00:00– Il a été le secrétaire, le chauffeur et surtout l'ami de Johnny Hallyday.
00:10Jean Basselin publie un livre exceptionnel, « Moto et voitures d'exception ».
00:14J'allais presque dire co-signé avec Johnny, co-signé avec votre ami,
00:18parce que ce sont toutes les voitures, toutes les motos qu'il a eues pendant toute sa vie.
00:22C'est 60 années de passion.
00:24– C'est 60 années de passion, 60 années de véhicules d'exception qu'il a eues toujours.
00:32Johnny a toujours eu ce qui se faisait de mieux en matière d'automobile et aussi de moto.
00:38– Oui, vous le rencontrez comment Johnny ?
00:41– Johnny je le rencontre au début des années 70 par le biais de son secrétaire, Sacha,
00:47avec qui j'étais ami, qui un jour m'appelle, me dit « Johnny a sa moto en panne,
00:51est-ce que tu pourrais passer à la maison pour le dépanner ? »
00:56Moi, Johnny Hallyday, je n'étais pas un grand fan,
01:01mais j'étais allé le voir l'année d'avant au Palais des Sports,
01:03j'avais trouvé ça formidable, et puis je ne le connaissais pas.
01:06Donc je suis allé chez Johnny Hallyday, qui m'a reçu très gentiment.
01:10Il m'a donné les clés et les papiers de sa moto, il m'a dit « Voilà, elle est en panne,
01:13mets-moi un autre guidon, fais-moi ci, fais-moi ça ».
01:15J'ai dit « Ben ok ».
01:17Je lui ai ramené quelques jours plus tard, il était très content,
01:20et il m'a invité sur la tournée d'été.
01:24– Carrément, et il vous dit « Qu'est-ce que tu fais là ? Tu veux venir avec moi ? »
01:27– Il me dit « Qu'est-ce que tu fais cet été ? »
01:28« Ben viens avec nous sur la tournée, on sera en moto, on sera en voiture, on sera sympa ».
01:33Et puis j'ai commencé mon amitié avec Johnny comme ça,
01:37et puis l'année suivante, j'ai aussi suivi un peu la tournée Johnny Circus.
01:41Après, on a eu une grosse coupure, parce qu'on ne s'est pas vus pendant des années,
01:45et on s'est retrouvés au milieu des années 80, un peu grâce à Pierre Billon,
01:52parce que moi à l'époque, je n'occupais pas dans le magasin.
01:53– Son ami, autre passionné de moto.
01:55– Son ami, passionné de moto aussi, qui a beaucoup eu de moto durant toutes ces années,
02:01Pierre, qui est un très bon ami aussi à moi.
02:04Et Pierre m'a amené Johnny au magasin dans lequel je travaillais à Boulogne,
02:09qui s'appelait Custom Bike, dans lequel on importait des motos des Harley des États-Unis,
02:13c'était un peu le renouveau d'Harley Davidson en France.
02:16Et Johnny, on s'est retrouvés, on était vachement contents de se retrouver,
02:19et il a acheté trois motos en 15 jours.
02:22Et puis au bout de ce temps-là, il m'a dit « Viens chez moi, il faut que je te parle ».
02:27Et il m'a embauché.
02:29– Carrément.
02:30– Il m'a dit « Viens travailler avec moi, c'est plus sympa que ce que tu fais ».
02:33Et puis je me suis retrouvé secrétaire chauffeur de Johnny,
02:36organisateur de ce magnifique voyage qu'on a fait aux États-Unis,
02:40que j'ai organisé avec Pierre Billon.
02:43On est partis deux mois et demi, on a traversé les États-Unis en moto,
02:46c'était formidable, formidable.
02:47Pas de contraintes, pas de…
02:49– C'est quoi les mots qui reviennent le plus pour parler de Johnny ?
02:52– Grande gentillesse, grande gentillesse, timidité, humilité.
03:03– Voilà.
03:04– C'est extraordinaire.
03:05Ce livre-là, je ne peux pas ce que dire,
03:07c'est presque le dernier livre qu'il a eu dans ses mains, Johnny.
03:10– C'est vrai, je pense.
03:11– Il l'avait envoyé, il l'a vu.
03:12Laetitia vous a dit quoi ?
03:14– Laetitia m'a dit qu'il avait adoré ce livre
03:16et qu'il l'avait gardé près de lui jusqu'au moment où il est parti.
03:22Donc il était près de lui, dans son bureau.
03:26Voilà, c'était pas son livre de chevet, mais il l'a aimé, il l'a beaucoup aimé.
03:30Ça faisait lui rappeler beaucoup de belles choses.
03:31– Ce livre raconte sa passion pour la mécanique, pour les cylindrées.
03:36Alors ça commence par les bagnoles, vous avez parlé des motos,
03:38mais on va dire que ça commence par quoi, en 1961 ?
03:41– En 1961, ça commence par une Triumph TR3,
03:45qui est la voiture de sport des jeunes,
03:49ce qu'on appelait les blousons dorés à l'époque.
03:51À contrario des blousons noirs qui roulaient plutôt en deux roues,
03:55les blousons dorés, c'était les jeunes des quartiers chics
03:59qui roulaient en voiture de sport.
04:01Et la TR3 était la petite voiture de sport qu'il fallait avoir à cette époque-là.
04:05– On va regarder quelques-unes des photos qui sont dans ce livre,
04:07d'autres véhicules, toujours des véhicules d'exception finalement.
04:11– Oui, toujours parce que, déjà, Johnny aimait profondément les voitures,
04:16il savait les conduire.
04:18Du fait qu'il a commencé à conduire très jeune des voitures de sport,
04:21il a su conduire des voitures puissantes, même s'il a eu quelques accidents.
04:25– Oui.
04:26– Et puis Johnny me disait aussi, si je n'avais pas été chanteur,
04:31si ça n'avait pas fonctionné, j'aurais été pilote automobile.
04:34Ce qui est drôle, c'est que David, son fils, a été pilote automobile professionnel.
04:42Donc on les gêne.
04:44– C'est incroyable, parce qu'il veut la dernière bagnole.
04:46Alors évidemment, c'est des marques d'exception.
04:49Il veut la dernière sortie.
04:50Il fait les magasins l'après-midi.
04:53– Oui, il fait les garages, il passe dans les garages,
04:55il va souvent à la franco-britannique, à Levallois,
04:58qui est l'importateur, Rolls, Bentley, Ferrari.
05:01Et puis il fait son marché.
05:04– Qu'est-ce qu'il aime, Johnny ? Il aime quand ça va vite, d'ailleurs.
05:07– Il aime les voitures de sport.
05:08Il aime les voitures de sport, bien sûr.
05:10Les voitures de prestige, parce que quand il roule,
05:13quand il achète une Ferrari California,
05:16Speeder California 250 GT, c'est la voiture des grands.
05:19C'est la voiture du Chadiran, c'est la voiture du roi Hussein,
05:23c'est la voiture… et de Johnny Hallyday, de Vadim aussi,
05:26d'Alain Delon, mais c'est la voiture des grands.
05:29Il y en a 100 de fabriqués pour le monde entier.
05:31– Il fait faire des voitures presque sur mesure par moment.
05:34C'est-à-dire qu'on met en tous les cas sa date de naissance
05:37sur la plaque d'immatriculation.
05:38– Oui, ça à l'époque, ça se faisait beaucoup.
05:40Quand on avait des relations, on arrivait à se faire immatriculer des voitures,
05:46soit ça date de naissance, soit… je vous dis n'importe quoi,
05:50mais si vous aviez une 504 et que vous aviez envie d'avoir une plaque
05:53d'immunérologique et immatriculer 504 quelque chose 75, ça se faisait beaucoup.
05:58– Mais alors, il y a un autre truc, c'est qu'il a des accidents sans arrêt.
06:01C'est que toutes ces bagnoles extraordinaires, il finit par les planter.
06:04– Il plante beaucoup.
06:05Les voitures de sport de l'époque, il faut dire que ce n'était pas les voitures d'aujourd'hui.
06:09Les voitures, il n'y avait pas d'anti-patinage, il n'y avait pas d'ABS, il n'y avait rien.
06:13C'était des voitures très puissantes, des voitures qui faisaient souvent 300, 400 chevaux,
06:18propulsion arrière et voilà, c'était la liaison, c'était entre le pied et les roues arrière.
06:25Donc des fois, ça dérapait un peu.
06:27Les voitures, ça partait vite en tête à queue.
06:29– Il y a une photo étonnante, on voit une 2 chevaux complètement écrasée sur le trottoir.
06:33Il a laissé un petit bout de papier avec son nom et son assurance sur le truc.
06:38– Mais ça, c'est toujours la grande classe de Johnny.
06:40Bon, il fait une connerie, mais il l'assume.
06:43– Donc il casse des voitures, il en rachète tout de suite après parce qu'il ne veut pas les réparer,
06:47il en veut une autre.
06:48Et puis les motos, ça, ça reste quand même Johnny et les motos.
06:51– Ah oui, ça, ça reste une grande histoire.
06:55L'histoire, elle commence en fait avec Presley.
06:58Parce que Johnny a eu la chance, mais il partait aux États-Unis très tôt.
07:01Son idole, c'était à la base, c'était quand même Elvis Presley,
07:04qui aimait aussi les belles autos et les belles motos.
07:08Et donc Johnny, c'est obligatoire pour lui d'avoir une Harley.
07:11Puisque Presley roule en Harley, il fallait que Johnny Allier roule en Harley.
07:15Et sa première Harley, il l'a acheté au début des années 60,
07:18à l'époque où il était à l'armée.
07:19Il avait racheté cet Harley à un catcheur célèbre de l'époque,
07:25qui était une 1200 Hydra Glide, qu'il a fait restaurer,
07:28et repeinte aux couleurs qu'il aimait, etc.
07:31Et il a eu cette moto durant son armée.
07:35Et il avait un de ses très bons amis qui lui emmenait la moto en Allemagne
07:37pour qu'il puisse s'en servir le week-end,
07:40qu'il a ramené après en France.
07:41– C'est des histoires d'amour avec ses véhicules.
07:45Alors il les fait transformer, les pots d'échappement qui partent en l'air,
07:48des choses étonnantes.
07:49– Bien sûr, étonnant parce que Johnny, encore une fois,
07:52beaucoup de voyages aux États-Unis.
07:54Donc c'est vrai que les États-Unis ont été précurseurs dans ce genre de choppeurs,
07:59ce qu'on appelait les choppeurs, à savoir des pots en l'air, des grandes fourches.
08:03Et Johnny prenait ses idées là-bas.
08:05Et plus souvent après, pour ses spectacles,
08:09il mettait en place des motos un peu exceptionnelles pour ses spectacles.
08:12Mais il prenait ses idées beaucoup aux États-Unis, oui.
08:16– Oui, alors les bagnoles, des fois, il les faisait envoyer aux États-Unis.
08:20C'est vous qui étiez chargé de les…
08:21« Tiens, j'aimerais bien que tu me la fasses envoyer parce que je m'ennuie sans elle. »
08:25– Oui, ça c'est vrai aussi.
08:26Ça m'est arrivé là, il y a une dizaine d'années, avec sa Ford GT qui était en France.
08:31Et un jour, Johnny m'appelle, il me dit « S'il te plaît, envoie-moi ma voiture,
08:34je m'ennuie, j'aimerais de la voir. »
08:37Alors, je me suis occupé de mettre sa voiture dans l'avion,
08:39de l'envoyer, d'aller à Los Angeles la réceptionner.
08:41– Vous avez klaxonné devant la porte et dit « Johnny, voilà, ton joujou est arrivé. »
08:45– Pratiquement, quand Johnny a entendu le ronronnement du V8 arriver dans sa cour,
08:49il s'est illuminé, il était content, ça y est, son jouet était arrivé.
08:54C'était formidable.
08:55J'ai fait la même chose avec une moto aussi.
08:56– Quand je dis « c'est un jouet », parce que c'est ça Johnny,
08:59j'ai l'impression qu'il s'est amusé comme un gamin.
09:01Il avait les jouets qu'il voulait.
09:02– Oui, qu'il voulait.
09:03– Ben oui, quand Johnny dit le rock'n'roll, c'est les voitures de sport,
09:09les femmes, bien évidemment, et la bagarre,
09:12ça résume un peu ce qu'est le rock'n'roll.
09:14– Alors, les voitures de sport et les motos, c'est les tops qu'il faut.
09:17Les femmes, c'était les plus jeunes possibles.
09:19Puis la bagarre…
09:21– La bagarre, à l'époque, c'était qui allait se friter avec Johnny Hallyday.
09:25C'était la référence.
09:26Si Johnny Hallyday était quelque part, avec une réputation un peu sulfureuse,
09:34de mauvais garçon, de blouson noir, il fallait aller se battre avec lui.
09:37Si on voulait avoir une référence, on disait « tiens, j'ai fait le coup de poing avec Johnny Hallyday ».
09:41Donc, tous les jours, il se retrouvait confronté avec des guignols
09:44qui avaient envie d'en débattre avec lui.
09:46– Oui, cette passion pour les bagnoles…
09:47– C'est pour ça qu'il avait un garde du corps comme Sacha.
09:50– Oui, mais cette passion pour les bagnoles et les motos ne l'a jamais quitté.
09:52C'est-à-dire, quand il est mort, il avait encore une bagnole avec lui.
09:56– Ah oui, et puis surtout, il y a un peu moins de 15 ans, une douzaine d'années,
10:01il s'est fait faire un hot rod chez Coddington, le pape du hot rod en Californie.
10:06Johnny rêvait d'un hot rod depuis longtemps, longtemps,
10:09sauf qu'un hot rod, ça coûte très cher, parce qu'il faut le faire fabriquer sur mesure.
10:14Et Johnny, quand il est parti habiter en Californie,
10:18il est allé chez Coddington, il a dit « je veux un hot rod ».
10:21Il savait exactement ce qu'il voulait, tel modèle, tel moteur,
10:24telle roue, tel intérieur.
10:27Et là, il a roulé en hot rod et…
10:29Il n'y a qu'en Californie qu'on peut faire ça.
10:31Ce n'est pas possible aujourd'hui de rouler avec un hot rod en France.
10:34– Pour rêver encore avant de se quitter,
10:36la bagnole la plus belle qu'il ait jamais eue dans sa vie, c'était quoi ?
10:39– Indéniablement, la plus belle qu'il ait jamais eue, c'est sa Ferrari.
10:44Son Speeder California 250, c'est la voiture, début des années 60.
10:49– Oui, on la voit, c'est celle-là.
10:51– Sans fabriquer, puis elle lui allait tellement bien.
10:54– Alors ça, non, mais juste pour donner une idée, ça vaut combien ça ?
10:57– À l'époque, je ne sais pas ce que ça valait,
11:00aujourd'hui ça vaut beaucoup d'argent,
11:01parce que dans la dernière vente aux enchères,
11:03celle d'Alain Delon s'est vendue 17 millions, ex-Alain Delon.
11:07Alors je pense qu'une ex-Johnny Hallyday, ça vaut à peu près le même prix.
11:10– Oui, vous ne lui avez pas dit un jour, tu en as cassé un paquet, ça fait quand même…
11:15– Non mais celle-là, il la regrette,
11:16parce que c'est une des plus belles autos qu'il ait eues,
11:18et puis il me dit, tu se rends compte, si j'avais cette voiture aujourd'hui,
11:20ça vaut 17 millions, ça vaut le prix de sa maison à Marne-la-Coquette.
11:24C'est ahurissant.
11:26– Oui, merci Jean-Baslin, vous parlez de lui au présent d'ailleurs,
11:28je vous entends parler de lui au présent.
11:29– Il est présent pour moi, il me manque beaucoup,
11:32il sera toujours présent pour moi,
11:34parce que j'ai eu un grand privilège de croiser ce monsieur.
11:37– Merci Jean-Baslin, c'est peut-être le plus beau livre,
11:39le plus personnel pour connaître et mettre Johnny,
11:42« Moto et voiture d'exception » chez Hugo.
11:44Et voici donc Jean-Baslin, le livre un peu de votre vie.
11:48Merci d'avoir été notre invité.
11:49– Merci de l'avoir reçu.
11:50– Merci.
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