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  • il y a 6 mois
Depuis plus de 50 ans, les mouvements pour les droits des femmes le revendiquent : être une femme dans l’espace public la nuit, c’est politique. Avec l’historienne spécialisée en luttes féministes Marie Godo, "Le HuffPost" vous raconte comment les féministes s’approprient l’espace nocturne.

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Transcription
00:00Marchons la nuit pour ne plus nous faire marcher dessus le jour.
00:03Ça, c'est le genre de slogan que scandaient déjà les féministes dans les années 1970.
00:08Depuis plus de 50 ans, les mouvements pour les droits des femmes le revendiquent,
00:11être une femme dans l'espace public la nuit, c'est politique.
00:14Pour bien comprendre, il faut revenir au milieu des années 70,
00:18juste après l'obtention du droit à l'avortement.
00:20C'est une décennie où on interroge le rapport des femmes avec leur corps
00:24et la façon dont l'oppression masculin repose beaucoup sur l'oppression du corps des femmes.
00:28La nuit, c'est vraiment l'espace de la peur, l'espace de l'agression potentielle.
00:33La réflexion sur les violences faites aux femmes,
00:35elle repose sur l'idée que c'est une façon pour les hommes de contrôler le corps des femmes,
00:39de les ramener à l'espace privé.
00:41Pour s'approprier l'espace public, des femmes se rassemblent à la nuit tombée
00:45et déambulent dans les villes.
00:46On observe ces mouvements d'abord aux États-Unis,
00:48plus rapidement en Europe et partout en France.
00:51Le mouvement féministe, dans les années 70,
00:52il s'inscrit dans cette perspective d'être des mouvements très informels,
00:57d'être des mouvements finalement presque autogérés.
00:59C'est presque des groupes de copines.
01:01Ces marches de nuit, souvent, elles sont précédées d'un moment de rassemblement.
01:04Il y a des soirées, films, débats.
01:06Souvent, les femmes prennent la parole pour la première fois,
01:09pour justement témoigner de leur expérience.
01:11Et ça, ça crée déjà une solidarité lors de cette soirée
01:14qui se continue donc souvent ensuite par la marche de nuit.
01:17L'objectif pour ces femmes, c'est d'apprendre ensemble à ne plus avoir peur la nuit,
01:20mais aussi de s'imposer dans un espace où elles ne sont pas admises
01:24pour y dénoncer les violences sexistes et sexuelles.
01:27Les marches de nuit, elles se déroulent vraiment en musique, en chansons.
01:30C'est vraiment une façon de faire la fête dans la rue, la nuit,
01:32qui est très importante pour les femmes.
01:34L'idée, c'est de marcher dans le centre-ville, vraiment d'être visible.
01:38Elles sortent des flambeaux, elles sortent des torches.
01:41Effectivement, souvent, elles sont maquillées, déguisées, beaucoup de chansons.
01:45Puisque l'idée, encore une fois, c'est de se faire entendre.
01:48C'est vraiment de porter une voix, d'attirer une attention aussi.
01:51Cette parole sur le viol, elle est très nouvelle.
01:53Et que si on veut la porter, il faut en quelque sorte la mettre en scène.
01:57Il faut la médiatiser.
01:58Surtout si, en plus, on inscrit ça dans une lutte contre le viol,
02:01qui, jusque-là, laissait les femmes souvent très isolées,
02:04souvent dans la honte, dans la peur de parler.
02:07Et ça marche !
02:08Ces initiatives vont être remarquées par la sphère médiatique et politique.
02:12Des députés et des sénatrices s'emparent de ces questions,
02:14et ça va aboutir à la loi de 1980,
02:16qui redéfinit le viol et durcit les peines des violeurs.
02:19Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit,
02:23commis ou tenté sur la personne d'autrui,
02:26donc pas seulement sur les femmes,
02:27par violence, contrainte ou surprise,
02:29constitue désormais un viol.
02:31Depuis, le combat féministe pour reprendre la rue continue,
02:35et il prend plusieurs formes.
02:36Les marches nocturnes existent toujours,
02:38et ont lieu en général la veille
02:40ou le soir de la journée internationale des droits des femmes.
02:43D'autres types de marches, les marches exploratoires,
02:45ont aussi été mises en place dans plusieurs environnements.
02:47Ça consiste à marcher la nuit pour analyser
02:50ce qui crée le sentiment d'insécurité chez les femmes.
02:54S'approprier la nuit, ça passe aussi par des loisirs,
02:57ou des moments de fête.
02:58Ces dernières années, on a vu apparaître des soirées en boîte de nuit,
03:01réservées aux femmes par exemple.
03:10Et il y a aussi des clubs de course en non-mixité
03:13qui invitent des joggeuses à courir ensemble à la nuit tombée.
03:16À Rennes, le collectif Run Vénère, 100% féminin,
03:20a pour intention de créer un espace sans jugement,
03:23sans pression de performance,
03:24où l'on peut courir ensemble en toute sérénité et en sécurité.
03:27À raconter Vicky Piquet, la fondatrice du club à Ici Rennes.
03:31Aujourd'hui, il existe donc plein d'initiatives
03:34qui permettent aux femmes de se sentir à l'aise la nuit.
03:36Mais derrière chacune d'elles se trouve la même ambition,
03:39celle qui a poussé les femmes à s'engager il y a plus de 50 ans.
03:42Le nombre fait force, je pense que c'est physique en fait.
03:45Plus on est nombreuses et moins on a peur,
03:48plus on peut aussi impressionner les hommes.
03:50Je pense qu'il y a une démarche d'occuper l'espace,
03:52que ce soit dans un café, que ce soit dans la rue,
03:54que ce soit dans un club de sport effectivement.
03:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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