00:00Le grand entretien ce matin sur BFM Business, c'est François Riaï, directeur général de Banigé Group.
00:07Bonjour, merci d'être avec nous dans la matinale de l'économie.
00:11Vous annoncez, on en a parlé il y a un instant, l'acquisition de Tipico, leader du Paris sportif en Allemagne.
00:17C'est le plus gros rachat de votre histoire. Détaillez-nous cette opération.
00:22Oui, donc c'est effectivement un moment très important pour nous,
00:25puisque en fait, en rachetant Tipico, on double de taille dans le domaine du Paris sportif,
00:31qui est un de nos grands métiers avec la production télévisée et la production d'événements.
00:37Et donc, on devient le leader d'Europe continentale sur ce métier.
00:44On a déjà Betclic, qui est leader dans quatre pays, dont la France, mais aussi le Portugal, la Pologne et la Côte d'Ivoire.
00:52Et Tipico est leader. Tipico, c'est un peu le Betclic allemand.
00:56C'est deux sociétés qui sont très similaires en termes de culture et d'ADN,
01:00et qui est leader incontesté en Allemagne et en Autriche.
01:04Et donc, vous voyez, avec cet ensemble, on devient vraiment un acteur européen de première importance.
01:10Un géant des paris sportifs. L'opération a coûté 3 milliards. Elle sera bouclée quand ?
01:16Alors, on a signé hier matin et elle sera finalisée complètement mi-2026.
01:23On va un petit peu prendre de la hauteur.
01:27Ça vous fait couvrir combien de personnes ce nouveau deal en Europe ?
01:33Alors, en fait, on sera leader dans six pays, qui représentent 280 millions de personnes.
01:40On va être leader dans trois des cinq pays les plus peuplés d'Union européenne.
01:45Donc voilà, c'est ça. C'est très important pour nous dans ce métier.
01:48C'est un métier dans lequel être leader est un élément assez fondamental.
01:53Pourquoi ?
01:54Parce que c'est un métier dans lequel il y a beaucoup de coûts fixes.
01:57C'est un métier de tech, en fait.
01:59Donc, si vous avez une plateforme pour servir des clients, une plateforme informatique,
02:03il faut qu'elle soit au meilleur standard possible.
02:05Que vous serviez 5% de parts de marché ou que vous serviez 30% de parts de marché,
02:09vous avez quand même besoin de la même plateforme.
02:11Vous avez besoin de faire du marketing et de faire connaître votre marque.
02:13Donc, quand vous avez une grosse part de marché,
02:16finalement, vous avez aussi une meilleure profitabilité et une meilleure capacité de résister à l'évolution du contexte.
02:23Il y a un enjeu technologique derrière ça, vous venez de le dire.
02:26C'est-à-dire la plateforme, les données, l'analyse des données.
02:29Ça va vous donner un poids à ce niveau-là,
02:31même dans les investissements futurs que vous allez faire dans les paris sportifs là-dessus ?
02:34Oui, bien sûr.
02:35Parce qu'en fait, c'est d'abord une...
02:36Betclic, aujourd'hui, c'est une société de technologie.
02:39Je crois que trois quarts de nos salariés sont des ingénieurs, des data scientists.
02:44Ils sont tous basés à Bordeaux.
02:46Typico, c'est une société très similaire,
02:49avec eux aussi des très bonnes ressources technologiques,
02:51une très bonne qualité technologique.
02:53Et aujourd'hui, il faut investir.
02:55Il faut investir dans des outils d'intelligence artificielle.
02:57Il faut investir dans le fait d'avoir la meilleure plateforme possible.
03:00Et donc, évidemment, ensemble, on est plus forts pour réaliser ces investissements.
03:04L'autre activité que vous avez, c'est la production télévisuelle.
03:07Vous organisez des événements également, les paris sportifs de l'autre côté.
03:11Quelle part vous allez donner à chacune de ces activités dans les mois, les années qui viennent ?
03:16Alors, cette opération, en fait, elle conduit à rééquilibrer la taille de nos deux grands métiers,
03:23de production de contenu et de paris sportifs.
03:26On va, avec cette opération, avoir des revenus d'à peu près 6 milliards et demi,
03:31qui sont à peu près également répartis entre la production télé et d'événements dans lesquels on est leader mondial,
03:37et les paris sportifs dans lesquels on devient un leader européen.
03:40Et il va y avoir des possibilités de synergie, de passage entre ces deux activités ?
03:45Oui, tout à fait. En fait, il y a des synergies, alors pas dans le domaine du paris sportif,
03:49mais plutôt dans le domaine du casino en ligne.
03:51Donc, par exemple, on utilise nos marques, je ne sais pas, Koh Lanta,
03:55on utilise Apprendre ou Alessai, je prends les noms français, mais on ne l'utilise pas en France,
04:01dans le casino en ligne, au Portugal, puisqu'aujourd'hui, c'est le seul pays, avec la Côte d'Ivoire,
04:05où on peut faire du casino en ligne.
04:06En Allemagne, on peut faire du casino en ligne, donc c'est un élément aussi de synergie supplémentaire,
04:11où on va pouvoir utiliser nos grandes marques de production télé dans le jeu.
04:15Oui, le passage entre les deux.
04:17C'est intéressant que vous ayez à ce point investi dans le paris sportif,
04:20pourtant la fiscalité, notamment en France, ne vous y pousse pas.
04:24La France a alourdi la fiscalité du secteur il y a quelques mois.
04:27Oui, c'est aussi pour des raisons comme ça qu'on se développe dans d'autres pays.
04:31Oui, je peux vous dire que si Betclic avait été qu'en France cette année,
04:38on souffrirait énormément, puisque la fiscalité, qui était déjà la plus haute du monde,
04:44a encore été augmentée très significativement cette année.
04:48Pour nous, c'est un impact en année pleine de 20 millions d'euros de plus.
04:51et en fait, je dirais, avoir une plus grande diversification de géographie,
05:00c'est important parce que justement, quand on a une hausse de taxes comme ça,
05:04avoir plusieurs géographies, ça donne beaucoup de résilience.
05:07Au-delà de cette opération, vous regardez déjà les opérations suivantes de consolidation,
05:12vous pourriez faire en Europe, en dehors de l'Europe ?
05:15Alors, vous le savez, on est toujours très ambitieux, on est toujours très allant,
05:21on fait beaucoup de développement, on s'est beaucoup développé.
05:25Là, c'est quand même une très grosse acquisition pour nous.
05:28On a besoin de la digérer et de l'intégrer, on veut que ça se passe au mieux.
05:32L'important, ça va être de réussir cette opération,
05:35mais clairement, cette opération fait de nous un consolidateur.
05:39Donc, c'est vrai que ça nous prépare pour l'avenir.
05:42Je fais un pas de côté, mais on entendra tout à l'heure l'interview de Carlos Tavares,
05:46qui a répondu à nos questions.
05:49Il parlait de l'Asie, il parlait des États-Unis et de la fragmentation du monde,
05:56la fragmentation économique, la difficulté des entrepreneurs aujourd'hui
06:00à avoir une vision de ce qui allait se passer dans les prochaines années.
06:03Comment vous, vous voyez justement les prochaines années ?
06:07Comment on définit sa stratégie dans ce contexte ?
06:10C'est sûr que c'est un contexte très incertain.
06:16Il faut analyser les métiers de manière très spécifique,
06:22parce que chaque métier va être confronté plus ou moins à certaines contraintes.
06:26Par exemple, sur la production télé, on est complètement mondiaux,
06:30mais on n'est pas vraiment exposé sur les questions de tarifs, par exemple.
06:33On est multilocal.
06:35Donc, ce qui est clair, c'est qu'avec cette opération Typico,
06:40on décide sur ce métier-là de se développer en Europe.
06:43On a choisi de ne pas se développer aux États-Unis,
06:45parce que finalement, c'est un marché qui est évidemment très attractif,
06:47mais trop gros, dans lequel on n'a pas de capacité de réussir.
06:51Voilà, donc on adapte un peu notre stratégie,
06:55à la fois au contexte et à la fois à nos propres capacités.
06:58Et on va évidemment regarder ce qui se passe aussi en France,
07:02ces débats à l'Assemblée en ce moment,
07:04cette deuxième semaine de débats sur le budget.
07:07Qu'est-ce que vous, ça vous inspire, ce que vous entendez dernièrement,
07:10la taxation des entreprises, la taxation des hauts revenus ?
07:14Qu'est-ce que vous en pensez ?
07:15Disons qu'on a l'impression qu'en fait, il suffit de taxer
07:22pour trouver des solutions à tous les problèmes.
07:27Moi, j'ai envie de dire qu'à un moment, si on met,
07:28je rappelle la base de la courbe de l'affaire,
07:31mais à un moment, si on taxe tout à 100%, il ne se passe plus rien.
07:34Donc, on est en train, tranquillement, de s'approcher de ce moment-là en France.
07:37C'est intéressant. Hier, j'ai écouté Eric Larchevêque
07:39qui parlait des très grosses entreprises,
07:42du fait d'avoir des très gros patrimoins, des très gros revenus,
07:44et qui disaient qu'on allait complètement décourager les entrepreneurs
07:48avec ce type de décision qui se décide en ce moment à l'Assemblée.
07:52Vous en pensez quoi ?
07:54Écoutez, je ne vais pas faire de politique, en l'occurrence.
07:57Mais en tout cas, moi, ce que je veux dire par rapport aux entreprises,
07:59c'est que, vous voyez, les champions français,
08:02ils vont chercher à se développer dans des pays
08:05dans lesquels on peut être un peu plus profitable.
08:07Comme je le disais sur le pari sportif,
08:09la France est notre plus gros pays en revenus,
08:12mais c'est le pays le moins profitable, parce que c'est le plus taxé.
08:16Et donc, à un moment donné,
08:19on ne peut pas augmenter en permanence la taxe
08:21sans que ça n'ait un impact sur l'économie.
08:24Et je crois qu'on commence à le voir en France.
08:26Merci beaucoup, François Riaï, d'être venu nous voir,
08:28directeur général de Benidjé Group,
08:30pour nous parler de ce rachat de typico,
08:33plus grosse acquisition de votre histoire.
08:36Merci, François Riaï, d'avoir regardé cette vidéo !
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