- il y a 3 mois
Cédric Jubillar a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle vendredi 17 octobre pour le meurtre de sa femme Delphine, dont le corps n'a jamais été retrouvé depuis sa disparition près d'Albi fin 2020. Pendant les 4 semaines du procès, les équipes de Ligne Rouge ont suivi les avocats des deux parties. Comment ont-ils préparé leurs arguments, quelles ont été leurs stratégies pour tenter de convaincre les 6 membres du jury? Dans ce long format, vous allez pouvoir re-vivre, comme si vous y étiez, les moments les plus forts de ces audiences du Tribunal d'Albi. "Procès Jubillar, les coulisses d'un verdict" un document signé Isabelle Quintard, Michaelle Gagnet, Maxime Brandstaetter, Nicolas Baggioni, Alexandre Funel et les équipes du service Police-Justice de BFM TV.
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00:00...
00:00À quelques heures de sa plaidoirie,
00:11Emmanuel Franck semble déjà dans sa bulle.
00:19Sur ses épaules pèse le sort d'un homme,
00:23Cédric Jubilard, accusé d'avoir tué sa femme, Delphine.
00:30Depuis plus de 4 ans, avec son associé, Maître Martin,
00:35Elle a défendu partout son client.
00:39Chez les juges d'instruction, lors des audiences,
00:43Devant les journalistes, devant la famille, les amis.
00:47Ça va ?
00:48Bon, on reste sur la répartition des tâches ?
00:50Oui.
00:55Mais ce matin, ce sont les jurés qu'il va falloir convaincre.
01:00Vous avez dormi combien d'heures, là ?
01:01Euh, 3 heures.
01:03Ah oui.
01:05Je pense que c'est...
01:06Ils ne sont que 2,
01:10Face à 9 avocats,
01:12Représentant les partis civils.
01:13Salut.
01:15Bon, on est une merde.
01:17On est accouragés.
01:17Et un avocat général qui a requis, la veille, 30 ans de prison contre leurs clients.
01:28Pendant 4 semaines, nous avons suivi ces avocats se livrer bataille.
01:32Dans cette guerre d'arguments et de contre-arguments.
01:38Où les stratégies se peaufinent en secret.
01:41Nous les avons suivis dans ce marathon.
01:44Où l'endurance est de mise.
01:47Rythmée par les coups de sang.
01:49Mais là, tu vois, par exemple, ça, c'est la nourriture.
01:51Je ne comprends pas.
01:52C'est pas grave.
01:52C'est pas grave, c'est pas grave.
01:53Comme par les coups de théâtre.
01:56Pas de son.
01:57Non, pas de son.
01:58De longues semaines, sous l'œil des caméras,
02:02du public toujours plus nombreux,
02:04a essayé de disséquer la vérité d'un homme.
02:08Cédric Jubilat,
02:10dont l'arrivée le 22 septembre dernier
02:12était particulièrement attendue.
02:14Un essaim de caméras envahit la salle d'audience
02:24du tribunal d'Albi.
02:26Tout le monde veut capter cette image.
02:31C'est vrai que Jubilat a accepté d'être filmé.
02:37Et ses avocats ont donné leur accord.
02:39Ils espèrent montrer la bonne foi de leurs clients.
02:42Cet homme n'est pas manipulateur,
02:44cet homme est authentique.
02:46Cet homme vit une souffrance terrible
02:48au-delà de la disparition de sa femme,
02:52au-delà de la séparation avec ses enfants.
02:55En outre, une incarcération, un isolement
02:57qui était une véritable torture.
02:59Allez, je vais vous demander de sortir.
03:03Cédric Jubilat, dès le début du procès,
03:05de l'audience,
03:06c'était comme s'il était quelqu'un
03:09de super transparent,
03:10qui reconnaît toutes ses bêtises.
03:12Il affirme qu'il fume 25 juin par jour.
03:16J'assume tout, moi.
03:18Je n'ai rien à cacher, moi.
03:19Alors que, justement, on lui reproche
03:21d'avoir caché le corps de sa femme.
03:22Mais exposer son client peut se révéler
03:27à double tranchant.
03:30Cela peut donner des cartes à l'adversaire,
03:32les avocats des partis civils.
03:34Il a exhibé l'alliance en se grattant
03:37à de nombreuses reprises.
03:39Il fait ce qu'il veut.
03:40Maintenant, il peut être filmé,
03:42mais exhiber l'alliance comme il l'a fait ce matin,
03:45c'est à mon sens,
03:47et c'est mon interprétation, évidemment,
03:48quelque peu problématique.
03:50Rien ne va jamais.
03:51Et on le verra au fur et à mesure du procès.
03:53Je crois qu'il a été question de son alliance.
03:55En porte-t-il une ?
03:55N'en porte-t-il pas ?
03:56Est-ce que c'est bien ?
03:57Est-ce que c'est pas bien ?
03:58Il a un haut de survêtement ?
03:59C'est pas bien ?
04:00S'il était venu avec une veste de blazer
04:02d'Alexandre Martin, ça aurait été trop.
04:04Enfin, bon, on sait plus quoi faire,
04:05et je pense qu'il ne sait plus quoi faire
04:07pour plaire et pour avoir l'apparence d'un innocent.
04:12Sauf que peu de gens ont envie de le voir
04:14comme un innocent, donc c'est compliqué.
04:32Pour le faire acquitter,
04:34les avocats de la défense
04:36s'attellent d'abord, en cette première journée,
04:38à redorer l'image de leur client,
04:40à l'humaniser.
04:45Ils vont s'appuyer sur les conclusions
04:47de l'enquête de personnalité
04:49présentée à la cour cet après-midi-là.
04:51Face aux jurés
05:01et aux magistrats,
05:03l'enquêtrice évoque
05:04les fêlures de Cédric Jubilard.
05:09Cédric ne se sent pas aimé.
05:11Il n'aura pas un père référent.
05:14Sa mère lui a donné naissance
05:15quand elle avait 15 ans.
05:16Monsieur l'avocat général,
05:20avez-vous des questions
05:20à poser aux témoins ?
05:22Comment est-ce qu'il évoque Delphine ?
05:24Il l'évoque peu.
05:27La parole est à la défense.
05:30Cédric Jubilard est un peu attaché.
05:32Est-ce que c'est comme ça
05:33qu'il est perçu par les institutions ?
05:35Oui.
05:37Il a tout vu, tout fait, gueulard,
05:39je suis un connard et je l'assume.
05:40C'est un peu ça, Cédric Jubilard.
05:42Vous me confirmez ?
05:44Oui.
05:44Monsieur Jubilard, levez-vous.
05:48Vous êtes d'accord ou pas
05:49avec ce qu'on dit de vous ?
05:51Oui, j'aime prendre de la place.
05:53Être imposant et me montrer,
05:55c'est une certitude.
05:56Qu'avez-vous à dire
05:57sur les violences
05:58que vous auriez subies, enfant ?
06:00J'ai pas été un bon fils
06:01puisque j'ai été maltraité.
06:03C'est de ma faute.
06:05Comment vous définir ?
06:07Quelqu'un de simple, extravagant.
06:08J'aime bien prendre de la place
06:10et j'adore donner mon avis sur tout.
06:14Moi, je trouve que globalement,
06:25c'est quelqu'un qui agace, en fait.
06:28C'est quelqu'un qui est sans filtre,
06:29effectivement, il le dit.
06:30Moi, je suis un connard et j'assume.
06:32Après, il faut aller vraiment chercher
06:33dans les milieux professionnels
06:34pour aller trouver des qualités
06:36qui peuvent être pointées
06:37par son entourage proche et amical.
06:39à part ses copains d'enfance,
06:41effectivement, quand même,
06:42tout le monde dit qu'il parle beaucoup,
06:44il se fait remarquer,
06:45il se met en lumière,
06:46il peut être dominant
06:47face à les plus faibles.
06:49L'enquêttrice de personnalité
06:54nous a permis d'appréhender
06:56les contours
06:56de celle de Cédric Jubilard,
07:00personnalité un peu cabossée
07:01depuis l'enfance
07:02et des traits saillants.
07:05On sent qu'il y a une difficulté
07:06qui est repérée
07:07par certains agents
07:09qui l'ont reçu en placement
07:10qui disent,
07:12mon Dieu,
07:12quand il était quitté
07:13par une compagne,
07:14il se mettait dans des colères
07:15absolument épouvantables.
07:17A la sortie de l'audience,
07:21face aux médias,
07:23la défense continue
07:24de décoller
07:24l'image de meurtrier
07:26qui est plaquée
07:27sur Cédric Jubilard
07:28depuis plus de 4 ans.
07:29C'est vrai que là
07:30où la même enfance
07:31aurait pu donner
07:32à un homme
07:32rempli de haine et de colère,
07:34on se rend compte
07:35que ça a développé
07:36chez Cédric Jubilard
07:36une certaine forme de résilience,
07:38quelqu'un qui est un peu
07:39heureux de tout,
07:40un peu satisfait de tout
07:41et qui s'adapte très vite
07:43aux situations
07:44quand elles lui sont imposées.
07:47Déjà,
07:58il fallait rendre
07:59à Cédric Jubilard
08:00sa dignité.
08:01Je vous rappelle,
08:01Cédric Jubilard,
08:02depuis 4 ans et demi,
08:03c'est un fumeur de joint
08:04qui ne branle rien,
08:05qui ne gagne pas d'argent
08:06et qui vit
08:07au crochet de Delphine.
08:09Aujourd'hui,
08:09c'est terminé,
08:09monsieur l'avocat général
08:10vous a dit,
08:11c'est un bosseur.
08:11Aujourd'hui,
08:13c'est terminé,
08:14il participe à un tiers
08:15des frais de la famille,
08:17c'est bien normal,
08:18il gagne un tiers
08:18pendant que Delphine
08:20gagnait deux tiers.
08:21Voilà,
08:22on sait qu'il bosse,
08:23on sait qu'il a participé,
08:24on sait qu'il a travaillé
08:24au black,
08:25qu'il a fait ce qu'il a pu.
08:27Ce soir,
08:28la défense pense avoir
08:29rempli cette mission
08:30de réhabiliter
08:31l'image de Cédric Jubilard.
08:34Mais la journée
08:35qui s'annonce le lendemain
08:36va leur réserver
08:37quelques mauvaises surprises.
08:38Cette matinée
08:49est consacrée
08:50à la grande absente
08:51de ce procès.
08:55Delphine.
08:56On va parler de Delphine,
08:57on va parler de qui elle était,
08:59de ce qu'elle faisait,
09:00de son lien avec les enfants,
09:02c'était une infirmière remarquable,
09:04c'était une mère dévouée,
09:06c'était une amie
09:06et je pense que ça va être
09:08mis en évidence ce matin.
09:12Vient ensuite
09:12le premier coup de tonnerre
09:14de ce procès.
09:16Le témoignage
09:17de l'administratrice
09:18des enfants du couple Jubilard,
09:20celle qui gère leurs intérêts.
09:23La courbe,
09:24veuillez vous lever !
09:26Louis et Elia Jubilard,
09:3411 ans et 6 ans aujourd'hui,
09:36ont déjà une intime conviction.
09:39Louis est convaincu
09:40du décès de sa mère.
09:42Elia la petite,
09:43elle, pense qu'elle est vivante.
09:45Récemment,
09:46elle a eu en cadeau
09:46une baguette magique.
09:47Comme elle a du mal à dormir,
09:49elle fait abracadabra
09:50pour que sa maman revienne,
09:51pour ne pas l'oublier.
09:53Louis est persuadé
09:54que son père est coupable.
09:56La première personne
09:57qui peut les aider
09:58en disant la vérité,
09:59c'est vous,
09:59monsieur Jubilard.
10:02Venant de son propre fils,
10:04l'accusation est lourde
10:06et difficile à encaisser.
10:08À la barre,
10:09l'avocate de Cédric Jubilard
10:11tente d'adoucir
10:12l'image négative
10:13de son client.
10:15Votre fils Louis
10:16a demandé à vous voir.
10:17Est-ce que vous avez envie
10:18que vos enfants
10:19viennent vous voir en prison ?
10:21En prison, non.
10:22Mais en visio, oui.
10:24On vous l'a proposé ?
10:25Non, personne.
10:27Vous avez baissé les bras ?
10:29Mon dernier courrier
10:29date du 28 juillet
10:31et mon courrier
10:32n'a toujours pas été transmis.
10:34Les avocats
10:35essaient alors
10:36d'affaiblir le témoignage
10:37de l'administratrice.
10:39Est-ce que,
10:40en tant que parti civil,
10:41vous pensez que
10:41Cédric Jubilard est coupable
10:43et vous demandez
10:45à vos avocats de le dire ?
10:46Oui, c'est ma position.
10:48Je n'ai pas le sentiment
10:49que vous rapportez
10:50la parole des enfants.
10:51Quel est le positionnement
10:52normal d'un administrateur ?
10:54Vous devez avoir une neutralité
10:56dans l'intérêt des enfants, non ?
10:57Je représente
10:58l'intérêt des enfants.
11:00Moi, très naïvement,
11:01je pensais que vous
11:02ne deviez pas vous positionner.
11:05Je ne représente pas
11:06les enfants.
11:07Je rapporte la parole
11:08des enfants
11:08et je fais valoir
11:09leurs intérêts.
11:11A la sortie,
11:17les avocats des partis civils
11:19s'insurgent
11:19de la façon de faire
11:20de la défense.
11:21La stratégie de la défense
11:24aujourd'hui,
11:25c'est de décrédibiliser
11:26la position
11:28de l'administrateur
11:28en disant
11:29c'est vous qui avez
11:30influencé lui,
11:31c'est vous qui avez
11:32induit les propos
11:33qu'il a pu tenir,
11:34c'est-à-dire qu'il pense
11:35que son père est coupable
11:36et ce n'est pas votre rôle,
11:38vous devez être neutre.
11:39En fait,
11:40ils veulent qu'on se taise.
11:41L'après-midi,
11:42les avocats de la défense
11:46vont continuer
11:46de riposter
11:47et ne pas laisser
11:49l'émotion s'imprimer
11:50dans la tête des jurés.
11:52Seule solution,
11:54revenir sur le terrain
11:55factuel
11:55et les failles supposées
11:57de l'enquête
11:58avec l'audition
12:00des premiers gendarmes
12:01arrivés chez Cédric Jubilard
12:03le soir de la disparition.
12:04Selon la défense,
12:09l'enquête sur la disparition
12:10de Delphine
12:11a été menée à charge.
12:16Vous appelez Anne,
12:17la meilleure amie de Delphine
12:18lors de votre première patrouille
12:20chez les Jubilards,
12:20c'est exact ?
12:22Oui.
12:23Dans votre procès verbal,
12:24vous écrivez qu'Anne
12:25nous confirme
12:26que Delphine se promenait
12:27parfois la nuit
12:28avec ses chiens.
12:29Alors pourquoi à la barre
12:30vous ne reparlez pas
12:31de cette information ?
12:33Je l'ai écrit
12:34et signé à l'époque,
12:35mais là,
12:36je ne m'en rappelle plus.
12:37Vous n'avez pas relu
12:38votre audition ?
12:40Si.
12:41C'est quand même dommage
12:42parce que c'est un élément
12:43à décharge.
12:44C'eût été bien
12:44que ce soit dans votre résumé
12:46que vous avez lu
12:47à la cour aujourd'hui.
12:49La deuxième gendarme
12:50omet elle aussi
12:50d'évoquer cet élément
12:51à la cour,
12:52ce que ne vont pas manquer
12:53de souligner les avocats
12:54de Cédric Jubilard
12:55et suggérer une connivence
12:57pour faire inculper
12:58leurs clients.
13:00Êtes-vous briefée
13:01avant de venir ?
13:03Non, je prépare seule.
13:05Donc seule,
13:06vous oubliez la même chose
13:07que votre collègue
13:08qui a préparé seule,
13:10elle aussi,
13:10on est d'accord ?
13:12Vous vous êtes réunie
13:13avec les enquêteurs ?
13:15Euh, oui.
13:17On avance.
13:18Ce n'est pas votre procès,
13:19mais comme par hasard,
13:21vous faites la même erreur.
13:22L'angle d'attaque
13:23de la défense,
13:24c'est de dire
13:24que cette enquête,
13:25elle a été mal faite
13:26par certains moments,
13:27qu'il y a un faisceau
13:28d'indices ici et là,
13:29mais pas de preuves irréfutables
13:30et même les petits indices
13:31vont tenter
13:32de les faire tomber
13:33un à un.
13:35On va venir
13:36sur cette troisième journée
13:37de procès
13:37dans l'affaire Jubilard.
13:40Avec de nouveaux témoignages
13:42qui sont très très attendus
13:43aujourd'hui.
13:44Rendez-vous importants
13:45et des auditions,
13:46notamment des enquêteurs,
13:48cet après-midi,
13:48qui sont prévus.
13:56En cette matinée pluvieuse,
14:01la défense arrive
14:02pleine d'espoir
14:03pour la troisième journée
14:04du procès.
14:06Un homme est très attendu,
14:09le directeur d'enquête.
14:11Ce major de gendarmerie,
14:1355 ans
14:13et 31 ans de service,
14:16va passer plus de 7 heures
14:17à la barre,
14:18malmené par les avocats
14:19de la défense.
14:21Ils veulent démontrer
14:22que l'enquête
14:23est orientée.
14:30Dès le début
14:31de sa déposition,
14:34le major Lerwelek
14:35assume son enquête
14:36et ses conclusions.
14:37Cédric Jubilard
14:38avait la motivation
14:39et le mobile.
14:40Et ce soir-là,
14:42il avait surtout
14:42l'opportunité.
14:44La défense passe alors
14:46à l'offensive
14:46et commence
14:48le contre-interrogatoire.
14:51Ces lentilles,
14:52elles les rangent où ?
14:53Je ne sais pas.
14:54Est-ce que vous avez fouillé
14:55ces sacs à main ?
14:56Non.
14:58Est-ce que l'étui
14:58à lentilles a été vu ?
15:00Je ne sais pas.
15:01Je ne sais pas
15:02s'il y a eu un inventaire
15:03de ces sacs à main.
15:04Vous êtes directeur d'enquête
15:05et vous ne le savez pas.
15:07Je vous confirme,
15:08il n'y a jamais eu
15:09d'inventaire de ce sac à main.
15:10Et à l'heure où on parle,
15:11il y a peut-être
15:12encore à l'intérieur
15:13l'étui à lentilles.
15:17Maître Franck
15:18enchaîne
15:19sur cette découverte.
15:21Sept mois après
15:21la disparition
15:22de Delphine Jubilard,
15:24le livret de famille
15:25est retrouvé
15:25sur la voie publique
15:26à Albi.
15:27Un élément clé
15:28que les enquêteurs
15:29n'auraient pas suffisamment
15:30exploité
15:31selon la défense.
15:33Dans quel état il est ?
15:34On ne sait pas.
15:35Qui le retrouve ?
15:36On ne sait pas non plus.
15:38On apprendra après
15:39qu'il est en très bon état,
15:40ce qui pose question.
15:42Et vous n'avez pas fait
15:43un petit prélèvement ADN dessus ?
15:45Mais vous voyez
15:45que c'est grave, là.
15:47Je n'ai pas de réponse.
15:49Pendant plusieurs heures,
15:50le directeur d'enquête
15:51est passé sur le grill.
15:55Et la défense
15:56marque indéniablement
15:57des points,
15:59même si l'accusation
16:00a du mal à le reconnaître.
16:03C'était dans la forme
16:04très agressif
16:05à l'encontre
16:06des enquêteurs.
16:07Je pense qu'ils ne s'attendaient
16:08pas forcément à ça.
16:10Ce ne sont pas des arguments
16:11qui vont faire douter
16:13de la culpabilité.
16:14Ce qu'ils ont mis en évidence,
16:16c'est des critiques
16:18sur des actes d'enquête
16:21qui n'auraient pas été
16:21faits correctement,
16:23sur des investigations
16:24qui auraient été insuffisantes.
16:26Mais sur le fond,
16:27je ne pense pas du tout
16:28que ça ait affaibli
16:29l'accusation.
16:30Je sens que pied à pied,
16:35ils ne vont pas lâcher
16:35pendant quatre semaines.
16:37À chaque fois qu'il y a moyen
16:37de retourner un témoin
16:39et de montrer
16:39qu'il y a des failles,
16:40ils vont aller là-dedans.
16:43Soulagé d'avoir passé
16:43cette journée,
16:44on savait que c'était
16:45une journée importante
16:46puisqu'on avait enfin
16:48croisé notre véritable adversaire
16:50puisque depuis le début,
16:52on ne va pas se mentir,
16:53c'est M. Lorvélec
16:54qui a mené toute cette enquête
16:55et qui a également mené
16:56cette instruction.
16:57On a pu poser
17:05toutes les questions
17:06que l'on voulait
17:07et je pense,
17:08en tout cas j'espère,
17:09que nous avons mis
17:10en exergue
17:11tous les manquements
17:12de cette enquête
17:13et puis pour finir
17:14quand même
17:14l'absence de preuves
17:15totale
17:16qui permettrait
17:17de condamner
17:18Cédric Gébillard.
17:19A la fin de la première semaine,
17:23C'est fatigant.
17:26Le doute ne s'est pas dissipé
17:28sur l'issue du verdict.
17:30On n'a pas compte
17:30de faire de sportifs.
17:33Mais les avocats
17:34de Cédric Gébillard
17:34sont plutôt confiants.
17:36Ils ont encore
17:37plusieurs cartes à abattre
17:38et ils les préparent
17:42chaque soir
17:43dans l'appartement
17:44qu'ils ont loué
17:45le temps du procès.
17:45Donc celui-ci,
17:50c'est un ami.
17:51C'est ceux avec qui il jouait
17:52j'imagine
17:55au boulot de Rome.
17:57Pourquoi ils l'ont fait citer
17:59lui, il n'y a rien ?
18:00On sait ce qu'on a à faire.
18:01On relit,
18:02on échange un peu.
18:04Les réunions de travail,
18:06on les a faites
18:06bien en amont.
18:09Évidemment,
18:09avec la mémoire,
18:10on se souvient
18:11de ce qu'a dit un tel
18:12mais enfin,
18:12c'est bien d'avoir
18:13un petit rafraîchissement
18:15de la mémoire,
18:15le soir ou le matin.
18:17Je suis plutôt du matin
18:18donc je me lève tôt.
18:20Je relis les auditions
18:22des personnes
18:22qui vont être amenées
18:23à témoigner.
18:24Comme ça,
18:24ça me les remet en tête
18:25de manière un peu plus fraîche
18:27et ça me recale les idées
18:29juste avant le démarrage
18:30de l'audience.
18:32Cette semaine,
18:33la défense a pu marquer
18:34des points en affaiblissant
18:35les conclusions de l'enquête.
18:37Mais l'accusation
18:38a prévu de confronter
18:39Cédric Jubilard
18:40à ses mensonges.
18:42Et cette fois-ci,
18:43les avocats
18:44n'auront pas la tâche facile.
18:45Pour reprendre la main,
19:03cette semaine,
19:05l'un des avocats
19:06des partis civils
19:07a décidé de présenter
19:08un document inédit
19:09à la cour.
19:10Un enregistrement
19:12de Cédric Jubilard
19:13capté à son insu
19:14par un proche de Delphine
19:15seulement 33 heures
19:16après la disparition.
19:18Elle était ta soeur
19:19sur tous les réseaux sociaux.
19:22Les jurés prennent des notes
19:23tout au long de l'écoute
19:25de cet enregistrement
19:26de 20 minutes.
19:28Cédric Jubilard
19:28critique sa femme
19:29tout juste disparue.
19:30Elle m'a toujours fait passer
19:33à un second plan.
19:34Le seul truc
19:35que je trouvais déplorable,
19:36c'est qu'à la maison,
19:37j'avais tous les raisonnements
19:38du monde
19:38parce que je n'en avançais pas.
19:41Mais j'étais aussi tout seul.
19:43Mais Cédric Jubilard
19:44affirme également
19:45qu'il tient à chercher
19:46sa femme.
19:47Dans le même document,
20:10Cédric Jubilard esquisse
20:11déjà des hypothèses étonnantes
20:13quant à la disparition
20:14de sa femme.
20:15Il a émis l'hypothèse
20:40que Delphine
20:41pouvait être partie
20:42faire le djihad
20:43d'où avoir rejoint
20:45les témoins de Jéhovah.
20:46Et pour expliquer ça,
20:47pour donner corps
20:48à cette théorie,
20:49il va expliquer
20:49qu'elle monte sur le canapé,
20:50qu'il la surprend
20:51à genoux sur le canapé,
20:53main vers le ciel,
20:55en priant.
20:56On ne sait trop
20:56quel dieu.
20:57Mais ce qui est intéressant,
20:58c'est sa capacité
20:59à construire un mensonge
21:00à brûle pour poing
21:01et sa capacité
21:02à inventer
21:03sans qu'on lui laisse
21:05le temps de réflexion.
21:06Peu à peu,
21:09c'est le portrait
21:10d'un homme dur,
21:11autoritaire et violent
21:12qui se dessine.
21:15Un mari humiliant
21:16et impair aux méthodes
21:17éducatives brutales.
21:21À la barre ce mardi,
21:22c'est la soeur
21:23de Delphine Jubilard
21:24qui témoigne.
21:26Elle raconte
21:26l'ambiance
21:27des réunions de famille.
21:28Quand on se retrouvait
21:32pendant les fêtes,
21:33il pouvait être énervé.
21:34On pouvait le constater
21:35quand il parlait
21:36à Delphine ou à Louis.
21:38Au repas de famille,
21:39Louis avait 5 ans,
21:40il jouait et il courait.
21:42Cédric était sur un tabouret
21:43et lui a donné
21:44un coup de pied
21:44assez violent.
21:47Il disait à Delphine
21:48de ne pas s'en mêler,
21:49qu'il fallait l'élever
21:49à la dure.
21:53Face au comportement
21:54de son mari,
21:55Delphine Jubilard
21:56semble souvent honteuse
21:57et impuissante.
21:59Il était violent
22:01à l'égard de Delphine.
22:02Il a rabaissé.
22:03Il ne la mettait pas
22:03en valeur.
22:04Il était méprisant.
22:05Méprisant à l'égard
22:06de son fils.
22:07Vous avez entendu
22:07que pendant 3 quarts d'heure,
22:09une heure,
22:09il le mettait au coin,
22:11à genoux à terre,
22:12bien sûr.
22:14Et vous avez surtout entendu
22:15qu'il ne se remet pas
22:16en question.
22:16Il banalise ses violences.
22:18C'est quand même scandaleux.
22:19J'essaie de lui faire dire
22:21qu'elles étaient régulières.
22:23Il peut concéder des gifles,
22:24mais il n'y a pas
22:25de remise en question.
22:25Derrière la vitre
22:27de son box,
22:29Cédric Jubilard
22:30refuse d'être accusé
22:31de maltraitance.
22:33Il essaye comme il peut
22:34de se justifier.
22:39Les enfants,
22:40c'est sûr qu'il faut
22:41qu'ils aient peur.
22:42Mais je ne les terrorisais pas.
22:43On passait de très bons moments
22:44ensemble.
22:46Oui,
22:46il faut qu'ils aient peur.
22:47Sinon,
22:47on se fait bouffer.
22:48Ça donne une coloration
22:51à cette affaire.
22:53En fait,
22:53Cédric Jubilard,
22:54il était violent
22:55à l'égard de lui.
22:56Il était violent
22:56psychologiquement,
22:57même à l'égard d'Elia,
22:58puisqu'il a traité
22:59d'handicapé.
23:00Il disait à des personnes
23:01de la famille
23:01« Tiens ton handicapé »
23:03parce qu'elle avait 18 mois
23:04et qu'elle ne marchait pas encore.
23:05à la fin de cette journée,
23:09quelle image garderont
23:11les jurés
23:11de Cédric Jubilard ?
23:14Celle de l'homme authentique,
23:15travailleur,
23:16défendu par ses avocats
23:18ou celle du père de famille
23:22maltraitant ses enfants ?
23:25Les jurés,
23:26après,
23:27ils se feront leur idée
23:27et c'est eux,
23:28au final,
23:28il faut respecter.
23:29S'ils avaient une idée avant,
23:31peut-être que cette idée,
23:32elle évolue.
23:33Je n'en sais rien
23:34dans un sens ou dans l'autre.
23:35On fait notre boulot,
23:36il y a une audience,
23:37on avance petit à petit
23:38et puis on en tirera au final
23:40des conclusions,
23:41des arguments.
23:42C'est une dialectique,
23:43un procès.
23:44Chacun pose des jalons
23:48et à un moment donné,
23:49il faudra tout ramasser
23:49dans la plaidoirie.
23:52Et la journée du lendemain
23:54va mettre encore un peu plus
23:55en exergue
23:56une autre facette
23:57de l'accusé.
24:05L'actualité judiciaire
24:08qui est toujours dominée
24:08par ce procès passionnant,
24:10médiatique,
24:10le procès Jubilard.
24:12Le moins central
24:12dans l'affaire Jubilard,
24:13Anne,
24:14la meilleure amie de Delphine,
24:15sa confidente aussi,
24:16elle est à la barre aujourd'hui.
24:17La défense se tient prête
24:30à encaisser les coups.
24:31Ce mercredi 1er octobre,
24:34c'est l'heure
24:34des premières attaques frontales
24:35envers Cédric Jubilard.
24:38Et l'une d'entre elles
24:39pourrait venir de cette femme,
24:40Anne,
24:41la meilleure amie de Delphine,
24:43qui s'entretient avec son avocate
24:44juste avant de témoigner
24:46devant la cour.
24:48Son audition est capitale.
24:50Elle était la confidente
24:51de Delphine
24:51et connaissait très bien
24:53l'état du couple
24:54et l'attitude de Cédric
24:56en privé.
25:03C'était lourd, pesant.
25:05Il la surveillait,
25:06il l'insistait
25:07pour savoir à quelle heure
25:08elle rentrait.
25:09Pour moi,
25:09il n'était pas d'accord
25:10pour se séparer.
25:13Pendant plus de 3 heures,
25:14la meilleure amie
25:15de Delphine Jubilard
25:16dresse le portrait
25:17d'un homme
25:18devenu oppressant
25:19et menaçant.
25:22Un jour,
25:22il m'a dit
25:23si elle a un amant,
25:25je le lui ferai à l'envers.
25:26Cette femme est intéressante
25:30parce qu'elle a été
25:31la témoin
25:31notamment de menaces
25:33ou en tout cas
25:33de paroles un petit peu
25:34étranges de la part
25:35de Cédric Jubilard
25:36qui lui a manifestement
25:37confessé que
25:38s'il découvrait bel et bien
25:39que Delphine avait
25:40un amant,
25:42eh bien,
25:42il allait lui faire
25:43à l'envers.
25:43alors on ne sait pas
25:43de qui il parlait
25:44à ce moment-là.
25:45Est-ce qu'il parlait
25:45de Delphine ?
25:46Est-ce qu'il parlait
25:46de l'amant ?
25:47Est-ce qu'il parlait
25:47d'autre chose ?
25:49Pour la première fois
25:50depuis le début
25:51du procès,
25:52la défense de l'accusé
25:53semble en difficulté.
25:57Et l'après-midi
25:58pourrait être encore
25:58plus compliqué.
26:00Avec une ancienne voisine
26:02attendue par la cour,
26:04elle aurait entendu
26:04une phrase glaçante
26:05de la part
26:06de Cédric Jubilard.
26:07A l'époque,
26:09le couple n'a pas d'enfant
26:10et Delphine Jubilard
26:12est enceinte.
26:13C'était un matin,
26:15j'avais la fenêtre ouverte.
26:16J'ai entendu
26:16de gros éclats de voix.
26:18Je me suis approchée.
26:19Cédric Jubilard
26:19disait à sa femme
26:20« Mets-toi à genoux,
26:22baisse les yeux
26:22quand je te parle ».
26:24Ça s'est arrêté d'un coup.
26:25J'ai surveillé
26:26qu'elle sorte bien ensuite.
26:28J'ai vu le couple sortir.
26:30Le lendemain,
26:30j'ai pu parler à Delphine.
26:31Je lui ai dit
26:32« Il serait temps
26:32de vous mettre du plomb
26:33dans la tête
26:33car je vois que
26:34vous attendez
26:35un heureux événement ».
26:38Confronté à ce témoignage,
26:39Cédric Jubilard
26:40dit « Je n'aurais jamais
26:42parlé à ma femme comme ça.
26:44Ça devait être au chien,
26:45mais pas à elle ».
26:46« Alors pourquoi
26:47votre voisine dirait ça ? »
26:50« Elle aussi dit
26:50que je jouais au ballon
26:51dans la rue
26:52et elle dit avoir appelé
26:53les gendarmes.
26:54Mais il n'y a jamais eu
26:54de gendarme.
26:55Elle se fait des idées.
26:56Vous dites que c'est
26:57une menteuse ? »
26:58« Au sujet du chien,
26:59oui. »
27:01« Il va inventer
27:01à la base
27:02que finalement
27:04ses propos étaient
27:04envers son chien
27:05comme si on pouvait
27:06mettre un chien
27:07à genoux
27:08et comme si on pouvait
27:09dire à un chien
27:09de remonter le regard
27:11une fois qu'on le lui dirait. »
27:13« Il tente quelque chose,
27:14parle au chien,
27:16il voit que ça ne va pas,
27:17il change d'explication,
27:19il change de justification
27:20et c'est finalement
27:20ce qu'il fait
27:21depuis le début.
27:23Elle est partie
27:23promener les chiens
27:24au milieu de la nuit,
27:24tout le monde se rend compte
27:25que c'est faux.
27:26Elle a dû partir
27:26refaire sa vie
27:27mais en fait
27:27elle a laissé
27:28tous ses papiers
27:29donc c'est faux.
27:30Elle a dû partir
27:31faire le djihad,
27:32elle a dû aller
27:32dans une secte
27:33et voilà,
27:33il teste des choses
27:34et il s'adapte
27:35à chaque fois
27:36en fonction des réactions.
27:39La fin de cette
27:39deuxième semaine
27:40aura-t-elle éclairci
27:42les idées des jurés ?
27:44« Le problème
27:45de Cédric Jubilard
27:46c'est qu'on a le sentiment
27:46qu'à chaque fois
27:47qu'on lui oppose
27:48un témoignage
27:48c'est toujours
27:49le témoin qui ment.
27:51Ça commence à faire
27:51beaucoup de monde
27:52parce qu'en réalité
27:54les personnes
27:54qui parlent
27:55de ce que
27:57Cédric Jubilard
27:58a pu leur livrer
27:59ils se comptent
28:00en dizaines.
28:03Cédric Jubilard
28:06Cédric Jubilard
28:07Cédric Jubilard
28:08Depuis le début
28:26du procès
28:26la défense
28:28avait coché
28:28cette date
28:29du 6 octobre
28:30un lundi
28:32pour tout
28:33faire basculer.
28:34« C'est un mot
28:36de silencieux
28:37qui était
28:38un mot d'avion
28:39qui est un mot
28:41d'aujourd'hui
28:41qui saute. »
28:43Il est 9h30
28:44l'audience
28:45vient de démarrer
28:46quand l'amant
28:48de Delphine Jubilard
28:49entre en scène.
28:51Pour la première fois
28:52Cédric Jubilard
28:54découvre son rival
28:55un amant
28:57nommé
28:57Donagent
28:58est âgé
28:59de 44 ans.
29:00Il fréquente
29:01Delphine Jubilard
29:02depuis près
29:02de 5 mois
29:03au moment
29:04de sa disparition.
29:05Une histoire
29:06d'amour secrète.
29:08Quand la présidente
29:09a demandé
29:10aux policiers
29:10de faire rentrer
29:11ce témoin
29:12dans la salle
29:12tout le monde
29:13a frémi.
29:14L'amant
29:15c'est l'homme
29:15que l'on attendait
29:16tous
29:17on n'avait
29:17encore jamais
29:18vu son visage
29:19même Cédric Jubilard
29:20n'avait
29:21jamais encore
29:22vu son visage
29:22c'était la première fois
29:23que ces deux hommes
29:24étaient face à face.
29:29On ne savait pas
29:30ce que ça allait donner
29:30on était dans
29:31le même cas de figure
29:32on avait tous les deux
29:33épuisé notre capitale
29:34dans notre couple
29:35cela a matché
29:36ça a fonctionné
29:37ce n'était pas
29:37qu'une histoire charnelle.
29:39A quel rythme
29:40vous vous êtes vus ?
29:41On arrivait à se voir
29:42deux fois par mois
29:43on était tous les deux
29:44dans l'ombre
29:45en position d'adultère.
29:47L'amant
29:47revient longuement
29:48sur ses dernières semaines
29:49avec Delphine Jubilard
29:50leur projet d'avenir.
29:52Il en profite
29:53pour asséner sa certitude
29:55sur ce qui est arrivé
29:56à sa maîtresse.
29:59Oui
29:59aujourd'hui
30:00j'ai l'intime conviction
30:01que c'est Cédric Jubilard
30:03qui a fait disparaître
30:03sa femme.
30:05Dans son box
30:05Cédric Jubilard
30:07reste impassible.
30:09Ses avocats
30:09eux
30:10décident de lancer
30:11la contre-attaque.
30:12est-ce que vous vous êtes rendu
30:21à Cagnac-les-Mines
30:22ce soir-là ?
30:23Je ne me suis jamais rendu
30:24à Cagnac-les-Mines.
30:26Derrière l'apparence
30:27d'une question banale
30:28se trouve peut-être
30:29le point de bascule
30:31de ce procès.
30:32Une brèche
30:33dans laquelle l'avocate
30:34de Cédric Jubilard
30:35s'engouffre.
30:36Il y a quelque chose
30:38d'assez grave
30:39dans le dossier
30:39qui n'intéresse personne.
30:41Vous êtes dans une liste
30:42des numéros recensés
30:43sur la couverture
30:44du domicile des Jubilards
30:45dans la nuit des faits.
30:47Je ne comprends pas
30:48bien la question.
30:49Votre téléphone
30:50capte une cellule
30:51qui couvre le domicile
30:53des Jubilards
30:54entre 22h
30:55et 6h du matin.
30:57Je ne peux pas répondre
30:58quelque chose de cohérent
30:59à votre question.
31:01J'étais chez moi.
31:04Coup de théâtre
31:05en pleine audience.
31:07La stupeur totale
31:09dans la salle.
31:10On a presque tous
31:11eu un moment
31:12où on s'est arrêté
31:12de respirer.
31:13D'un seul coup,
31:14l'amant est devenu
31:15potentiellement
31:17un suspect.
31:18Parce que personne
31:19n'avait connaissance
31:21de cet élément
31:22dans la procédure
31:23qui avait échappé
31:24visiblement
31:25à tout le monde,
31:26à toutes les parties.
31:27Les avocats
31:28de Cédric Jubilard
31:29assurent que le téléphone
31:30de l'amant
31:30a déclenché une cellule
31:32à proximité
31:33du domicile du couple
31:34dans la nuit
31:34de la disparition.
31:36L'avocate
31:37de Cédric Jubilard
31:38va même plus loin.
31:40Selon elle,
31:41si la ligne téléphonique
31:42de l'amant
31:42est quasiment invisible
31:43dans le dossier,
31:45ça ne serait pas
31:46un hasard.
31:46Cet élément a été
31:50volontairement retiré
31:51par les enquêteurs.
31:52Vous avez des réquisitions
31:53pour des numéros
31:54qui figurent tous
31:55au dossier,
31:56sauf le sien.
31:57Voilà où on en est.
31:58Il y a eu 216 études téléphoniques
32:00et il n'en manque qu'une,
32:02la sienne.
32:03quand on est capable
32:14de falsifier un dossier,
32:15c'est que là,
32:16on n'a pas voulu chercher
32:17ailleurs
32:17pour préserver
32:18la piste
32:19et unique piste
32:20qui désintéresse
32:21depuis le premier jour,
32:22celle de Cédric Jubilard.
32:23Dans les couloirs,
32:29l'ambiance est électrique.
32:32La stratégie du coup d'éclat
32:34en pleine audience
32:35n'est pas du coup
32:35de tout le monde.
32:37Mais là, tu vois,
32:38par exemple,
32:38ça, c'est la mauvaise foi.
32:39Puisque quand la présidente
32:40en arrive,
32:40quand la présidente
32:41en arrive
32:42à devoir te couper
32:43en te disant
32:43est-ce que vous pouvez juste
32:45soit poser votre question
32:46à l'instant,
32:46et tu dis
32:46non, en fait,
32:47on a un jeu d'écriture
32:47à de la poser.
32:48Bah, tu l'as posé,
32:49mais on sait là,
32:50pourquoi t'as besoin
32:50de poser ton truc
32:51avant de donner
32:51les écritures ?
32:53Pourquoi t'as besoin
32:53de donner l'acte ?
32:54Non, c'est donner l'acte
32:58d'un PV retiré
32:59de la procédure.
33:01C'est pas la même chose,
33:02tu vois,
33:02il y a quand même
33:03deux choses.
33:03Mais du coup,
33:04c'est pas donner l'acte
33:05de ce qui vient d'être dit.
33:08Non, mais tu vois,
33:09l'acte-là, c'est...
33:11Je comprends pas.
33:11C'est pas grave.
33:12C'est pas grave, c'est pas grave.
33:13Ah, là-bas.
33:13On va prendre
33:14l'explication de nos textes.
33:16Oui, ils essaient
33:17de faire diversion.
33:19En fait,
33:19ils essaient
33:19de lancer des pistes.
33:21Maintenant, ce qu'on sait,
33:22c'est que si vraiment
33:23ils y croyaient
33:24à ces autres pistes,
33:26ils auraient fait
33:26des demandes d'actes.
33:27Qu'est-ce qu'ils ont fait
33:27comme demandes d'actes ?
33:28D'aller fouiller
33:29des maisons
33:30sur indication de voyante.
33:32Ils ont pas été demandés
33:33qu'on investisse davantage
33:35sur ces éléments.
33:37C'est pas pour rien.
33:38Le lendemain,
33:51le gendarme
33:52qui a travaillé
33:53sur la téléphonie
33:53est à nouveau convoqué.
33:54Il doit expliquer
34:06à la cour
34:07les incohérences
34:08de son dossier.
34:12La défense
34:13de M. Jubilard
34:13a soulevé
34:14une contradiction
34:15dans cette procédure.
34:16Pouvez-vous nous expliquer ?
34:17Sur la présence
34:19de deux n'agents
34:20sur ce listing,
34:21en fait,
34:21c'est une erreur de ma part.
34:22Le numéro figure bien
34:23sur ce listing
34:24en tant que correspondant
34:25de Delphine Jubilard
34:26dans l'après-midi.
34:28C'est son téléphone
34:29à elle
34:29qui borne à Cagnac ?
34:31Oui.
34:33La cour est médusée.
34:36On peut s'interroger
34:38sur ce type d'erreur,
34:39monsieur.
34:39Comment l'expliquer ?
34:41J'ai réalisé
34:42un copier-coller
34:42et je n'ai pas fait
34:43de vérification.
34:44C'est un travail technique.
34:45Il faut manier
34:46des logiciels.
34:46C'est moi qui ai fait
34:47une erreur
34:48et il n'y a pas
34:48de vérification derrière.
34:53Comment une telle erreur
34:54a-t-elle pu être commise
34:55dans un dossier
34:56où chaque élément
34:57peut accabler
34:58ou disculper
35:00Cédric Jubilard ?
35:02A la sortie d'audience,
35:03la défense
35:04doit faire bonne figure.
35:06Son coup de théâtre
35:07s'est transformé
35:08en coup dans l'eau.
35:09Nous, ça nous inquiète
35:10sur l'amateurisme
35:11de certains enquêteurs
35:13dans ce dossier.
35:14Les jurés
35:14pourraient avoir
35:15d'autres doutes,
35:16mais cette fois-ci
35:17sur l'innocence
35:19de Cédric Jubilard
35:20lorsqu'un expert
35:23démontre à la cour
35:24que les lunettes
35:25de Delphine
35:26retrouvées chez elle
35:27ont été cassées
35:28à cause
35:29d'un très fort impact
35:30suggérant
35:31un coup de poing
35:32et peut-être
35:32une lutte
35:33la nuit
35:34de sa disparition.
35:35Vous avez entendu
35:39l'expert
35:40qui dit
35:40que ces lunettes
35:41sont hors d'usage.
35:43Comment expliquez-vous
35:44que les lunettes
35:44de votre épouse
35:45sont dans cet état-là ?
35:49Je sais que la petite
35:50les a fait tomber
35:51à plusieurs reprises,
35:52mais je ne sais pas.
35:53Ce ne sont pas
35:54mes lunettes.
35:55Une branche va être
35:56retrouvée derrière le canapé.
35:57Comment l'expliquer ?
35:59Je n'ai aucune explication
36:01là-dessus non plus.
36:04Aujourd'hui,
36:04quand on lui pose
36:05la question
36:05de la violence
36:06sur la paire de lunettes,
36:08ce n'est pas une violence,
36:09c'est simplement
36:09que son épouse
36:11s'amuse à déboîter
36:12toute seule
36:12la paire de lunettes
36:13et que si toutefois
36:14il y a eu
36:15une scène de violence,
36:17c'est peut-être
36:17que quelqu'un est rentré
36:18dans le domicile
36:19procédé à ces violences
36:21sans que lui
36:21n'entende rien
36:22parce qu'elle est en train
36:22de dormir.
36:23Là, on commence
36:23à tomber dans l'absurde
36:24et c'est évidemment ridicule.
36:26Chacun repart
36:27avec un sentiment mitigé
36:29Demain,
36:32une mère est attendue
36:33à la barre,
36:34celle de Cédric Jubilard.
36:37Tout le monde
36:38s'interroge
36:38sur sa future attitude
36:39vis-à-vis de son fils.
36:52Elle n'a raté
36:53aucun des débats.
36:55Elle a tout écouté.
36:57Et ce jour-là,
36:58c'est elle,
36:59la mère de Cédric Jubilard
37:00qui a dû parler
37:01à la cour.
37:06Après son audition,
37:07maître Batik
37:08vient même la soutenir.
37:09Elle assure ne pas être venu
37:29pour témoigner contre son fils.
37:32Mais ses confidences
37:33ont pourtant pesé lourd
37:35sur la défense de Cédric Jubilard.
37:36Elle a raconté une scène
37:39accablante pour son fils.
37:42On discutait,
37:43il était très agité,
37:44il était énervé
37:46envers Delphine
37:48et il m'a dit cette phrase
37:50que je vous avoue,
37:52j'en ai marre de répéter
37:53et je ne répéterai plus.
37:55Il lui confie un mois
37:57avant sa disparition
37:58qu'il veut la tuer.
37:59C'était des paroles à l'air
38:01pour moi,
38:02sur le moment.
38:03D'ailleurs,
38:04je lui dis,
38:04je lui dis,
38:04arrête de raconter conneries,
38:06c'est n'importe quoi.
38:08Voilà.
38:09Pour la défense,
38:13c'est encore un coup dur.
38:15Elle va dire à la barre ce matin
38:16qu'elle le regrette
38:18et qu'elle aurait dû prendre
38:19plus au sérieux cette phrase
38:20parce qu'on n'en serait pas là.
38:23La phrase,
38:23on n'en serait pas là,
38:25veut tout dire.
38:26C'est-à-dire qu'à travers
38:27son témoignage,
38:29elle accuse son fils
38:30d'avoir fait disparaître
38:31Delphine Jubilard
38:32et c'est terrible.
38:38Les confidences de cette mère
38:41ont pesé lourd
38:42sur la défense
38:43de Cédric Jubilard.
38:45Je n'ai pas trop la sensation
38:47qu'elle essayait
38:48d'humaniser Cédric.
38:49Je pense surtout
38:49qu'elle essaye,
38:50elle,
38:50de s'humaniser
38:51et de se rattraper
38:52peut-être
38:53d'un certain nombre
38:54de manquements
38:54qui ont été les siens.
38:55Très particulier,
38:56son témoignage
38:57est extrêmement dérangeant
38:58quand on pense
38:59que c'est une mère.
39:01En tout cas,
39:01ce qui est certain,
39:02c'est que Cédric Jubilard,
39:04par l'intermédiaire
39:04de ses avocats,
39:05c'est-à-dire par notre intermédiaire,
39:07nous a demandé
39:08de ne pas l'accabler,
39:09donc en tout cas,
39:10lui reste un fils.
39:13Après ce spectaculaire début
39:15de troisième semaine d'audience,
39:18la défense parviendra-t-elle
39:20à garder l'initiative ?
39:30Ce mercredi,
39:31des anciens co-détenus
39:33de Cédric Jubilard
39:34vont témoigner
39:34à la barre.
39:36Parmi eux,
39:37un voisin de cellule,
39:38Marco.
39:39Non, non,
39:39le justice m'a demandé,
39:40je suis venu.
39:41Il a passé 19 années
39:43derrière les barreaux
39:43et a partagé
39:45quelques mois
39:45sa cellule
39:46avec Cédric Jubilard
39:48en 2021.
39:50Une nuit,
39:51vers 4-5 heures,
39:52il m'appelle
39:52à la fenêtre.
39:53Il me dit
39:53« Je m'en suis débarrassé
39:55de l'autre.
39:55Elle a envoyé des messages
39:56à l'autre connard.
39:57J'ai pété un plomb. »
39:59Ces abrutis,
40:00ils n'ont même pas
40:00retrouvé le couteau.
40:03Il me dit aussi
40:03où elle est enterrée,
40:05que c'est un endroit
40:05qui a déjà brûlé.
40:07Il y a deux accès.
40:08C'est en plusieurs nuits,
40:09en plusieurs moments.
40:10« Vous dites
40:10que vous avez
40:11le code d'honneur.
40:12On ne touche pas
40:12aux femmes,
40:13on ne touche pas
40:13aux enfants.
40:14C'est assez savoureux
40:15de la part d'un homme
40:16qui a été condamné
40:17pour viol
40:18avec acte de torture
40:19et barbarie
40:20avec objet contendant. »
40:22« Mais c'était
40:23sur un garçon. »
40:24« Ah, si c'est
40:24sur un garçon,
40:25ça va. »
40:27Cédric Jubilard
40:28est invité à réagir
40:29aux propos
40:30de son ancien
40:30voisin de cellule.
40:32L'échange
40:33est de nouveau succinct.
40:35« 95 %
40:36de ce qu'il dit
40:37est faux. »
40:38« Donc 5 %
40:39est vrai. »
40:40« Oui,
40:41j'ai dit que j'étais
40:41le mec
40:42le plus cocu du Tarn
40:43et que le corps
40:44était dans la ferme
40:45qui a brûlé. »
40:46« Pourquoi lui avoir
40:46dit ça ? »
40:47« Il me gavait
40:48à me poser la question
40:49tous les jours.
40:50Comme ça,
40:50il a sa réponse
40:51et il me fait plus chier. »
40:53« Est-ce qu'on doit
40:53considérer que c'est
40:54une blague ? »
40:56« Oui,
40:56de mauvaise augure,
40:57mais c'est une blague. »
41:01Quel crédit
41:02accordé à ce témoignage
41:04qui semble accablant ?
41:06Marco est qualifié
41:07de mythomane
41:07par d'autres prisonniers.
41:10« Comment s'est passé
41:10cet après-midi ?
41:11Vous avez pu dire
41:12votre problème ?
41:12Je suis un peu surprise
41:15des personnages
41:16que nous voyons
41:17et auxquels la justice
41:18entend accorder
41:19une certaine confiance.
41:21Est-ce que vous avez
41:22l'impression
41:22d'avoir convaincu ? »
41:24« Je n'ai pas à convaincre,
41:25honnêtement,
41:25je n'ai pas à convaincre.
41:26Je suis venu,
41:26j'ai fait mon travail. »
41:28À la sortie de son audience,
41:30nous accompagnons
41:30l'ancien co-détenu
41:31jusqu'à une brasserie
41:32proche du tribunal.
41:33« Comment il était
41:36entre vous ? »
41:37« Il avait une star
41:39qui se fait insulter
41:41tous les jours,
41:41mais une star.
41:43Trop de caractère,
41:44trop de moi-jeux. »
41:47Nous recueillons
41:48son intime conviction
41:49sur Cédric Jubilard
41:50et ce dont on l'accuse.
41:52« Il a longuement préparé.
41:55Il a fait la localisation,
41:57il avait qu'à l'acheter
41:57des petites tenues,
41:58il a réussi ça
41:59pour encaisser ça
42:00à un homme
42:00de garder dedans.
42:02Quand ça explose,
42:03ça explose. »
42:06Ces confidences troublantes
42:08ne constituent pas
42:09pour autant des aveux.
42:10Et face à la cour,
42:11Cédric Jubilard
42:12se montre
42:13beaucoup moins prolixe.
42:15« Sa défense
42:16a décidé d'en faire un muet
42:18parce qu'ils vont porter
42:20la discussion
42:20sur le terrain
42:21des grands principes,
42:22le bénéfice du doute
42:23qui doit profiter
42:24à un individu
42:25qui n'a jamais rien avoué,
42:28le corps de la victime
42:29n'ayant jamais été trouvé.
42:31Il a une vocation
42:31assez naturelle
42:32à se tirer des balles
42:33dans le pied,
42:33donc il vaut mieux
42:34qu'il se taise. »
42:35Quand il ne se tait pas,
42:37Cédric Jubilard
42:38doit compter sur sa défense
42:39pour tenter de justifier
42:41sa façon de s'exprimer.
42:44« On est en permanence
42:46dans ses reproches,
42:47dans cette caricature,
42:48donc c'est très éprouvant
42:49pour lui de voir
42:50que quoi qu'il dise,
42:51ça va susciter
42:52des petits sourires en coin,
42:54y compris quand il est sincère
42:55et que cette sincérité
42:57elle n'est pas toujours
42:57à son avantage.
42:59Parce que quand il dit
43:00« oui, des fois je pouvais dire
43:01à Delphine et à d'autres
43:02c'est une salope,
43:04c'est une connasse »,
43:05ben c'est pas bien
43:06et tout le monde
43:06en est très offusqué,
43:08mais tout ça
43:08c'est pas de la culpabilité.
43:09A l'aube de la quatrième semaine,
43:13un rendez-vous
43:15pourrait le faire craquer
43:16d'après l'accusation.
43:19Son interrogatoire.
43:27Pendant deux jours
43:28et durant huit heures,
43:31Cédric Jubilard est bousculé,
43:34malmené.
43:35Quelle explication vous donnez
43:41à la disparition
43:41de votre épouse ?
43:43Je n'en ai aucune
43:44et j'aimerais en avoir une
43:46pour pouvoir leur donner.
43:47Vous pensez
43:48qu'elle a pu se suicider ?
43:50Je ne pense pas.
43:51Elle a pu disparaître
43:52volontairement ?
43:54J'en ai aucune idée,
43:56je n'espère pas.
43:57Je peux vous assurer
43:58qu'il ne s'est rien passé
43:59dans cette maison
43:59et que je ne l'ai pas tué.
44:01Mais vous n'en savez rien
44:02puisque vous dormiez.
44:03Vous insinuez
44:04que je l'ai tué ?
44:05Ah oui, ça je l'insinue.
44:06Sinon, c'est qui
44:07qui vient dans cette maison
44:08pour la tuer
44:08sans laisser de traces ?
44:12Mais l'accusé
44:13ne craque pas.
44:16La cour retient
44:17maintenant son souffle
44:18et guette la réaction
44:19de Cédric Jubilard
44:20quand la présidente
44:22commence à lire
44:22une lettre bouleversante
44:23que son fils Louis,
44:2511 ans,
44:26a tenu à adresser
44:26au juré.
44:28Il veut raconter
44:28qui était son père.
44:30Il ne l'appelle plus
44:31papa,
44:32mais Cédric.
44:33Cédric m'insultait beaucoup
44:36comme petit
44:37ou gros con.
44:38Une fois,
44:39il a tapé
44:39tellement fort
44:40derrière la tête
44:40qu'une de mes dents
44:41s'est arrachée
44:42en tapant la table
44:43du salon.
44:45Après la disparition
44:46de maman,
44:46on a déménagé
44:47chez mamie et papy
44:48et c'est mamie
44:50qui s'est occupée
44:51de Elia et moi.
44:52Cédric ne s'est pas
44:53occupée de moi
44:53ni de ma soeur.
44:54C'était dur.
44:57Monsieur Jubilard,
44:58qu'avez-vous à répondre ?
45:00Je trouve ça triste.
45:07Malgré l'émotion
45:08suscitée dans la salle,
45:10le principal intéressé
45:11reste de marbre,
45:12sans réaction massive.
45:15La déception est palpable.
45:17Les débats sont clos.
45:19Place aux avocats.
45:21Ils entrent en scène
45:22pour plaider.
45:27Ici,
45:28tout est malheur.
45:30La mort de Delphine
45:31est un malheur.
45:33La culpabilité
45:34de Cédric Jubilard
45:35est un malheur.
45:37La décision
45:38que vous rendrez
45:38ne sera pas un bonheur
45:40pour qui que ce soit.
45:41Mais vous aurez fait
45:42votre devoir
45:43envers Delphine.
45:45Il ne hurle pas
45:46son innocence
45:46parce qu'il n'a pas
45:47le script de l'innocence.
45:50Et d'ailleurs,
45:51ça se joue comment
45:52l'innocence.
45:53Il ne sait pas.
45:54Alors il reste
45:54sur le terrain
45:55du mensonge
45:56qu'il a construit
45:56parce qu'il peut
45:57y tenir le premier rôle.
45:58Nous ne sommes que deux.
46:00Mais nous sommes
46:00les dernières voix
46:01d'un homme écrasé
46:02depuis plus de 4 ans
46:03et qui ne sait plus
46:04comment dire
46:05qu'il est innocent.
46:06Il le dit certainement mal.
46:08Mais doit-il le dire
46:09en hurlant ?
46:10Doit-il le dire
46:10en pleurant ?
46:12Doit-il le dire
46:12en chuchotant ?
46:14Rien de ce qu'il dira
46:15ne satisfera personne.
46:19Cédric Jubilard
46:19est désincarné.
46:21C'est un corps
46:21qui ne résonne plus.
46:23Oui, Cédric,
46:24c'est insupportable.
46:26Il est vidé
46:26de sa caisse de résonance.
46:28Il ne crie plus,
46:29ne pleure plus.
46:30Il a répété
46:30« Je suis innocent »
46:31alors il s'en remet
46:32à nous
46:32et à vous.
46:33Dans la salle des délibérés,
46:39la loi de ses avocats
46:41a peut-être résonné
46:42à l'heure du choix
46:43quand ses 6 jurés,
46:454 hommes et 2 femmes
46:46ont dû décider
46:46en leur âme et conscience.
46:49Aidé de la présidente
46:50et de ses assesseurs,
46:51ses citoyens
46:52ont confronté
46:53les arguments,
46:55mis en balance
46:56ceux qui accusent
46:57et ceux qui disculpent
46:58pour trancher
46:59après 6 heures
47:00de délibéré.
47:04Ils ont choisi
47:05de reconnaître
47:05Cédric Jubilard coupable
47:07et de le condamner
47:08à 30 ans de prison
47:09pour le meurtre
47:10de son épouse.
47:11Il est là, il est là.
47:13Attention !
47:14À l'issue de ce verdict,
47:18Cédric Jubilard
47:19a fait appel
47:19de cette décision.
47:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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