00:00Hier après-midi, juste avant une allocution qui doit décider du sort du Premier ministre,
00:07Sébastien Lecornu n'est pas le seul dans l'inconnu.
00:16Au sens propre du terme, il en est un, un peu déboussolé à son arrivée au Sénat pour le discours de politique générale.
00:25Michel Fournier, maire d'une commune de 300 habitants dans les Vosges,
00:33devenu dimanche soir le nouveau ministre de la ruralité.
00:38Mais gare à ceux qui auraient un peu trop tendance à le lui rappeler.
00:49Et même s'il retrouve par hasard,
00:51Des maires de son département en visite ce jour-là,
00:57il lui manque encore quelques repères.
01:01Je ne sais pas où je vais.
01:04C'est là-bas.
01:05Près de l'artiste, c'est là.
01:09Ces nouveaux visages du gouvernement, à peine installés,
01:14sont déjà menacés de censure.
01:15Tout juste arrivé de la drôme, justement,
01:24Paul Christophe, député socialiste,
01:27est ce qu'on peut appeler un frondeur.
01:30Il a déjà voté la censure de plusieurs gouvernements
01:33contre l'avis de son parti
01:34et se demande s'il ne va pas recommencer jeudi.
01:37Il se prépare même à une éventuelle dissolution.
01:44Il paraît alors que vous êtes en campagne dans votre circonscription.
01:48Oui, quand on est dans l'opposition.
01:50De toute façon, quand on est dans l'opposition à l'Assemblée,
01:52on est en campagne en permanence.
01:55Une manière peut-être de nous avouer ce matin-là
01:58qu'il n'a pas grand espoir d'obtenir des concessions du Premier ministre
02:02sur la justice fiscale, les retraites et le pouvoir d'achat.
02:07Vous faites partie des voix qui disent de toute façon
02:09que vous n'êtes pas appuyé sur le couture de la censure
02:11si tout n'est pas réuni.
02:12Il n'y aura pas d'inflexion de votre part.
02:14Exact.
02:17De toute façon, aujourd'hui, en l'occurrence,
02:20on est à un moment donné où les intentions de l'exécutif
02:23font que la censure semble inévitable.
02:29Je laisse là, excusez-moi.
02:32La couleur est annoncée.
02:34Là, on va le sortir par là.
02:37Mais à moins de 3 heures du discours de politique générale
02:42de Sébastien Lecornu,
02:44le Parti socialiste va tenter un ultime coup de pression
02:48sur l'exécutif.
02:51À coup de pédale,
02:54le député se rend en vitesse
02:56à une réunion exceptionnelle
02:58du bureau national de son parti,
03:01que l'on dit bien divisé.
03:03Vous n'avez pas peur d'une dissolution ?
03:07Là, vous passez au rouge, là ?
03:08Oui, attention.
03:13Ça vous a permis d'esquiver ma question.
03:15Non, non, mais vous pouvez me la reposer
03:17et vous couperez la partie où vous grillez le feu.
03:20La dissolution, c'est le moyen de rendre la parole aux électeurs.
03:24Et donc, il faut y être prêt
03:27et il faut s'engager sur des programmes clairs,
03:29avec des valeurs claires.
03:31Il ne faut pas avoir peur de retourner devant les électeurs.
03:34Est-ce que vous pensez que ceux qui, au Parti socialiste,
03:37ont peur d'appuyer sur le bouton de la censure
03:39ou peur aussi de retourner aux urnes ?
03:41Non, je ne crois pas que ce soit la peur de retourner aux urnes.
03:46C'est surtout celle de voir arriver
03:49de très nombreux députés du RN au Parlement.
03:54Et ça, bien évidemment, que personne ne le souhaite.
03:58Nous laissons le député à sa réunion
04:00pour retrouver l'effervescence de la maison du peuple.
04:05C'est ce qui s'appelle tourner les talons.
04:35À l'intérieur, un parterre de journalistes très attentifs
04:40à la déclaration de politique générale de Sébastien Lecornu.
04:44Sur le point de faire le plus important renoncement de la Macronie.
04:49Mettre sur pause la réforme des retraites.
04:52Je ressens aussi ce que la dernière réforme,
04:55pourtant nécessaire, a provoqué.
04:58Des tensions, des inquiétudes, de la lassitude.
05:01C'est pourquoi je proposerai au Parlement,
05:03dès cet automne, que nous suspendions
05:05la réforme de 2023 sur les retraites
05:07jusqu'à l'élection présidentielle.
05:10Applaudissements nourris des ténors socialistes.
05:13Quant à l'autre bout des bancs de l'Assemblée,
05:16il y en a une qui voit s'éloigner
05:17son rêve de dissolution.
05:20Marine Le Pen fait la moue
05:22et quitte l'hémicycle
05:24à la fin du discours du Premier ministre
05:26en signe de protestation.
05:28Pendant ce temps-là, au Sénat,
05:38le discours de Sébastien Lecornu
05:40élu par le nouveau ministre de l'Intérieur,
05:43Laurent Nunes.
05:45Au premier rang,
05:46des membres du gouvernement.
05:50Parmi eux, à sa sortie de l'hémicycle,
05:53la nouvelle ministre de l'Aménagement du Territoire,
05:57Françoise Gattel,
05:58tout sourire.
06:00Salut !
06:00Salut, camarade !
06:05Moi, ça va !
06:09Tu sais, en Bretagne, on dit
06:10le grain du matin n'arrête pas le marin.
06:13Salut, tiens, blanc-coss-américain !
06:15Aller, en chapeau !
06:16T'as réussi à avoir ton ministère,
06:17le plein de beaux ministères !
06:19C'est la collade du sauvetage ?
06:22Oh, comment ?
06:24Non, c'est la solidarité
06:25des collègues du Sénat,
06:28qui sont des gens assez remarquables.
06:31Et en tant que membre du gouvernement,
06:32vous n'êtes pas un peu plus rassurée
06:34maintenant, après ce discours ?
06:36Mais moi, je n'aime pas être rassurée.
06:37Ou pas, si je voulais être rassurée,
06:39je serais restée chez moi.
06:41D'accord ?
06:41Ça va, chère Mette ?
06:42Prudente la ministre ?
06:45Ou un peu langue de bois ?
06:48À moins que...
06:49En fait, vous saviez avant ce discours
06:51ce qu'il allait dire, c'est ça ?
06:52Ah non, mais vous êtes diabolique
06:54dans vos questions ?
06:55C'est pas une question, d'ailleurs,
06:56votre truc insolent.
07:00Pas rancunière non plus.
07:02Françoise Gattel nous reçoit
07:04dans son tout nouveau ministère,
07:06où elle a pris ses quartiers
07:08il y a moins de 24 heures.
07:09Alors, c'est par ici ?
07:12Non ?
07:13C'est là ?
07:14Déjà, j'ai le retrouvé.
07:17Vous connaissez pas encore les lieux ?
07:20Non.
07:22Non, je vais m'arriver ici.
07:24On a changé de bureau.
07:26Venez.
07:27Son bureau, justement.
07:29Il est quasi vide.
07:30Et ses cartons pas encore déballés.
07:34Je pense que j'aime.
07:35Serait-ce par manque de temps
07:37ou par prudence ?
07:39Le temps d'y voir plus clair.
07:43Combien de temps vous allez rester
07:45dans ce bureau ?
07:46À votre avis ?
07:47Bah, je sais pas.
07:49Je sais pas.
07:51Le premier ministre,
07:52sa déclaration.
07:53Et puis voilà.
07:54Donc, rendez-vous
07:55à la fin
07:56et on comptera le nombre de jours
07:58que j'ai passé ici.
08:00Ah oui, je veux plus voir personne.
08:01C'est un au revoir ou un adieu ?
08:03Ah bah, on en reparle.
08:05Au revoir.
08:10Notre tournée des ministres
08:12n'est pas terminée.
08:13À seulement 20 mètres
08:15du bureau de Françoise Gattel,
08:17nous sommes conduits
08:18chez Michel Fournier.
08:21Souvenez-vous,
08:22le ministre de la ruralité.
08:25Et nous allons visiblement
08:26devoir attendre.
08:32Qu'est-ce qui se passe ?
08:33Il est au téléphone avec son frère.
08:36Faut pas le déranger.
08:4010 minutes plus tard,
08:41M. le ministre.
08:48Je vous amène
08:49qui est du BFM
08:50qui est dans le gazette.
08:51Nous découvrons
08:52Michel Fournier
08:53à son bureau.
08:54Bonjour.
08:55Bonjour.
08:56Le grand saut.
08:58Pour celui
08:59qui était encore
09:00la semaine dernière
09:01maire d'une commune
09:02de 300 habitants.
09:03Oui, c'est la revue de presse.
09:04Eh ben...
09:07Il découvre
09:07l'avis de ministre.
09:08C'est toi qui m'as fait ça, hein ?
09:11Dis donc.
09:12La notoriété.
09:13Ils parlent tous de moi, là ?
09:15Mais oui.
09:15Et ses mauvais côtés.
09:16Cris de remous.
09:18Ah ben tiens, c'est bien.
09:19Je croyais faire l'unanimité.
09:22Il y a un type
09:22qui m'en veut.
09:25Je suis content.
09:26Au moins,
09:27ça prouve que j'ai raison.
09:28D'autant que lui aussi
09:33a été un peu
09:35pris de court
09:35par l'annonce
09:37de la composition
09:37du gouvernement.
09:39J'ai appris ça
09:39dimanche soir, hein ?
09:41Comment ça ?
09:42Ben t'apprends
09:42dimanche soir.
09:44À la télé ?
09:45Oui.
09:46Que vous êtes nommé
09:47ministre ?
09:47Oui.
09:49Monsieur Lecornu,
09:50vous n'avez pas prévenu ?
09:51On avait discuté
09:52deux jours avant,
09:54mais il y avait...
09:55Non, j'étais prévenu.
09:56Non, j'ai laissé la télé.
09:57Vous l'avez découvert
09:58à la télé ?
09:58Oui.
10:01Et comment vous réagissez ?
10:01Puis ça intéresse
10:02comment je réagis ?
10:04Ben voilà.
10:07Ma femme était
10:08très intéressée
10:09puisqu'elle regardait
10:10un film
10:10sur une autre télé.
10:14C'est la réalité.
10:17En tout cas,
10:19Michel Fournier
10:20vient d'obtenir
10:21un peu de sursis
10:22grâce aux socialistes.
10:23Aux quatre colonnes,
10:27les porte-paroles
10:28du parti satisfait
10:29annoncent qu'ils voteront
10:31la confiance du gouvernement.
10:33Nous devons d'abord saluer
10:35cette grande victoire
10:36que nous avons obtenue
10:37puisque la suspension
10:38de la réforme des retraites,
10:40c'est 3,5 millions
10:41de Françaises et de Français
10:42qui vont pouvoir partir
10:44en retraite
10:45grâce à cette suspension.
10:47D'autres ne l'entendent pas
10:49de cette oreille.
10:50A l'abri de l'agitation,
10:53Paul Christophe
10:54nous a donné rendez-vous
10:55pour nous annoncer
10:57qu'il a bien
10:58l'intention de fronder.
11:00On appelle à ce qu'il y ait
11:01trois points,
11:02pas seulement les retraites
11:03mais aussi des mesures
11:03sur le pouvoir d'achat
11:04et des mesures
11:05en matière de justice fiscale,
11:07que ce soit la taxe
11:07Zucman ou autre chose.
11:09Et là,
11:10on n'a rien de tout ça.
11:12Il nous dit
11:12débrouillez-vous.
11:13Donc si je comprends bien,
11:14vous allez appuyer
11:15sur le bouton de la censure ?
11:17Ben là, maintenant,
11:17on a 48 heures devant nous.
11:18Oui, à ce stade-là,
11:20pour moi,
11:20je ne vois pas
11:21comment est-ce qu'on échappe
11:22à une censure jeudi.
11:27Combien seront-ils
11:28de dissidents,
11:29comme lui,
11:30à voter la censure ?
11:33À quelques mètres de là,
11:34dans le jardin
11:35de l'Assemblée,
11:36Philippe Brun,
11:37député de l'aile droite
11:38du PS,
11:39semble assurer
11:40de tenir ses troupes.
11:42Je pense qu'il y aura
11:43peut-être une ou deux personnes,
11:44mais je ne crois pas
11:45beaucoup plus,
11:46qui voteront la censure.
11:47Il se dit plus d'une vingtaine
11:48tout de même.
11:49Non, il n'y aura pas
11:49plus d'une vingtaine
11:50de députés
11:50qui votent en ascension.
11:51J'en suis sûr que non.
11:53J'ai entendu 8.
11:54Oui,
11:548 sur Bayrou.
11:57Là,
11:58on a quand même
11:58bien mieux que Bayrou,
11:59quand même.
12:02Pour vous,
12:02il n'y a pas de fracture
12:03du tout en interne ?
12:05Non, pas en interne.
12:05Non, non.
12:06Il y a une fracture
12:07dans la gauche,
12:07mais il n'y a pas
12:09de fracture en interne
12:09du parti socialiste.
12:10Dans le jargon,
12:13on appelle cela
12:14un tacle dans les règles
12:15de l'art,
12:16adressé à la France insoumise.
12:20Un parti qui réclame
12:21la dissolution
12:22de l'Assemblée nationale
12:23et qui compte bien
12:24l'obtenir demain
12:26avec sa motion de censure.
12:29Loin de Paris
12:30et de l'agitation
12:31médiatico-politique,
12:32la députée LFI
12:35qui aura la lourde tâche
12:36de lire le discours
12:37et de convaincre
12:38les députés,
12:40peaufine son allocution
12:41avec sa collaboratrice.
12:43Le début,
12:44tu ne l'aimes pas,
12:44mais moi,
12:45je bascule direct
12:45sur Macron.
12:49L'élu de Seine-Saint-Denis,
12:51Aurélie Trouvé.
12:53Et là,
12:53pourquoi c'est vous
12:53qui portez cette leçon ?
12:55Alors,
12:55pourquoi c'est moi ?
12:56Je suis pendant
12:58à discuter avec le groupe.
12:59C'est une bonne question.
13:03Je ne sais pas
13:03pourquoi c'est moi.
13:05Son angle d'attaque,
13:07lui,
13:07est beaucoup plus clair.
13:08D'abord,
13:09ce n'est même pas
13:10une suspension des retraites.
13:11Elle n'aura jamais lieu.
13:13Et n'allez surtout pas
13:14lui dire que sa motion
13:15n'a aucune chance
13:16d'aboutir.
13:19Vous vous donnez du mal,
13:20à quoi bon ?
13:21Parce que les dés
13:22semblent jetés.
13:23Les dés ne sont pas jetés.
13:24Ah oui,
13:25je pense que les dés
13:26ne sont pas jetés
13:26parce que...
13:28Et moi,
13:28je m'adresse
13:28à la conscience
13:29de tous mes collègues.
13:32Pour nous en convaincre,
13:34elle nous amène
13:35là où tout va se jouer.
13:37L'Assemblée nationale
13:38pour une réunion
13:40avec l'état-major
13:41de LFI.
13:42Je vais peut-être
13:43quand même les prévenir
13:43que vous êtes là.
13:45Si ça ne vous embête pas.
13:47Je ne suis pas sûr
13:47qu'ils sont pas.
13:49Dernière relecture
13:50de la motion de censure
13:51avec Mathilde Panot,
13:54la présidente du groupe.
13:56Bonjour.
13:56En toute discrétion.
14:02Si les cibles du discours
14:03sont attendues...
14:06La cible,
14:07c'est aussi l'extrême droite,
14:08quoi.
14:09Voilà.
14:09Pour moi.
14:10Et donc...
14:12Et Macron.
14:14Macron, bien sûr.
14:15Les soutiens réclamés,
14:17eux, sont plus surprenants.
14:19LFI en appelle
14:20à son meilleur ennemi,
14:22le Parti socialiste.
14:24Ils seront face
14:25à leur responsabilité,
14:26ils seront face
14:27à leur conscience aussi,
14:29demain matin.
14:29Vous en avez appris
14:30à l'esprit d'insoumission
14:32des députés socialistes.
14:33Tout à fait.
14:33Tout à fait.
14:36Pour atteindre la majorité,
14:38la motion de censure
14:39de la France insoumise
14:40a encore besoin
14:41de quelques voix.
14:43La survie du gouvernement
14:45Lecornu II
14:46devrait donc se jouer
14:47jeudi à la mi-journée
14:48dans un mouchoir de poche.
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