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  • il y a 9 mois
TRANSAT CAFÉ L'OR Le Havre Normandie 2025 - Interview avec Achille Nebout & Gildas Mahe I CLASS40 AMARRIS

Catégorie

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Sport
Transcription
00:00Achille Nebou et Gilda Mahé font partie des favoris en classe 40,
00:04privés d'une partie de la saison après un dématage au printemps.
00:07Ils arrivent au Havre, plein de fraîcheur.
00:09Achille, Gilda, bonjour.
00:12Est-ce que, Achille, tu peux me présenter ton voisin ?
00:15Oh, mais tout le monde le connaît, mon voisin.
00:18Gilda Mahé, skipper depuis de nombreuses années maintenant.
00:24Une énorme expérience en course au large et un très très beau palmarès.
00:27Un des grands talents de sa génération, j'ai envie de dire.
00:32Gilda, même question ?
00:34Eh bien, je pourrais dire exactement la même chose.
00:37J'ai juste à changer les noms.
00:39Mais une autre génération, du coup.
00:41Un peu en dessous.
00:43Mais voilà, le seul truc que je pourrais rajouter, c'est un bon mec.
00:51Mais tu aurais pu le dire, ça aussi.
00:52Tout simplement.
00:53Alors, vous aviez couru ensemble déjà la Transat Jacques Vabre, il y a deux ans.
01:01Vous avez terminé deuxième.
01:03Après une course épique.
01:05Est-ce qu'en deux mots, tu peux me raconter cette course ?
01:08Oui, l'édition d'il y a deux ans était quand même, comme tu dis, assez épique.
01:12Avec un scénario dingue pour les classes 40.
01:15Bon, déjà, ce départ et cet arrêt à Lorient pendant une semaine, je crois.
01:19Un départ musclé avec des images, je crois, qui ont fait date pour la classe 40 et pour la course au large, tout simplement.
01:27Et ensuite, un deuxième départ de Lorient avec un scénario météo compliqué sur l'Atlantique.
01:31Très compliqué.
01:33Et des options météo dans la classe 40, avec beaucoup d'écarts entre les bateaux.
01:38Et un suspense assez dingue jusqu'aux dernières heures de course.
01:42Donc, voilà, nous, on était adeptes d'une option Nord assez engagée, voire très engagée.
01:47Donc, on a vécu une Transat dure physiquement, marquée par l'accident de Gilda, voilà, à quatre jours de l'arrivée, dans un planté.
01:57Donc, un souvenir pas évident, mais qui avait terminé de belles manières avec une deuxième place arrachée au bout de l'effort, j'ai envie de dire.
02:06Jusqu'à, dans les derniers mille avant l'arrivée, on ne savait pas combien on allait terminer.
02:10Ça se jouait entre deuxième, quatrième, cinquième.
02:14Et donc, on avait arraché cette deuxième place.
02:15Et je crois que ça avait récompensé, ouais, une course où on avait mis beaucoup d'investissements.
02:20Et on avait arraché jusqu'au bout, alors qu'à un moment, on aurait pu se dire que tout était terminé.
02:25Donc, voilà, ça avait fait du bien, cette arrivée.
02:27Et ça, en tout cas, ça restera marqué dans l'une des arrivées les plus mémorables que j'ai vécues dans ma carrière.
02:34Gilda, raconte-nous ton accident.
02:36Eh bien, là, on est sur les lieux du crime, un peu, la soute avant du bateau.
02:40Et en fait, dans un planté, en fait, dans une vague, on est passé dans un surf de 20 nœuds à quasiment zéro, quoi.
02:48Et donc, moi, j'étais assis dans la descente du bateau.
02:51On était en train de discuter avec Achille de la stratégie à adopter pour faire face à la mer.
02:58On avait un peu de mal à manier le bateau à ce moment-là.
03:01Et donc, dans un planté, dans une vague, le bateau s'est arrêté.
03:03Je n'ai pas réussi à me tenir, en fait.
03:05Je me tenais à ce moment-là, mais je n'ai pas réussi à tenir, à rester à ma place avec une main.
03:09Et donc, j'ai traversé le bateau.
03:12J'ai avancé de 4 mètres et j'ai cogné la cloison de mât.
03:16Et je me suis retrouvé inconscient dans le bateau pendant une minute ou deux, je pense.
03:19Ce sera une minute, une petite minute, je ne sais pas.
03:24Et puis, voilà.
03:25Et donc, commotion cérébrale.
03:27Après, j'ai un peu déliré pendant une douzaine d'heures.
03:30Achille m'avait enfermé dans le matelas du bateau pour être en sécurité.
03:36Et par contre, là, moi, j'ai posé les mêmes questions pendant toutes les 3 minutes, peut-être que tous les 5 minutes.
03:41Pour savoir ce qui s'était passé, il me racontait.
03:44Et puis, 5 minutes après, je me reposais la même question.
03:47Mais ça, moi, je ne me souviens pas.
03:48C'est lui qui me l'a raconté après coup.
03:51Donc, je me souviens de quelques petits détails, mais pas du tout de ces 12-15 heures-là.
03:57On parle souvent de partage dans la navigation en double.
04:00Ça, c'est ce genre de moments qui sont hyper forts, j'imagine, à vivre ensemble dans cet univers clos.
04:07Oui, c'est des moments qui marquent.
04:08Et quand il se termine bien, je pense que ça renforce aussi le duo.
04:13Mais c'est des moments qu'on n'a pas envie de vivre.
04:15En vrai, ça ne reste pas un bon souvenir non plus.
04:17Parce que là, on était vraiment au milieu de rien.
04:20Et si le choc avait été plus grave, franchement, je ne sais pas trop ce que j'aurais pu faire.
04:25Donc là, ça s'est bien terminé.
04:26Et Gilda a été extrêmement solide et a réussi à revenir, même à remettre de l'intensité pour la fin de course.
04:31Ce qui, je pense, pas beaucoup de monde aurait remis une telle intensité.
04:35Parce que la fin de course a encore été dure.
04:39Mais voilà, c'est des moments qu'on ne veut pas vivre, qu'on veut éviter.
04:42Et c'est vrai que là, depuis, je pense qu'on a un peu changé notre manière de se tenir dans le bateau, de naviguer aussi.
04:48On a un casque qui est tout le temps là maintenant.
04:51Et c'est vrai que l'idée, c'est que ça ne se reproduise plus.
04:54Et qu'on laisse ça derrière nous maintenant.
04:56Ça fait deux ans.
04:56Vous avez un seul casque pour deux ?
05:01Oui, parce que moi, j'ai la tête dure.
05:04Non, mais après, on a effectivement rajouté des éléments de sécurité, une ceinture de sécurité dans le siège de veille, des choses comme ça.
05:11Et puis, comme quoi, c'est celui des deux qui avait le plus d'expérience, qui s'est fait avoir à son propre jeu.
05:19Parce que les bateaux changent.
05:20Ils sont différents les uns les autres.
05:23Ils ont des comportements différents.
05:24Les conditions changent.
05:25On est dans un milieu changeant.
05:26Et donc, là, voilà, je n'ai pas su m'adapter.
05:29D'ailleurs, j'en profite que la caméra soit là et qu'on ait un micro pour remercier chaleureusement les médecins de Carpap qui étaient là à ce moment-là.
05:36Parce que sans eux, je crois que les courses ne seraient pas du tout les mêmes.
05:40Parce qu'après cet accident, j'ai quand même été en rééducation pour mon épaule, qui avait un problème de tendon, pour un suivi neurologique, pour une rééducation de l'épaule au centre de Carpap.
05:49Et c'est encore eux qui font les médecins de course sur cette épreuve cette année.
05:55Et donc, voilà, j'en profite.
05:56Un grand remerciement à eux.
05:58Pendant l'accident aussi, je les téléphone très rapidement.
06:01Et c'est vrai qu'ils sont rassurants.
06:02Ils ont les bons mots.
06:03Ils ont les bons réflexes.
06:04Et heureusement qu'ils sont là parce que gérer ces situations tout seul, ce n'est pas pareil.
06:08Alors, depuis, il s'est passé plein de choses.
06:11Des fortunes très diverses.
06:12Oui.
06:13Des super joies ensemble avec des belles victoires très claires.
06:17Et puis aussi des choses moins drôles avec des dématages.
06:21Racontez-nous comment vous arrivez là à ce grand rendez-vous de l'année pour cette année 2025.
06:26C'est vrai que notre projet a l'image un peu de la course au large.
06:30On a vécu des très belles performances.
06:34Cette deuxième place quand même, il y a deux ans, qui était vraiment super.
06:37Puis l'année d'après, une victoire à la Transat Québec-Saint-Malo en équipage.
06:42Moi, j'ai été papa entre les deux.
06:43J'ai laissé le bateau à Gilda pour une course.
06:45Il s'est passé plein de choses.
06:47C'est vrai qu'on a quand même rencontré des très beaux résultats depuis qu'on a ce bateau.
06:50Je crois qu'on n'a que fait des podiums quand on a terminé des courses.
06:55Et effectivement, cette année, on a vécu une mésaventure technique.
06:58Cette fois-ci, sur la Normandie Channel Race.
07:00On a dématé après 36 heures de course dans des conditions difficiles en manche.
07:04Ça fait partie aussi de la vie d'un projet, malheureusement.
07:08On est un sport mécanique avec des bateaux de plus en plus puissants.
07:10On tire de plus en plus dessus parce que c'est nécessaire pour gagner des courses.
07:14Le niveau ne fait qu'augmenter.
07:17Et là, il y a une pièce qui n'a pas tenu le coup.
07:19On ne sait pas trop ce qui s'est passé.
07:21On n'a pas trop d'explications.
07:22Mais on a réussi à rebondir quand même assez rapidement.
07:25On a récupéré un mât début septembre dans un timing qui nous permet d'être ici au départ de la Transat Cafélor dans les meilleures dispositions qui soient.
07:33Donc, effectivement, on a moins navigué cet été que les autres classes 40.
07:37Mais je crois qu'on est peut-être le duo qui a le navigué le plus ensemble depuis deux ans.
07:40Donc, je ne crois pas que ça va nous pénaliser tant que ça.
07:42Et en tout cas, on revient avec beaucoup de fraîcheur et d'envie sur cette dernière course de la saison qui est quand même finalement l'objectif principal de notre année.
07:49Donc, voilà, c'était quand même l'essentiel, c'était d'être là au départ dans de bonnes conditions.
07:53Donc, voilà, ça va peut-être nous amener un supplément d'âme pour cette dernière course de la saison.
07:58Gilda, vous faites partie de ces équipes, ces duos favoris au départ.
08:03Est-ce que tu peux nous dresser un petit tableau de cette classe 40 hyper relevée ?
08:08Et vous, comment vous vous situez, vous, personnellement ?
08:10Avec quelles ambitions ? De qui vous allez vous méfier ?
08:13Qu'est-ce que vous allez surveiller ?
08:15Alors, déjà, la classe 40, c'est la classe la plus fournie de cette Transat.
08:19De cette Transat qu'a fait l'or, avec 42 duos, si je ne me trompe pas.
08:24Donc, voilà, dont beaucoup, avec beaucoup de bateaux performants, des bateaux optimisés, évolués.
08:32Et donc, et des équipages qu'on croise depuis des années.
08:36Ouais, je dirais qu'il y a une dizaine de bateaux qui peuvent l'emporter, au moins, une petite dizaine peut-être.
08:43Et en fonction des conditions météo qu'on va rencontrer, là, on ne sait pas encore, on est un peu loin du départ.
08:48Mais chacun aura ses avantages, ses qualités.
08:52Et voilà, donc, écoute, je ne vais pas faire de pronostics à l'heure qu'il est.
08:57C'est trop tôt.
08:58Et puis, on verra peut-être la veille de l'arrivée, on fera des pronostics.
09:02Non, la concurrence va être rude, c'est certain.
09:05Un petit chiffre, on a le numéro 182, donc ce bateau, il a 3 ans.
09:09On en est au numéro 212 ou 213.
09:11Donc, voilà, il y a eu 31 bateaux neufs construits depuis celui-là.
09:14Donc, ça montre à quel point la classe 40 vit bien et à quel point la concurrence est rude,
09:18parce que les nouveaux bateaux sont tous très performants.
09:21Et voilà, donc, il y a beaucoup de bateaux performants de plus en plus chaque année.
09:24Donc, la concurrence est rude.
09:25Gilda, sur le parcours, c'est le parcours le plus ouvert des 4 classes.
09:30Raconte-nous un peu, globalement, quels sont les schémas différents que vous pouvez rencontrer.
09:35Alors, donc, c'est le contexte.
09:37C'est un départ transat hivernal, départ assez en fond de manche, on va dire, hivernal.
09:44Donc, ça, c'est le contexte général d'une course pour aller aux Antilles,
09:48a priori avec de l'alizé à la fin au moins.
09:52Et dans ce contexte-là, les classes ont des parcours différents.
09:55Donc, les plus petits bateaux, les classes 40, on les assort à laisser à tribord.
10:00Et plus on va vite, plus on laisse une île un peu plus sud, les Canaries, le Cap Vert,
10:04ou bien carrément l'hémisphère sud pour les ultimes.
10:08Donc, en fonction de ça, ça change les conditions météo qu'on va rencontrer.
10:14Il y a de fortes chances, les assorts sont assez nord dans l'Atlantique pour une transat hivernal,
10:19souvent en plein milieu des dépressions.
10:21Et donc, ça fait statistiquement de grandes chances de rencontrer des fronts dépressionnaires
10:27et des dépressions à croiser entre le départ du Havre et le moment où on attrape les alizés
10:33pour filer aux portants vers les Antilles.
10:36Voilà, on a un bateau spécifiquement dessiné pour ça.
10:39Pour un départ, une transat hivernale dans le nord de la France,
10:42dont le but est d'aller vite au près et au bon plein,
10:44pour attraper les premiers, si possible, les vents portants d'Alizé pour filer vers la Martinique.
10:53Objectif, la gang ?
10:54C'est dur de se prononcer, là.
10:57On n'a eu qu'une année un peu particulière.
11:00On arrive un peu masqué, on va dire.
11:02On ne nous a pas trop vu cette saison.
11:03La concurrence nous a peut-être un peu oubliés.
11:05Et c'est tant mieux.
11:06Voilà, ça nous permet d'arriver un peu en sous-marin, comme on dit.
11:09Mais c'est vrai qu'on a terminé second il y a deux ans.
11:12Forcément, on a envie de faire mieux que ça.
11:14Mais on sait que ça va être compliqué, comme à chaque fois.
11:16Je crois qu'on a surtout envie de donner le meilleur de nous-mêmes,
11:19reprendre plaisir à naviguer sur ce bateau ensemble, en course.
11:22Voilà, ça va être une magnifique transat.
11:23On n'en fait pas tant que ça.
11:25Et donc, déjà, profiter de l'événement, profiter du moment.
11:28Et nous connaissons, on va tout donner jusqu'à la fin, comme il y a deux ans.
11:30Et voilà, si on peut aller chercher une victoire, bien sûr qu'on le fera.
11:34Mais il ne faut pas se mettre une surpression sur ça, en tout cas.
11:36En tout cas, moi, je ne me l'aime pas.
11:38Bonne course.
11:39Merci.
11:40Merci.
11:41À très vite.

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