00:00Si vous avez perdu le fil, c'est normal.
00:02La France s'est empêtrée dans une crise inédite dans sa cinquième république.
00:06On aura bientôt un sixième premier ministre en deux ans.
00:09Cette instabilité, elle touche nos institutions, forcément,
00:12mais aussi les Français, leur morale, leur confiance,
00:14leurs habitudes de consommation.
00:16Pour discuter de tout cela, je suis aujourd'hui dans le Ménéloir,
00:19l'un des départements qui, encore en 2022, soutenait le plus Emmanuel Macron.
00:23Dans certaines communes ici, il a obtenu plus de 40% des voix au premier tour.
00:27Et vous allez le voir, même dans les fièvres du président,
00:29l'oral-bol commence à se faire sentir.
00:33Bonjour madame, désolé de vous déranger, je suis journaliste.
00:35Je fais un reportage sur le climat politique en ce moment.
00:38Vous savez qu'ils aient bouillé entre eux.
00:40En ce moment, c'est la mayonnaise un peu.
00:41Je ne suis pas la politique, monsieur.
00:43Justement, est-ce que je peux vous demander pourquoi ?
00:45Parce que je n'ai pas le temps, j'ai le boulot, j'ai les enfants.
00:47Donc il n'y a pas le temps.
00:48Bon courage.
00:49Je fais un reportage sur le climat politique en ce moment.
00:51La politique !
00:53Quand vous voulez.
00:53On est commandé par des charlots.
00:55On essaie de ne pas trop regarder les infos.
00:56Parce que ce n'est que des mauvaises nouvelles.
00:57Donc on essaie de prendre du recul et de la hauteur.
01:00Que vous suivez un petit peu ce qui se passe ?
01:02De très loin.
01:03Pourquoi ?
01:04Pourquoi ?
01:04Justement parce que je trouve qu'on n'a plus de références.
01:09On a l'impression que c'est une guerre de poulailler.
01:11Ça ne sert à rien en fait.
01:12On ne fait pas avancer les choses et ce n'est pas constructif.
01:16Pour mesurer les effets, notamment économiques, de cette instabilité,
01:19il y a un instrument clé,
01:21l'indicateur de confiance des ménages publié par l'INSEE.
01:24Il mesure la perception des Français de leur situation financière personnelle
01:27ou celle de la France.
01:29En gros, le pessimisme ou l'optimisme des Français.
01:32Il s'avère depuis un an que cette confiance chute.
01:34Elle est aujourd'hui à un niveau comparable à celle durant la pandémie
01:37ou la crise financière de 2008.
01:39On dit que dans les périodes d'instabilité comme ça,
01:40les gens dépensent moins, épargnent plus.
01:42Je ne sais pas si c'est votre cas.
01:43C'est un petit peu mon cas.
01:44Sincèrement, c'est un petit peu mon cas.
01:45Parce qu'on a peur de l'avenir.
01:48Mais est-ce que c'est bien d'épargner ?
01:49Je ne sais pas.
01:50Parce que qu'est-ce qui va se passer ?
01:51Est-ce qu'on ne va pas subir la même chose que la Grèce ?
01:53C'est quand même inquiétant.
01:56Est-ce que cette instabilité politique,
01:58ça a des répercussions sur vous, sur votre morale, sur autre chose ?
02:01Ça a des répercussions sur la façon dont j'imagine l'avenir de mes enfants.
02:05Surtout.
02:06Donc je les pousse à vraiment essayer de voir s'il y a autre chose ailleurs.
02:11Certainement dans d'autres pays.
02:12Ah oui, carrément.
02:12Ah oui, complètement.
02:13J'imagine plutôt leur avenir à l'étranger, oui.
02:15Donc c'est dommage, parce que les gens vont s'en aller.
02:18Les jeunes vont partir.
02:20Bonjour monsieur le maire.
02:24Bonjour.
02:25Pierre, enchanté.
02:26Vous n'êtes pas en train de regarder les chans d'info ?
02:29Non, je ne sais pas, il y a peut-être des infos.
02:31Non, il n'y a rien de nouveau, on attend encore.
02:34Comment vous décriveriez aujourd'hui la situation politique à Paris ?
02:37À Paris ?
02:38Elle est très troublée et puis elle est affligeante,
02:40parce que c'est plus des querelles de gens qui veulent aller au pouvoir
02:44et surtout à la présidentielle.
02:47On aura peut-être 30 candidats à la présidentielle,
02:50au rythme où ça va,
02:51mais ils oublient un petit peu les gens du pays.
02:53Donc élu local, cette instabilité,
02:55est-ce qu'elle a des répercussions sur vous ?
02:57Moi, je fais partie de l'association des maires ruraux
02:59qui défend le statut de l'élu.
03:02Alors cette loi, elle aurait dû être discutée là,
03:04elle ne l'est pas.
03:05Elle ne sera peut-être pas discutée avant la fin de l'année.
03:07Puis après, il y aura un encombrement avec le budget.
03:09Alors que c'est une loi très importante
03:11pour permettre dans ce statut de l'élu
03:13à plus d'ouvriers, d'employés, d'accéder
03:15à la fonction de maire ou à la fonction d'adjoint.
03:17Aujourd'hui, on sent des hommes et des femmes politiques
03:19qui n'ont pas de vision.
03:21On en manque énormément.
03:22Ou alors, il y en a une vision que certains ont,
03:24qui pourraient être peut-être bonnes,
03:26mais qui veulent nous asséner.
03:28Il faut convaincre.
03:29Et pour convaincre, il faut avoir derrière des projets cohérents
03:33et au service des populations.
03:34Macron, il n'a pas convaincu.
03:36Il n'a pas réussi, même après tant d'années au pouvoir.
03:37Non, il n'a pas réussi.
03:39Mais je crois qu'il a fait une erreur comme d'autres.
03:42Il n'a pas ouvert ses gouvernements
03:44à une pluralité d'expressions.
03:47Il faut qu'on ait une culture de compromis.
03:49On n'était pas tellement habitué à ça dans notre pays,
03:51voire pas du tout pour certains.
03:53On arrive peut-être davantage à faire au niveau local, justement ?
03:56Au niveau local, on peut le faire.
03:57Moi, dans mon conseil municipal,
03:58j'ai des gens surtout du centre-droit,
04:00des gens de gauche comme moi,
04:02et puis il y a des gens de très à droite.
04:04Et pourtant, on travaille ensemble.
04:14C'est un département qui a beaucoup soutenu Emmanuel Macron.
04:16Je ne sais pas si c'était votre cas,
04:17si vous portiez des espoirs en lui en 2017 ?
04:20Oui, tout à fait.
04:21Nous sommes, comme je pense la plupart des gens
04:24qui ont voté pour lui, très déçus de ce qui s'est passé.
04:26Qu'est-ce qu'il a fait comme erreur ?
04:28Déjà, la dissolution.
04:30La dissolution, il n'aurait jamais dû la faire.
04:32Ça a foutu un bazar monstre.
04:34Effectivement, en 2017,
04:36on a la faiblesse de dire qu'on avait voté pour lui,
04:39mais que ça ne risque pas de nous arriver une deuxième fois.
04:42Il incarnait quoi pour vous ?
04:43Que les clivages politiques soient, je veux dire, un peu gommés.
04:48Mais malheureusement, en fait,
04:50on se rend compte qu'il a carrément gommé la politique, on peut dire.
04:55Finalement, on se demande si les clivages,
04:58finalement, ce n'était pas mieux,
04:59parce que là, on se rend compte que maintenant,
05:03c'est du n'importe quoi.
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