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00:00Bonjour à tous et merci de nous rejoindre aux quatre coins de l'Europe, notre nouveau magazine qui vous emmène partout où l'Union Européenne rencontre ses territoires, y compris les plus reculés.
00:29Nous sommes précisément à l'extrémité ouest, au cœur de l'Atlantique, dans l'archipel des Açores, région autonome portugaise de 240 000 habitants.
00:39Cette Hawaï de l'Europe est considérée comme une région ultra-périphérique à handicap et à ce titre reçoit de l'Union Européenne une manne très importante, y compris 160 millions d'euros par an, au titre de la solidarité régionale.
00:54Pour autant, les Açores réussissent-ils leur rattrapage ? Nous allons découvrir ensemble qu'il leur faudra encore soulever des montagnes avant de devenir un paradis durable.
01:04Bienvenue au Chaguriana !
01:18Cette plantation de thé a commencé il y a cinq générations par mon arrière-arrière-arrière-grand-mère.
01:30Une bonne année, on peut produire 72 tonnes. Tout dépend des conditions climatiques.
01:37Nous avons reçu trois fonds européens pour un total de 430 000 euros.
01:52Les subventions pour le développement rural nous ont permis de créer une nouvelle variété de thé, car oui, ici, nous faisons aussi de la science.
02:01On ne fait pas que du thé, mais du bon thé.
02:05On a même gagné le prix du produit de l'année.
02:09Un autre fonds européen nous a permis de financer des machines, et un autre encore, nos emplois dans le tourisme.
02:15Nous avons 78 employés au total, et c'est en vendant aux touristes que notre entreprise de fabrication de thé réalise 60% de son chiffre d'affaires.
02:27Alors ça, cette feuille-là, c'est du thé, et c'est d'ailleurs du thé des Açores, et c'est très représentatif de ce qui se passe ici.
02:34Nous en parlons avec un économiste, Rui Bettencourt, bonjour.
02:37C'est le seul endroit en Europe qui produit du thé, du thé noir, du thé vert, depuis plus de 140 ans.
02:44Maintenant, comment ça a changé un peu, à faire une vraie métamorphose dans cette entreprise, avec les fonds européens,
02:51tourner la production du thé vers les touristes, comme ça ils visitent le champ de thé, ils goûtent le thé.
02:58Ce qui est fascinant, quand même, sur cette île des Açores, à la différence des autres régions ultra-périphériques,
03:03elle est très montagneuse, et elle est très agricole, il y a une vraie industrie agroalimentaire aussi attachée à une culture locale.
03:11Nous produisons environ la moitié du beurre de tout le Portugal, et la moitié du fromage, nous avons 400 000 vaches, nous avons 240 000 habitants.
03:231,1 milliard d'euros versés aux Açores sur 7 ans, presque 162 millions par an, pour 240 000 habitants, vous le disiez,
03:33et c'est un chiffre énorme.
03:35C'est des îles très éloignées, il y a 9 îles, des îles qui ont 400 personnes, 3 000 personnes, 10 000 personnes,
03:42et celles-là, 120 000 personnes.
03:44Donc il faut pour chaque île des hôpitaux, des centres de santé, des écoles, des aéroports, des ports.
03:49Et donc, dans une première phase, tous les fonds européens ont été dirigés vers ces infrastructures.
03:56Maintenant, le grand défi, c'est de tourner une économie vers une nouvelle économie, plus innovante, plus proche des gens,
04:04et aussi qui ait un impact sur les salaires des gens.
04:08Nous avons maintenant un manque de main-d'oeuvre impressionnant, parce qu'il y a beaucoup de jeunes qui sortent.
04:13Est-ce que le rattrapage économique, il a eu lieu, finalement ?
04:16Oui, pendant la période de Troïka, 2014-2015, le Portugal a été mis sous tutelle d'une Troïka européenne
04:23qui a freiné énormément l'activité économique, avec un taux de chômage 15, 16, 17 %,
04:30et puis après, le Covid qui a freiné un peu l'activité économique.
04:34Et maintenant, on a rattrapé le chômage, est revenu au plan d'emploi,
04:38et les fonds européens ont beaucoup aidé.
04:42Le plan de relance n'a pas un taux d'utilisation très important.
04:47On est à 30 %, 20 %, 3 % ?
04:49Oui, dans les 20, 24 %, et on a un an encore pour dépenser,
04:55et c'était un plan de relance dans les 725 millions d'euros
04:58qui s'ajoutent aux autres que vous avez parlé, du fonds de cohésion.
05:02Et donc, absorber tout cet archiposissement, il faut avoir une vision stratégique très forte.
05:10Et on va goûter ce thé, le goût des Açores.
05:12Allez !
05:13Félicitations !
05:15Ici, vous voyez, Walter, on a fait ici la première petite présentation du Fogo Lodge,
05:21avec des 3D de ce que va devenir l'ancienne fabrique de lin,
05:25et de l'immersion qu'on va proposer à nos clients dans la nature Açorienne.
05:30Génial !
05:30Ça nous a pris finalement, je pense, 4 ans pour réaliser ce projet
05:35et obtenir les subsides de l'Union Européenne.
05:37Comme tu le sais, avec l'Union Européenne, on a beaucoup de bureaucratie.
05:42Bruxelles, le gouvernement central du Portugal,
05:45et le gouvernement régional ici, aux Açores.
05:48Il y a 3 paliers à franchir.
05:53N'empêche, il ne faut pas oublier non plus les montants que l'on reçoit au niveau des subsides.
05:58On parle d'entre 45 à 70 % de subsides par rapport à un montant éligible,
06:06avec un plafond à 7 millions par projet qu'on espérera atteindre.
06:10Oui, nous obtenons ces très fortes subventions parce que nous avons le statut de région ultra-périphérique.
06:15Et l'éloignement rend toute production beaucoup plus difficile à entreprendre aux Açores qu'ailleurs en Europe.
06:23A 1 500 km de là à vol d'oiseau dans les capitales européennes,
06:28le débat est ouvert sur le financement des régions ultra-périphériques.
06:31La commission a prévu que les États nationaux s'emparent de la politique de cohésion
06:35qui représentera un tiers du budget UE en 2021-2027, soit 380 milliards d'euros.
06:42Elle sera d'ailleurs fusionnée avec celle de l'agriculture.
06:45La peur des régions, c'est que sans avoir une allocation financière claire d'un point de vue territoriel,
06:54par exemple, il n'y a pas de garantie sur l'argent qu'ils vont recevoir.
06:59Ça veut dire qu'ils pourraient se transformer dans une politique de compétition pour l'argent des régions plus pauvres.
07:09Les risques, c'est que certaines régions vont avoir beaucoup de succès à avoir de l'argent et les restes vont perdre.
07:17Et une politique de cohésion qui marche à l'inverse, qui crée de la compétition entre les régions,
07:23ce n'est pas une politique de cohésion.
07:25Il y a aussi des différents traits politiques sur la bonne utilisation des fonds dans les îles comme les Açores.
07:33Aux Açores, la gestion du PPE, la droite, accroît l'exclusion sociale.
07:39Le temps des grands investissements pour les infrastructures est bien terminé.
07:44Il faut maintenant développer l'économie et le social et investir dans le capital humain,
07:51car moins de la moitié des Açoriens ont un diplôme universitaire.
07:59La bataille pour le futur budget a commencé et tous les coups sont permis.
08:09Nous avons le plaisir maintenant d'être en compagnie du président du gouvernement régional.
08:23Alors il faut savoir que les Açores, c'est une région autonome, ça a beaucoup de pouvoir.
08:29José Manuel Boliero, bonjour.
08:31Bonjour.
08:32Votre parti, donc le PPE, la droite en fait, dirige les Açores depuis 2020.
08:39Avant, c'était quand même plus de 20 ans de socialisme.
08:43Vos adversaires politiques vous reprochent d'investir beaucoup dans la compétitivité,
08:47mais pas assez dans l'inclusion sociale, la jeunesse.
08:51Je ne suis pas d'accord avec vos conclusions.
08:56Mon programme social est très fort depuis 4 ans.
09:00Et j'ai l'intention d'augmenter la cohésion sociale pour arriver à la moyenne nationale portugaise et même européenne.
09:09Nous sommes à 71%.
09:11Mais on a besoin de l'aide européenne pour cela.
09:17Nous sommes une région ultra-périphérique, avec beaucoup de contraintes.
09:22Et notre propre économie ne peut pas être aussi compétitive que sur le continent.
09:27Prenons le cas du plan de relance.
09:30Eh bien, par exemple, vous n'avez utilisé que 30%, un tiers de ce plan de relance dans les Açores.
09:36Il y a encore un an.
09:37Je veux absorber tous les fonds structurels, y compris ceux du plan de relance sur 2 ans.
09:44Nous sommes arrivés au plein emploi.
09:46Eh bien, cet argent doit nous permettre de garder nos entrepreneurs et nos travailleurs, y compris les plus jeunes.
09:54On a besoin d'eux et on veut les aider à se développer.
10:001 000 jeunes partent chaque année.
10:04Oui, ils partent étudier.
10:05La majorité revient aux Açores.
10:08Et en plus de ça, notre économie est de plus en plus attractive et attire de plus en plus de migrants.
10:15Le précédent exercice, 1,1 milliard d'euros pour les Açores.
10:22Le suivant, donc, de 2021-2027, 1,1 milliard.
10:28C'est bien, mais avec l'idée que peut-être ça va être renationalisé.
10:31Ce seront les États nationaux qui vont décider d'où vont les fonds.
10:34Et ça, ça ne vous convient pas ?
10:36Je ne suis pas du tout content de cela.
10:40Je pense que c'est une bêtise pour le futur de l'Union européenne et le respect aux régions ultra-périphériques.
10:46Nous avons notre propre gouvernement autonome.
10:49Il faut que l'Union européenne le comprenne et parfois, d'ailleurs, elle comprend mieux nos besoins que le gouvernement portugais lui-même.
10:59Notre but est de maintenir en place ce système qui permet des relations directes entre les régions ultra-périphériques et la Commission européenne.
11:08Merci, M. le Président.
11:12Alors, dans votre paradis assorien, la gestion des déchets reste un enjeu majeur.
11:17Et d'ailleurs, Luc Brown est allé regarder comment l'Union européenne vous aide à vous en débarrasser.
11:25Ramassage de déchets sur l'une des plages de l'île de Santa Maria.
11:29Le butin de cette cueillette risque fort de ne pas être gardé comme souvenir.
11:33Une fois par an, ces bénévoles locaux tentent un grand nettoyage des plages.
11:42Améliorer l'environnement pour les prochaines générations, c'est l'héritage que je souhaite léguer à ma fille.
11:48Nous sommes au milieu de l'Atlantique, il y a énormément de courant et ces déchets que vous voyez ne cessent de revenir.
11:56Cette opération a permis de ramasser sur cette île de Santa Maria 1000 kilos de détritus.
12:00Ces dernières années, les fonds de cohésion ont financé six projets liés aux déchets marins dans les assors.
12:06De la détection des microplastiques dans les courants marins, à la réduction globale des déchets qui finissent dans l'océan.
12:12C'est un problème transfrontalier.
12:16Il est très difficile de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour réduire la masse de plastique qui vient du monde entier.
12:22Nous ne contrôlons pas les courants marins.
12:24Donc on se doit de minimiser l'impact au sol sur nos territoires.
12:27Les déchets marins qui terminent leur course sur les plages des assors ne sont pas le seul problème.
12:35La gestion quotidienne de ces déchets est un casse-tête permanent.
12:38Cette usine de recyclage à Sao Miguel gère 90 000 tonnes de déchets chaque année.
12:43Elle a reçu 2,2 millions d'euros en 2018 de l'Europe.
12:46Elle permet aux assoriens de diminuer de moitié la quantité de déchets envoyés à la décharge.
12:51Cette année, après le centre de retraitement biologique et mécanique, nouvelle étape, un incinérateur de déchets a ouvert avec 53 millions de fonds européens.
13:01Ce qu'on fait, c'est qu'on recycle tout ce qu'on peut, les emballages, les recyclables.
13:07Puis on trie les déchets organiques en deux catégories, une pour le compost, une pour le biogaz, envoyés dans notre générateur pour fabriquer de l'énergie.
13:15L'incinération des déchets permet de produire 5 mégawatts d'énergie renouvelable.
13:21Mais les militants écologistes de l'île se battent depuis 10 ans pour éviter cette étape.
13:26Selon eux, l'incinérateur détruit encore trop de déchets qui pourraient être recyclés.
13:31Cet incinérateur est le dernier de ce modèle à être financé par l'Union européenne.
13:36Pour nous, région ultra-périphérique, c'est clairement le signe d'une gestion démodée des déchets, bien qu'elle soit soutenue par l'Europe.
13:48Située à 1400 km du continent, les Açores sont face à un dilemme cornelien.
13:53Tout ce qui n'est pas recyclé termine soit dans un incinérateur, soit dans une décharge.
13:57Ce qu'on espère avec cette usine, c'est se débarrasser des décharges et créer une nouvelle forme d'énergie utile pour notre île.
14:08On aura moins besoin d'importer des énergies fossiles et cela réduira les émissions nocives dans l'atmosphère.
14:17Décharge ou incinération, aucune de ces deux options ne s'attaque au vrai problème des Açores.
14:22Chaque habitant produit en moyenne 1,8 kg de déchets par jour, soit 25% de plus que sur le continent.
14:39Bienvenue à l'hôtel Senora da Rosa, à São Miguel.
14:45Nous avons 47 employés et nous avons ouvert en 2021.
14:52L'investissement total est de 6 millions d'euros.
14:55Les montants éligibles aux aides européennes, de 4,5 millions d'euros.
15:00Et nous avons été cofinancés à 60% par l'Union européenne.
15:07Nous avons reçu plus d'argent parce que nous sommes des bons élèves au niveau du développement durable.
15:14Par exemple, nous avons 220 panneaux photovoltaïques sur les toits.
15:17Nous avons 35 chambres pour nos clients.
15:21Et puis, n'oublions pas notre superbe plantation d'ananas qui produit 600 ananas et ce, tous les deux ans.
15:30Maintenant, nous sommes dans ce magnifique écologe au cœur de la capitale avec José Tocht.
15:35Bonjour.
15:36Bonjour.
15:36Vous êtes de l'organisme qui vérifie la soutenabilité de l'île.
15:41L'an dernier, nous avons reçu 1,3 millions de touristes, soit 4,3 millions de nuitées.
15:48Nous avons développé des activités touristiques basées sur le respect de la nature et la préservation de notre identité culturelle.
15:55Tout ce travail a été abattu et reconnu, surtout depuis 2019.
16:00C'est l'année où nous avons reçu le label Destination de Tourisme Durable, dans le cadre du programme EarthCheck.
16:07Nous avons même atteint le niveau or le plus haut possible l'an dernier.
16:12L'agriculture, c'est 6% du PIB des Açores.
16:17C'est énorme.
16:18Et alors, le tourisme, 17%, c'est très, très stratégique pour vous ?
16:23Oui, c'est un secteur qui s'est développé très vite.
16:27Nos touristes viennent principalement des Etats-Unis, de l'Allemagne, de l'Espagne et de la France.
16:32Nous faisons aussi en sorte que ce tourisme soit également réparti entre toutes nos îles.
16:37Tous les secteurs économiques bénéficient de la bonne santé de notre tourisme.
16:40Les hôtels de la région utilisent les produits locaux.
16:43Ah bah justement, on va aller manger un petit peu d'ananas.
16:46Let's try it.
16:53Mmmh, super sucré cette ananas.
16:56C'est vrai, il faut bien comprendre que cette ananas met deux ans à pousser.
17:01C'est beaucoup plus de temps que la plupart des fruits commercialisés ailleurs.
17:05C'est sur cette note très sucrée que nous refermons le programme.
17:08Merci, merci à vous de l'avoir suivi.
17:10Il y a une autre émission consacrée à l'économie des Açores.
17:13Si vous regardez bien sur France24.com, à très bientôt à tous.
17:16Sous-titrage Société Radio-Canada
17:46Merci à vous.
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