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00:00La famille a été en...
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01:20Sous-titrage Société Radio-Canada
01:50Deux minutes depuis le perron de l'Elysée, le Premier ministre démissionnaire a fait un point d'étape alors qu'il s'apprête à recevoir, vous les voyez arriver à Matignon, les représentants de la gauche du Parti Socialiste Olivier Faure en tête.
02:02Le Premier ministre a souligné la bonne volonté de chacun de trouver un budget et un compromis pour la France.
02:08Le chef de l'État lui a fixé jusqu'à ce soir pour tenter de dénouer la crise.
02:13On va y revenir largement. Dans cette matinée d'infos, 8 octobre 2023, 8 octobre 2025, deux ans de guerre à Gaza, plus de 67 000 morts selon des chiffres jugés fiables par l'ONU.
02:26Et maintenant, la paix telle que Donald Trump se la représente se joue à Sharm el-Share en Égypte entre représentants israéliens et ceux du Hamas.
02:34On va y revenir dans ce second volet de notre discussion entamée hier sur les deux ans des attaques du Hamas et le début de l'offensive israélienne à Gaza.
02:47Alors que je vous le disais, la guerre touche peut-être à sa fin. En tout cas, c'est ce que veut croire le président américain.
02:52Elle se poursuit dans l'enclave. 732e jour de guerre.
02:56Et qu'est-ce que ça veut dire pour les Gazaouis ? Comment vit-on ? Comment survit-on dans la guerre ?
03:01Questions posées à mes invités ce matin. Hélène Lamtrong, Amiras Willem et Claire Magonne.
03:06Bonjour mesdames, merci d'être là. On a beaucoup de choses à se dire, c'est Parlons-en. Et c'est parti.
03:21Amiras Willem, bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être sur ce plateau.
03:24Mais vous êtes ici chez vous. Vous êtes la correspondante de la rédaction de France 24 en Cisjordanie.
03:29C'est parti occupé à vos côtés. Hélène Lamtrong. Bonjour Hélène.
03:32Bonjour.
03:33Merci beaucoup d'être là. Lauréate du prix Albert Londres, réalisatrice de Inside Gaza.
03:38Un film qui sera présenté demain jeudi au prix Bayeux des correspondants de guerre.
03:43Et qui raconte l'histoire, l'histoire vraie bien sûr, des journalistes gazawis, de l'AFP, de l'agence France Presse,
03:49bloqués dans le territoire palestinien pendant les premiers mois de l'offensive israélienne.
03:53Un film qui sera présenté à Bayeux demain et qui sera diffusé le 2 décembre prochain sur Arte.
04:01Bonjour Claire Magonne. Bonjour.
04:02Bienvenue sur ce plateau. Directrice générale de Médecins sans frontières.
04:06Vous rentrez tout juste de Gaza.
04:08Le 6 octobre, quand tu t'ennuyais, tu pouvais aller prendre un café pour quelques chéquelles.
04:13Le 6 octobre, on avait la mer. Le 6 octobre, c'était la vie.
04:17Après, on a eu le son et l'odeur de la poudre.
04:19C'est l'un des journalistes de votre film, Hélène Lamtrong, qui dit ça.
04:23À quoi ressemblent Gaza et la vie des gazawis après deux ans de guerre dans ce territoire minuscule de 360 km²
04:29où vivaient, avant le 7 octobre, 2,5 millions de personnes, dont près de la moitié avaient 14 ans.
04:35Claire Magonne, précisément, vous qui rentrez de Gaza, qui êtes nos yeux et nos oreilles dans un territoire,
04:39faut-il le rappeler, coupé du monde depuis deux ans.
04:43Quelle est le son ? Quelle est l'odeur de la guerre ?
04:45La vie quotidienne à Gaza, c'est la mort quotidienne, c'est évident.
04:48C'est vraiment extrêmement palpable, extrêmement tangible.
04:51Tout ce qu'on entend de façon plus ou moins informée, comme une espèce de bruit assourdi à l'extérieur,
04:57ça se passe en réalité dans un territoire dont vous avez rappelé qu'il était extrêmement exigu.
05:01Et chaque personne que vous rencontrez, que ce soit un malade, un blessé, un patient, un collègue palestinien
05:09en ce qui concerne les équipes de médecins sans frontières, chaque coin de rue ou ce qu'il en reste,
05:14vous êtes frappé par la mort, la désolation, l'extrême destitution, le chagrin.
05:19Vous entendez les drones tous les jours, à toute heure du jour et de la nuit.
05:23Mais vous entendez aussi les bombardements qui frappent encore à l'heure où on se parle.
05:29Quand moi j'étais sur place, c'était aussi, et c'est toujours le cas, le pilonnage,
05:33la campagne de destruction, d'éradication de la ville de Gaza.
05:39Et donc déferler sur le sud des centaines de milliers de personnes qui venaient s'agglutiner
05:45dans, rappelons-le, 15% du territoire dans lequel les gens survivent dans des conditions absolument atroces.
05:51Donc c'est vraiment la mort qui rôde et qui frappe partout, y compris dans cette zone dite sûre
05:58dans laquelle l'armée israélienne enjoint la population civile de se réfugier.
06:02Permettez-moi de commencer en parlant de nos propres collègues palestiniens.
06:07Je suis rentrée mercredi dernier de la Jordanie, donc mardi dernier de Gaza.
06:12Jeudi matin, nous étions réveillés par l'annonce d'une frappe aérienne à Dar el Bala,
06:20donc dans cette zone dite sûre, qui a tué deux de nos collègues, Omar Hayek, sur le coup.
06:26Et il y a quelques jours, Abed Karadaïa qui a succombé à ses blessures,
06:32du personnel palestinien MSF clairement identifié, qui n'avait commis comme crime
06:36que d'attendre le bus qui devait les conduire à notre hôpital de campagne.
06:40Et donc ça, c'est le 15e humanitaire MSF qui est tué depuis le 7 octobre 2023.
06:47Et donc, on pense aussi à eux aujourd'hui.
06:50Des morts qui viennent s'ajouter à ce bilan, jugés fiables par l'ONU.
06:55Nous rappelons qu'il est difficile de vérifier ces bilans.
06:59L'enclave étant fermée aux observateurs étrangers, 60 000 morts,
07:02donc selon des chiffres jugés fiables par l'ONU.
07:0478% des bâtiments de l'enclave palestinienne endommagés ou détruits.
07:09Deux ans de guerre, résumé en images par Marc Pope.
07:17Fours de fortune construit à même la rue.
07:19Longue file d'attente pour obtenir de l'eau.
07:22En deux ans de guerre, le quotidien des habitants de la bande de Gaza
07:25a été complètement chamboulé.
07:27C'est la Nakba, la catastrophe.
07:30Mort, destruction, faim, isolation, déplacer.
07:34Nos familles sont mortes, nos maisons sont parties.
07:38Nous prions Dieu que cette guerre finisse le plus vite possible.
07:42Nous avons perdu de beaux moments dans la vie.
07:45Notre vie est devenue un enfer.
07:47Tous les jours, il y a des morts, des frappes et des martyrs.
07:49Nous ne savons pas où sont passées nos vies.
07:51Notre vie est devenue un enfer.
07:54Depuis le 7 octobre 2023, les bombardements israéliens sont incessants,
07:58au point d'avoir fait de la bande de Gaza un champ de ruines.
08:00Les combats n'épargnent pas les hôpitaux,
08:03à l'image de l'hôpital Al-Shifa accusé par Israël d'abriter des combattants du Hamas.
08:08Moins d'une semaine après le début de l'opération glaive de fer,
08:11l'armée israélienne lance ses premiers tracts
08:13pour appeler les habitants à se déplacer vers le sud.
08:16Le blocus imposé par l'armée empêche toute sortie de l'enclave,
08:20mais aussi toute entrée.
08:21Pendant des mois, l'aide humanitaire reste bloquée à l'extérieur.
08:25Résultat, les habitants manquent de tout.
08:28Les décès liés à la malnutrition explosent et la famine s'installe.
08:32C'est une famine.
08:35La famine de Gaza.
08:38C'est une famine que nous aurions pu éviter si nous avions reçu les autorisations.
08:43Malgré cela, la nourriture s'accumule aux frontières
08:46à cause d'une obstruction systématique d'Israël.
08:48Israël dément et pour y pallier mandate une entreprise américaine,
08:53la Fondation Humanitaire pour Gaza,
08:56afin de distribuer l'aide aux Gazaouis.
08:58Mais les distributions sont chaotiques,
09:00ce qui pousse l'armée israélienne à ouvrir le feu
09:02à plusieurs reprises sur les habitants.
09:05Selon l'ONU, en deux ans, près de 67 000 Gazaouis sont morts,
09:09un bilan qui n'inclut pas les dizaines de milliers de victimes indirectes du conflit.
09:14Est-ce que, Claire Madone, je vous repose la question,
09:16car vous êtes celle sur ce plateau qui rentrait de Gaza ?
09:21Est-ce qu'on arrive à se nourrir aujourd'hui à Gaza ?
09:25Alors, on a parlé en juillet-août de ce moment de pic dans la famine,
09:32qui était caractérisé par une pénurie alimentaire,
09:34c'est-à-dire qu'il n'y avait pas de nourriture sur les marchés.
09:36Là, il y a de la nourriture sur les marchés,
09:38mais elle est largement rendue inaccessible à une très grande majorité de la population
09:42qui n'a pas les moyens de la payer.
09:45Donc, les gens ont un régime alimentaire extrêmement pauvre.
09:49La malnutrition continue à augmenter.
09:52Les femmes sont particulièrement mal nourries et anémiées.
09:55Donc, ça, c'est une réalité aujourd'hui qui passe.
09:57Alors, c'est ça qui est atroce,
09:59c'est qu'un clou de la souffrance chasse l'autre momentanément, j'ai envie de dire.
10:02Parce que moi, quand j'étais sur place,
10:03les gens réclamaient, bon, d'abord l'arrêt des bombes.
10:06Ça, c'est une constante.
10:08Mais l'accès à l'eau était devenu extrêmement problématique
10:11pour tous les déplacés qui s'agglutinent vraiment dans, encore une fois, 15% du territoire.
10:16Et la faim, qui pourtant est omniprésente,
10:20passait très légèrement en second plan.
10:21Mais encore une fois, la situation peut changer
10:24en fonction, finalement, du caractère extrêmement discrétionnaire
10:28auquel l'armée israélienne soumet la population en termes de privation.
10:35Amiras Willem, je rappelle que vous êtes la correspondante
10:37de la rédaction de France 24 en Cisjordanie occupée,
10:42de la rédaction de France 24 et de RFI.
10:45Évidemment que les Palestiniens de Cisjordanie sont informés
10:50et suivent de très près la situation à Gaza
10:52et leur douleur fait écho à la leur.
10:55Oui, complètement.
10:56Je pense que d'ailleurs, il y a une douleur dont on parle très peu.
10:58C'est la douleur des Palestiniens de Cisjordanie occupés
11:00qui sont condamnés, justement, à regarder ceux qu'ils appellent
11:03leurs frères de Gaza mourir.
11:05Et ça, c'est très dur pour les Palestiniens de Cisjordanie occupés
11:08qui ne savent pas trop où ils ont envie de reprendre une vie normale.
11:10Mais ils n'y arrivent pas parce que Gaza est sans cesse dans leurs esprits.
11:14Une forme de culpabilité ?
11:15Une grande forme de culpabilité.
11:17C'est-à-dire que vous avez des Palestiniens qui boivent, qui mangent.
11:21Alors moi, ce qui m'a beaucoup marquée,
11:22c'est que même quand j'allais faire des reportages
11:24dans des zones absolument sinistrées,
11:25notamment dans le nord de la Cisjordanie occupée à Génine,
11:28aujourd'hui, on appelle Génine le petit Gaza,
11:30à tel point la dévastation aujourd'hui est avancée,
11:33les maisons sont rasées, l'armée israélienne est très présente.
11:36Et même là-bas, je rencontrais des personnes
11:37dont les maisons avaient été rasées,
11:39qui ont dû quitter leurs maisons, quand je dis sans rien,
11:42c'est-à-dire qu'ils n'ont pu sortir qu'avec ce qu'ils portaient sur eux.
11:45Ils ont absolument tout perdu.
11:47Et quand je les interview, systématiquement dans la discussion,
11:51il y a un moment où ils me disent
11:52« je n'ai pas le droit de me plaindre,
11:54c'est tellement pire à Gaza ».
11:56Alors ça dit quelque chose de l'état d'esprit palestinien, je trouve.
11:58Moi, je dis souvent que les Palestiniens ont la patience des oliviers.
12:03Ils endurent, c'est ce qu'on appelle en arabe le « smooth »,
12:06« endurer », « attendre », « patienter ».
12:08Et en même temps, je trouve ça assez grave,
12:10ça m'interpelle parce que je me dis qu'aujourd'hui,
12:12si le point de comparaison devient Gaza,
12:14ça veut dire qu'on est prêt à tout accepter.
12:17Et c'est possiblement problématique,
12:19notamment sur le plan psychique.
12:21Et moi, ce que je voulais vous dire aussi,
12:22c'est que hier, vous avez fait une émission sur…
12:25Vous avez expliqué comment le 7 octobre avait changé la vie des Israéliens.
12:28Et ça, pour être allé en Israël,
12:30on sent à quel point c'est une société qui est restée bloquée au 7 octobre.
12:34Les traumas sont là, on le sent, c'est physique.
12:37Les portraits des otages sont partout, etc.
12:39Côté palestinien, on pourrait dire qu'il y a un 6 et un 8 octobre.
12:44C'est-à-dire que l'arsenal de l'occupation qui était déjà présent,
12:47en fait, s'est amplifié.
12:49Aujourd'hui, quand vous êtes un palestinien de 6 heures d'année occupée,
12:52il n'y a pas un aspect de votre vie qui n'est pas relié à cette occupation.
12:57Alors, je vais être très concrète.
12:58Le nombre de checkpoints, par exemple,
13:00on est passé d'un peu plus de 600 en 2023 à aujourd'hui plus de 900.
13:04Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
13:05Ça veut dire que vous vous réveillez le matin
13:06et qu'en fait, vous ne savez jamais à quelle heure vous allez arriver.
13:10Vous ne savez jamais si vous allez arriver.
13:12Parce que les checkpoints peuvent être ouverts et fermés
13:15à la discrétion de l'armée israélienne.
13:17Moi, j'ai rencontré, par exemple, un prêtre palestinien
13:20qui officie aussi bien à Naplouz qu'à Ramallah.
13:23Il m'expliquait que pour faire Naplouz-Ramallah, 60 kilomètres,
13:27il a mis 15 heures.
13:28Il m'a dit, je suis sortie un lundi soir, je suis arrivée mardi matin.
13:3315 heures, c'est l'équivalent d'un Paris-Tokyo pour nous.
13:37Il y a des femmes palestiniennes qui accouchent au checkpoint aujourd'hui.
13:40Il y a des arrestations.
13:42Le nombre d'arrestations a doublé en 6 heures d'année occupée.
13:46On est aujourd'hui à plus de 11 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes,
13:51dont le tiers sous le régime de la détention administrative,
13:54c'est-à-dire que ça se fait sans chef d'inculpation et sans...
13:58La durée est illimitée.
13:59On a 400 enfants dans les prisons israéliennes.
14:02Et ça, c'est très dur à vivre au quotidien pour les Palestiniens.
14:05Il y a la destruction de maisons.
14:06Il faut aussi en parler, qui, aussi bien dans le nord de la Cisjordanie occupée
14:11qu'à Jérusalem-Est, s'accélère.
14:14Vendredi dernier, j'étais par exemple avec une famille palestinienne.
14:17Je suis allée sur le terrain.
14:19La maison d'un des fils venait d'être détruite.
14:21Ses affaires étaient à même le sol sur la cour de la maison du papa.
14:24Il y avait le frigo, l'électroménager, le livre des enfants, les habits, etc.
14:27Et il me disait, on ne sait pas ce qu'on va en faire,
14:31car la maison du père est, elle aussi, risque d'être détruite.
14:35Et la troisième maison que nous avons va être récupérée par des colons.
14:39Et là où ça va encore plus loin, c'est que j'ai appris en allant sur place
14:42que les Palestiniens doivent en plus payer la facture de la destruction de leur maison ensuite,
14:46puisqu'on leur envoie la facture,
14:48et que parfois on leur propose même de détruire eux-mêmes leur maison.
14:51Et donc c'est dans ce quotidien-là que vivent les Palestiniens aujourd'hui.
14:55C'est très concret, en fait.
14:56Les Palestiniens de Cisjordanie qui ont en tête, vous le rappeliez, le sort de ceux de Gaza.
15:01C'est très important, Amir Aswilem, que vous soyez ce matin sur ce plateau,
15:04car quand l'attention du monde, effectivement, est concentrée sur Gaza, avec les difficultés,
15:09et on va en parler avec vous, Hélène Lametronc, de raconter ce qu'il se passe à l'intérieur de l'enclave,
15:14on a un peu passé sous silence la réalité du quotidien de ces Palestiniens de Cisjordanie
15:19et le fait que depuis le 8 octobre, la colonisation est allée encore plus forte
15:23dans ce territoire palestinien occupé.
15:26Et vous parliez de ce principe palestinien de patience, d'attente.
15:32Il pourrait tout à fait convenir aux journalistes du bureau de l'AFP
15:36que suit votre film Hélène Lametronc qui s'appelle Inside Gaza.
15:40Nous sommes dans les premiers mois de l'offensive israélienne, après le 8 octobre, sur l'enclave.
15:46L'enclave est fermée, comme elle est encore aujourd'hui.
15:48Ces journalistes, en tout cas dans les premiers mois, ne peuvent pas partir.
15:50Ils sont donc bloqués dans l'enclave et ils ont une volonté, une ambition, c'est de raconter,
15:55raconter ce qu'il se passe à Gaza.
15:57On va regarder quelques images du film et on en parle juste après.
16:27C'est parti, c'est parti, c'est parti, c'est parti.
16:57C'est parti, c'est parti, c'est parti.
17:27C'est parti.
17:57C'est parti, c'est parti.
17:59C'est parti, c'est parti.
18:01C'est parti.
18:03C'est parti.
18:05C'est parti.
18:07La Inside Gaza, un film à découvrir sur Arte le 2 décembre prochain.
18:12Hélène Lametronc, les images que l'on vient de voir, ce sont en grande partie les journalistes du bureau de l'AFP de Gaza qui les ont tournées.
18:196 de ces 7 membres permanents ont été évacués il y a quelques mois.
18:23Ils seront d'ailleurs demain à Bayeux avec vous.
18:26Et ils racontent leur histoire, en fait, quasiment la même à la différence près qu'ils sont journalistes que celle de tous les Gazaouis.
18:32Elle est marquée par l'exil forcé, par la perte, par le deuil.
18:36Il y a certaines images du film qui sont très difficiles à regarder.
18:40Et pourtant, vous dites, Hélène, que vous avez fait le tri et ce que vous montrez est très en dessous de la réalité.
18:46Oui, c'est très étonnant parce qu'on a commencé à faire des projections publiques.
18:50Et moi, j'avais peur qu'on me reproche de ne pas être à la hauteur de l'horreur sur place.
18:55Et la réalité, c'est que finalement, la salle est souvent très choquée.
18:59Pourtant, effectivement, j'ai fait un tri parce que le fossé est tellement immense entre ce que le public voit au quotidien et la réalité sur le terrain
19:10que c'était presque pas diffusable et pas regardable, la réalité.
19:14Donc oui, il a fallu faire des choix.
19:16Et malgré ça, ça reste un film extrêmement dur à regarder.
19:21Sachant peut-être que les gens qui nous regardent ne se rendent pas compte ou ne réalisent pas,
19:25mais peut-être faut-il le raconter à nouveau.
19:27Aujourd'hui, il reste de ce bureau de l'AFP à Gaza des journalistes freelance, ceux qui n'ont pas été évacués.
19:33La plupart des rédactions du monde entier travaillent avec les dépêches, les photos, les images que ces journalistes-là envoient.
19:43Oui, et en fait, l'idée de ce film, c'était aussi de rendre hommage à leur travail.
19:47Parce que ces journalistes-là, qui sont des confrères et des consœurs, ont vu leur travail systématiquement mis en cause, attaqué.
19:55Et c'est insupportable, parce qu'ils exercent leur métier du mieux qu'ils peuvent, dans des conditions absolument abominables,
20:02dans lesquelles je pense qu'aucun de nous n'arriverait à travailler.
20:05Donc heureusement qu'ils sont là, parce que s'ils n'avaient pas été là, qu'est-ce qu'on aurait vu de ce qui se passe à Gaza ?
20:12Quasiment rien, en fait.
20:12Ce que racontent cette histoire, Amira, et puis Claire, c'est le peu de crédit apporté aux narratifs racontés par les Palestiniens,
20:23mais aussi aux pertes palestiniennes.
20:25Et l'une des explications, c'est que ces 60 000 morts n'ont pas de nom, n'ont pas d'histoire,
20:30il n'y a pas de récit autour des circonstances de leurs morts.
20:34Alors, de ce que vous en savez, comment est-ce que les Palestiniens de Cisjordanie,
20:38comment est-ce que les Gazaouis vivent cette invisibilisation totale des pertes humaines ?
20:44Je pense que vous avez sans doute fait le même constat.
20:46Moi, il y a une phrase qui me marque beaucoup et qui revient beaucoup dans la bouche des Palestiniens,
20:49et d'ailleurs souvent en deux langues, pour être bien sûr qu'on l'entende et qu'on l'imprime.
20:53« Lesna al-qam » en arabe et « we are not numbers ».
20:56Ça revient systématiquement.
20:58Et ces Palestiniens aussi, ces journalistes qu'on vient de voir à l'antenne à l'instant,
21:02s'ils se donnent aussi autant de mal, c'est parce qu'ils ont l'impression de devoir.
21:06Alors, ils savent qu'ils ne peuvent pas arrêter cette mécanique de la guerre,
21:08mais ils veulent au moins donner une espèce de tombeau,
21:11décemment que leur peuple soit reconnu, qu'on mette des visages, des noms, des voix sur toutes ces personnes.
21:17Claire Magonne, cette disparition du récit des individualités qui composent les victimes de la guerre,
21:25elles participent aussi à la santé mentale de l'ensemble d'une population ?
21:30Bien évidemment, mais je voudrais revenir là-dessus et d'abord dire par avance merci à Hélène pour le travail,
21:37et à Myra aussi évidemment, pour le travail autour d'Inside Gaza,
21:41parce que ce que subissent les journalistes, alors ciblés à Gaza,
21:47ce que subissent aussi les humanitaires et le personnel médical,
21:50qui est littéralement décimé, puisque je rappelle que c'est plus de 500 travailleurs humanitaires,
21:561700 personnels médicaux qui ont été tués à Gaza depuis le début, depuis le 7 octobre.
22:02Et 200 journalistes.
22:03Et 200 journalistes, absolument.
22:05Mais ça s'accompagne aussi de ce qu'on est en train de discuter là,
22:08c'est-à-dire que quelque part, ces journalistes, ces humanitaires,
22:13et ces palestiniens de Gaza, ne sont pas tout à fait des civils.
22:18Et finalement, la disparition du récit dont vous parlez,
22:21ce n'est pas juste un effet induit, ça fait partie d'une stratégie de déshumanisation,
22:25en fait, de l'entièreté de la population à Gaza.
22:29Journalistes, secouristes, humanitaires, médicaux, femmes, enfants,
22:34dont il faut encore rappeler, encore et encore,
22:36que depuis une vingtaine d'années, la bande de Gaza est déclarée entité hostile.
22:40Donc c'est vraiment un effet de propagande, en fait.
22:42Il s'agit vraiment d'une propagande organisée
22:44qui vise à relativiser, nier la souffrance des Palestiniens,
22:49nier tout simplement leur humanité, leur crédit.
22:53Oui, il ne s'agit pas de dire ici, Hélène Lamtrong,
22:56que la vie d'un journaliste palestinien, d'un humanitaire palestinien,
23:00vaudrait plus que la vie d'un civil palestinien,
23:03mais leur histoire est la même que celle de l'ensemble des Gazaouis aujourd'hui,
23:07ou des habitants de Cisjordanie, et ils s'en font l'écho.
23:11Oui, leur histoire est la même, et en même temps,
23:13il n'y a évidemment pas de gradation dans la gravité.
23:16De toute façon, on ne parle que de civil, qu'il s'agisse de professionnels
23:20ou de simples habitants.
23:22Mais en fait, ce qui est vraiment grave,
23:26c'est qu'attaquer un journaliste ou attaquer un humanitaire,
23:29ça a un sens particulier.
23:30Il y a une démarche, il y a une intention qui est extrêmement grave.
23:34En ce qui concerne les journalistes, c'est de tuer l'information.
23:38C'est de tuer aussi une forme de liberté d'informer
23:41et de penser ce qui se passe à Gaza pour tout le monde,
23:46y compris pour les Israéliens.
23:48En décrédibilisant systématiquement la moindre image,
23:51le moindre témoignage, le moindre bilan qui sort de Gaza,
23:54finalement, on rend complètement floue la frontière de ce qui est vrai,
23:59ce qui n'est pas vrai.
24:00On assiste quand même, depuis le 7 octobre 2023,
24:03à une désinformation majeure autour de ce qui se passe.
24:06Et les journalistes, dans des plaies à certains,
24:09sont un instrument de lutte contre la désinformation,
24:12si ce n'est le principal instrument de lutte.
24:13Donc, évidemment qu'il faut non seulement rendre hommage à leur travail,
24:16mais aussi rappeler que c'est un métier pour lequel les gens
24:19ne souhaitent pas mourir, évidemment, mais ils sont prêts à mourir.
24:21C'est-à-dire qu'ils ont conscience, une conscience aiguë,
24:25que sans une information libre, la paix n'est pas possible.
24:30Et donc, voilà, je pense qu'Inside Gaza essaye de rappeler ça
24:33à travers la voix des Palestiniens.
24:36Et je tiens à le dire, c'était important pour moi,
24:38qui n'ai pas pu aller à Gaza,
24:40comme tous les autres confrères et consoeurs de l'étranger,
24:45que ce soit eux qui racontent.
24:46C'est leur voix, c'est leur point de vue.
24:47Et ils ont été rares, les points de vue palestiniens,
24:51depuis le 7 octobre 2023 dans les médias occidentaux.
24:54L'enclave est fermée.
24:55Alors, j'ai dit observateurs étrangers tout à l'heure,
24:58je nuance mon propos.
25:00Évidemment qu'il y a des humanitaires étrangers à Gaza.
25:02Et d'ailleurs, sans eux, sans doute, les choses auraient été pires.
25:05Mais effectivement, l'enclave est fermée aux journalistes étrangers,
25:08sauf extraordinaire exception,
25:10et embedded avec l'armée israélienne, comme on dit,
25:12c'est-à-dire sous contrôle du narratif israélien.
25:16Il y a l'un des reporters qui travaille à l'AFP à Gaza,
25:19qui vous raconte pourquoi ça serait très important,
25:24ça aurait été très important que des journalistes étrangers
25:26viennent à Gaza.
25:28Non pas parce que la façon dont les journalistes palestiniens travaillent
25:31ne serait pas à la hauteur,
25:33mais pour une des raisons qu'il explique.
25:35On va regarder un des extraits du film.
25:36C'est parti.
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