00:00C'est pour ça qu'on va en parler en longueur ce matin bien sûr, édition spéciale de 11h à midi.
00:05On vous dit tout, on vous raconte tout, les coulisses de l'entretien, on va décortiquer les déclarations de Nicolas Sarkozy.
00:13Ce combat, je le mène pour l'état de droit à la une du journal du dimanche 01 80 20 39 21 pour réagir en direct.
00:22Donc sur Europe 1, répétons-le, autant que faire se peut, pas de financement illégal de campagne, pas d'enrichissement personnel,
00:29pas de pacte de corruption, pas de risque d'évasion, pas de risque de réitération.
00:34Mais trois juges ont décidé de l'envoyer en prison pendant cinq ans, sortant l'association de malfaiteurs rajouter l'exécution provisoire.
00:42Et le tour est joué.
00:44Et ce qui est intéressant, ce qui est fascinant dans cette affaire, qui est une affaire historique, c'est que ça dépasse l'homme.
00:50On parle là de la justice, on parle là des principes fondamentaux et on parle de la séparation des pouvoirs.
00:57On parle de l'autorité judiciaire qui, à travers cette décision, la question qu'on doit se poser,
01:02c'est est-ce que cette autorité judiciaire prend le pouvoir, tente de faire quelque chose qui n'avait jamais été fait auparavant.
01:10Et c'est là tout l'enjeu.
01:11Donc on va en parler en longueur dans cette première heure d'Eliott, Deval et vous.
01:15Et on est en direct avec Antonin André.
01:17Bonjour Antonin André.
01:18Bonjour Eliott.
01:19Bonjour Antonin André.
01:21Bonjour Antonin André.
01:23Vous êtes journaliste politique.
01:24Eliott, ne dites pas trop à Jules Torres qu'il est brillant, parce que comme il est à côté de moi au bureau, ça peut me causer quelques désagréments.
01:32J'ai compris qu'il y avait une forme de jalousie, mais ne vous inquiétez pas Antonin André.
01:37Je le dis aux auditeurs, vous êtes le journaliste du journal du dimanche, journaliste politique bien sûr,
01:43et vous avez interrogé le président de la République, Nicolas Sarkozy, vous l'avez rencontré.
01:48Et notre promesse ce matin, c'est de tout raconter, les coulisses, le climat, que s'est-il passé, que s'est-il dit.
01:56Et vous avez pu l'interroger, j'imagine, c'était l'après-midi de vendredi, c'est bien cela ?
02:01Non, c'était un peu, oui, vendredi après-midi, vers 15h30, dans ces bureaux de la rue de Miroménil.
02:08Alors, je n'étais pas tout seul, j'étais avec Geoffroy Lejeune, le directeur du JDD, avec Dona Vidal-Revel, le directeur d'Europe 1,
02:15Louis Dragnel, que vous connaissez bien aussi, journaliste à Europe 1 et patron du JDD News,
02:19et William Oudinier, du service police-justice d'Europe 1.
02:22On avait besoin d'être nombreux parce qu'on se disait qu'on allait être face à un homme qui, sans doute, serait difficile d'interviewer,
02:29peut-être un peu touché, peut-être un peu atteint, et donc nous étions nombreux.
02:36Et en fait, quand on arrive dans ces bureaux, Nicolas Sarkozy nous accueille,
02:42et on le voit tout de suite dans son attitude, si vous voulez, c'est un homme qui a un pas assez décidé,
02:47le buste est haut, les épaules en avant, le sourire immédiat, lorsqu'il accueille ses visiteurs,
02:54très chaleureusement, et il nous propose un café, des chocolats,
02:57enfin, on était presque dans une inversion des rôles, on avait l'impression que c'était lui qui cherchait à nous mettre à l'aise,
03:05et que nous étions un peu contraints et un peu corsetés,
03:09et que lui était totalement, en fait, une machine qui s'était remise en route,
03:15et dès que l'interview a commencé, ce qui était frappant dans sa façon de parler et dans sa posture,
03:21j'ai rarement vu Nicolas Sarkozy aussi déterminé, et avec autant de force, j'allais dire,
03:28comme si Nicolas Sarkozy, plus vous le tapez, plus vous le violentez, plus vous alimentez sa force et sa détermination,
03:35vous ne l'assiedissez pas.
03:36Et ça, c'est assez spectaculaire à voir, je veux dire, physiquement.
03:39C'est donc, si on prenait une formule, ou du moins une métaphore,
03:43c'est le poids lourd, le boxeur, qu'on aurait pu imaginer groggy,
03:46avec un genou à terre, et au contraire, certes, dans les cordes,
03:51parce qu'on en parlera dans un instant,
03:53il a été surpris par l'exécution provisoire,
03:57il ne s'attendait pas à ce que les juges mettent en place cette exécution provisoire,
04:02et donc l'envoie directement en prison,
04:05même si c'est un mandat de dépôt différé,
04:07mais vous avez vu quelqu'un qui garde la tête haute,
04:09c'est la promesse qu'il avait faite au sortir du tribunal correctionnel.
04:14Oui, absolument, et en vous écoutant,
04:16je me remémore, je ne sais plus quel homme politique que j'ai bien connu,
04:22enfin, des amis de Nicolas Sarkozy,
04:24le compare à Rocky Balboa.
04:25C'est vrai qu'il y a un peu de Rocky Balboa dans Nicolas Sarkozy,
04:28c'est-à-dire que c'est un homme, et il le dit d'ailleurs,
04:31on ne peut pas refuser, on ne peut pas avoir des hauts très hauts,
04:34et des moments de doute et de bas très bas,
04:40et il ressemble un peu à Rocky Balboa, c'est vrai,
04:42c'est une image assez juste d'un boxeur qui se fait défoncer sur le ring,
04:48qui prend des coups, qui sort le visage tuméfié,
04:52et l'arcade en sang,
04:55et qui, au lieu de baisser les bras, repart à l'entraînement,
04:58mais deux fois plus fort, trois fois plus fort,
05:00et s'inflige à lui-même d'une certaine façon,
05:02parce que ça c'est fort aussi, moi je trouve,
05:04une espèce de discipline, si vous voulez,
05:07c'est-à-dire que même quand il parle des juges,
05:10même quand il parle de son affaire,
05:12il n'y a pas de haine, il n'y a pas de vengeance,
05:14il n'y a pas de revanche,
05:16il reste dans une espèce de dignité et de retenue,
05:22franchement, pour tenir comme il le fait,
05:25à sa place, moi j'aurais beaucoup de mal à ne pas lâcher les coups sur les juges,
05:31mais ce serait un piège que de faire ça.
05:32Ce qui m'intéresse également, et c'est très important ce que vous dites,
05:36c'est comment l'entretien que vous avez eu avec Nicolas Sarkozy
05:41va être traduit dans la presse,
05:43et notamment dans les médias mainstream.
05:45Je vous ai écouté attentivement chez nos confrères de BFM hier,
05:49et je connais la petite musique qui va arriver,
05:51c'est Nicolas Sarkozy hurle au complot,
05:56s'attaque au juge,
05:58il y a un côté trumpiste dans cet entretien,
06:00j'attends le moment où sur d'autres médias,
06:04on va dire que c'est l'extrême droite,
06:06mais en fait, c'est tout l'inverse qu'il y a dans cet entretien,
06:10c'est-à-dire que ce procès, cette décision dépasse l'homme,
06:15on va sur les principes fondamentaux.
06:16Alors, pour ce qui est des réactions des médias,
06:20on a bien vu quand même qu'au moment de sa condamnation,
06:23y compris sur des médias mainstream, comme vous dites,
06:25la critique de la décision judiciaire et son incongruité,
06:30son irrationnalité a été soulignée par beaucoup,
06:32y compris sur des antennes qui ne sont pas spécialement soupçonnées
06:35d'être pro-sarkozistes.
06:37Donc je crois que de la même façon que cette affaire dépasse son simple cas,
06:42elle dépasse aussi, j'allais dire, un peu les clivages politiques,
06:44parce que c'est quand même un ancien président de la République
06:47qui se retrouve dans cette situation de mandat de dépôt
06:49pour, vous l'avez dit, une exécution provisoire
06:53dont aucun des critères, aucun des critères ne fonctionne.
06:57Donc là, il y a un doute qui s'insinue
06:59que vous soyez de gauche, de droite,
07:01sur l'impartialité de la justice
07:02et sur le fait qu'il n'y ait pas une forme d'acharnement.
07:05Sur le complot, on est là d'un raz,
07:08je pense que dans les jours qui viennent,
07:09c'est un sujet qui va effectivement revenir,
07:11quand il parle de complot,
07:12il n'évoque pas un complot des juges.
07:15Il n'évoque pas un complot des juges.
07:16Je pense que le complot auquel il fait allusion
07:18est davantage relié au début de l'affaire
07:21et à la façon dont l'entourage,
07:23le cas de la fille notamment,
07:25l'a piégé d'une certaine façon,
07:27avec la complicité avouée, réelle ou non,
07:32de Mediapart,
07:34et que le complot est plutôt là.
07:35Je ne crois pas qu'il désigne un complot des juges.
07:38Non mais c'est très intéressant ce que vous dites,
07:40parce que vous êtes au plus près de la retranscription de cet entretien.
07:45Mais je connais les passions tristes de certains journalistes,
07:49et je sais comme certains aiment à tordre la réalité,
07:55même quand c'est écrit noir sur blanc.
07:57Et encore une fois, c'est ce que je disais,
08:00son combat, ça n'est pas...
08:02En fait, j'ai quasiment l'impression,
08:04en lisant l'entretien de Nicolas Sarkozy,
08:07que ce combat ne le concerne pas.
08:11Il concerne quelque chose de plus grand,
08:13de plus important.
08:14Oui, oui, et il est inquiet,
08:17il est très inquiet.
08:17En fait, il dit,
08:18imaginez, il dit,
08:20les gens voient ce qu'on m'a infligé à moi
08:23et l'inanité de cette décision.
08:25Ils doivent avoir peur,
08:26parce que si c'est eux,
08:28la sentence sera encore plus lourde.
08:30Donc il y a un sujet, je crois,
08:33de défiance envers la justice,
08:35d'une justice qui ne se remet pas en cause,
08:37mais surtout,
08:38moi je trouve que c'est ça qui est le plus saisissant,
08:41qui n'est plus compréhensible.
08:42C'est incompréhensible.
08:44On ne peut pas...
08:44Quand on ne comprend pas une décision de justice,
08:46quand on ne la comprend pas,
08:47et notamment parce qu'elle est violente,
08:48cruelle et injustifiée,
08:50à ce moment-là,
08:51la justice se décrédibilise.
08:52Et c'est ça qui est en jeu aujourd'hui.
08:54Parce que si vous n'avez pas une justice
08:56en laquelle les gens ont confiance
08:57dans une société,
08:58dans une république,
08:59c'est tout l'édifice qui fragilisait.
09:01Ça ne peut pas tenir, si vous voulez.
09:02On a besoin d'avoir une justice
09:04qui, en plus, je le rappelle,
09:05est rendue au nom du peuple français,
09:07qui doit être intelligible,
09:09cohérente,
09:10et respectée par ce peuple français.
09:12La décision qui a été prise sur Nicolas Sarkozy
09:14a un effet puissance 10
09:17sur la décrédibilisation de la justice
09:20et effectivement sa fragilisation.
09:22Et c'est ça le sujet que Nicolas Sarkozy soulève.
09:24En disant, il faut s'attaquer à ce sujet,
09:27il faut le poser,
09:28il faut y apporter des réponses.
09:29Alors, les réponses,
09:30bon, elles sont multiples.
09:32Peut-être qu'il y a quelque chose
09:34à voir sur la façon
09:36dont les magistrats peuvent être contrôlés
09:37ou en tout cas doivent répondre
09:39de leurs décisions.
09:40Peut-être qu'il y a un sujet PNF aussi.
09:42Ça, c'est très important.
09:44Il y a eu 12 ans d'enquête,
09:45des axes dans tous les sens,
09:47des voyages,
09:47des déplacements à l'écran juré.
09:48Et un des axes de la défense de Nicolas Sarkozy
09:50est de dire,
09:52je veux révéler
09:53auprès de l'agence des documents administratifs
09:56qui détient en fait tous les documents,
09:59le coup que cela a représenté,
10:01que les gens voient facialement
10:02l'ampleur de cette espèce d'enquête
10:04pour, je le rappelle,
10:06arriver à un chef du...
10:08le fêteur fictif qui a été retenu.
10:11Je veux que les Français voient
10:12l'ampleur des montants financiers,
10:15ça se chiffre probablement
10:16en dizaines de millions d'euros,
10:17pour qu'ils puissent juger aussi
10:19sur pièce, j'allais dire.
10:21Il dit par exemple,
10:23rendez-vous compte que la semaine
10:24au cours de laquelle
10:25les agresseurs d'un policier à Reims
10:27se sont libérés,
10:28deux semaines après avoir agressé
10:29des fonctionnaires de police,
10:30le tribunal correctionnel de Paris
10:31me condamne à 5 ans d'emprisonnement.
10:34Si je dois dormir en prison,
10:35je dormirai en prison,
10:36mais je ne reconnaîtrai jamais
10:37quelque chose que je n'ai pas fait.
10:39L'injustice, l'incohérence,
10:41la partialité à ce point
10:42sont tellement caricaturales
10:43que dans la presse du monde entier,
10:45vous avez des articles
10:46qui expliquent que la France
10:47est devenue un pays
10:47dans lequel le citoyen
10:49peut avoir peur
10:50de la justice de son pays.
10:52Ce n'est pas moi
10:52qui suis humilié,
10:53mais la France,
10:54par ses pratiques,
10:55si contraires à l'état de droit.
10:57Un grand merci,
10:58Antonin André,
10:59de nous avoir révélé
11:01tous ces coulisses.
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