00:00C'est vrai qu'au début, moi, même à l'enterrement,
00:02le premier jour, je ne voulais même plus partir.
00:03Je me suis dit, je vais dormir là.
00:04Je ne voulais plus m'en aller.
00:05Je me disais, je vais le laisser.
00:06J'abandonne mon enfant, quoi.
00:08C'était horrible.
00:11Et ce qui m'a permis de tenir,
00:14ça, c'est sûr, c'est mes enfants.
00:15Je suis partie de mon enfant déjà assez tragique et pas pire.
00:18T'as le après, le manque, l'espace vide.
00:20Parce que c'était des jumeaux, donc j'avais quand même mon fils Leroy,
00:23mais j'en avais deux, donc c'était double câlin.
00:25Là, j'en avais plus qu'un.
00:26Puis son frère me rappelait mon fils Jude.
00:28Enfin, voilà, c'était tout un truc parce que j'en avais quand même encore un,
00:31mais il me manquait mon fils que je n'avais plus.
00:33Charlie, ça l'a beaucoup impacté.
00:35Elle me posait beaucoup de questions.
00:37Pourquoi ? Il revient quand ?
00:39Ça a duré un moment.
00:40Donc ça, ça me rajoutait encore plus une peine parce que je disais qu'il revenait pas.
00:44Enfin, ça a été compliqué, mais j'avais mes enfants,
00:46Joy qui est dans son petit monde,
00:48donc elle souriait.
00:50Et puis mon fils aussi Leroy qui avait besoin de sa maman.
00:52Je ne pouvais pas pleurer tout le temps,
00:53même si des fois, j'avais des larmes qui coulaient sans raison.
00:56Mais voilà, il fallait quand même que je garde la tête haute
00:58et je n'étais pas tout le temps en train de pleurer devant mes enfants surtout.
01:00Il y avait mon mari aussi qui lui aussi était hyper triste en prison.
01:04Enfin, il faut imaginer aussi.
01:05Alors certes, il est parti en prison pour certaines choses.
01:08C'est un fait, mais il a quand même perdu son fils,
01:10emprisonné dans 8 mètres carrés, sans famille, sans amis.
01:14Moi, j'étais quand même entourée.
01:15J'ai eu des amis, pas beaucoup.
01:17J'en ai perdu beaucoup, mais j'en ai des bons.
01:19Non, je sais que c'est des bons amis.
01:21Mon mari, tout le monde m'a fait tenir.
01:22Ma famille, mes gens proches, en fait.
01:24Ma vie, à moi, le noyau, le cœur de ma vie, quoi.
01:27Mon fils, il décède.
01:30On me vole déjà l'information.
01:32Je ne l'avais même pas annoncé.
01:33De toute façon, c'est tellement un choc
01:35que ce n'était pas du tout dans mes pensées de dire
01:38alors j'ai perdu mon fils, quoi.
01:39Parce que j'étais devant l'enval,
01:42qu'ils ont pris mon fils, des autopsies,
01:43en train de pleurer, en train d'appeler les pompes funèbres
01:45pour essayer de trouver un emplacement à mon fils.
01:47Donc, je n'étais pas du tout en train de me dire
01:48comment je vais l'annoncer sur les réseaux sociaux.
01:50Je le voyais, j'avais mon téléphone,
01:51ça sonnait, ça ne faisait que sonner.
01:53Ça a empiré ma tristesse.
01:54J'étais déjà au plus mal.
01:55Alors avec ça, c'était le pompon, quoi.
01:57C'était intime, là.
01:58C'était quelque chose qu'il fallait qu'on vive entre nous.
02:00Il faut être très fort parce que perdre un enfant,
02:02c'est inimaginable.
02:03On sait que ça existe,
02:04mais on ne pense jamais que ça va nous arriver.
02:06Quand ça t'arrive, c'est très brutal.
02:08Il faut être bien entouré
02:09et se dire qu'après ça, ça ira mieux un jour ou l'autre.
02:13Ça va aller mieux un jour.
02:14Il faut être fort.
02:15Le livre, il m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup aidée.
02:17Ça m'a permis de penser à autre chose
02:19que ce que j'étais en train de vivre maintenant.
02:20En fait, je me suis rendu compte
02:21que j'ai aidé pas mal de gens
02:22parce que j'ai des gens dans la rue qui m'arrêtent,
02:23qui me disent
02:24« Mais moi aussi, j'ai perdu un enfant.
02:25Merci pour ton livre. »
02:27Et vu qu'on a retracé tout le fil de ma vie,
02:29on parlait de plein de choses d'avant.
02:30Ça m'a fait vraiment, vraiment beaucoup de bien.
02:32Ça a été comme une genre de thérapie.
02:34Si je ne l'avais pas fait,
02:35ça aurait été beaucoup plus compliqué
02:37à aller mieux, on va dire.
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