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00:00Vous écoutez Les Assassins sont parmi nous.
00:04Un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:08Ils sont comme vous, comme moi.
00:11Ils paient leurs impôts.
00:13S'effacent devant les dames.
00:17Aident les aveugles à traverser la rue.
00:21Jouent avec les petits-enfants.
00:25Et puis un jour,
00:28ils tuent !
00:30Les Assassins sont parmi nous.
00:35Les forces qui poussent un assassin à un geste fatal sont multiples.
00:41D'éminents savants et juristes conjuguent leurs efforts pour les analyser.
00:45Cependant, il est très rare que la science et la justice criminelle reconnaissent ensemble
00:49l'existence d'une de ces forces que pour l'instant on nomme irrationnelle,
00:54l'un de ces courants mystérieux dont officiellement on dit par ailleurs
00:57qu'ils sont du domaine du roman de science-fiction,
01:00ou de l'attraction de music hall.
01:03Voici l'un de ces rares dossiers retrouvés pour nous par Gregory Falk.
01:08Le juge Géronimus Phelps, malgré son nom aux allures d'antiquité, est un jeune magistrat.
01:17Mais autant on qualifie de jeune un juge de 30 ans, autant un prévenu du même âge est un prévenu tout court.
01:24C'est donc un prévenu tout court qui est assis de l'autre côté du bureau face au juge Géronimus Phelps.
01:30Il regarde de la table de palissandre où s'empilent les dossiers, les murs lambrissés, le drapeau américain derrière le juge.
01:37Il regarde le juge, cet homme, qui a le même âge que lui, feuilletant les pièces du rapport de police.
01:43Il regarde tout cela, le prévenu, avec l'air sincèrement intéressé d'un écrivain qui se documente pour son prochain roman.
01:51Les petits voyous, de même que les gros industriels du crime, lorsqu'ils sont dans ce fauteuil,
01:56s'étalent, se calent bien au fond, croisent les jambes pour montrer qu'ils se sentent à l'aise et qu'ils sont prêts à jouer le jeu.
02:04Ce prévenu-là est assis, comme pour une première entrevue avec un employeur, sans timidité excessive, mais modestement.
02:10Autre différence avec les voyous et les patrons du crime, ce prévenu est venu seul dans ce bureau.
02:18Le juge Phelps relève la tête.
02:21Il rencontre un regard de myope dans un visage à la barbe courte bien taillée.
02:24Le visage d'un chercheur d'université ou d'un flûtiste classique, ce qui agace le juge, grand amateur de flûte.
02:33« Vous savez que c'est très inhabituel, ce que vous faites.
02:38Pourquoi refusez-vous d'être assisté par un avocat ?
02:40C'est mon droit, monsieur le juge.
02:44Je suis juriste d'entreprise, mais j'ai reçu la formation suffisante pour assurer ma propre défense.
02:51Enfin, soyez raisonnable.
02:52Entre la rédaction d'un contrat commercial et la défense de votre tête, il y a quand même un monde.
02:58Certes, monsieur le juge, mais si vous le permettez, je n'ai pas du tout l'intention de défendre ma tête si elle menace réellement la société.
03:05Seulement, pour le savoir, c'est plus d'un docteur dont j'ai besoin que d'un avocat.
03:13Oh là là là là là là, méfiance, méfiance.
03:15Ce prévenu qui commence à faire allusion avec un parfait bon sens à son éventuelle folie.
03:20Hum hum, méfiance.
03:22En plus, sans avocat, il met le juge Phelps dans une situation délicate.
03:27Avec un avocat, on parle le même langage, on est sur pied d'égalité.
03:31Dans cette affaire, il y a déjà un million de journalistes massés dans le couloir.
03:34Il s'en trouvera sûrement un pour écrire que c'est encore David contre le Goliath de la justice,
03:39ou le pot de terre contre le pot de fer, ou une de ces sottises qui font augmenter le tirage.
03:43Bon, comme vous voudrez.
03:47Néanmoins, je vous propose ceci.
03:49Commençons l'instruction comme vous le souhaitez et convenons ensemble
03:52qu'à tout moment, si vous en sentez le besoin, vous pourrez faire appel à un avocat.
03:58D'accord ?
03:59D'accord, monsieur le juge.
04:01Bien, bien.
04:02Phelps attend que le sténographe, presque invisible dans son complet gris au fond de la pièce,
04:06ait fini de prendre note de cet accord.
04:09Un point important pour la conférence de presse,
04:10qu'on ne manquera pas de lui faire improviser au coin d'un ascenseur malgré le secret de l'instruction.
04:15De toute manière, si quelqu'un doit parler à l'opinion publique, autant que ce soit moi, pense le juge.
04:21Bon.
04:22Alors, prenons les choses dans l'ordre.
04:24Avant-hier, à 23h30, au quatorzième étage d'un immeuble meublé de luxe,
04:29Mademoiselle Hirsch Locaté remarque des traces de sang dans le couloir devant l'appartement de sa voisine.
04:36Elle pousse la porte entre-ouverte et découvre le corps de Jennifer Cole,
04:3925 ans secrétaire de direction.
04:42Mademoiselle Hirsch prévient le portier qui alerte la brigade de police du sixième district.
04:49Rien à ajouter jusque-là ?
04:51Jusque-là, je n'étais pas présent, monsieur le juge.
04:55En effet.
04:55Donc, les premières constatations permettent de déterminer que Jennifer Cole a été assassinée vers 23h par un familier
05:02à qui elle avait ouvert la porte n'était pas forcée.
05:05Le décès a été causé par 17 coups de couteau, dont 6 au moins étaient mortelles.
05:10La jeune femme a également subi une mutilation.
05:14L'annulaire de sa main droite a été amputée, potes mortem.
05:20Le portier de cet immeuble, bien tenu, a noté l'arrivée peu avant 23h d'un ami de la victime
05:26qui est reparti vers 23h15, les mains dans les poches de son manteau,
05:30l'air absorbé sans saluer le gardien comme à son habitude.
05:34« Cet homme, c'est Morgane Leroyer, 31 ans, jury sur l'entreprise,
05:42c'est-à-dire vous-même, ici présent. »
05:47Exact, monsieur le juge.
05:50Une question au passage, Leroyer.
05:52Vous êtes d'origine française ?
05:55Mon père l'était, monsieur.
05:58Bien.
05:59Donc, Morgane Leroyer, une patrouille de police prévenue par radio,
06:02vous repère au cours de sa ronde.
06:04Il est une heure du matin.
06:05Et à ce moment-là, vous êtes en train de vous laver les mains et le visage
06:09dans une fontaine publique.
06:11Vous vous laissez arrêter sans résistance.
06:14Au fond de la fontaine, on retrouve un couteau indien
06:17qui, vérification faite, fait partie d'une panoplie décorant le salon de Jennifer Cole.
06:24De plus, les agents remarquent une tâche de sang qui s'élargit sur votre imperméable.
06:29Il vous prie de vider vos poches.
06:32Et vous leur présentez un doigt humain sectionné à la racine,
06:37l'annulaire droit de la défunte.
06:42Monsieur le juge, excusez-moi, je vous arrête.
06:44Tout ce que vous dites est parfaitement exact.
06:47Et je sais que vous êtes tenu de me rappeler les faits.
06:50Mais il s'agit de détails particulièrement horribles.
06:54Et il m'est très pénible d'entendre cela.
06:57Ah ben, dites-donc !
07:01Ah, vous ne manquez pas d'air, vous !
07:04Enfin, je ne sais pas si vous êtes sous courant,
07:05mais j'ai bien l'intention d'établir que vous en êtes la cause de ces détails horribles.
07:11Je sais.
07:12Non, non, je sais.
07:13Non, je ne voulais pas vous offenser.
07:15Comprenez bien d'ailleurs que, par un instant, je ne vais nier tout cela.
07:21Ah bon.
07:23Donc, vous reconnaissez votre culpabilité dans l'assassinat de Jennifer Cole ?
07:27Attendez, attendez !
07:29J'ai tué Jennifer, je l'ai dit au policier et je le répète.
07:32Mais je ne reconnais nullement ma culpabilité ou ma responsabilité dans cet acte.
07:37Du moins, tant qu'on ne me les aura pas prouvés.
07:39Mais enfin, qu'est-ce que vous me racontez, le royer ?
07:44Soyons clairs !
07:46Avez-vous, oui ou non, tué de dix-sept coups de couteau Jennifer Cole ?
07:50Oui.
07:51L'avez-vous ensuite mutilé ?
07:53Oui.
07:57Plaiderez-vous la folie passagère ?
07:59Non.
08:02Donc, vous ne pourrez plaider que la responsabilité, c'est tout !
08:05Ah non ?
08:08Ne vous affusquez pas votre honneur.
08:10Je m'explique.
08:12Jennifer était mon amie.
08:14Non pas ma fiancée, ni ma maîtresse, mais mon amie vraiment.
08:18Nous passions la nuit ensemble quelques fois, mais sans jamais nous prendre au sérieux.
08:21Elle avait sa vie, j'avais la mienne.
08:23Et c'était une fille délicieuse, drôle, spontanée.
08:27Je l'aimais bien, mais c'était réciproque.
08:28Donc, avant hier soir, elle a dit aller au cinéma seule, revoir le lauréat avec Dustin Hoffman.
08:37Je suis passé chez elle vers 11 heures, avec l'idée de l'emmener souper.
08:39Elle a préféré rester chez elle pour parler du film.
08:43Elle a sorti une pizza du congélateur et préparé deux martinis.
08:48Nous buvions, en écoutant la chanson du film, par Simon et Garfunkel, et puis, tout d'un coup, j'ai été submergé par, je ne sais pas, autre chose.
09:01Un sentiment affreux que je ne connaissais pas, comme si cette fille adorable m'avait fait du mal, un mal terrible.
09:13Et je me suis mis à la détester.
09:16Une haine, mais vraiment une haine absolue.
09:21Elle m'a regardé drôlement.
09:22Elle m'a demandé, tu ne te sens pas bien ?
09:26Moi, j'ai ressenti une certitude.
09:27Le mal dont je souffrais, dont je souffrais réellement, en crié.
09:34Ce mal, je ne pourrais m'en guérir qu'en la tuant.
09:36Oui, en tuant Jennifer.
09:39J'ai pris le couteau dans la panoplie indienne.
09:43Jenny a cru que je jouais à lui faire peur.
09:47J'ai frappé.
09:49Je me souviens précisément où j'ai donné le premier coup au ventre.
09:55Le second.
09:57À la gorge.
09:59Le troisième.
10:02Au cœur.
10:07Elle était par terre, déjà morte peut-être, que je la frappais encore.
10:13Je ne voulais pas qu'il reste un endroit de son corps sans blessure.
10:16Et ensuite, j'ai pris sa main, sa main droite.
10:24Et j'ai coupé un doigt.
10:27L'annulaire.
10:29Et il me fallait ce doigt-là absolument.
10:33Je l'ai mis dans la poche de mon affaire.
10:35Je suis sorti par l'escalier.
10:37Quatorze étages.
10:40Et la suite, vous la connaissez.
10:41Morgan Leroyer regarde le juge Phelps qui le regarde.
10:48Vous saisissez, monsieur le juge.
10:52J'étais lucide.
10:53Je revois chacun de mes gestes.
10:56Je n'étais et je ne suis toujours pas fou.
10:58Mais, et c'est ce qui me passionne dans mon propre cas,
11:01D'où venait ce sentiment horrible, poisseux, infecte qui m'a poussé ?
11:07Mais je n'avais aucune raison d'en vouloir le moins du monde à Jennifer.
11:11Et pourtant, j'ai agi selon une logique absolue.
11:15Je devais la frapper comme je l'ai fait.
11:17Je devais prendre son doigt, celui-là précisément.
11:22Alors, je veux comprendre.
11:28Le juge est atterré.
11:31Fallait-il s'attendre à ce qu'un fou dise « je suis fou » ?
11:36Mais si ce type-là n'est pas un dangereux dingue, qui le sera ?
11:41Et pourtant,
11:43pourtant, sans le savoir encore, Morgan Leroyer a employé le terme exact.
11:47Il agissait selon une logique absolue.
11:50Mais cette logique venait d'ailleurs.
11:53Et je vous promets que vous aurez la même surprise que le juge
11:56en découvrant la vérité.
11:58Vous écoutez « Les assassins sont parmi nous ».
12:03Un podcast issu des archives d'Europe 1.
12:06Le juge Géronimus Phelps baigne dans la perplexité.
12:10Les experts psychiatres nagent dans la perplexité,
12:14jusqu'au prévenu lui-même qui patauge dans les interrogations.
12:16Question. Pourquoi ce juriste d'entreprise, calme, pondéré, heureux en travail, en amour, en amitié,
12:22a-t-il soudain sauvagement assassiné une jeune femme adorable à laquelle rien ne l'opposait ?
12:28Réponse, on ne sait pas.
12:30Il n'avait aucune raison, aucun motif, aucune envie.
12:33Son acte le révulse, car à tout instant, il a parfaitement eu conscience des gestes qu'il accomplissait.
12:37Mais, seule certitude, il devait le faire.
12:43Alors, est-ce que ce n'est pas justement cela, la fameuse crise de folie momentanée ?
12:48Eh bien non !
12:50Les experts sont formels.
12:51Morgane Leroyer a été soumis à des examens approfondis et contradictoires.
12:55Il s'y est prêté avec la meilleure volonté du monde,
12:56et nul ne peut en son âme et conscience prétendre que la moindre trace de folie,
13:01que la moindre présomption de troubles mentaux, même passagers, puissent être retenues.
13:07Fatigué, le jeune juge, qui a été absorbé pendant des jours par cette affaire,
13:11décide de s'octroyer une soirée de calme et de détente,
13:13et notamment de faire ce qu'il n'a pas fait depuis près de deux semaines,
13:16lire les revues auxquelles il est abonné.
13:20Et le voici qui sursaute dans son fauteuil, qui relit une page.
13:23Puis il décroche au téléphone, et sa femme, éberluée, l'entend demander
13:28« À quelle heure y a-t-il un avion pour Toronto ? »
13:33Le lendemain, à Toronto, heure d'ouverture du palais de justice,
13:36le bureau d'un autre magistrat,
13:38flatté et surpris par cette visite impromptue d'un confrère américain.
13:43Le juge Wilson aurait l'âge d'être le père de Phelps,
13:46et l'excitation de ce jeune homme l'amuse un peu.
13:49« Alors, Jerry ! Enfin, vous permettez que je vous appelle Jerry.
13:52Dites-moi tout cela plus calmement.
13:54Géronimus Phelps brandit une revue, pas simplement chiffonnée,
13:57soulignée de rouge en plusieurs endroits.
13:59« C'est cet article, Wilson.
14:01Cette affaire dont vous vous occupez, c'est la même, la copie conforme.
14:07Mais enfin de quoi, bon sang ? Mais de l'affaire Le Royer !
14:10Tenez, voici le dossier ! »
14:13Le juge Wilson sourit, mais son sourire diminue et même ses faces.
14:17« Ah ben ça ! C'est incroyable ! »
14:23En effet, pratiquement le même jour, à la même heure, dans la banlieue de Toronto,
14:27un crime exactement semblable a été commis.
14:29Un individu portant le nom curieux de Mande Carter a assassiné une danseuse,
14:36Amy Stone, de 17 coups de couteau, puis il lui a sectionné l'annulaire de la main droite.
14:41Le juge Phelps montre les photos de la malheureuse Jennifer.
14:48« La revue a publié un portrait de cette Amy Stone, la danseuse.
14:51Vous ne trouvez pas que c'est le même type de femme ? »
14:56« Si, si, si, il y a quelque chose, c'est certain. »
14:59« Et votre... comment déjà... le Royer, c'est ça, hein ? Comment est-il ? »
15:04« Tenez, voici les clichés de l'identité judiciaire. »
15:08Cette fois, le juge Wilson devient d'un joli verpal.
15:13Sans un mot, il se lève à ouvrir un classeur et pose deux photos en noir et blanc, face et profil.
15:18Le juge Phelps se redresse lentement avec une drôle de boule dans la gorge.
15:26« Car de face comme de profil, voici Morgane le Royer et Mande Descartes.
15:32L'un est barbu, l'autre est glabre.
15:35L'un pourrait être un flûtiste classique, avec un air un peu perdu,
15:38et l'autre aurait sa place dans la Légion à regard du repaque.
15:43Mais à part cela, c'est le même.
15:47Oui, le même homme en deux exemplaires, trait pour trait.
15:52Copie conforme.
15:56Le moment de surprise passée, les deux juges vont mener parallèlement deux investigations.
16:00D'une part, ces deux meurtres étrangement semblables et simultanés.
16:04D'autre part, les vies et les personnalités de ces deux meurtriers, apparemment sans lien commun.
16:11Pour ce qui est des meurtres, c'est le plus facile.
16:13Les dossiers sont là avec le contenu des interrogatoires.
16:15Et toutes les réponses s'y trouvent.
16:17Les motivations qui manquaient à Morgane Leroyer, Mande Descartes les a.
16:21Et cette logique absolue qui semblait guider la main du premier, elle est la logique de l'autre.
16:26Voici l'histoire.
16:28Mande Descartes a épousé Amy Stone cinq ans plus tôt.
16:30Danseuse, quand elle trouvait un engagement, Amy avait plutôt envie de se faire entretenir.
16:34Ce que son mari et père du monde amoureux parvenaient à faire tant bien que mal, mais plutôt mal que bien.
16:38Aussi, pour compléter, Amy payait de sa personne auprès d'un patron de boîte de nuit et de quelques demi-selles de banlieue lorsqu'ils avaient de la chance au jeu.
16:48Mande Descartes enrageait, hurlait, levait la main parfois sans oser aller plus loin.
16:52Il disait que tout était fini.
16:55Et puis il revenait en pleurant au bout de quelques jours.
16:58Et Amy, du haut de son piédestal, daignait le reprendre.
17:02Et puis Mande Descartes avait essayé une vraie rupture.
17:04Et il avait réussi à tenir le coup.
17:07Depuis près d'un an, il vivait seul.
17:09Et il était parvenu à ne pas venir gratter à la porte de son idole.
17:13Et cette fois, c'est elle qui l'avait rappelée.
17:16Mais lorsqu'il se présenta, ce fut pour s'entendre annoncer par Amy qu'elle attendait un enfant et qu'elle comptait bien de lui faire reconnaître.
17:25« Et puis j'aimerais une confortable pension.
17:27Que veux-tu ?
17:28Cet enfant m'empêche d'exercer mon métier.
17:31Mais tu n'auras rien.
17:32Cet enfant n'est pas le mien.
17:35Mais que je sache, mon chéri, je suis toujours ta petite femme. »
17:40Amy avait éclaté de rire en faisant briller les diamants de son alliance.
17:44Et Mande Descartes disait « J'ai senti la haine qui débordait de moi comme une vague.
17:49Une vague qui allait tout noyer. »
17:52Morgane le royer avait employé la même image.
17:54Il avait été submergé.
17:57Carter disait encore « Elle m'avait fait trop de mal.
18:00Mal en crevé, je ne pouvais arrêter cette douleur qu'en la tuant. »
18:06Encore les mêmes mots chez le royer.
18:08Et puis les mêmes gestes.
18:10Carter a pris son couteau.
18:12Le premier coup, j'ai visé le ventre à cause de cet enfant.
18:14Le deuxième à la gorge pour ses mensonges.
18:17Et le troisième au cœur pour en sortir l'amour que j'y avais mis.
18:21Mais mon amour, je l'en avais couverte.
18:24Chaque centimètre de sa peau.
18:25Alors j'ai frappé, frappé, partout, pour tout effacer.
18:30Avant de partir, j'ai voulu reprendre l'alliance.
18:33Elle était trop petite pour quitter son doigt.
18:34Mais je la voulais.
18:36J'ai dû couper le doigt.
18:39Vous l'avez deviné, Amy portait son alliance à l'annulaire de la main droite.
18:43Tout comme vous avez deviné ou imaginé la raison possible
18:45de cette effarante ressemblance et de cette communication entre les deux hommes.
18:51Ils devaient être jumeaux.
18:52C'est bien ce que se disent les juges également.
18:57Mais Morgane Leroyer est le fils d'un diplomate français
18:59et d'une fille d'une des meilleures familles de Boston.
19:02Il a étudié dans les meilleurs collèges
19:04puis passé ses diplômes en droit.
19:05Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres au nord,
19:07Monte des Carters passe de nourrice en pension dans les quartiers pauvres,
19:11se retrouve en maison de correction,
19:13puis volontaire dans les parachutistes.
19:15Il fait un peu de prison, puis vivote
19:17en faisant le garde du corps en période électorale,
19:20le videur de cabaret le reste du temps.
19:23Morgane Leroyer demande des Carters.
19:26Chacun cherche de son côté.
19:29Lorsque Jusfell se le met au courant,
19:31Leroyer s'attaque méthodiquement à son propre cas.
19:34Il réunit ses souvenirs.
19:36Il a eu déjà des impulsions qu'il ne comprenait pas au cours de sa vie,
19:38des penchants pour un type de femme, par exemple,
19:40que logiquement il n'aurait pas regardé.
19:42Des rêves aussi, des souvenirs d'endroits où il n'était jamais allé.
19:47Apparemment, la communication a toujours fonctionné dans le sens
19:49Carter Leroyer.
19:52Sauf sur un point.
19:54Carter réfléchit bien et dit
19:55« J'ai souvent eu envie de me laisser pousser la barbe.
19:59Amy disait que ça ne m'allait pas.
20:02Mais moi je trouvais que sans barbe, je ne me ressemblais pas. »
20:06Étrange expression, non ?
20:09Mais elle ne donne toujours pas la clé du mystère.
20:12Cette clé, elle est détenue en partie par une vieille dame,
20:16la mère de Morgane Leroyer.
20:18Elle a plus de 70 ans et vit dans un hospice de luxe.
20:21Morgane l'a tenue dans l'ignorance de son crime,
20:24car elle a le cœur fragile.
20:26Mais il se décide à l'interroger avec ménagement.
20:30Et elle raconte ceci.
20:32Dans les années 50, alors que la presse
20:34n'avait pas encore mis à la mode les mères porteuses,
20:37et Leroyer, couple stérile,
20:40avait passé un arrangement avec une pauvre fille enceinte
20:42pour lui acheter son enfant à la naissance.
20:47Et bien le reste des juges
20:49ont alors rapidement fait de le retrouver.
20:51La jeune fille accoucha de jumeaux.
20:54Elle cacha la vérité au Leroyer
20:55de peur de les voir revenir sur leur accord.
20:58Puis elle passa au Canada,
21:00où elle confia le second enfant
21:02à une institution charitable
21:03qui le baptisa Mandé,
21:05ce qui signifie lundi,
21:07jour de son arrivée.
21:11Mandé Carter fut condamné à la détention à vie.
21:15Par contre, le jury américain
21:16déclara Morgane Leroyer
21:17innocent de son geste,
21:19mais pas au bénéfice de la démence, non.
21:22Il est dit dans le jugement
21:23qu'il a accompli cet acte
21:26sous l'emprise d'une force
21:28dont il n'était pas responsable.
21:29Mais, hélas,
21:34le texte ne prend pas le risque
21:35de préciser ce qu'est cette force,
21:38ni comment
21:39elle a pu guider sa main.
21:41Vous venez d'écouter
21:45Les assassins sont parmi nous,
21:47un podcast issu des archives de Repin.
21:50Réalisation,
21:51Julien Tarot.
21:52Production,
21:53Estelle Lafon.
21:55Patrimoine sonore,
21:56Sylvaine Denis,
21:57Laetitia Casanova,
21:59Antoine Reclut.
21:59You are done.
22:17expects la routine
22:18The Space One
22:19You are done.
22:20You are done.
22:21You are done.
22:22You are done.
22:24You are done.
22:26You are done.
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