00:00Ici Matin
00:03Le centre de la Malou-les-Bains, spécialisé dans la rééducation des grands brûlés,
00:07se prépare à accueillir des victimes de l'incendie de Cran-Montana en Suisse le soir du Nouvel An.
00:12Peut-être une vingtaine des 115 blessés du bar Le Constellation.
00:15Votre invité Sébastien Garnier est membre de l'association des brûlés de France.
00:19Elle assure chaque mois des permanences à la Malou-les-Bains.
00:21Solange Ribard, bonjour.
00:23Bonjour.
00:23Merci d'être dans ce studio ce matin.
00:27Vous savez de quoi vous parlez quand vous parlez de brûlés,
00:31puisque vous avez vous-même été victime d'un accident domestique.
00:34C'était il y a 40 ans.
00:35Et vous avez été brûlés sur quasiment tout votre corps ?
00:38Tout à fait. De la tête aux pieds, 85% de la surface corporelle.
00:41Vous avez été l'une des premières, ou peut-être la première d'ailleurs, soignée à la Malou.
00:45C'est ça, oui, en 85, oui.
00:48Et vous l'êtes toujours aujourd'hui.
00:50Ça veut dire que quand on a été brûlés, on ne guérit jamais complètement ?
00:55Tout à fait. On a toujours des soins, soit chirurgicaux, mais toujours des soins kinés, des cures thermales.
01:02Et ça, malheureusement, ça nous suit jusqu'à la fin.
01:06Quand vous avez vu, comme nous, sur les écrans de télévision et à la radio, ce drame de Cran-Montana,
01:14comment vous avez réagi ? Ça a fait ressurgir de mauvais souvenirs ?
01:17Oui, ça a fait ressurgir des périodes très difficiles.
01:21Certes, la douleur physique, que nous, on n'a plus avec le temps,
01:24mais la douleur psychologique est toujours présente.
01:28On la croit, au fil des années, on la croit disparue.
01:31Et il suffit d'une tragédie comme Cran-Montana pour qu'elle revienne.
01:36Et là, ça a fait ressurgir plein d'émotions.
01:39On pense énormément à ces victimes qui vont passer, malheureusement, des périodes très difficiles,
01:46voire, je vais dire, des années, parce que ça dure sur le temps.
01:51La rééducation est assez compliquée.
01:55C'est très long.
01:57Le moral, souvent, il est en berne.
02:00Je pense aussi aux familles, parce que les familles sont là, complètement démunies.
02:05C'est des douleurs psychologiques intenses.
02:10Et puis, il faut accepter aussi son nouveau corps.
02:13Quand on est brûlé sur le visage, par exemple,
02:16et que tout le monde le voit, ce sont des gens qui sont jeunes, c'était votre cas aussi.
02:20C'est ça.
02:21Ça, ça doit être très difficile à accepter.
02:24Le regard des autres, vous savez, le regard des autres est destructeur.
02:27Moi, je l'ai vécu.
02:28Et on vous regarde comme quelqu'un particulier, à part.
02:36On se sent...
02:37Bon, on est défiguré au début, suivant le degré de la brûlure au niveau du visage.
02:44Mais c'est surtout, voilà, le problème qu'il y a, c'est que,
02:47comme on ne parle pas du brûlé, on ne sait pas ce que c'est.
02:50Les gens, il y a une désinformation à ce niveau-là.
02:52La curiosité, tout ça fait qu'on vous met dans un placard, voilà.
03:01Et vous n'êtes rien du tout, vous n'êtes plus rien.
03:03Et après, pour nous, il faut qu'on fasse un travail sur nous,
03:06qu'on arrive à accepter notre nouveau physique, notre nouveau corps, notre nouveau nous.
03:13Et ça, c'est un travail très compliqué.
03:16Vous assurez donc chaque mois des permanences au centre de rééducation de la Malou-les-Bains.
03:21Qu'est-ce que vous dites aux victimes que vous rencontrez ?
03:26Quel est votre rôle, votre travail, précisément ?
03:28Alors, je précise que je n'y vais pas toute seule.
03:33Je suis accompagnée d'une avocate,
03:35qui est bénévole au sein de l'Association des Brûlés aussi, de France.
03:39Et moi, je réponds à leurs questions.
03:41Il y a beaucoup de questionnements sur l'après-centre de rééducation.
03:46Une fois qu'on est, comme on dit, lâchés dans l'arène,
03:49parce que quand on est au centre de rééducation, on est coucounés,
03:53mais quand on sort, après, définitivement, c'est autre chose.
03:57On est confrontés à la vie réelle.
04:01Et ça, c'est compliqué.
04:02Il y a beaucoup de questionnements à ce sujet.
04:05Donc moi, je réponds, je leur dis qu'il ne faut pas qu'ils aient peur,
04:08qu'il faut qu'ils, au contraire, qu'ils affrontent les gens.
04:12Si on vous regarde droit dans les yeux, vous ne baissez pas les yeux.
04:16Vous leur dites que la vie continue.
04:18Il y a une vie après la brûlure.
04:21Et il faut que ce message, il passe absolument.
04:23Surtout pour les victimes de Cran-Montana.
04:26Et l'avocate qui vous accompagne, c'est pour quelle raison ?
04:29Pour le côté juridique.
04:30On a, au sein de l'Association des Brûlés de France,
04:34on a trois services.
04:35On a le soutien, on a le côté juridique,
04:39et on a le côté psychologique.
04:41On a une psychologue aussi,
04:42qui assure donc des consultations,
04:45soit par téléphone, soit par visio, tout ça.
04:49Donc on a ces services-là, au sein de l'Association des Brûlés.
04:52Et donc, il y a deux avocates qui sont bénévoles.
04:56Donc une qui est à Marseille,
04:58qui vient avec moi donc aux permanences,
05:00et qui, elle, est là pour le côté juridique,
05:02faire connaître leurs droits aux victimes.
05:05Votre prochaine permanence, c'est quand ?
05:07Le 4 mars.
05:084 mars, avec donc probablement des victimes de Cran-Montana.
05:13Vous serez certainement amené à les rencontrer,
05:15en tout cas dans les prochains mois.
05:17Alors s'ils acceptent, c'est toujours pareil.
05:19On ne leur force pas.
05:20Bien sûr.
05:21Moi quand j'arrive, on me dit,
05:22voilà, il y a telle personne à voir, telle personne à voir, et voilà.
05:25Mais on peut dire que vous êtes un espoir,
05:26parce qu'on savait ce matin que vous viendriez.
05:29On ne savait pas vraiment, en fait, comment on allait vous retrouver.
05:33Effectivement, on n'a pas du tout l'impression que vous avez des grands brûlés.
05:35Je pense que c'est un espoir pour ceux qui sont touchés par un incendie,
05:40qui ont été brûlés.
05:41Pour le coup, ça ne se voit quasiment plus aujourd'hui,
05:43en tout cas pour nous, dans le regard extérieur.
05:45C'est le temps de travail pour nous aussi.
05:48Et puis, bien se faire suivre et continuer à faire les soins,
05:52faire les cures thermales.
05:54Vous, en tant que journaliste,
05:55vous avez dû entendre le combat qu'il y a eu pour les cures thermales.
05:58L'association des brûlés de France n'est pas étrangère à ça,
06:03au fait qu'on ait quand même gagné,
06:05qu'on n'ait pas de déremboursement.
06:06Il faut continuer, après la sortie,
06:09il faut continuer à se soigner.
06:10Oui, parce que je précise,
06:11vous intervenez aussi au centre thermal d'Avennes.
06:14C'est ça.
06:15C'est ça, auprès des curistes.
06:17Merci beaucoup, Solange Ribard,
06:19de l'association des brûlés de France.
06:22Et bonne journée à vous.
06:23Merci à vous.
06:24Lecture de l'Héros,
06:25tous les matins,
06:26à partir de 6h et à tout moment,
06:28sur le site et l'application ici.
06:29Ici Héros,
06:326h, 9h.
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