00:01Europa, Eliott Deval et vous.
00:03Eliott Deval et vous, 11h-13h, c'est votre rendez-vous d'écryptage et débat autour de l'actualité.
00:09Et l'actualité cette semaine, c'était notamment le procès d'Otabia Benkiret pour le meurtre de Lola en 2022.
00:15L'accusé a été condamné hier après 6 jours de procès à la prison à perpétuité, une décision de justice saluée par la famille de Lola.
00:22Et pour en parler en studio en direct avec nous ce matin, Georges Fenech, ancien magistrat,
00:26Thomas Bonnet, journaliste politique CNews et Jean-Yves Leborgne, avocat pénaliste.
00:30Et auteur de Coupable Liberté, Jean-Yves Leborgne.
00:34On est en direct avec Rémi.
00:36Cher Rémi, bonjour.
00:37Si comme Rémi vous souhaitez réagir en direct dans Eliott Deval et vous sur Europe 1, 01-80-20-39-21.
00:45Merci de réagir, cher Rémi, en direct chez nous.
00:48Avant d'avoir votre regard sur la décision de justice et de savoir si, oui ou non, il faut mettre en place la perpétuité réelle,
00:58c'est-à-dire de n'apporter aucune alternative possible à la détention et à la mise, finalement, hors d'état de nuire de criminels, d'enfants par exemple,
01:08je voudrais qu'on écoute le sujet de François Tyskiewicz.
01:11La question qu'on doit se poser, c'est dans 30 ans, donc en 2055, est-ce que Damia Benkirède sortira de prison ?
01:21Est-ce qu'elle aura la possibilité de le faire ? La réponse est oui.
01:23Est-ce qu'elle sortira ? La réponse, on ne l'a pas aujourd'hui.
01:28Ce dont on est certain, c'est qu'elle aura la possibilité, dans 27 ans très précisément,
01:32puisqu'elle a déjà fait trois ans de détention provisoire, dans 27 ans, de demander un aménagement de la peine.
01:39François Tyskiewicz.
01:40En théorie, la perpétuité incompressible n'est pas vraiment réelle.
01:45Damia Benkirède peut, dans 27 ans, en comptant ses années de détention provisoire,
01:50demander au tribunal de l'application des peines de revenir sur l'impossibilité de demander un aménagement de peine.
01:56Elle aura alors 54 ans.
01:58Pendant 30 ans, on sait qu'il n'y aura pas de remise de peine, il n'y aura pas de possibilité de libération, il n'y aura rien de tout ça.
02:04C'est ce qu'on appelle incompressible.
02:06On va réévaluer sa dangerosité, on va réévaluer son parcours.
02:11Depuis son instauration en 1994, la perpétuité incompressible n'a été prononcée qu'à quatre reprises,
02:18pour des meurtres d'enfants accompagnés de viols ou tortures.
02:21La justice a infligé cette peine en 2007 à Pierre Baudin, alias Piro le Fou,
02:26en 2008 à Michel Fourniret, l'ogre des Ardennes,
02:28à Nicolas Blondio en 2015 et Yannick Luande-Botelo en 2016.
02:33Dabia Benkired a désormais dix jours pour faire appel de sa condamnation.
02:38Bonjour Rémi.
02:39Bonjour, bonjour à tous.
02:41Merci d'être en direct avec nous sur Europe 1.
02:46Qu'est-ce que vous pensez justement de cette décision de justice ?
02:49Est-ce qu'il faut aller...
02:50La justice est allée au plus loin, au plus ferme.
02:53Elle ne pouvait pas faire plus aujourd'hui.
02:54Mais est-ce que d'imaginer que dans 30 ans,
02:58et on prendra cet exemple-là de Dabia Benkired,
03:02mais pour un meurtrier ou une meurtrière d'enfant,
03:04la possibilité pour un condamné à la prison à perpétuité incompressible,
03:10dans 30 ans, de se dire qu'il y a une possibilité de sortir ?
03:14Est-ce que ça vous choque ?
03:15Qu'est-ce que vous en pensez, cher Rémi ?
03:18Ah oui, moi ça me choque complètement,
03:19parce que cette personne doit être mise à l'écart à tout jamais.
03:24Mais à tout jamais, on va dire.
03:25Parce que, vu de ce qu'elle a fait,
03:28que ce soit des crimes comme ce qu'elle a fait,
03:30ou un acte terroriste, ou des choses comme ça,
03:33c'est des gens qu'on ne devrait même pas se poser la question
03:35de savoir est-ce que dans 30 ans, dans 40 ans,
03:38ils peuvent sortir ou être mis en liberté.
03:41Je trouve que c'est même indécent
03:42vis-à-vis par rapport aux familles des victimes.
03:45On pose la question, et le débat, on va dire, n'est pas relancé,
03:52mais je veux dire, la question est remise au goût du jour,
03:54concernant la peine de mort pour ces personnes.
03:57Mais qui s'occupe, par exemple, de la peine de mort pour les victimes ?
04:00Pour la famille de Lola, pour la famille de Philippines,
04:03pour toutes les familles de ces actes odieux,
04:06eux, la peine de mort, ils l'ont eue au final.
04:07Et on ne peut pas revenir en arrière.
04:09Et il faut rappeler que le papa de la petite Lola est mort.
04:13Et oui, tout à fait.
04:14Il est mort quelques mois après le meurtre de sa fille.
04:18Il est mort de chagrin.
04:19Et c'est vrai qu'aujourd'hui,
04:22et c'est pour ça que c'est une question qui est centrale,
04:25depuis 1981 et la brogation de la peine de mort,
04:29la promesse, c'était à la barbarie,
04:31la justice ne doit pas répondre par un acte barbare,
04:35un acte criminel.
04:36Mais l'alternative, la promesse,
04:39c'était justement de mettre hors d'état de nuire
04:42à travers une perpétude réelle.
04:43On n'en est même pas capable.
04:44La justice n'en est même pas capable
04:46parce qu'il y a la possibilité
04:48que cette personne puisse ressortir dans 27 ans.
04:52Et c'est infâme, on va dire,
04:55de se poser ça.
04:57On ne peut même pas se mettre à la place des victimes
04:59ou de la famille des victimes.
05:01Mais comment eux, ils prennent le...
05:04C'est impossible.
05:05Ils ont déjà perdu une personne de leur famille
05:09et on leur dit,
05:10nous, en France,
05:11on peut éventuellement la remettre en liberté dans 27 ans.
05:15Bon, précisons quand même que cette alternative...
05:17On ne cache pas que je pense qu'elle ressortira dans 27 ans
05:20parce qu'ils vont juger que...
05:23Ça, on ne peut pas voir...
05:24Personne n'est capable de lire dans l'avenir.
05:28Mais le simple fait de se poser la question
05:30potentiellement dans 27 ans
05:31peut être effectivement perturbant
05:33et c'est pour ça qu'on en parle ce matin.
05:36En revanche, là, ce n'est pas la justice
05:38puisque la justice, c'est allé au plus loin,
05:40au plus ferme, au plus haut.
05:41C'est aux législateurs.
05:43Exactement, ce sont les lois.
05:45Thomas Bonnet du service politique de CNews
05:47et on reviendra parce qu'à travers le drame
05:49de la petite Lola,
05:50il y a des failles,
05:53des failles très importantes
05:54sur les questions de sécurité,
05:56sur les questions migratoires
05:57que les politiques, par idéologie,
05:59par lâcheté, par irresponsabilité,
06:01ont refusé de pointer
06:03et de se poser les bonnes questions
06:04pendant trois ans.
06:05Absolument.
06:06Maître Leborgne, vous avez dit
06:07qu'il faut, le contrat entre l'État
06:09et les citoyens,
06:10c'est d'écarter de manière définitive
06:12le danger que peut représenter
06:13Dabia Benkiret.
06:14Et je pense que ce mot,
06:15il est très important.
06:16Effectivement, on n'a plus la peine de mort.
06:17L'aspect définitif de la peine
06:19doit, d'une manière ou d'une autre,
06:20s'exercer.
06:21Et c'est donc là tout le débat
06:22du législateur.
06:23Ensuite, on ne peut pas, évidemment,
06:24faire l'économie dans le fait
06:27d'aborder cette décision de justice,
06:29de rappeler que jamais Lola
06:32n'aurait dû croiser la route
06:33de Dabia Benkiret.
06:34Ce qui ajoute à l'horreur
06:35de ce procès.
06:37Je rappelle qu'elle était sous OQTF
06:38et que ça témoigne, encore une fois,
06:41et vous l'avez dit,
06:41des failles énormes.
06:43On commente parfois
06:44les tambouilles politiciennes
06:45entre le Quai d'Orsay,
06:47le ministère de l'Intérieur
06:48sur la question des OQTF,
06:49la question de notre rapport
06:50avec l'Algérie.
06:51Là, on a une concrétisation
06:52éclatante et horrible
06:54et terrifiante
06:55du fait que la France
06:57n'est pas capable
06:58d'exécuter les OQTF
07:00et c'était la même chose
07:01pour Philippines
07:01dans un autre dossier.
07:03Donc, il y a un moment
07:04où la question va devoir se poser.
07:05Question dont je note
07:06qu'elle est soigneusement
07:07évitée par une grande partie
07:09des responsables politiques
07:10et par une grande partie
07:11du paysage médiatique
07:12qui ne veut pas aborder
07:14cet aspect-là de la question.
07:15Alors, évidemment,
07:15il y a le procès,
07:16il y a l'horreur,
07:17il y a les faits,
07:17il y a la décision de justice,
07:18c'est très important.
07:19Je salue là aussi
07:20la dignité de la famille.
07:21Mais il y a aussi, quand même,
07:23cette question migratoire,
07:24ces failles de l'État
07:25qui n'est pas capable
07:26de faire respecter son autorité
07:27et qui place sur la route
07:29de jeunes filles,
07:30de la jeune Lola,
07:31des femmes qui n'auraient pas
07:32dû être présentes.
07:33On reviendra évidemment
07:34sur la question politique
07:35dans un instant
07:35parce qu'il y a ce déni politique.
07:37Il y a aussi un autre déni,
07:39c'est le déni médiatique.
07:41C'est très intéressant
07:41de voir comment
07:42le procès
07:43d'Abia Benkired
07:45a été traité médiatiquement.
07:47Certains ont préféré
07:49parler récupération
07:50de l'extrême droite
07:51plutôt que de revenir
07:53sur les faits
07:54et sur les failles.
07:55Mais je veux qu'on reste
07:56sur la justice
07:56et vous êtes nombreux
07:57à vouloir réagir aux standards,
07:58vous êtes également nombreux
07:59à réagir sur les réseaux sociaux.
08:02Un auditeur me dit
08:03tout ce que l'on peut noter,
08:05c'est son avis,
08:06bien sûr,
08:07et c'est la Radio Libre,
08:07on a le droit évidemment
08:08de se poser toutes les questions,
08:10c'est que la justice populaire
08:12est juste et implacable
08:13contrairement à la justice
08:15des seuls juges.
08:16Parce qu'en cours d'assises,
08:18vous avez un juré populaire,
08:19vous avez trois magistrats
08:20professionnels,
08:21alors que par exemple
08:22au correctionnel,
08:23et vous étiez
08:24il y a quelques semaines
08:26au cœur d'un procès historique,
08:28c'est vrai qu'il n'y avait pas
08:29ce juré populaire.
08:30Et je parle par exemple
08:31du procès
08:32de l'affaire Libyenne
08:33qui a condamné
08:34en première instance
08:35et envoyé en détention
08:36un président de la République
08:38qui a pourtant fait appel.
08:40Qu'est-ce que vous répondez
08:40à cet auditeur
08:41qui dit
08:42il y a un décalage,
08:43on a l'impression
08:43que quand c'est un procès
08:44en assise,
08:45c'est plus ferme,
08:46plus implacable.
08:47Ça ne souffre
08:48d'aucune contradiction.
08:49Écoutez,
08:50je ne crois pas
08:52que ce soit exact.
08:53Je peux comprendre
08:55cette impression.
08:56D'abord,
08:58fixons les compétences
08:59matérielles.
09:00La cour d'assises
09:01juge
09:02les infractions
09:04les plus graves,
09:05les crimes.
09:06On comprend
09:07qu'aux infractions
09:08les plus graves
09:09répondent
09:10les peines
09:10les plus fermes.
09:11En correctionnel,
09:13les faits
09:14qui sont soumis
09:15à la décision
09:16des juges professionnels,
09:18car comme vous le disiez,
09:19ils sont trois professionnels
09:20et seulement des professionnels,
09:22ne sont pas
09:23de la même gravité.
09:25Et je pense
09:26qu'il faut aussi rompre
09:27avec l'idée
09:28d'une justice
09:30laxiste.
09:31Vous savez,
09:31ça fait bien longtemps
09:32que je plaide
09:34au pénal
09:34et avec le temps,
09:37j'ai vu
09:37les peines,
09:38les réponses
09:39pénales
09:40s'affermir
09:41de plus en plus.
09:43Et je pense
09:44que le vrai sujet,
09:45c'est
09:45quelle est
09:46la réponse
09:47adéquate ?
09:49J'ai toujours pensé
09:50que
09:50la prison
09:52dont nous considérons
09:53qu'elle est la seule réponse,
09:55mais parce que
09:55nous avons oublié
09:56que la prison
09:57est effectivement
09:58la seule réponse
09:59depuis la Révolution française.
10:01Pas avant.
10:03Avant,
10:03il y avait
10:03les châtiments corporels.
10:05Alors,
10:05pas question
10:05d'y revenir.
10:06On continue
10:07d'en parler
10:08dans un instant.
10:08On a une courte pause,
10:09mais c'est là,
10:10encore une fois,
10:11un sujet absolument
10:11passionnant.
10:13Vous dites
10:13qu'on met tous les moyens
10:14pour la cour d'assises,
10:16en tout cas,
10:17pour les peines
10:17les plus lourdes.
10:19Pardonnez-moi,
10:19si on doit faire
10:21un audit comptable,
10:23et on ne va pas rentrer
10:24là-dedans,
10:24mais de certains dossiers
10:26aux assises,
10:28en parallèle,
10:29voir ce qui a pu se passer,
10:30par exemple,
10:31dans l'affaire libyenne,
10:31je pense qu'il y a plus
10:32de moyens qui ont été mis
10:33dans l'affaire libyenne
10:34que dans des dossiers
10:35ô combien importants
10:36aux assises.
Commentaires