Les chroniqueurs du Cercle débattent autour d'un film sortant en salles ou en diffusion sur CANAL+ https://www.canalplus.com/cinema/ Facebook : https://www.facebook.com/canalpluscinema/ Twitter : https://twitter.com/Canalplus Instagram : https://www.instagram.com/canalplus/
00:00Moi qui t'aimais, le nouveau film de Diane Curis retrace les douze dernières années du couple Simone Signoret-Yves Montand.
00:08Le film s'ouvre sur une loge où Marina Foy, ses roches d'Izem, se maquillent pour entrer dans la peau de leur personnage, Arthur, un peu comme vous.
00:15Exactement, je fais toujours ça avant d'entrer en plateau.
00:18C'est vrai que l'ouverture du film est très surprenante, puisqu'elle casse le quatrième mur, on en parlait, pour vraiment révéler l'artifice.
00:24Et en fait, c'est à la fois une note d'intention et aussi une déclaration d'humilité, en quelque sorte.
00:29La cinéaste nous dit qu'on ne peut pas ressusciter Montand et Signoret, c'est impossible, et je ne vais pas m'attacher à vous montrer la véracité des faits.
00:37Ce qui l'intéresse, c'est tout à fait autre chose, c'est vraiment la psychologie du couple, plongée vraiment dans les liens intimes qui les ont animés pendant les douze dernières années de la vie de Signoret.
00:46Et ça, ça se retrouve très très bien dans un extrait que je vous ai amené, qui montre vraiment leur différence de posture et d'attitude à cette période un peu de déliquescence du couple.
00:55Donc je vous propose qu'on regarde tout de suite ces images, et j'en parle un petit peu après.
00:57Tu fais quoi ?
00:59Je t'aide à prendre ton texte, sinon je tricote, parce que je tourne pas, moi je m'emmerde, il faut bien que je m'occupe.
01:04C'est de ta faute si tu tournes pas.
01:05C'est de ma faute ?
01:06Ben oui.
01:07Mais t'as pas compris ? Plus personne veut de moi.
01:10Toi, le monde, personne.
01:11Plus personne.
01:12Parce que j'ai plus la gueule de l'emploi.
01:14Mais fais un effort.
01:16Les actrices, elles s'entretiennent.
01:17Elles font du sport, moi j'en fais tous les jours.
01:19Je fais attention à ce que je bois, je fais attention à ce que je mange, résultat.
01:21Résultat, t'as la taille, fille n'est pas moi.
01:24C'est ça qui t'emmerde, hein ?
01:25Dis la vérité.
01:27Pas que je tourne pas, parce que ça tu t'en fiches.
01:30Le problème c'est que t'as honte de moi.
01:32Parce que quand on nous croise dans la rue, c'est ça qu'ils disent les gens.
01:34Regardez ce signoré comme elle a morflé.
01:36Mon temps il est encore pas mal, mais elle me verra sa mère.
01:38Et ça, ça t'emmerde, hein ?
01:40Dis la vérité.
01:41Ce qui m'emmerde c'est de te voir malheureuse.
01:44Y'a un acteur qui travaille pas, c'est un acteur malheureux.
01:45Arrête ton cinéma, c'est pas moi que tu penses.
01:50C'est à ta gueule.
01:52Et moi j'en ai rien à foutre de ma gueule,
01:54et j'en ai encore plus rien à foutre de la tienne.
01:57Voilà, donc cette scène, elle dit vraiment tout de la dynamique à l'heure dans le film.
02:00On a d'un côté Montand qui est debout, dans la para, la représentation, la prestance.
02:06Signoret qui est dans la noirceur, elle est déjà complètement désabusée sur ce couple.
02:10Elle s'enfonce dans son canapé, elle se tourne vers l'alcool,
02:13et elle est pleine de rancœur.
02:14Et c'est vraiment ce déchirement que filme Diane Curie,
02:17c'est ça qui l'intéresse, c'est d'un peu égratiner l'alcool épinal.
02:20La passion amoureuse, destructrice, c'est son sujet.
02:24Et du coup ce qui passe moins, c'est le côté fresque avec les personnages à côté.
02:28Les personnages secondaires, moi je ne les trouve pas réussis.
02:29Autant je suis très intéressé par ce couple, parce que ça dépasse en fait le couple.
02:34Mais pourquoi elle choisit ce couple-là ?
02:36C'est quoi qui la motive avec ce couple-là ?
02:38Je pense qu'elle a lu le bouquin de Signoret quand il est sorti,
02:44et ça fait partie de notre patrimoine commun.
02:47Donc il y a une invitation, je veux dire, on connaît tous.
02:49Signoret Montand, on connaît tous.
02:51Donc ça fait partie de nos vies.
02:52Et je pense qu'il y a ce jeu avec ça.
02:55Après quand on voit Nadine Tratignan ou Serge Reggiani,
02:57j'ai beaucoup plus de... ou Alain Corneau, j'ai beaucoup plus de problèmes.
03:01C'est-à-dire qu'il y a un moment où on croirait qu'elle veut faire du clôt de sauté.
03:05Et elle ne sait pas le faire.
03:06Ce n'est pas ça son truc.
03:07Ce n'est pas ça son truc.
03:08Son truc, c'est quand on est sur les deux.
03:10Bien sûr, sur le couple, sur l'intimité d'un couple vieillissant,
03:13qui s'aime, qui s'aime bien, qui ne s'aime plus.
03:15C'est vache aussi, c'est très vache.
03:17C'est très vache l'un envers l'autre.
03:19Tout ça est très réussi.
03:20Mais je me suis demandé si le biopic,
03:22c'est-à-dire le fait que ce soit Montand et Signoré,
03:25ne venait pas encombrer, en fait, un beau film sur un couple.
03:29Parce qu'à la différence du film de Linklater, de Nouvelle Vague,
03:34elle a choisi des acteurs qui n'avaient absolument rien en commun
03:38avec Signoré et Montand.
03:40Et donc, on a des acteurs, et en effet, la scène...
03:42Ils ont quand même des points d'attache.
03:45C'est du mimétisme.
03:46C'est parce que c'est un travail d'acteur.
03:47C'est un travail d'acteur formidable.
03:48Ils sont tous les deux très bons.
03:50Et ça enlève de l'émotion, en fait.
03:52C'est-à-dire qu'on se perd à la fois dans le travail de performance mimétique,
03:55c'est pas juste des acteurs qui ont un air d'eux.
03:57Et on perd vraiment l'intensité du couple tiraillé.
04:00Je ne suis pas du tout d'accord.
04:02En fait, je trouve que j'avais très peur en allant voir le film
04:05d'avoir un Asnavourbis où on va scruter le visage
04:09pour voir les ressemblances et les ratés.
04:11Et les prothèses.
04:12C'est ça, les prothèses.
04:13Et finalement, avec cette ouverture, cet aveu de
04:16ils ne leur ressembleront jamais.
04:18C'est pas ça.
04:19Oubliez.
04:19Oubliez.
04:20Oui, enfin, ils ont quand même la perruque.
04:21Ils ont quand même l'accent.
04:23Ils travaillent pour aller.
04:25C'est vrai que moi je disais, mais un petit côté
04:26Nicolas Canteloup en imitation.
04:27En vrai, le sujet du film, pour moi, c'est un film de prisonnière.
04:32Et c'est ça que je trouve vraiment beau.
04:34C'est que leur histoire, elle l'a enfermée.
04:37Simone Signoret, elle était quasiment dans une forme de Pygmalion.
04:40Elle l'a formée.
04:40Donc du coup, elle était suspendue au fait que l'amour qu'elle lui a donné
04:44en le créant sur le montant de la scène, il allait lui rendre.
04:48Oui, mais un couple d'inconnus...
04:50Il y a un souci de regard, surtout dans le film.
04:54C'est que ça ne me paraît pas tout à fait tranché pour la cinéaste
04:56ce qu'elle pense de cet amour.
04:58Puisqu'à la fois, dans une dimension un peu post-MeToo,
05:00elle nous dit comme ça que l'homme était un lâche, un veule
05:03qui l'a trompé sans cesse.
05:04Et en même temps, il y a une idée de faire triompher quand même
05:07l'amour et la résilience par-dessus tout.
05:08Oui, mais ça, c'est exactement intéressant.
05:10C'est les contradictions du personnage.
05:12Ça, on est avec les contradictions de Signoret qui dit
05:14« T'es dégueulasse et tout ça, mais je ne peux pas m'empêcher
05:17d'être avec toi, j'ai besoin de toi. »
05:18Est-ce qu'il y a une réflexion aussi sur le jeu d'acteur ?
05:24Il y a une réplique absolument magnifique dans le film
05:26où il y a Signoret qui dit « Ma malédiction,
05:29ma malédiction, ça a été d'être belle et de me regarder
05:32et de voir les marques que tu m'as fait sur le visage. »
05:34Et elle parle aussi de son...
05:35C'est une phrase d'une violence.
05:37Et puis, il y a la scène aussi où il y a déjà Marilyn Monroe
05:40qui plane au-dessus et qu'on n'a jamais, pour le coup,
05:42remis à l'écran.
05:43Vraiment, c'est cette espèce de fantôme de leur relation.
05:46Et on a aussi ça dans la scène des Césars qui est très belle
05:49où il y a vraiment cette distance entre eux.
05:50Pour moi, c'est vraiment un film de prisonnière,
05:52de prisonnière du fantasme qu'elle s'est créée,
05:54et du prisonnière de ce que la société pense d'une actrice vieillissante.
05:58Mais la manière dont c'est tourné ne me semble pas très novatrice.
06:03Il y a quand même le côté...
06:04On parlait justement du côté novateur de Linklater.
06:07Là, on est pile poil.
06:08Le Symane Diakuri, ce n'est pas du Symane novateur,
06:10ce n'est pas Linklater.
06:11Attends, elle n'a jamais prétendu être novatrice.
06:13C'est vrai que j'en ai un petit peu assez.
06:15Alors, c'est certainement parce qu'il faut toujours des noms
06:17pour financer un film.
06:18Mais il y a quand même ce côté 4 noms, 4 célébrités
06:20pour le prix de deux, quoi.
06:22C'est-à-dire que je pense encore une fois
06:23que ces personnages auraient été interprétés
06:25par des inconnus
06:27ou bien des gens connus
06:29qui interprètent des inconnus.
06:33Je pense que le film aurait certainement gagné
06:36beaucoup en charme, en intimité.
06:38Oui, là, ça a lourdi.
06:39Et moi, je suis d'accord avec tout ce que tu dis,
06:41mais en effet, je trouve ça un petit peu...
06:43Poussif.
06:44Lourd et poussif.
06:45C'est moins vendeur.
06:46Même si on adore...
06:47Ça a ému Sophie et on respecte ça.
06:50On adore voir la roulotte de Montand et Simon.
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