00:00Si vous habitez dans la métropole de Montpellier, il y a des chances que l'eau qui coule à votre robinet vienne du lèse.
00:13Le lèse qui approvisionne 70% de la population.
00:16Une visite de presse était organisée hier à sa source à 15 km au nord de Montpellier,
00:22à l'occasion de faire le point sur le niveau de la nappe souterraine.
00:25On en parle avec votre invité Sébastien Garnier, il est hydrologue.
00:28Yves Tremblay, bonjour.
00:29Bonjour.
00:30Et je précise que vous êtes directeur de recherche à l'IRD, l'Institut de Recherche et de Développement de Montpellier,
00:35et auteur du chapitre sur la région méditerranéenne dans le rapport du GIEC.
00:42Alors cette source du lèse, on en a déjà un peu parlé ce matin, apparemment elle n'est pas prête de se tarir.
00:49Alors effectivement, là en ce moment elle est un peu à un niveau bas puisqu'on est en fin d'été,
00:53on attend les premières pluies d'automne pour remettre en eau.
00:57Mais effectivement, on a la chance quelque part à Montpellier d'avoir cette ressource en eau souterraine.
01:02Donc c'est quoi ?
01:02C'est un karst, une zone de calcaire fissuré où l'eau s'infiltre et on a des réservoirs souterrains.
01:07Et ils se remplissent relativement vite ici.
01:09Quand on a quelques pluies sévenoles, des grosses pluies à 50, 100, 200 millimètres,
01:14une grande partie de cette eau va s'infiltrer dans la source et remettre à niveau le réservoir.
01:19Donc effectivement, on est plutôt chanceux par rapport à d'autres régions comme au sud de l'Hérault,
01:24comme les Pérénées-Orientales, on a vu récemment,
01:26où cette eau souterraine en fait nous assure un renouvellement d'une année sur l'autre.
01:30Un réservoir, une nappe de 250 km², c'est important ou pas ? J'ai du mal à me rendre compte.
01:37Alors c'est important, oui et non, 250 km², c'est la zone où la pluie est récupérée et alimente cet aquifère.
01:45Donc il faut voir la zone au nord du Pic-Saint-Loup, tout cet arrière-pays-Montpellierin.
01:49Alors non, c'est un petit ensemble, mais vu l'intensité des pluies qu'on a ici,
01:53parce qu'on a souvent des pluies très intenses, ça suffit pour recharger l'aquifère.
01:57Même si la population devait augmenter, et on sait que c'est le cas chaque année dans ce département, on a de la marge ?
02:05Alors justement, on a engagé un projet de recherche qui s'appelle Climaut,
02:08avec la métropole de Montpellier, qui finance cette initiative,
02:11avec notamment deux étudiants qui ont été recrutés pour faire une thèse et un post-doc,
02:16pour justement faire des scénarios prospectifs, à la fois au niveau du climat,
02:20qu'est-ce qui va se passer en termes de précipitation, de température,
02:23mais aussi et surtout en termes de trajectoire, d'aménagement du territoire,
02:28et si la population venait à augmenter au même rythme qu'elle a augmenté ces dernières décennies.
02:31Donc tout ça, c'est justement pour donner des outils au gestionnaire
02:34de comment potentiellement la ressource va évoluer dans le futur et sa durabilité.
02:40Alors on va en parler du futur.
02:42Avant, rapidement, on dit que 70% des habitants de la métropole
02:46sont approvisionnés par cette eau du lèse,
02:49et les 30% restants, comment sont-ils approvisionnés ?
02:53Alors à ma connaissance, les 30% restants, c'est l'eau de surface qui arrive du Rhône,
02:56donc l'eau du Bas-Rhône, qui est dérivée via un canal,
02:59et qui ensuite est traitée pour être injectée dans le réseau.
03:03Et avant de parler du futur, autre question pour le reste du département,
03:06vous l'avez un petit peu évoqué, notamment dans le Bitérois,
03:09on sait que la situation est plus tendue, c'est le cas actuellement également ?
03:14Alors effectivement, ici on a l'aquifère souterrain,
03:17donc des réserves à l'abri, on va dire, de l'évaporation et des fortes températures, quelque part.
03:22Par contre, si on descend vers l'Orbe, donc la région de Béziers,
03:25là on est beaucoup plus tributaire des eaux de surface,
03:27donc le pompage, non pas en souterrain, mais dans les cours d'eau.
03:30Et là, effectivement, on voit très clairement les situations estivales,
03:33où ici, on a une vigilance qui commence à apparaître,
03:36et on est rapidement à des degrés plus élevés de vigilance dans ces régions-là,
03:40puisqu'ils n'ont pas cette ressource souterraine.
03:42Et ça veut dire que concrètement, il y a des gens qui sont dans ce secteur du département,
03:47qui pourraient régulièrement se voir privés d'eau potable au robinet ?
03:51Alors non, je pense qu'il ne faut pas faire peur aux gens.
03:53Les coupures d'eau potable, ça arrive principalement en tête de réseau,
03:57dans les hauts cantons, les petits villages, qui sont vraiment au début des réseaux.
04:04En France, je pense qu'on est assez robuste pour éviter, même à l'avenir, les coupures d'eau potable.
04:13Après, toutes les autres eaux destinées notamment à l'irrigation, c'est un autre problème.
04:17Mais en tout cas, l'eau potable, on ne peut pas dire qu'on risque des coupures généralisées, même dans le futur.
04:22D'accord, c'est plutôt rassurant.
04:23Alors le futur, on y vient, on parle beaucoup de dérèglement climatique,
04:28on le voit, on le constate, il y a encore eu cet été beaucoup d'incendies.
04:34Quelles en seront les conséquences dans le département de l'Hérault ?
04:37Alors les conséquences, malheureusement, on les voit déjà.
04:40Vous avez vu cet été, on a eu quand même trois pics de chaleur assez importants.
04:44Moi, dans mon jardin, mon thermomètre, il a frôlé plusieurs fois les 40 degrés à l'ombre,
04:48ce qui est quand même énorme comme température.
04:51On est tous d'accord pour dire que ce n'est pas du tout agréable.
04:54Donc voilà, déjà au niveau historique, dans le passé, on voit clairement une augmentation des vagues de chaleur.
05:00On n'a pas forcément une baisse marquée des précipitations.
05:02Alors on a une légère baisse sur la région, on va dire, est de l'Hérault,
05:06mais plutôt une redistribution des pluies dans l'année,
05:09avec un peu moins de pluie en été, un peu plus en hiver,
05:13mais vraiment c'est quelque chose de pas très robuste.
05:15Par contre, et le point sur lequel il faut insister, c'est que la hausse des températures
05:18augmente fortement l'évaporation.
05:21Donc ça veut dire quoi ?
05:22Ça veut dire qu'il y a moins d'eau dans les sols,
05:25et l'eau dans les sols, c'est pour la végétation, etc.
05:27Donc ça veut dire qu'on attend des impacts très importants,
05:30à la fois sur la végétation naturelle,
05:33mais aussi et surtout sur l'agriculture,
05:34avec des besoins en eau, donc d'irrigation, de plus en plus importants.
05:38Merci beaucoup Yves Tremblay,
05:41on pourrait en parler encore pendant de longues minutes.
05:43C'est clair.
05:43Hydrologue et donc directeur de recherche à l'IRD de Montpellier.
05:48Bonne journée à vous.
05:49Et notre prochain invité tout à l'heure avant 9h,
05:51ce sera notre Miss, Miss Languedoc,
05:53qui représentera notre région à l'élection de Miss France en décembre prochain.
05:57Elle nous vient de Carnon,
05:59elle étudie à la fac de droit de Montpellier.
06:01Pour quelles raisons s'est-elle lancée dans cette aventure ?
06:03Est-ce que c'est pour devenir célèbre ?
06:05Réponse tout à l'heure avant 9h.
06:06Et à propos de Miss France,
06:16savez-vous comment ce concours a été créé ?
06:19La réponse avec Stéphane Bern en 3 minutes,
06:21juste après Survivor.
06:22Bon réveil avec ici Hérault.
06:24Sous-titrage Société Radio-Canada