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  • il y a 5 mois
Louise Colcombet, grand reporter au service police justice du Parisien et co autrice avec Mathieu Palain de la BD "Notre affaire".

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Transcription
00:00Ici Matin.
00:01Bon réveil, bonne route également, il est 7h47, on va revenir avec votre invité Quentin sur l'affaire des viols de Mazan.
00:06Votre invité qui connaît cette affaire sur le bout des doigts, elle l'a retracée dans une bande dessinée et elle est grand reporter au service Polyjustice du journal Le Parisien.
00:14Oui, bonjour Louise Colcombe.
00:15Bonjour.
00:16On va bien sûr reparler de votre BD, mais d'abord je vous remercie beaucoup d'être avec nous au lendemain du procès en appel d'Oussam et Tindé.
00:23Et je voudrais qu'on commence par là, que vous avez couvert comme le procès, le premier procès hors norme à Avignon.
00:28Qu'est-ce que vous retenez donc d'abord de celui qui vient d'avoir lieu à Nîmes toute la semaine ?
00:35J'en retiendrai finalement pas grand chose de plus que l'an passé parce qu'on est resté sur une même ligne, celle du déni.
00:41Finalement cet homme-là, on comprend qu'il sait maintenant ce que c'est un viol, qu'il l'a compris de façon empirique.
00:48On lui a expliqué, même s'il est revenu nous dire des choses qui semblaient d'un autre âge.
00:54Le viol c'est forcément violent, c'est quelqu'un d'attaché.
00:56En réalité à un moment il l'a dit en garde à vue, il l'a dit au premier procès, oui c'est un viol.
01:00Ce qu'il ne peut pas c'est se mettre lui dans la position du violeur.
01:04Intellectuellement, il l'a compris mais il ne veut pas l'accepter, puis il ne veut pas accepter la peine qui va avec.
01:07Mais c'est aussi cette étiquette sociale, il l'avait crié quasiment dans la cour criminelle l'année dernière.
01:13Je refuse qu'on me traite de violeur.
01:14Donc on en reste à se dénier cette même position très auto-centrée.
01:19Il n'a pas eu un mot pour Gisèle Pellicot.
01:21Il s'est placé comme victime, certes elle un peu plus que lui, mais enfin c'est très faible.
01:24Et donc je pense que la sanction d'une peine alourdie d'un an, elle vient aussi sanctionner ça.
01:29C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu d'évolution du tout pendant un an.
01:32Mais justement, vous parliez de la peine, le verdict 10 ans de prison pour ce type d'affaires.
01:38Est-ce que, j'imagine qu'il y a beaucoup d'auditeurs qui s'interrogent, est-ce que c'est peu ou est-ce que c'est beaucoup, 10 ans ?
01:43Alors l'année dernière, le ministère nous avait communiqué les chiffres.
01:46La moyenne, elle est de 10 ans et quelques mois.
01:50Mais il faut nuancer aussi, me disaient certains avocats, parce que souvent les viols qui sont condamnés,
01:56parce qu'on le sait, il y a énormément de classements sans suite.
01:58La justice n'est pas en mesure d'absorber tout le contentieux criminel sur ce sujet.
02:03Et donc ce sont souvent, on priorise finalement, les viols sur mineurs
02:06et qui font qu'effectivement les peines sont souvent plus lourdes
02:11parce que la vulnérabilité est encore plus criante.
02:14Donc ces chiffres-là, ils sont à prendre avec des pincettes.
02:17Mais néanmoins, 10 ans, ce n'est pas rien pour viol.
02:19Il faut le rappeler, ce n'est pas une petite peine.
02:23Et puis pensons toujours que derrière une condamnation, on a aussi toute une famille qui bascule.
02:27C'est-à-dire que c'est un revenu en moins et c'est une femme avec un enfant
02:29qui vont devoir se plier à des parloirs pour maintenir un lien
02:32et qui finalement, ce sont les femmes qui trinquent encore derrière.
02:35Donc cette peine-là, elle signifie aussi quelque chose.
02:39Oui, vous parlez des femmes et évidemment, on va reparler de Gisèle Pellicot
02:43et de parler donc, et je mets des guillemets, des viols de Mazon
02:46à travers notre affaire que vous co-signez donc avec le journaliste Mathieu Palin.
02:51Enfin, je vous dois comme aux auditeurs l'honnêteté de dire
02:53que je n'ai pas eu le temps de lire, de lire en tout cas les 100 premières pages.
02:57Il y en a 340 au total qui racontent à travers les croquis de 23 dessinateurs
03:01tout le premier procès, mais pas que.
03:03C'est une BD que je trouve vraiment très très bien faite.
03:06Qu'est-ce que vous avez voulu montrer à travers donc 340 pages ?
03:11Ce qui était évident quand je suis sortie de ce procès,
03:14c'est qu'il n'avait pas du tout épuisé toutes les questions qu'il posait.
03:22Et même, c'est un caléidoscope de thématiques qui était ramassé
03:26parce que ce procès, 4 mois, on a dit c'est très long, mais en réalité pas du tout.
03:29On a été très vite, on l'a été encore plus cette semaine d'ailleurs.
03:33Mais il y a tout un tas de sous-thèmes qu'on n'avait pas explorés.
03:37Et on sait qu'il y a la thématique de l'inceste qui a été à peine effleurée.
03:40Il y a Caroline Darian, rappelons-le quand même, la fille de Dominique Pellicot
03:43qui n'aura jamais de réponse à ces questions et qui en souffre
03:47parce qu'il est lui aussi dans un déni profond.
03:50Et ce thème-là qui irriguait tout le procès aussi par les accusés,
03:54on a tenu à le développer, le viol conjugal, l'histoire du viol,
03:57l'histoire de la répression du viol, comment c'est devenu un crime.
04:00Et aussi aller explorer des solutions, expliquer qu'est-ce qui se fait dans les autres pays,
04:04comment on résout tous ces problèmes-là,
04:06ou du moins on tente de faire, qu'est-ce qui existe aussi en France.
04:09Et voilà, on a voulu vraiment sortir de la salle pour aller plus loin
04:13et proposer quelque chose de très concret
04:15et aussi comprendre les racines du problème, d'où vient la violence.
04:18Vous proposez notamment une réflexion sur le fond de l'affaire
04:21qui est le consentement, c'est ce que montre votre BD,
04:24c'est que tous les accusés ne se posent pas la question du consentement.
04:28Mais ils sont complètement autocentrés.
04:29On a aussi un chapitre sur le manque d'empathie et d'où ça vient.
04:32Tout ça, on le sait, il y a des études, des gens se sont penchés sur ces questions-là.
04:36Ils sont complètement autocentrés.
04:37Donc en fait, ça ne leur vient même pas à l'idée.
04:40Tout comme dans le procès-là aujourd'hui,
04:43dans ces derniers mots,
04:46l'accusé a dit le respect qu'il devait à la cour.
04:49Et il a dit, j'ai jamais voulu faire de mal à cette dame.
04:51Mais il ne s'est pas adressé à elle.
04:52Elle n'est toujours pas un objet d'attention pour lui dans ce tribunal.
04:56Tout comme elle ne l'était pas dans la chambre.
04:59Et ça, c'est commun à tous les accusés.
05:00Et ça, comment est-ce qu'on l'explique ?
05:04Eh bien, alors, évidemment, chacun a sa personnalité.
05:07Mais la construction de la virilité passe aussi notamment par une coupure de ses propres émotions.
05:12Donc on ne sait plus interpréter ses émotions.
05:14On ne va pas comprendre celles des autres.
05:16Ça vient aussi parfois de l'enfance, chez certains accusés.
05:18Oui, il y a des enfances violentes, des violences subies,
05:21même d'être témoins de violences entre les parents.
05:25Et puis il y a une question de caractère,
05:27et puis une question de vouloir se la poser, cette question.
05:30En fait, elle ne les a jamais effleurées,
05:31et toujours pas aujourd'hui,
05:33de savoir est-ce que cette femme, elle est réellement d'accord ?
05:36Si c'était posé d'un tant soit peu la question,
05:38il se serait arrêté.
05:39Vous parlez aussi du problème de la soumission chimique,
05:42dans le cadre du couple.
05:43Et ça, c'est assez vertigineux, la question que pose votre BD.
05:48Comment, justement, est-ce qu'on fait pour ne pas tomber dans le doute,
05:52dans la psychose, même au sein de son couple ?
05:55Parce que c'est ça aussi que raconte l'histoire Pellico.
05:57Oui, alors, il ne faut pas tomber dans la psychose,
06:00il faut savoir interpréter les signes.
06:02Et peut-être qu'on n'est jamais très bien placé pour soi-même,
06:05parfois peut-être plus pour une amie.
06:07On peut aussi, voilà, les réseaux amicaux font qu'on peut aussi peut-être comprendre
06:12quand quelqu'un vous décrit des signes,
06:15ça peut mettre la puce à l'oreille.
06:18Mais effectivement, ce qui est vertigineux, c'est cette affaire,
06:20elle l'a dévoilée, même au départ.
06:22Moi, j'avais appelé ça le procès de la soumission chimique.
06:24Mais quand on a vu le déni des violeurs,
06:26on a compris que c'était vraiment le procès du viol.
06:28Mais en fait, c'est aussi le procès de la soumission chimique.
06:30Et cette affaire, elle révèle quoi ?
06:32La soumission chimique chronique dans la sphère privée.
06:34Et ce n'est pas du tout un cas isolé.
06:36Des Dominiques Pellico, on en a vu émerger deux ou trois quarts depuis un an.
06:41On le sait, les spécialistes savent qu'il y en a d'autres.
06:43Le gros travail qui est fait par Caroline Darien avec l'association Mandorpa le montre aussi.
06:48Cette dimension est complètement sous-diagnostiquée.
06:53Alors, il ne faut pas être paranoïaque, mais comme pour l'inceste, comme pour les violences,
06:57il faut pouvoir ouvrir l'œil et se dire que ça peut arriver.
06:59Et surtout, quoi faire quand ça arrive ?
07:01Il faut avoir des ressources et prévenir et consulter.
07:04J'avais une dernière question sur notamment le personnage central de cette affaire.
07:10C'est Gisèle Pellico.
07:11J'avais une question, vous qui avez couvert les deux procès.
07:14D'où est-ce qu'elle lui vient, cette force-là ?
07:16Cette force de témoigner, cette force de ne pas demander le huis clos au premier procès.
07:20Et pareil au deuxième procès, ça lui vient d'où ?
07:23Alors, elle avait un peu lâché de l'interprétation parce que je ne peux pas me permettre de la juger.
07:29Mais elle avait donné une genèse.
07:31Elle a parlé de son enfance qui a été très dure, où elle a appris très vite.
07:34Elle a perdu sa maman très petite.
07:35Elle a finalement été élevée dans l'adversité.
07:38Et elle a puisé cette force, je pense, là.
07:41Et elle parle de détermination, parce qu'au fond, elle dit qu'elle envoie de reconstruction.
07:45Mais c'est vraiment une détermination.
07:46Et on sent bien, on l'a encore vue, qu'elle a vraiment un caractère.
07:50Gisèle Pellico, elle a dit, je ne suis pas la petite ménagère qui se laisse faire.
07:54Et effectivement, elle l'a prouvé.
07:56Et voilà, elle a essayé de donner de la force aux autres.
07:59C'est encore ce qu'elle a dit hier.
08:01Et donc, effectivement, on espère que ça sera le cas.
08:05Et vous retracez son courage, évidemment, dans notre affaire,
08:08qui est une BD consacrée, évidemment, à l'affaire Pellico,
08:11que vous allez présenter, je le rappelle, ce soir au Prolet,
08:13à 18h30, avec celui avec qui vous co-signez cette BD, Mathieu Palin.
08:19Je vous remercie beaucoup, en tout cas, Louis Scolcombe,
08:20d'avoir été notre invité ce matin sur l'antenne de Ici Garlosère.
08:23J'ai donné l'heure, tout à l'heure, pour le Prolet, 18h30.
08:27Oui, 18h30, rencontre dédicace ce soir, absolument.
08:29Amici à nos amis du bar Le Prolet à Nîmes.
08:30Merci beaucoup.
08:31Merci à vous.
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