- il y a 8 mois
Le photographe français Antoni Lallican est mort, touché par un drone, aujourd'hui en Ukraine, lors d'un reportage. Il se trouvait à une quinzaine de kilomètres du front, à Kurylivska. Il a travaillé en Ukraine à plusieurs reprises depuis le début du conflit, en février 2022, selon Hans Lucas, l'agence pour laquelle Antoni Lallican travaillait.
Antoni Lallican était un photojournaliste français reconnu pour son engagement à couvrir les zones de conflit. Basé à Paris, il collaborait avec de grands médias français comme Le Monde, Libération, Paris Match et aussi avec la presse internationale. Son travail portait sur les guerres, les crises humanitaires et les fractures sociales.
Depuis 2022, il s’était particulièrement consacré à l’Ukraine, documentant la vie des civils sous les bombardements et le quotidien sur la ligne de front. Lallican s’était également intéressé à d’autres régions en crise : le Liban, la Syrie, le Caucase ou encore Haïti.
En France, il avait couvert les Gilets jaunes, la crise du logement et les fractures sociales liées à la pandémie.
En 2024, il a reçu le prix Victor-Hugo de la photographie engagée pour son reportage sur la guerre en Ukraine et avait été finaliste du prix Lucas Dolega, récompensant les photojournalistes de terrain.
Antoni Lallican était un photojournaliste français reconnu pour son engagement à couvrir les zones de conflit. Basé à Paris, il collaborait avec de grands médias français comme Le Monde, Libération, Paris Match et aussi avec la presse internationale. Son travail portait sur les guerres, les crises humanitaires et les fractures sociales.
Depuis 2022, il s’était particulièrement consacré à l’Ukraine, documentant la vie des civils sous les bombardements et le quotidien sur la ligne de front. Lallican s’était également intéressé à d’autres régions en crise : le Liban, la Syrie, le Caucase ou encore Haïti.
En France, il avait couvert les Gilets jaunes, la crise du logement et les fractures sociales liées à la pandémie.
En 2024, il a reçu le prix Victor-Hugo de la photographie engagée pour son reportage sur la guerre en Ukraine et avait été finaliste du prix Lucas Dolega, récompensant les photojournalistes de terrain.
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00:00C'était ma musique d'entrée, ils m'avaient prévu une musique d'entrée, ils pensaient
00:25que j'allais surgir des coulisses et faire bonsoir Solidez ! Quel kiff d'être là, je vous
00:35trouve admirable, je vous le dis, parce que quand on va sur un festival, aller écouter
00:38de la musique et venir découvrir des gens, ouvrir ses oreilles, son cœur et sa conscience,
00:43vous êtes vraiment des gens pas comme les autres, c'est pas un festival comme les
00:47autres, on le sait, mais les festivaliers ne sont pas des festivaliers comme les autres
00:50non plus.
00:51On va kiffer cet après-midi, merci d'avoir été là hier à ceux qui sont déjà passés
00:55au Social Club, on va rencontrer des gens passionnants qui ont vécu des choses très
01:00fortes et qui viennent les partager avec nous, ça va nous faire du bien, j'en profite pour
01:05saluer Sandra et Cathy qui traduisent en langue des signes tout ce qui va se passer et je
01:11leur souhaite bien du courage parce que je parle extrêmement vite, j'espère que notre
01:14premier invité, lui, parlera un petit peu plus lentement, on va parler de photos, on
01:19va parler de guerre, on va parler de nos voisins et amis les ukrainiens et de ceux qui partent
01:24là-bas pour nous ramener des images, je vous demande de faire une ovation à un garçon
01:29de peur, Anthony Laliquan.
01:31Tu vois Anthony, ils sont gentils, ils sont très gentils.
01:47Anthony, tu es content d'être là ?
01:50Très content, bonjour à tous, très content de pouvoir témoigner de ce que j'ai vu
01:55et partager ce que je peux raconter de ce métier.
01:58Qu'est-ce que c'est ton métier ? C'est quoi ?
02:00Photojournaliste.
02:01C'est ce qu'il y a écrit sur ta carte d'identité ? Photojournaliste ?
02:05Exactement.
02:06Oui, c'est quoi ce métier exactement ?
02:08Ce métier c'est utiliser le prisme de la photo pour apporter de l'information au lecteur,
02:14raconter, témoigner, raconter les histoires des gens qu'on rencontre et évidemment apporter
02:21un certain nombre d'éléments de contexte, d'informations puisque c'est avant tout ça,
02:26notamment pour moi qui bosse en presse-papier, une photo doit contenir un certain nombre d'informations
02:31pour que vous lecteurs, vous puissiez vous faire votre propre idée et propre opinion.
02:35Tu vas nous aider à comprendre justement quand on va chercher une photo, on ne ramène pas
02:39une vidéo, il doit y avoir tous les éléments d'une histoire dans un seul carré.
02:45Maintenant, juste avant, j'aimerais que tu précises parce que raconter une histoire,
02:48un photographe de mode raconte une histoire, un photographe de pub raconte une histoire.
02:53Pourquoi est-ce que toi tu as choisi d'être photographe sur les terrains de guerre ?
02:58Alors, je ne fais pas uniquement de la guerre, mais c'est vrai que c'est une partie qui m'intéresse
03:03particulièrement.
03:03Je dirais que d'un point de vue personnel, j'ai toujours été intéressé par l'idée
03:09de sortir de mon environnement propre et très curieux de ce qui se passe à l'extérieur
03:13et également très intéressé par la marche de l'histoire en fait et les terrains de
03:19guerre notamment ou les terrains de conflits ou les grosses manifestations, les gros mouvements
03:23sociaux sont ce type de moments où on assiste, on témoigne à la marche de l'histoire
03:29justement.
03:30Est-ce que ça fait, tu es allé déjà deux fois en Ukraine depuis le début de la guerre,
03:35tu vas nous raconter, on va regarder tes photos surtout et tu vas nous raconter peut-être
03:38comment elles se sont faites.
03:40Est-ce que c'est plus impressionnant pour toi d'être ici face à des gens pour raconter
03:43ton travail que sur le terrain et pourquoi ?
03:46Bien plus impressionnant.
03:47Et pourquoi ?
03:48Parce que d'habitude, j'ai l'habitude d'être de l'autre côté de la caméra.
03:51Donc c'est un métier risqué où il faut beaucoup de préparation, être très alerte mais ça
04:01change complètement de cette situation où je fais face à un public.
04:05Non mais je fais exprès de te poser la question parce que la peur, bon elle aide à vivre,
04:11elle maintient en vie mais là franchement il n'y a aucune raison d'avoir peur, rationnellement.
04:17Rationnellement mais tout n'est pas tout le temps rationnel, même sur un terrain de
04:20guerre d'ailleurs et il faut savoir s'il y a son instinct là-bas aussi d'ailleurs.
04:24Qu'est-ce que ça t'apporte toi quand tu fais une photo et qu'elle est diffusée
04:28ou qu'elle ne le soit pas d'ailleurs mais quand tu as fait une photo et qu'elle va raconter
04:32quelque chose que tu as vu, donc ta photo va participer de témoigné, c'est une satisfaction,
04:38c'est une fierté, c'est quoi ?
04:41C'est avant tout le sentiment d'avoir fait le boulot.
04:44Oui.
04:44Un sentiment de, pas de fierté mais en tout cas je suis content de pouvoir transmettre
04:53le reportage que les gens m'ont intimement confié aussi parce que c'est impactant pour
04:57eux de se livrer devant une caméra que ce soit en photo ou en vidéo ou pour un reportage
05:02écrit.
05:02les gens nous confient une partie de leur intimité, de leur vécu, de leur joie, de
05:07leur drame et parfois c'est vrai qu'en tant qu'indépendant tout n'est pas toujours
05:11sorti, publié, etc.
05:13et on est quand même content quand ce qu'on nous a confié est diffusé.
05:21Si nous qui sommes là y allions, est-ce qu'on peut se dire il suffit d'y aller pour faire
05:27la bonne photo ou une fois qu'on y est, il faut encore d'autres qualités pour faire
05:30la bonne photo ? Est-ce que je pourrais faire la photo qu'on voit là par exemple ? On est
05:34où là dans cette photo ? Là on est en centre-ville de Kiev sur l'un des premiers bombardements
05:39qui a touché la ville.
05:41C'était donc quand ça ? C'était début mars.
05:43Début mars, ok.
05:45Et donc là on est sur trois étages détruits, 21, 22, 23ème étage de mémoire avec une
05:52photo juste derrière qui montre une vue de l'intérieur d'une chambre d'enfants justement
05:56où heureusement la famille était absente le jour du bombardement.
05:59on voyait bien le papier peint au mur avec les petits avions, les petits jouets sur
06:05la droite, c'était valait bien une chambre d'enfants.
06:07Ce qui est sûr et certain c'est que j'aurais peut-être pu faire la photo d'en bas de l'immeuble
06:10mais j'aurais jamais eu l'idée de monter.
06:13Et toi ton job c'est monter ?
06:14Oui.
06:14Pour aller voir ?
06:16Exactement.
06:16Les deux côtés, donc le champ et le contre-champ.
06:19Malgré le vertige.
06:20C'était compliqué de faire cette photo là ? Comment t'as été venu l'idée
06:23de monter et d'aller faire cette photo ?
06:26Ça m'a semblé, c'est une évidence pour moi, c'était de...
06:29Quand on est en bas, c'est le regard d'extérieur et quand on est en haut, c'est le regard
06:32des habitants qui ont vécu cet instant.
06:36J'ai rencontré le frère de la propriétaire de cet appartement en bas de l'immeuble
06:42qui venait récupérer de la nourriture, même pas d'objet de valeur ou autre parce qu'à
06:46ce moment-là de la guerre, on n'était pas sûr que l'approvisionnement en nourriture
06:49soit maintenu.
06:50Et donc c'est vrai que nous dans nos conforts, etc., on s'imaginerait aller chercher notre
06:54iPad ou autre.
06:55En réalité, la question, c'était de trouver de la bouffe.
06:59Cette photo-là, elle n'est plus à Kiev.
07:03Elle n'est plus à Kiev, elle est en banlieue de Kiev à l'entrée d'une ville qui s'appelle
07:07Irpin, qui a été un gros point chaud lors des opérations militaires russes sur la
07:13ville de Kiev, puisqu'elle est située à une vingtaine de kilomètres du centre-ville
07:18de Kiev et donc c'est une position d'artillerie favorable, puisque l'artillerie est limitée
07:21en distance.
07:22Donc les canons utilisés, qui sont la majeure partie des armes utilisées, permet en fait
07:27depuis cette ville de bombarder directement Kiev.
07:29Donc c'est devenu un enjeu stratégique pour la Russie comme pour Kiev.
07:34C'est un peu, je regarde ton travail, Anthony, et je me dis malgré tout, pour nous, c'est
07:39une photo, et pour toi c'est un moment.
07:43Et ta vie est en danger à ce moment-là, quand tu es là-bas, il y a une tension, pourquoi
07:49est-ce que tu choisis ce cadre-là, pourquoi ce soldat passe à cet instant ?
07:54Alors je l'ai choisi parce que justement c'est un des endroits où on se sentait en sécurité
07:57et où la veille, une roquette russe juste derrière, à côté de l'église, a tué une
08:02famille de réfugiés qui avait réussi à quitter la ville, parce que là on est à l'extérieur
08:06de la ville, donc du côté de Kiev, et je pense que cette famille elle-même a cru être
08:12en sécurité après avoir enfin réussi à qui cet état de ville, et en réalité rien
08:17n'est jamais acquis.
08:20Est-ce qu'il y a des photos dans lesquelles tu te dis, le moment que je passe, moi j'ai
08:26vu cette famille, peut-être j'ai vu leurs yeux, peut-être j'ai vu une poupée, et ça
08:33c'est très fort, on peut tous l'imaginer que c'est très fort à vivre.
08:36Mais évidemment, tu ne peux pas photographier tout et n'importe quoi, et tu ne peux pas
08:42tout nous envoyer.
08:43Comment tu choisis ?
08:46C'est une partie du travail qui est très difficile, il faut savoir aussi détacher son émotion
08:49de ce qui apparaît sur les photos, puisqu'effectivement il y a un certain nombre de photos où nous
08:54on était présents sur scène, les photographes, et on associe tout un tas d'autres informations,
09:00d'éléments de contexte, d'émotions, qui ne seront pas forcément ressentis par le
09:04lecteur.
09:05Donc ça c'est un gros boulot après la sélection des photos qu'on envoie aux rédactions, et
09:09on n'hésite pas d'ailleurs à se faire accompagner de confrères ou autres pour avoir un avis
09:14extérieur, c'est une part importante.
09:16Ces photos-là elles sont très fortes, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais c'est
09:19vrai qu'on les voit depuis des mois.
09:21Et quand on voit ces visages, qui pourraient être nos grands-parents, enfin voilà, enfin
09:28nos parents, nos grands-parents, il n'y a pas vraiment de... nous ressemblent, et on
09:33voit bien cette espèce de sidération.
09:36Est-ce que c'est fidèle, sidération, c'est ça ?
09:40Sidération, inquiétude aussi.
09:42Là on est sur des personnes âgées qui généralement ne sont pas forcément les premiers à vouloir
09:47quitter leur ville, leur maison, etc., principalement parce qu'ils se disent « je n'aurai pas
09:55le temps de refaire ma vie ailleurs », et puis c'est tout ce que j'ai, il y a aussi
09:58des problèmes de santé qui limitent la mobilité de ces personnes, qui font que dans le cadre
10:03de cette ville irpine, il y a un pont qui permettait l'extraction des réfugiés, et l'armée
10:10ukrainienne avait choisi de le bombarder pour ralentir le potentiel à l'arrivée des
10:14troupes russes.
10:15Donc toutes les évacuations sont faites, ces images qu'on verra après, à travers
10:18un pont cassé, et ces personnes âgées quittent le centre-ville en bus, vont arriver au niveau
10:23du pont détruit, et savent qu'il en reste encore à traverser une sorte de passerelle
10:26de fortune pour passer une rivière.
10:28Tout ça dans le cadre d'un potentiel accord de cessez-le-feu local prévu pour l'évacuation,
10:35mais qui n'est pas forcément respecté par la Russie.
10:37Et toi, comment est-ce qu'ils te perçoivent quand tu fais cette photo-là ? Tu fais partie
10:40de quoi ? Du décor ? D'un ami ? D'un ennemi ? T'es quoi pour eux ?
10:45D'abord une interrogation, et quand ils entendent le mauvais accent anglais, ils valident
10:53le fait que je sois français.
10:55Et alors ? Et alors, on était très bien accueillis à ce moment-là de la guerre.
10:59Il y a une temporalité sur les conflits, je pense aussi en fonction de... au début
11:05des guerres, généralement, la presse est très bien venue. Par la suite, c'est vrai
11:09que souvent les gens se disent que si la presse est présente, ça va peut-être changer
11:13leurs conditions. Parfois ils sont déçus, évidemment, et ça peut créer éventuellement
11:17par la suite des rancœurs chez certains. Le comportement aussi peut-être inapproprié
11:21de certaines personnes sur place, qui ne sont pas forcément journalistes d'ailleurs.
11:24C'est vrai qu'il y a un certain attrait pour la guerre chez un tout un tas de personnes
11:29dont on s'interroge sur les motivations profondes, mais qui sont présents et qui,
11:34en tout cas pour les civils, sont des journalistes.
11:37Ce monsieur, tu lui demandes la permission de le photographier ?
11:40Pas à ce moment-là. La plupart du temps, je demande, ça peut être un geste, un sourire,
11:44un truc, on se comprend. Là, on est vraiment sur les évacuations où il faut être rapide,
11:49il ne faut pas gêner. Le train des évacuations, c'est avant tout le principe.
11:56Donc là, ce sont des civils avec tout ce mélange aussi. La presse, les civils, les militaires.
12:03Tu sais, tu as une formation avant de partir pour identifier qui est dans quel camp,
12:07quel costume est porté par quel...
12:09Il n'y a pas de formation particulière pour ça. C'est une part du boulot aussi.
12:12On a quand même des livres qui reprennent, qui indexent toutes les différentes symboliques
12:18de différentes forces armées, mouvements et autres.
12:21Donc ça, ce ne peut être des outils qui sont utiles.
12:24Après, il y a des questions de positionnement, de prestance,
12:27qui nous permettent assez rapidement de voir qui est qui, avec toujours un inconnu.
12:31Tu parles russe ?
12:32Non, mais je suis accompagné sur le terrain d'un fixeur.
12:36On ne parle d'ailleurs pas assez souvent, je pense.
12:38Mais ce sont les personnes qui, sur place, gèrent la traduction, la logistique,
12:44le cheminement, nous aident à trouver aussi des sources, des accès
12:48qui sont aussi en danger et qui, contrairement à nous, ne quittent pas leur pays après.
12:53Enfin, ne restent dans leur pays.
12:54Alors que nous, on rentre chez nous.
12:56Quand tu fais cette photo, tu es toujours à Irpin, à côté ?
12:59Au niveau du pont des évacuations, vraiment.
13:01Et donc là, tu restes la journée ?
13:03Là, je reste la journée.
13:04Il y avait beaucoup de journalistes présents sur ces images que vous avez déjà sûrement vu passer
13:07dans les médias.
13:10La fameuse image du pont qu'il fallait, avec ces personnes âgées,
13:13qui n'arrivaient pas à passer au tout début, avec leur fauteuil roulant.
13:18Et par la suite, moi, par contre, j'ai choisi d'aller un peu plus loin
13:20et de documenter aussi ce qui se passait dans la ville pour comprendre.
13:23Dans ces cas-là, tu shoots toute la journée, tu vas faire des photos par demi-journée.
13:29Il y a un certain nombre... C'est l'événement qui fait la photo ?
13:32Ça se fait aussi au feeling, aux infos.
13:35Par exemple, le gouvernement ukrainien ne voulait pas forcément montrer les blessés lourds
13:40de la guerre à ce moment-là, donc ils vont les faire sortir plutôt en fin de journée.
13:44Ça, c'est des petits trucs qu'on connaît un petit peu, on sait qu'il faut attendre.
13:48Et après, c'est aussi autour.
13:49Et autour, là, il y a quand même des bruits de bombardements, des bruits de roquettes qui passent,
13:52même si elles tombent à plusieurs kilomètres, à 3-4 kilomètres autour.
13:56Il y a quand même une très forte tension.
13:59D'ailleurs, on voit en fond de l'image que les gens attendent cachés sous le pont,
14:03au cas où il y aurait des bombardements.
14:05C'est aussi en fonction de l'intensité des bombardements,
14:08du comportement des forces de sécurité ou militaires qu'on sent quand on doit partir.
14:14Anthony, si vous avez des questions à poser à Anthony, vous vous manifestez,
14:18parce que je vois que le temps court, moi, je pourrais faire une heure et demie,
14:21donc on va continuer de faire défiler les photos, mais surtout, si vous avez une question...
14:24Oui, monsieur, super.
14:25Est-ce qu'il y a des photographes occidentaux sur la ligne de France côté russe ?
14:33Et comment faire une image qui soit non...
14:44dirigée par les forces russes quand on est dans le camp des Russes ?
14:48C'est une très bonne question.
14:49Alors, évidemment, vous avez complètement raison.
14:52Donc il y a quelques photographes ou journalistes qui s'aventurent côté russe.
14:56Comme vous l'avez si bien présenté, tout ça, c'est de la propagande.
15:04On a un russe qui est géré.
15:05Les journalistes russes, oui, mais il y a des journalistes français qui sont du côté russe et qui font leur boulot.
15:09Qui font leur boulot, mais dans un cadre très, très limité.
15:11Et c'est aussi ça, je pense, ça reste quand même intéressant d'y aller.
15:15Et quand bien même, ce serait un tour vraiment prévu par les autorités
15:21où tout est mensonge ou création, ça reste important de documenter la propagande.
15:25Mais du coup, je vais élargir la question de monsieur.
15:27Est-ce qu'une photo est moins manipulable qu'une vidéo ?
15:32Alors, nous, on est de la génération des charniers de Timi Chohara.
15:35Donc, on sait bien qu'une photo, on peut l'inventer.
15:38Mais des faux charniers en Roumanie.
15:41Mais est-ce qu'une photo, c'est plus difficile à truquer ?
15:45Non, pas forcément.
15:46Pas forcément.
15:48C'est aussi le cré...
15:49Enfin, truquer par le journaliste.
15:52De mettre en scène, tu vois, de te faire photographier quelque chose qui n'est pas vraiment...
15:55Ça, c'est après l'appréciation du journaliste, de savoir trouver un certain nombre de détails qui ne collent pas,
16:02de sentir un petit peu...
16:04C'est vrai que généralement, tout ce qui se fait où on est vraiment accompagné de militaires, etc.,
16:07on sait déjà qu'on est limité.
16:09Le but, ça va être quand même d'essayer de sortir au maximum du giron des militaires
16:13pour pouvoir photographier ce qu'ils choisissent de ne pas nous montrer.
16:17Évidemment, sur tous les terrains, il y a de la propagande.
16:21Ça fait partie de la guerre.
16:22Y compris sur le nôtre.
16:23Y compris sur le nôtre.
16:26Effectivement, la Russie est très, très en avance sur la propagande.
16:31En même temps, on est très, très avertis.
16:33On est très, très avertis.
16:34Mais c'est un boulot qu'il faut faire quand même, j'en suis persuadé.
16:36Ce n'est pas ce que j'ai choisi de faire moi, mais je salue les confrères qui ont décidé de le faire.
16:41Ça doit être très compliqué pour eux aussi de savoir où mettre le curseur, où positionner le curseur.
16:46Il y avait une question aussi par là.
16:47Oui ?
16:50Moi, je voulais savoir comment vous faites pour gérer l'émotion sur place,
16:52parce que je me demande à un moment, comment vous n'avez pas envie de poser l'appareil photo
16:55et aider, par exemple, les personnes blessées.
16:58Ça se mélange forcément à un moment ou à un autre.
17:01Alors, on essaye d'être le moins partie prenante quand même,
17:04puisque notre rôle, c'est d'être observateur.
17:07Il y a certains moments où on reste des êtres humains.
17:10Sur l'évacuation du pont d'Erpine, on est plusieurs, effectivement, à avoir filé un coup de main
17:13pour aider des grands-mères à passer ou autre.
17:16Et à ce moment-là, on pose l'appareil, on loupe une photo.
17:19Mais ça, c'est vraiment un truc personnel et lié à l'instant T, à l'environnement.
17:23Et chacun son ressenti particulier.
17:25Mais on reste quand même des êtres humains, évidemment.
17:28Peut-être le souvenir d'une photo que tu n'as pas voulu faire ?
17:31Il y en a beaucoup, des photos que tu ne veux pas faire ?
17:36Que je fais mal.
17:38Que j'essaie de prendre quand même, mais que je fais mal,
17:40parce que je n'ai pas envie d'être trop intrusif.
17:43Il n'y en a pas que tu ne fais pas ?
17:44Si, il y en a qu'on ne fait pas, bien sûr.
17:45Mais du coup, j'ai tendance à moins les mémoriser.
17:48Oui, bien sûr.
17:49Il y en a une récemment que je regrette de ne pas avoir fait,
17:51mais qui n'est pas liée à l'émotion,
17:53mais plutôt au risque de fournir des informations stratégiques,
17:57de positions qui peuvent être après réutilisées dans un cadre militaire.
18:00Et ça, c'est aussi un point très important.
18:03Il faut faire gaffe à ce qu'on photographie et surtout ce qu'on diffuse.
18:05Elle est très forte, celle-là.
18:07Oui, c'est dans le Donbass.
18:10Ce sont des mamans et des grands-mères
18:12dont les enfants, les conjoints,
18:15ne sont soit décédés, soit plus présents
18:17et qui sont là à moins de 10 km des positions russes.
18:21Et donc, en cas d'avancée rapide des Russes,
18:22qui se retrouveraient isolés du reste de leur famille
18:24qui a été soit qui est partie vivre en Europe,
18:27soit qui s'est délocalisé sur l'ouest de l'Ukraine.
18:31Est-ce que le regard des gens...
18:33Elle est dure, celle-là.
18:35Elle est dure, cette photo.
18:37C'est ça, la guerre.
18:38C'est ça, la guerre.
18:39C'est aussi une manière de montrer la dureté de la guerre
18:41sans trop rentrer dans l'intimité des cadavres, etc.
18:47On se la prend pleine poire, là, quand même.
18:48On se la prend pleine poire, mais je pense que c'est le genre de photos
18:50qui sont efficaces puisqu'on n'impacte pas la dignité humaine,
18:53mais en même temps, on apporte une certaine puissance.
18:56Si vous avez des questions, monsieur ?
18:58Combien de temps vous êtes resté en Ukraine ?
19:04J'ai fait trois semaines la première fois.
19:07Ensuite, il y a un confrère qui est mort sur la zone d'Irpin,
19:10donc les accès ont été fermés.
19:12Je suis rentré en France et là, je suis reparti un mois,
19:14principalement sur l'Est, Kharkiv et le Donbass.
19:17Donc ça fait près de deux mois sur place, vraiment.
19:19Par rapport à ce qu'on peut voir à la télé,
19:22principalement au comportement...
19:24Quelle est la différence entre ce qu'on peut voir à la télé le soir
19:28ou le midi en regardant les infos et la réalité sur place,
19:32notamment par rapport à tous les engagements de différents pays
19:35en termes de livraison d'armes, de soutien sur place ?
19:38Est-ce que c'est vraiment des engagements qui sont traduits
19:41en actions concrètes ou, bien sûr, en prenant en compte
19:44à ne pas dépasser une ligne rouge par rapport aux droits de la guerre ?
19:47Je vous interromps, vous posez la question à un photographe
19:49ou vous posez la question à quelqu'un qui est allé ?
19:51Je pose la question à quelqu'un qui est allé
19:53pour voir si c'est quelque chose qui est vraiment traduit en actions sur place.
19:56Alors, il faut quand même se rendre compte
19:58que nous, on a quand même une vision limitée
19:59quand on est sur place à une localisation.
20:03Donc je ne peux pas non plus me permettre
20:04de faire des généralités liées uniquement à mon témoignage.
20:08Néanmoins, sur la première partie de la guerre,
20:10c'était clairement évident qu'il y avait de l'armement.
20:12J'ai vu beaucoup de missiles anti-chars américains.
20:16Ils étaient très bien fournis.
20:19Dans le Donbass, là, la situation se complique un petit peu
20:21et les autorités ukrainiennes nous laissent moins voir,
20:23approcher, photographier, notamment les militaires
20:26ou les positions militaires.
20:27Donc c'est un peu plus complexe.
20:30Il y a aussi un nouveau type d'armement,
20:32des nouvelles technologies qui ont été envoyées
20:35et qui vont demander aussi aux Ukrainiens, je pense,
20:37un certain temps d'adaptation.
20:39Ils ne sont peut-être pas tout de suite déployés sur le terrain.
20:41En tout cas, c'est vraiment plus difficile à dire.
20:43C'est une volonté de l'Ukraine,
20:46notamment à cause aussi de problématiques de photos
20:49qui ont pu être diffusées et qui révélaient des positions stratégiques
20:51qui ont été tapées par la suite par la Russie.
20:54On a beaucoup parlé de l'engagement des Ukrainiens,
20:57de l'héroïsme des Ukrainiens,
20:59de la détermination des Ukrainiens.
21:00Tu confirmes ?
21:01Oui, c'est incroyable.
21:03Vraiment, surtout quand la capitale était attaquée
21:05et qu'il était question d'une invasion globale,
21:07qu'il y a vraiment des dizaines de milliers de personnes
21:11qui ont choisi d'être volontaires,
21:13soit en partant sur les lignes de front,
21:14soit en retrait,
21:16que ce soit pour préparer la bouffe pour les soldats,
21:18que ce soit beaucoup de jeunes.
21:19Il y a une photo dans la série de Allah,
21:22une jeune de 26 ans qui travaille dans les RH
21:25et qui, deux semaines après,
21:27se retrouve à faire des cocktails monotovs dans une cave
21:29en disant, je ne suis pas à moi,
21:30je ne vais pas aller dans les pattes des soldats,
21:32je serai plus un problème qu'une solution.
21:35Mais en tout cas, tout support que je pourrais leur apporter
21:37en produisant des cocktails monotovs,
21:40d'autres en remplissant des sacs de sable pour les checkpoints.
21:42Vraiment, c'était très impressionnant.
21:44On a l'image du photographe de terrain de guerre,
21:48un peu le baroudeur, un peu solitaire,
21:51un peu barbu, un peu alcoolique.
21:56C'est vrai ou pas ?
21:58Barbu, je vois.
21:59Barbu, c'est vrai.
22:00Je pense qu'effectivement, l'alcool, ça permet quand c'est possible,
22:05parce que c'était interdit au début de la guerre.
22:06Après, les journalistes ont toujours leur petit circuit.
22:09Mais boire une bonne bouteille de vin
22:11après quelques jours de tension comme ça,
22:13ça fait toujours du bien.
22:14Ça nous permet aussi...
22:15Moi, je ne suis pas forcément tout le temps avec des journalistes,
22:18mais c'est vrai que j'apprécie aussi parfois
22:19me retrouver dans le même hôtel,
22:22ne pas être qu'au contact des gens qu'on photographie.
22:24Ça permet de prendre du recul,
22:26même de faire deux, trois blagues
22:27pour relâcher la pression.
22:30C'est un métier difficile.
22:33De quel point de vue ?
22:35Je ne sais pas.
22:36C'est un métier qui demande, je pense...
22:39Il faut vraiment avoir la volonté de le faire.
22:42Ce n'est pas les conditions qui ont pu exister par le passé,
22:45où la presse papier était à son max,
22:48et où tout le monde était très bien payé.
22:50Il y a de moins en moins de place.
22:52Les salaires ne sont plus ce qu'ils étaient,
22:55mais le travail reste tout aussi passionnant.
22:57Ça, c'est vraiment un truc très singulier.
22:59On l'a évoqué en coulisses.
23:01On est vraiment dans la société de l'image.
23:03On fait tous des images toute la journée.
23:05On prend avec nos téléphones en permanence,
23:07on fait des photos, des photos, des photos, des photos, des images.
23:09Il y en a partout.
23:10On est noyé dans les images.
23:11Et les photos de photo-reporteurs n'ont plus de place.
23:16Quand j'ai commencé le journalisme,
23:18je me rends compte que je ne me suis même pas présentée.
23:20Excusez-moi.
23:21Je suis désolée.
23:21Je m'appelle Maïténa, pardon.
23:24Quand j'ai commencé moi-même à être journaliste,
23:26il y avait des...
23:27Dans tous les canards, dans toute la presse écrite,
23:30il y avait des photos.
23:31Et c'était très important, la photo.
23:33Il y en a quasiment plus.
23:35Il n'y en a plus.
23:36Il y a aussi le fait que la photo,
23:38chacun est capable de la produire de son côté.
23:40Et notamment les civils sur place, etc.
23:43C'est ça aussi l'intérêt, je pense, du journaliste.
23:46C'est d'apporter une information qui est validée.
23:50Puisqu'on ne peut pas non plus, à titre informatif,
23:53prendre tout et n'importe quoi sur Internet
23:54sans vraiment avoir de possibilité de vérifier les faits.
23:58Ou alors ça prend énormément de temps
23:59et on est déjà dans une temporalité
24:01par rapport à la news qui est dépassée.
24:03Je pense que c'est un point important.
24:06Et effectivement, c'est une question
24:07dans une société où l'image est au centre.
24:11Pourquoi cette profession se peine un petit peu plus qu'avant ?
24:17Là, quand il fait cette photo-là, c'est un civil ?
24:20C'est un seul, c'est un volontaire
24:22qui est dans la ville de Lysitschansk.
24:25C'est la ville jumelle de Sèvredonèsk
24:28qui est aujourd'hui la zone principale
24:30de l'offensive russe dans le Donbass.
24:32Donc la ville jumelle vient de tomber aux mains des Russes.
24:35Il y a eu un retrait des soldats ukrainiens.
24:41Et là, il y a des gens dans la maison ?
24:42Il n'y a plus personne ?
24:43Tout le monde a été sur la ligne de front ?
24:45Là, il n'y a plus grand monde
24:46et les soldats restent principalement sous terre,
24:50dans des abris souterrains, bunkers ou autres.
24:52Et quand ils sortent, il y a un certain degré de paranoïa
24:54puisqu'il y a des drones, etc.
24:56Donc très souvent, le regard vers le ciel quand même.
24:58Et là, tu fais un cadre ou pas ?
25:01Toujours.
25:03Ça doit être la différence entre nous.
25:06Moi, si j'y étais, je ne suis pas sûre que je ferais un cadre.
25:09C'est aussi la limite de l'objectivité du photographe,
25:12c'est qu'on choisit ce qu'il y a dans l'image ou non.
25:14Celle-là, c'est quoi ?
25:15Ça, c'est dans le Donbass aussi.
25:19C'était un lieu de stockage justement de céréales et d'huile céréalière
25:25qui a été bombardée par les Russes
25:27et qui brûle peut-être encore aujourd'hui, je ne suis pas sûr.
25:30Donc voilà, ça me semble important
25:32puisqu'il y a toutes ces questions autour de l'agriculture
25:34liées à la guerre en Ukraine.
25:36Et évidemment, les réserves de grains sont des cibles.
25:40Tu l'as vendue, cette photo ?
25:42Elle n'a pas été publiée, mais elle a été réalisée en commande
25:44pour un magazine allemand.
25:46Je peux te demander, puisque tu l'as évoqué,
25:48une photo comme ça, si elle est publiée,
25:50elle rapporte combien ?
25:51Il n'y a pas vraiment de règle générale.
25:53On coupe au package ou autre.
25:56Ça dépend vraiment des rédactions.
25:57Il y a des rédactions comme le New York Times
25:58qui payent très très bien, d'autres qui payent un peu moins bien.
26:02C'est un peu un graal, ça, de faire une photo
26:04qui va être prise par le New York Times ?
26:07Je pense que pour tout le monde, oui.
26:09Le principal, c'est de pouvoir diffuser son information
26:12et effectivement, plus la cible potentielle est importante,
26:16plus c'est intéressant pour nous, c'est ce qu'on recherche.
26:19Mais le principal, avant tout, c'est de diffuser l'information
26:21et que chacun puisse l'avoir,
26:22puisque tout le monde ne lit pas le New York Times,
26:24notamment en France.
26:27Moi, je choisis, par exemple,
26:28ça ne me dérange pas non plus de bosser pour la presse allemande,
26:31qui a aussi un bel aura, une belle zone d'influence.
26:34Et je ne suis pas très chauvin sur ce point.
26:37Là, on est où ?
26:38C'est aussi une chose qui m'a beaucoup surprise.
26:40On les a beaucoup vues, ces images d'enterrement,
26:43où il y a toujours beaucoup de monde,
26:46alors que c'est une activité qui nécessite
26:49beaucoup d'emplois, un enterrement.
26:52Peut-être que je suis un peu étrange
26:54de me poser cette question.
26:55Je me dis, mais comment ils font pour organiser ça ?
26:58Tu vois, il faut le fossoyeur,
26:59il faut la personne qui s'occupe du mort,
27:02il faut le...
27:04Comment on appelle ça ?
27:05La boîte, là ?
27:06Oui, le cercueil.
27:07Le cercueil.
27:09Il faut l'église, il faut la messe,
27:11il faut beaucoup de choses.
27:13Là, on est à l'ouest de l'Ukraine.
27:15Donc, justement, il y a le temps, les infrastructures,
27:17et le monde, pour le coup,
27:18parce qu'il y a énormément de réfugiés, de volontaires
27:19qui se sont déplacés sur l'ouest de l'Ukraine.
27:21Donc, on va dire que c'est à peu près normal.
27:24Et pour tous les gens qui sont présents,
27:25c'est aussi une manière de participer,
27:27et même s'ils ne connaissent pas la victime,
27:29chacun...
27:29Tout le monde vient.
27:30Oui, tout le monde vient.
27:31La photo qu'on a vue un peu précédemment,
27:33un peu avant, sur un enterrement à huis clos,
27:36là, pour le coup, c'est sous les bombes.
27:40Et...
27:40Tu me fais remonter trop loin.
27:42Là, on est vraiment en Irpine, sous les bombes,
27:45et il y a certains volontaires qui ont décidé de rester.
27:48C'est quand même assez dangereux à cet endroit et à ce moment,
27:52pour recueillir les cadavres de civils qui sont...
27:55qui sont laissés dans les rues.
27:58On essaie toujours d'enterrer ces morts, même...
28:00Ils essaient toujours d'enterrer...
28:00Même de manière temporaire, avec l'espoir,
28:03et là, c'est ce qui a été rendu possible,
28:05puisque la ville d'Irpine a été libérée par l'Ukraine,
28:07d'offrir des sépultures dignes par la suite,
28:10donc de redéterrer les cadavres
28:12et de les mettre dans un vrai cimetière
28:14avec une véritable cérémonie.
28:16N'hésitez pas, pour les questions,
28:18je suis toujours attentive.
28:19Oui, mademoiselle, ici.
28:24Est-ce que physiquement, c'est dur ?
28:27Par exemple, vous marchez, ou des choses comme ça ?
28:31Oui, c'est dur.
28:32On ne dort pas très bien.
28:33On revient avec quelques poils blancs.
28:35Ça dépend.
28:36Là, sur la guerre en Ukraine,
28:37c'est un grand pays avec des grosses distances, etc.
28:41Donc, il y a toujours des hôtels, quelque part.
28:44Sur ce conflit-là, j'ai dormi sur l'Ukraine,
28:46soit chez l'habitant,
28:49sur d'autres zones comme l'Arménie,
28:52j'ai dû dormir des fois dans des sous-sols d'école ou autre,
28:55en fonction de ce qu'il y a.
28:57La nourriture aussi, par exemple,
28:58sur le conflit en Ukraine est encore approvisionnée.
29:00Sur d'autres conflits, c'est aussi un problème de logistique,
29:02trouver quelque chose à manger.
29:04Mais là, nous, on dormait dans des hôtels
29:08et encore une fois, c'est avant tout les gens sur place
29:11qui ont tout perdu.
29:13Nous, on rentre chez nous après.
29:15Est-ce qu'il y a des gens que tu revois,
29:17que tu veux revoir, que tu gardes en toi ?
29:20Bien sûr.
29:21Bien sûr, bien sûr.
29:21Il y a des gens avec qui on garde contact à distance,
29:23ce que nous permet aujourd'hui notre époque.
29:26Il y a des gens que j'ai déjà vus en revenant en Ukraine.
29:31Des gens avec qui, du coup, je démarre des collaborations aussi
29:34et simplement des gens que je visite par amitié.
29:38Est-ce que la guerre, c'est la vie plus forte ?
29:40C'est la vie et la mort, tout en plus fort, oui.
29:44Où est-ce qu'on peut voir tes photos, Anthony ?
29:46Sur mon site internet, anthonylalican.com
29:49ou sur Instagram.
29:51Vous êtes les bienvenus.
29:52Et puis dans la presse ?
29:53Et dans la presse, évidemment, presse allemand,
29:55libération, la vie, je suis indépendant.
29:58Une dernière question.
29:59Est-ce que c'est un modèle ?
30:03Est-ce que c'est une finalité pour vous, à un moment, de devenir une star ?
30:10Je serais ravi de pouvoir diffuser autant mes photos, en tout cas,
30:14qu'il y ait le même impact.
30:16Je ne prendrai pas Steve McCurry comme mon idole.
30:19J'ai d'autres références.
30:20Mais en tout cas, c'était un grand photographe
30:22qui, aujourd'hui, je pense, s'est éloigné un peu plus du photojournaliste
30:25pour être plutôt dans une approche documentaire.
30:27Il a été évidemment important dans le développement de la photographie
30:30au niveau mondial, pour sûr.
30:33Merci beaucoup, Anthony.
30:34Merci à vous.
30:35On peut le féliciter.
30:36Merci.
30:37Tu as survécu au Social Club.
30:40Quelle étrange.
30:42Merci beaucoup.
30:43Je te laisse repartir.
30:44On se retrouve dans cinq minutes.
30:47Si vous pouvez rester ou si vous souhaitez,
30:49si vous êtes intéressé par les camps,
30:51on va savoir ce que c'est qu'un camp,
30:52comment s'organise un camp,
30:54quelle est la réalité de la vie dans un camp,
30:57pourquoi on y rentre et comment on en sort.
30:59A tout de suite.
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