00:00Bonjour Akim Areski.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes pour beaucoup un survivant, un rescapé autant qu'un héros.
00:06Des médaillés d'or de Sessi Foot aux Jeux Olympiques de Paris 2024,
00:09vous avez sans conteste été l'un de celles et ceux qui ont marqué cette compétition à la saveur délicieuse.
00:15Au premier abord, si on ne connaît pas votre histoire personnelle, on se dit qu'elle est belle,
00:18qu'elle ressemble à un conte de fées.
00:20Sauf que quand on prend connaissance du pourquoi vous avez perdu la vue, on vacille.
00:23Nous sommes à Asgaga, sur vos terres natales de Kabylie,
00:26pendant les événements du printemps noir, le 27 avril 2001.
00:30Et du haut de vos 18 ans, vous participez à une marche pacifique
00:32pour lutter contre les discriminations envers la communauté berbère.
00:36C'est là que vous allez être blessé, échappant de peu à la mort,
00:39par les gendarmes qui n'ont pas hésité à tirer à balles réelles.
00:42Deux balles vont vous atteindre, une dans la cheville, l'autre en pleine tête.
00:45Par miracle, elle n'explosera pas, mais les dégâts sont colossaux.
00:48Le nerf optique est sectionné et vous perdez la vue.
00:51Ce qui aurait dû faire basculer votre vie en cauchemar vous a donné envie d'en faire une force
00:55et vous avez demandé à la naturalisation française et intégrée,
00:58parce que doué, avec le ballon à grelot, l'équipe de France de Sessi Foot depuis 2009,
01:03avec le maillot numéro 5, avec une première médaille d'argent au JO de Londres,
01:07et l'or, évidemment, à Paris, on y était.
01:10Aujourd'hui, vous avez décidé de raconter cette histoire dans une autobiographie
01:13« Renaitre dans la nuit ».
01:15C'est un récit paru chez XO Éditions.
01:18C'est une déclaration d'amour à la vie, ce livre, Hakim.
01:21Bonjour, tout d'abord, merci pour l'invitation.
01:25Oui, c'est une déclaration d'amour à la vie, c'est une déclaration de...
01:30C'est un cri de justice, c'est un cri de mémoire,
01:35parce qu'il s'est passé plein, plein de choses depuis 2001.
01:38C'était censé être une manifestation pacifique.
01:43Alors, on revendiquait un certain nombre de causes identitaires,
01:48notre histoire, notre langue, nos origines,
01:51mais aussi des raisons ou des causes sociétales, j'allais dire,
01:56pour toute la nation, pas que pour la kabylie,
01:59la justice, la liberté, la liberté d'expression.
02:02Et on était étudiants.
02:02Donc, ça aurait dû se passer dans le côté pacifique, on va dire.
02:09Mais ils ont décidé que ça allait être dans l'horreur et le sang.
02:14Et en fait, voilà, ils ont tiré la balle réelle.
02:17Juste, je vais rectifier la balle qui m'a atteint au niveau du crâne,
02:21c'était vraiment une balle explosive.
02:23Et elle s'est explosée, justement, à l'intérieur de mon crâne.
02:26Et c'est comme ça qu'elle m'a sectionné les données en optique.
02:29Donc, c'est un livre d'espoir, on va dire.
02:32Le fil rouge, effectivement, c'est l'espoir.
02:34Vous ouvrez cet ouvrage en remerciant vos filles, votre épouse, vos parents,
02:37l'Algérie de votre enfance, et vous écrivez « À ma France ».
02:40Il représente quoi, ce maillot et les couleurs bleu, blanc, rouge ?
02:44Elle représente quoi pour vous ?
02:46Plein de valeurs que je partage, bien évidemment,
02:49que je porte en moi, que je portais en moi,
02:51déjà bien avant mon arrivée en France.
02:53Et je pense qu'elle venait se renforcer.
02:56Et puis, cette gratitude éternelle,
02:58parce que j'étais sauvé par la France,
03:00je suis arrivé quasiment mort à Orly.
03:04Et en fait, la France m'a sauvé.
03:07Je l'ai dit, je le redis, je le redis.
03:09Donc, ouais, carrément, ce bouquin aussi est une déclaration,
03:14est un témoignage de reconnaissance envers cette nation qui m'a sauvé.
03:18Ce livre, c'est une leçon de vie, Hakim.
03:21On ne va pas se mentir.
03:21Votre récit souffre sur l'émotion intense vécue et partagée
03:25avec un stade rempli.
03:2613 000 personnes au pied de la Tour Eiffel,
03:29des millions de téléspectateurs derrière la boîte à images.
03:32Vous nous replongez dans ce tir au but,
03:33en finale des JO de Paris,
03:35de ses six foot le 7 septembre 2024.
03:37Il est 21h40,
03:39quand vous marquez le premier but pour la France face à l'Argentine.
03:42Ce jour-là, cet instant-là est gravé dans votre mémoire à jamais ?
03:45À jamais.
03:47À jamais, c'est un instant de consécration,
03:53c'est un instant d'aboutissement,
03:54c'est un instant de joie, de bonheur.
03:56Mais en même temps, ce n'est pas encore fait.
03:58À cet instant-là,
04:01tout était encore faisable et possible
04:04pour l'une ou l'autre équipe.
04:06Et moi, perso, j'avais quelque chose à faire
04:09individuellement sur cette phase de tir au but.
04:13C'était de marquer mon but.
04:15Mais il y avait encore mes potes
04:16qui allaient faire la même chose juste après.
04:18Et donc, à l'instant T,
04:20OK, je marque, j'étais très, très content.
04:23Mais il y avait encore deux buts à marquer.
04:26Il y avait éventuellement un arrêt à faire de Sandro
04:29ou bien il fallait qu'un Argentin,
04:30en tout cas, rate un tir.
04:32Donc, c'est une émotion partagée.
04:34J'étais heureux.
04:36Mais en même temps, j'attendais vraiment la fin
04:38et au troisième tir,
04:41donc le tir de Fred, quand il le met.
04:43Là, c'est vraiment l'explosion de joie totale
04:45qu'on a partagée, qu'on a savourée
04:48avec le public sur place,
04:49avec des millions de spectateurs.
04:52Même s'ils n'étaient pas sur place,
04:53mais on sentait vraiment un engouement,
04:56une joie, un bonheur sur ce maillot.
04:59Il y a un autre footballeur que vous aimez beaucoup,
05:03c'est Zidane Kabyle, comme vous.
05:05Vous l'avez soutenu pendant des années en tant qu'enfant.
05:09Quel effet vous avez...
05:11Qu'est-ce que vous avez ressenti
05:12quand vous avez vous-même descendu les Champs-Elysées
05:15en vainqueur des Jeux Olympiques de Paris 2024
05:20en sessi-foot ?
05:22C'est un mélange de sentiments,
05:26mais je pense que celui qui est prime,
05:28c'est la fierté.
05:29La fierté d'être arrivé là, déjà,
05:33et d'être arrivé là malgré ce qui s'est passé,
05:36malgré toutes les difficultés qu'il y avait,
05:39malgré le fait que je revenais de très, très loin,
05:43la fierté de le faire comme lui,
05:46pour ce maillot,
05:48la fierté de le faire avec mes potes.
05:51Parce que c'est mon histoire,
05:53peut-être qui est sur ce bouquin,
05:54mais mon histoire, elle est bien évidemment entourée
05:58de plein, plein de belles étoiles, je l'ai dit.
06:02Et mes potes en font partie.
06:04Sans eux, je n'aurais pas réussi tout seul à faire ça.
06:07Et donc, on l'a fait ensemble.
06:08Donc, la fierté de partager ça avec mes potes,
06:11la fierté de venir de très, très loin,
06:13de très, très loin, de fin fond de Kabylie,
06:15d'un petit village dans les montagnes
06:17et réussir à, voilà, encore une fois,
06:20à descendre cette avenue comme Zizou à l'époque,
06:23en 98, quand je le regardais depuis mes montagnes, justement.
06:27Donc, voilà, c'est un mélange de sentiments,
06:29joie, bonheur, mais celui qui prime,
06:31je pense, c'est la fierté.
06:32Je voudrais juste terminer sur ce voyage
06:35que vous avez fait cet été.
06:36L'idée, c'est de pouvoir présenter cette médaille
06:38dans le cimetière à votre grand-mère,
06:41à votre ami d'enfance, Youssef,
06:43qui, lui, est mort lors du printemps noir.
06:46Vous avez commenté auprès de ceux que vous aimez
06:49qui ne sont plus là, aujourd'hui,
06:52cette présentation de médaille avec cet adage
06:54« Anares wala aneknou »,
06:57ça veut dire « on ne lâche rien et on continue ».
07:00C'est votre adage, c'est ce qui vous constitue ?
07:03« Anares wala aneknou », ouais,
07:04je pense que ça résume vraiment ma vie,
07:09mon parcours, ça résume notre combat,
07:13qui est celui de ne pas lâcher.
07:15Malgré les coups portés.
07:18Et je pense que la vie nous a donné pas mal de coups,
07:21mais on est encore debout,
07:23donc c'est le principal.
07:24Merci, Akim Araski.
07:25Déjà, pour l'émotion que vous nous avez donnée,
07:28vous nous avez contaminé avec cette émotion pure,
07:31ce plaisir de vous voir gagner.
07:33Merci d'être passé dans le monde, Elodie,
07:35sur France Info.
07:35Ce récit « Renaitre dans la nuit »,
07:37t'as mettre entre toutes les mains,
07:38c'est sorti chez XO Éditions.
07:39Merci beaucoup.
07:40Merci, Elodie.
07:41Merci.