Alors que l'examen du projet de budget pour l'année 2026 a débuté à l'Assemblée nationale, les diverses mesures d'économies envisagées doivent permettre de réduire le déficit à 4,7% du PIB.
00:00Voilà donc pour Eric Coquerel, la bataille du budget 2026 qui a donc commencé ce matin en commission.
00:06On accueille Sandrine Allonnier qui est la porte-parole de vous financer parce qu'on imagine que les décisions qui vont être prises
00:10pourraient avoir de l'impact sur chacun d'entre nous et je pense évidemment au taux d'emprunt immobilier.
00:16Je voudrais qu'on fasse un point avec vous, Sofiane, sur le fonctionnement de la commission des finances.
00:20Là on vient d'entendre que un nombre d'amendements ont été adoptés.
00:24Ils vont être discutés ensuite, on est d'accord ?
00:26Oui, en fait c'est un travail de débroussaillage si on peut le dire.
00:29En fait il y a 1500 amendements qui ont été déposés.
00:32Alors ça paraît beaucoup en trois jours, on se dit mais comment est-ce qu'ils peuvent faire ça ?
00:35Parfois en fait un amendement c'est une virgule différente d'un autre amendement.
00:40Donc ça peut aller assez vite mais habituellement c'est vrai qu'ils ont plutôt une dizaine voire une quinzaine de jours.
00:44Là ils vont regrouper tout cela, ces 73 députés qui siègent donc à cette commission pour discuter.
00:50C'est représentatif en réalité de l'hémicycle, donc proportion de l'Assemblée,
00:56pour déjà discuter, valider les amendements pour un texte qu'on va discuter ensuite dans l'Assemblée avec tous les députés.
01:04Néhla, information importante peut-être donnée par le président de la commission des finances.
01:08On va tenir les délais a priori.
01:10Oui parce que le nombre d'amendements, donc de modifications au texte qui ont été déposés est inférieur à ce qu'il a été l'an dernier.
01:19Il a aussi annoncé que demain vous ne verrez pas beaucoup de députés peut-être dans les questions au gouvernement
01:24parce qu'ils ont demandé à siéger en parallèle.
01:26Donc de pouvoir ne pas aller en séance, pouvoir siéger en parallèle pour commencer à faire avancer un certain nombre de ces amendements.
01:33Il avait lancé un appel à tous les groupes, Éric Coquerel, en disant « s'il vous plaît modérez-vous, on ne fait pas d'obstruction,
01:39on ne surécrit pas, on ne sature pas le travail de la commission »
01:44parce que l'idée c'est de pouvoir aller au vote à la fin et donc d'avoir eu le temps de tout examiner
01:49dans ce délai contraint pour l'Assemblée nationale.
01:52Alors discussion qui commence dans un contexte très très difficile, contexte de restriction évidemment de disette budgétaire.
01:58On sait que la France a été une nouvelle fois dégradée par une autre agence de notation vendredi soir à l'agence S&P.
02:04Sandrine Allonnier, est-ce qu'à la fois le contexte et à la fois la dégradation de la France pèsent sur le niveau des taux d'emprunt immobilier ?
02:13Alors oui, certainement, on le voit depuis trois mois, depuis le mois d'août, on a certaines banques qui ont remonté leurs taux
02:19et résultat, on a des taux de crédit en hausse de l'ordre de 0,10 points.
02:22Donc oui, c'est ce contexte-là, puisque les taux d'emprunt d'État, donc les taux auxquels la France emprunte, ont augmenté fortement.
02:30On est passé de 3,20% au début de l'année à 3,6% au moment de l'annonce du vote, du vote de censure qu'on avait eu la fin août.
02:41Et finalement, ensuite, les marchés se sont un peu habitués à cette situation.
02:45Et là, contre toute attente, la dégradation de Fitch, puis celle de Standard & Poor's, n'ont pour l'instant pas eu d'impact sur les taux d'emprunt d'État français.
02:55Donc c'est comme s'il y avait eu un peu une habitude, mais il n'empêche qu'on est globalement dans un contexte qui n'est pas favorable,
03:01en tout cas pas autant qu'il l'était en début d'année.
03:03Sachant qu'on attend un nouveau verdict, une nouvelle note qui devrait tomber le vendredi, est-ce qu'on risque encore d'être dégradé là ?
03:08Alors oui, forcément, oui, oui, là, les conditions sont réunies pour cela, mais il y a vraiment deux choses importantes.
03:13Il y a soit les notes d'un côté de ces agences de notation, et il y a la réaction des marchés financiers qui est essentielle,
03:21puisqu'en fonction de l'augmentation des taux d'emprunt d'État, c'est ça qui va faire augmenter les taux de crédit.
03:25Et finalement, paradoxalement, les marchés financiers ont été rassurés, notamment par l'annonce de la suspension de la réforme des retraites,
03:32qui du coup peut permettre de penser qu'on aura plus facilement un budget.
03:35Et aujourd'hui, c'est ça que veulent les marchés, un budget, et surtout, qu'on n'ait surtout pas de nouveau de motion de censure.
03:42C'est ça qui pourrait vraiment plomber les marchés, et du coup, plomber les taux de crédit.
03:46Donc finalement, on arrive à passer entre les gouttes.
03:48Donc ce que vous voulez dire, c'est que s'il y a une autre dégradation de la France,
03:51ça ne pèsera sans doute pas davantage sur le niveau des taux d'emprunt, dans les semaines ou dans les mois qui viennent ?
03:57En tout cas, assez peu. On n'aura pas d'envolée des taux d'emprunt.
04:00Mais du coup, on peut quand même mesurer ce que ça peut faire concrètement pour ceux qui ont un projet d'achat immobilier.
04:05En ce moment, on est en moyenne à 3,3% sur 20 ans.
04:08On pourrait monter à 3,45% en fin d'année, parce qu'on n'est pas non plus dans un contexte très favorable.
04:15Eh bien, c'est seulement 15 euros de plus par mois pour un crédit de 200 000 euros.
04:19Donc 15 euros de plus par mois, ce n'est pas de nature à dégrader le marché immobilier.
04:24Et d'ailleurs, on le constate, puisque ça fait maintenant un an qu'on a une instabilité politique en France,
04:28depuis juin 2024.
04:31Eh bien, pour autant, le marché immobilier a repris des couleurs, a augmenté de 10%.
04:35La production de crédit a augmenté de 40%.
04:37Donc c'est comme si, finalement, les gens qui veulent acheter plutôt que louer, le font malgré tout.
04:42Il y a d'un côté tout ce qui se passe en politique et qui est certes problématique.
04:45Et il y a d'un autre côté les Français qui avancent dans leur projet d'achat immobilier.
04:49Et tant mieux.
04:49Je voudrais qu'on revienne sur le travail de la Commission des finances, Neila.
04:54Est-ce que le texte de Sébastien Lecornu va être totalement transformé ?
04:57Totalement, non.
04:58Quand on interroge les députés, ils disent que si on avait la capacité de faire un texte entièrement,
05:02on virerait tous les fonctionnaires de Bercy et puis on le ferait entre nous à l'Assemblée nationale.
05:06Mais en tout cas, il y a une philosophie.
05:08Il y a des mesures qui ne passent pas.
05:12Un certain nombre de mesures, par exemple.
05:15Je vais prendre un exemple.
05:16Par exemple, on discute sur les recettes.
05:18On commence par le volet recettes.
05:19La taxe Zuckman, elle a des chances de passer et d'être adoptée ou pas ?
05:22Non, parce que le Rassemblement national est contre, le Bloc central est contre.
05:26Donc ça fait plus de députés qui sont contre que de députés qui sont pour.
05:29Mais la culture du compromis qui va être en vigueur
05:32et le fait qu'Éric Cotteret dise que les délais seront tenus
05:35fait que la raison va peut-être l'emporter sur la passion des débats enflammés
05:40que l'on a connus jusqu'à présent ?
05:42Je ne peux pas le dire.
05:43Là, pour l'instant, on voit que les enquêtes d'opinion ont en quelque sorte
05:47rappelé les députés à leur responsabilité.
05:51Ce n'est pas parti dans tous les sens ce matin en commission.
05:53Oui, il y a l'enquête du Sevipov qui vient de tomber.
05:56Mais alors, chute, mais dramatique de l'image et de la confiance des Français dans leurs députés.
06:01Donc ça pousse un peu tout le monde à jouer le jeu du débat.
06:03Ensuite, il peut y avoir des points très urtiquants, pardon,
06:08mais au moment des séances publiques, puis accessoirement au moment des séances publiques,
06:11les vidéos tournent beaucoup plus sur les réseaux sociaux que les travaux en commission.
06:15Il y a des caméras.
06:15Donc c'est là qu'on a envie peut-être d'un peu plus aussi aller au combat.
06:19Le vrai risque, c'est plutôt celui d'un budget, y compris si tout le monde joue la responsabilité,
06:23qui n'a un peu ni queue ni tête.
06:25C'est-à-dire qu'en fait, avec des députés qui se disent
06:27à la fin on votera vu qu'il n'y a pas de 49-3,
06:29donc on va se mobiliser pour faire voter par moment pour des recettes en plus,
06:33par moment pour des recettes en moins,
06:34et qu'à la fin on regarde ce budget en disant
06:36qu'on n'a pas très très bien compris la philosophie de l'ensemble
06:39et ça ne ressemble un peu plus à rien.
06:41Et c'est ça aussi qui peut faire bouger les budgets,
06:43si on a le sentiment que c'est un budget qui n'a aucun sens
06:45et qu'économiquement il peut avoir des effets délétères.
06:48Encore une fois, dans mon souci de partager la pédagogie parlementaire,
06:53le travail en commission va durer combien de temps
06:54avant que le texte ou les textes arrivent en séance ?
06:57Alors, pour ce projet de loi de finances pour le volet recettes,
07:00mercredi soir c'est terminé.
07:02Mais ça va travailler jour et nuit ou bien ?
07:03Pas loin en tout cas, il va falloir pour étudier ces amendements
07:06et puis après il sera envoyé à l'Assemblée nationale directement.
07:10Le vendredi, il sera discuté dès vendredi.
07:13Le point important, c'est le texte dont on parle beaucoup,
07:16c'est le projet de loi de finances de la sécurité sociale,
07:19le fameux PLFSS dans lequel il y a sans doute la réforme des retraites,
07:25cette suspension-là.
07:26Ça, ce texte, il arrive jeudi en commission des finances
07:29et là, ce sera peut-être une autre ambiance
07:31parce qu'y compris dans le Bloc central,
07:34tous les députés ne sont pas d'accord avec cette suspension.
07:37Donc ça peut tendre les rapports
07:38et surtout, ce PLFSS, il doit être discuté en seulement 50 jours
07:42contre 70.
07:43Donc il va falloir aller très très vite sur ce texte-là.
07:46Ça peut être le point de blocage, le financement de la sécurité sociale.
07:50Peut-être pour bien comprendre la philosophie,
07:52le projet de loi de finances, c'est les dépenses, les recettes de l'État.
07:55Donc c'est les impôts, c'est le nombre de fonctionnaires, etc.
07:58Le projet de loi de financement de la sécurité sociale,
08:01c'est tous les comptes sociaux, les retraites, l'assurance maladie.
08:04De fait, le travail, quand on discutait il y a quelques mois
08:08de la suppression des deux jours fériés,
08:10c'est le projet de loi de financement de la sécurité sociale.
08:12L'an dernier, quand Michel Barnier tombe,
08:14c'est sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale.
08:17Parce qu'on touche au pacte que tous les Français ont contracté
08:21d'une certaine façon, je paye des impôts,
08:22j'ai des prélèvements sociaux, j'ai des droits en face.
08:24Dès qu'on touche à vos prélèvements,
08:25dès qu'on touche à vos droits sociaux,
08:27c'est là que ça devient plus animé dans les débats politiques.
08:30Et dedans, il y a les prestations sociales,
08:31le gel des prestations sociales,
08:32notamment le doublement des franchises médicales.
08:35Dans ce texte-là, compliqué d'avoir une majorité
08:37qui vote ces mesures dans l'Assemblée.
08:39Un dernier mot avec vous, Sandrine Allonnier.
08:41On a parlé de la pression sur les taux tendanciels.
08:44Cette pression concerne également les taux d'emprunt de consommation,
08:49ou pas ?
08:50Oui, oui, tout est lié,
08:50puisque ça dépend des taux auxquels les banques
08:53elles-mêmes aussi se refinancent.
08:55Et souvent, on a un écart qui reste significatif
08:57entre les taux des crédits à la consommation
09:00et les taux des crédits immobiliers.
09:01Donc là aussi, ça pourrait augmenter.
09:03Mais tout dépendra vraiment de la capacité du gouvernement
09:06à pouvoir voter ce budget dans les délais,
09:09de tenir les délais.
09:10Et là, comme on voit qu'il y a quand même cette volonté,
09:12et surtout la volonté des banques de continuer à prêter.
09:15Et d'ailleurs, là, je vous le dis,
09:16on a une banque qui a baissé ses taux ce mois-ci
09:19pour pouvoir justement capter des emprunteurs
09:21puisque les crédits qui seront demandés maintenant
09:24seront comptés dans leurs objectifs 2026.
09:26Ça y est.
09:27Et donc, du coup, il y a quand même la politique commerciale
09:30des banques et des établissements financiers
09:31qui vont jouer aussi.
09:32Elles ont quand même encore un peu de marge de manœuvre.
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