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  • il y a 3 mois
Chaque matin à 6h25, retrouvez la chronique culture d'Alix Dauge.

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00:00La culture avec Alix. Pour son nouveau film, François Ozon s'attaque à un classique de la littérature, L'étranger et d'Albert Camus.
00:06Oeuvre réputée inadaptable. Et 60 ans avant lui, c'est le réalisateur Visconti qui avait tenté parce que...
00:12Oui, il faut parler de défi quand même.
00:13Ah oui, complètement. Comment retranscrire à l'écran un personnage aussi insaisissable que Meursault ?
00:20Donc un jeune homme froid, sans empathie, qui n'exprime absolument rien et qui va tuer, sans raison, un homme.
00:26Donc oui, pari risqué pour un réalisateur. Que vaut cette adaptation ?
00:30On regarde tout de suite à un extrait.
00:31« Pourquoi êtes-vous armé d'un revolver ? Et pourquoi revenir vers cet endroit précisément ? »
00:46« Moi aussi je me demande parfois si je t'aime. C'est bizarre, pas comme les autres. »
00:59Donc pour retrouver toute la tension, toute la pesanteur du livre, François Ouzon a opté, vous l'avez vu, pour un noir et blanc épuré, très stylisé.
01:07Il y a très peu de dialogues, peu d'effets. Tout repose sur les regards, les silences, le décor.
01:12On est dans les années 30 à Alger. Les images sont magnifiques.
01:16Donc malgré cette atmosphère oppressante. Et tout repose aussi, évidemment, sur la prestance de l'acteur Benjamin Voisin, fascinant en Meursault.
01:25Ils avaient déjà tourné ensemble dans l'été 80-80 ?
01:27Oui, alors c'était un film radicalement différent. Benjamin Voisin avait un rôle d'extraverti dans la séduction.
01:34Rien à voir, mais alors absolument rien à voir avec ce personnage. Un rôle d'ailleurs qu'il a épuisé.
01:39Parce que retenir émotionnellement, ça a été très dur pour lui. On l'écoute au micro de Claire Fleury.
01:44Vu que ça a duré cinq mois, non pas le tournage seulement, mais le tournage plus la préparation,
01:50au bout d'un moment, j'ai commencé à fatiguer. J'en ai marre.
01:52De ne pas réagir, de ne jamais être en réaction. C'est un jeune homme Meursault, l'étranger de Camus.
01:58C'est un jeune homme qui ne réagit pas. Et notre société nous habitue à tous à réagir.
02:01Moi, j'y suis à 3000. Tout ce qui est social, j'adore ça. Parler pour ne rien dire, je peux faire cinq heures d'affilée.
02:12Là, on est quand même sur un rôle de compo. On est sur un taiseux qui a une vie intérieure plus que grande.
02:22Rôle de composition, on a compris. C'est l'un des trois romans à l'étranger, les francophones les plus lus au monde.
02:27Il faut le rappeler aujourd'hui. Pourquoi, François Zon, il a voulu s'y attaquer ?
02:30C'est le personnage, justement. C'est le personnage de Meursault qui l'a toujours fasciné.
02:34Mais cette idée d'en faire un film, d'adapter Camus, est venue un petit peu par hasard.
02:40Là, je l'ai relu il y a deux ans pour justement m'inspirer de ce personnage pour un autre film.
02:44Et en relisant le livre, je me suis dit, mais c'est quand même incroyable.
02:47Alors effectivement, c'est un livre inadaptable, c'est un livre philosophique.
02:50Mais ça serait fascinant, comme défi, d'essayer d'incarner ce personnage de Meursault
02:56et voir si, au cinéma, ce qui marche dans le langage littéraire peut marcher dans le langage cinématographique.
03:02C'était un défi.
03:04Voilà, c'était un défi. François Zon le reconnaît.
03:06Mais là où il réussit, j'ai trouvé son pari, c'est de nous proposer quelque chose de vraiment différent,
03:10qu'on n'a pas l'habitude de voir au cinéma.
03:12Il faut voir un peu ce film comme une expérience cinématographique,
03:15surtout la première partie qui est presque sensorielle.
03:17François Zon a voulu vraiment rester fidèle au livre.
03:22Et moi d'ailleurs, après le film, ce que j'ai voulu faire, c'est relire « L'étranger » d'Albert Camus.
03:26Donc ça sort aujourd'hui au cinéma.
03:28Une expérience cinématographique, vous nous dites. Merci Alix.
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