00:00Ici, Auxerre a fait le choix de parler des soins palliatifs à l'occasion de leur journée mondiale.
00:05Une soirée spéciale est organisée à Sens avec des professionnels de santé.
00:09En fin d'année, le débat sur l'aide à mourir va reprendre au Sénat.
00:13Une aide à mourir qui divise la société.
00:15Pour en parler ce matin, nous sommes avec la responsable du premier service de soins palliatifs dans Lyon, créé à Sens.
00:21Bonjour Dr Anne Guédon.
00:23Bonjour.
00:23Doit-on, quand on est médecin, si on reprend les termes exacts de la proposition de loi qui sera débattue, aider à mourir ?
00:33Alors moi je suis médecin de soins palliatifs, donc nous ce n'est pas notre position aider à mourir.
00:38Nous accompagnons les patients qui sont en phase terminale sans une aide active, parce que c'est de ça dont il s'agit dans la loi.
00:48Effectivement, la proposition de loi, donc adopter une large majorité à l'Assemblée nationale en première lecture en mai, parle d'aide à mourir.
00:56Donc pour englober plusieurs choses, aide active, aide passive, suicide assistée, il y a beaucoup de termes qui tournent évidemment de tout cela.
01:04Pour vous, quelle est la meilleure solution pour justement faire progresser le débat là-dessus ?
01:11Nous, notre pratique, ce n'est pas celle-ci. Ce n'est pas ni le suicide assisté, ni l'aide active. En fait, on parle d'euthanasie.
01:25Nous, notre quotidien, c'est d'accompagner des patients de toutes les manières en fait, mais surtout de les soulager.
01:33Les soulager physiquement, psychologiquement, spirituellement, d'un point de vue social aussi, il y a une prise en charge.
01:39Et en fait, on se rend compte, nous, on commence à avoir du recul dans l'unité de soins palliatifs.
01:44Elle a ouvert en 2016 avec 8 lits, puis en 2020 avec 12 lits.
01:49Et bien évidemment, nous prenons en charge les patients qui présentent des demandes d'euthanasie.
01:54Et en fait, on se rend compte qu'elles cèdent ces demandes quand il y a un accompagnement de qualité qui est fait.
02:00Et justement, vous dites, vous accompagnez les patients. Qu'est-ce que vous faites pour eux dans cette unité de soins palliatifs ?
02:05Alors, dans l'unité, mais comme ça peut se pratiquer aussi ailleurs, nous, la prise en charge, elle est des symptômes physiques, des symptômes psychologiques.
02:15Donc, pour le psychologique, il y a bien évidemment l'intervention de la psychologue, mais pas que, parce que tout l'accompagnement que peut prodiguer une équipe soignante est important.
02:26On a une psychomotricienne qui intervient aussi. On a des... La prise en charge, elle peut être aussi non médicamenteuse.
02:33Donc, on a un couple de musiciens qui vient, une danseuse.
02:38Depuis peu, un duo de comédiens et musiciens qui réalisent des tête-à-tête poétiques.
02:46Voilà, c'est tout cet accompagnement qu'on peut mettre en œuvre auprès de quelqu'un qui va mourir.
02:50Et est-ce que c'est suffisant ?
02:52Pour nous, oui. On voit que les patients, ils réalisent des choses dans le service.
02:57Il y a dix jours, une patiente a pu se marier dans notre service. Elle est partie apaisée.
03:03Ça, c'est des... Dans ce contexte-là, il y a vraiment l'accompagnement complet qui peut se faire.
03:12Une prise en charge globale, personnalisée des patients.
03:15Alors, on distingue bien les soins palliatifs de l'aide à mourir.
03:18Le débat qu'il y a en ce moment, qu'il y a eu à l'Assemblée nationale,
03:21qu'il y aura au Sénat en fin d'année,
03:25c'est... L'aide à mourir, c'est quelque chose dont le corps médical ferme complètement la porte.
03:30Ça vous paraît impossible ?
03:32Ça dépend des endroits.
03:33Nous, ça nous paraît compliqué.
03:35Et puis, c'est pas... La Société française d'accompagnement et de soins palliatifs l'a dit.
03:39Donner la mort, c'est pas un soin.
03:42Donc, nous, on prodigue des soins.
03:43On peut parler de sédation profonde aussi, parfois, dans les soins qui sont apportés,
03:50avec l'arrêt de traitement pour l'association du droit à mourir dans la dignité.
03:54On l'entendait ce matin sur notre antenne.
03:56C'est une forme d'euthanasie déguisée.
03:59Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
04:00Ben non, parce qu'on poursuit notre accompagnement.
04:03La sédation profonde est continue jusqu'au décès.
04:05Elle est permise depuis la loi Leonetti-Kleys, mais elle est mise en œuvre de manière plus progressive, je dirais.
04:17Nous, on pratique plutôt des sédations proportionnées qui répondent aux symptômes présentés par les patients.
04:22Et les patients décèdent, mais ils décèdent de leur maladie et pas de la sédation profonde et continue.
04:28Vous le disiez tout à l'heure, des patients qui sont atteints de maladies incurables que vous suivez, vous, dans votre service,
04:35peuvent, à un moment donné, vous demander à vous, médecins, l'euthanasie, de partir plus vite.
04:41Comment vous y répondez à ces demandes ? Impossible, à l'heure actuelle.
04:46Oui, impossible. On y répond en expliquant.
04:48La sédation profonde est continue jusqu'au décès, qui est un cadre.
04:51Donc, le pronostic doit être engagé à court terme.
04:55Et on y répond surtout par un accompagnement personnalisé.
04:57On a une patiente qui était arrivée et qui est restée, je pense, un mois et demi,
05:02qui était partisante de l'euthanasie.
05:03Et quand elle a vu ce qu'on pouvait lui proposer au sein de l'unité,
05:07elle l'a souhaité ne plus manger parce qu'elle n'avait plus faim.
05:12Elle a continué de boire.
05:13Et le fait qu'on s'occupe d'elle, qu'elle retrouve une place dans le regard de quelqu'un,
05:18ça a suffi à faire céder sa demande.
05:21Il y a aussi les demandes, là, c'était pour les patients, une patiente, un patient,
05:26mais c'est aussi les demandes des familles.
05:28Comment vous accompagnez les familles qui viennent voir leur mère, leur père, leur grand-mère,
05:34grand-père, frère, dans une unité de soins palliatifs et qui voient l'état de leurs proches ?
05:39Souvent, ils sont plutôt satisfaits parce que leur proche est apaisé.
05:43Les demandes d'euthanasie, elles sont quand même souvent en relation avec des souffrances,
05:47qu'elles soient physiques ou psychologiques, qui ne sont pas apaisées.
05:50Nous, comme les patients sont calmes, paisibles, l'accompagnement en est simplifié.
05:58Nous, on prodigue un soutien à l'entourage aussi.
06:02Prendre en charge l'entourage, c'est prendre en charge le patient.
06:04Et ça permet que les témoignages des familles sont plutôt satisfaits.
06:11Merci Anne Guédon.
06:13Je le rappelle, vous êtes docteur, médecin, directrice, responsable du premier service de soins palliatifs de Lyon,
06:19créé à Sens.
06:20Et vous serez ce soir à cette soirée avec des professionnels de santé au sujet de soins palliatifs.
06:25Merci.
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