition militaire
13:27contre l'État islamique,
13:28la France limite
13:29ses bombardements à l'Irak
13:31pour ne pas aider Bachar el-Assad.
13:35Mais avec la menace
13:36d'un projet d'attentat imminent,
13:38François Hollande décide
13:39d'étendre les frappes
13:40à la Syrie.
13:41« Dach a considérablement développé
13:45son emprise depuis près de deux ans.
13:50Et c'est depuis la Syrie,
13:51nous en avons la preuve,
13:53que sont organisées des attaques
13:55contre plusieurs pays
13:57et notamment le nôtre. »
13:58« En septembre 2015,
14:00les premiers rafales font des bombardements
14:02sur un camp d'entraînement
14:03près de Deresor. »
14:04« Des frappes qui surviennent trop tard
14:15pour neutraliser le commando
14:16qui a déjà regagné l'Europe. »
14:19« Il y a beaucoup de notes
14:19qui ont été déclassifiées
14:20de la DGSE qui dit,
14:21notamment au moment
14:22où on commence à bombarder la Syrie,
14:25qui dit qu'Abaout se baladerait
14:27entre Deresor et Mayadine
14:28en septembre 2015,
14:30alors qu'il est à Bruxelles
14:31depuis le 7 août. »
14:33« Ma responsabilité,
14:35c'est d'assurer
14:36que nous puissions être informés
14:39au mieux des menaces
14:41qui pèsent sur notre propre pays. »
14:44« Il y a 24 heures
14:44qui ne se sont pas allumés,
14:46sans doute en grande partie
14:46parce que la France
14:47n'intervenait pas en Syrie.
14:48Donc moins d'outils de renseignement
14:50pour savoir ce qui s'est passé exactement. »
14:51« Alors que les services français
14:52redoutent une frappe à tout moment,
14:55la police belge va une nouvelle fois
14:56laissée filer un suspect,
14:58pourtant placé sous surveillance. »
15:04Dans l'entourage d'Abaoud
15:06et des frères Abdeslam,
15:07il y a un autre belge suspecté
15:09d'avoir effectué un voyage en Syrie,
15:11un certain Mohamed Abrini.
15:13Conscient d'être
15:14dans le viseur de la police,
15:16il se présente de lui-même
15:17au commissariat
15:18à son retour en Belgique.
15:20« Interrogé par les policiers belges
15:23qui lui demandent
15:24les raisons de ce départ. »
15:25Et Abrini
15:26nie toute implication
15:28dans une organisation terroriste.
15:30Il nie également
15:31son passage en Syrie.
15:33Il dit qu'il est en Turquie
15:34pour faire du tourisme.
15:36Faute de preuve,
15:37Abrini est relâché.
15:38Mais la police belge
15:39a quand même des doutes.
15:40À partir du 4 novembre 2015,
15:43Abrini est mis sous surveillance.
15:44« Étant donné qu'ils n'ont pas
15:47assez d'éléments contre lui,
15:49ils ont l'autorisation
15:50de mettre son immeuble
15:52sous surveillance,
15:53mais juste l'entrée de l'immeuble.
15:55Et donc,
15:56ils voient à chaque fois
15:57que Abrini sort de l'immeuble
15:58et à chaque fois qu'il rentre,
16:00on va le voir également,
16:01rencontrer les frères Abdeslam,
16:03etc.
16:03Donc, juste avant le 13 novembre.
16:07Le 12 novembre,
16:09la police belge relève
16:10l'absence d'Abrini
16:11à son domicile.
16:12Le 13 novembre,
16:14peu après 5 heures du matin,
16:16Abrini réapparaît
16:17devant son domicile.
16:20À 17h20,
16:22Abrini disparaît
16:23des radars de surveillance.
16:25C'est la dernière fois
16:26qu'il est vu
16:26sortant de son domicile
16:28avant les attentats.
16:31Le 14 novembre,
16:32à 18h28,
16:34Abrini réapparaît
16:35sur le fichier de surveillance.
16:37Si Mohamed Abrini
16:39avait fait l'objet
16:40d'une surveillance physique,
16:41il aurait directement
16:42conduit les policiers belges
16:44à la planque de Charleroi
16:45où se trouvait
16:46l'ensemble du commando
16:47du 13 novembre.
16:52Le soir du 13 novembre,
16:54Salah Abdeslam
16:55abandonne sa ceinture explosive.
16:57Au milieu de la nuit,
16:58il appelle deux amis de Bruxelles
16:59pour qu'ils viennent l'exfiltrer.
17:01Il dit,
17:01je suis en galère,
17:02j'ai un accident de voiture,
17:03venez me chercher en voiture.
17:04Ces deux amis prennent leur voiture,
17:05ils fument des joints
17:06pendant tout le trajet,
17:07ils arrivent à Paris,
17:08ils viennent chercher
17:08Salah Abdeslam,
17:09Salah Abdeslam monte dans la voiture
17:10et ils repartent vers Bruxelles.
17:12Sur la route du retour,
17:13leur véhicule est contrôlé
17:15par la gendarmerie.
17:16Les passagers du véhicule
17:18répondent même
17:18à des journalistes belges
17:20qui interrogent
17:20les automobilistes
17:21sur les contrôles routiers
17:22quelques heures
17:23après les attentats.
17:24Certains automobilistes
17:26sont arrêtés à chaque contrôle
17:27comme ces trois jeunes
17:28de type maghrébin.
17:29Avec le Souda,
17:30c'est le troisième.
17:31Troisième,
17:31le troisième contrôle.
17:33Franchement,
17:33on a trouvé
17:34que c'est un peu amusif.
17:35Mais on a compris
17:36un petit peu le sens.
17:38Le pourquoi en fait.
17:39Après,
17:39on a su le pourquoi.
17:41Lors du contrôle,
17:42les gendarmes
17:42entrent le nom
17:43des trois passagers
17:44dans un système européen
17:45de signalement
17:46pour voir s'ils sont recherchés
17:48pour activités terroristes.
17:49Les Français regardent
17:50dans un fichier
17:50qui est différent
17:51de celui dans lequel
17:52les Belges
17:52avaient renseigné
17:53le signalement
17:53Salabdeslam
17:54et donc ils ne voient pas
17:54qu'il est recherché
17:55et donc ils leur disent
17:56vous pouvez continuer,
17:57on a autre chose à faire aujourd'hui
17:58puisqu'on est quelques heures
17:59après les attentats.
17:59Ça rende compte
18:00une heure à peine
18:01après l'avoir contrôlé.
18:03Mais à ce moment-là,
18:03il est déjà trop tard
18:04et Salabdeslam
18:05est déjà en Belgique
18:06et prêt à rentrer
18:07dans la clandestinité.
18:23Depuis les attentats du 13 novembre 2015,
18:40la coopération européenne
18:41en matière de sécurité
18:43s'est considérablement renforcée.
18:45De nombreuses bases de données
18:46ont été synchronisées
18:47et la coordination des services
18:49s'est intensifiée.
18:50Pour autant,
18:50le partage des données
18:51reste encore perfectible.
18:53Tous les États membres
18:54n'alimentent pas systématiquement
18:55les fichiers
18:56et certains ne disposent pas
18:57de données biométriques
18:58dans leurs fichiers nationaux,
19:00ce qui complique
19:00la vérification d'identité.
19:02Mais au-delà de la coopération,
19:04le véritable défi
19:05réside dans l'efficacité
19:06du renseignement de terrain
19:07et la détection
19:09des signaux faibles
19:09indispensables
19:11pour faire face
19:11à une menace terroriste
19:12toujours plus fragmentée.
19:14Voilà,
19:14j'espère que cette vidéo
19:15vous a intéressé
19:16et qu'à présent
19:16vous en savez un peu plus
19:18sur les failles du renseignement
19:19qui ont mené
19:20aux attentats du 13 novembre.
19:21Je voudrais remercier
19:22Soren Silo
19:23et Kevin Jackson
19:24pour leur expertise.
19:25D'ailleurs,
19:25j'en profite
19:26pour vous recommander
19:26leur excellente bande dessinée
19:28La Cellule.
19:29Ça raconte l'histoire
19:30du commando terroriste
19:31qui a organisé
19:32les attentats du 13 novembre.
19:34Un dernier mot
19:34pour remercier
19:35les équipes de Brut
19:35qui m'ont aidé
19:36à réaliser cette vidéo.
19:37En particulier,
19:38Isor au montage,
19:39Sophie et Marie
19:40à la documentation
19:41et Oscar à la technique.
19:42Et nous,
19:43on se retrouve très vite
19:44pour un nouvel épisode
19:45de La Grande Histoire.
19:46Sous-titrage Société Radio-Canada
19:48Sous-titrage Société Radio-Canada
20:01Merci.
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