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  • il y a 11 mois
Patrice Douret, président bénévole des Restos du cœur, s'inquiète de la situation du secteur associatif alors que les Restos fêtent leurs 40 ans. "Sans les associations, le pays tomberait", affirme-t-il.

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Transcription
00:00Et votre invité Marion est le président bénévole des Restos du Coeur.
00:03Bonjour Patrice Doré.
00:04Bonjour.
00:04Et bon anniversaire si j'ose dire, parce que les Restos du Coeur ont aujourd'hui 40 ans tout juste,
00:1040 ans depuis cet appel lancé sur Europe 1 par Coluche.
00:13Je ferai un petit peu de publicité tous les jours.
00:16S'il y a des gens qui sont intéressés par sponsorer une cantine gratuite,
00:21qu'on pourrait commencer par faire à Paris par exemple,
00:23et qu'on étalerait après dans les grandes villes de France,
00:25nous on est prêts à aider une entreprise comme ça, un resto par exemple,
00:31qui aurait comme ambition au départ de faire 2000, 3000 couverts par jour, gratuitement.
00:35Et c'est l'acte de naissance des Restos du Coeur.
00:37Le message c'était, ce n'est pas possible que dans le pays de la bouffe, les gens n'en aient pas.
00:42Et pourtant, en trois mois d'hiver, fin 1985, début 1986,
00:46il y avait eu 5 millions de paniers repas distribués par 5000 bénévoles.
00:49Aujourd'hui, on est à 163 millions de repas.
00:54Ça devait être une initiative provisoire, Patrice Doré.
00:57Ce n'était pas censé durer, et pourtant les restos sont plus indispensables que jamais.
01:02Et oui, et 40 ans plus tard, c'est 163 millions de repas qui ont été distribués.
01:06Et aujourd'hui, ce que l'on constate, c'est que cette tendance, elle continue de s'aggraver.
01:10Alors c'est à la fois de la tristesse,
01:12parce qu'effectivement, 40 ans plus tard, on constate que les pauvres sont toujours là,
01:17et que les chiffres ont augmenté.
01:19Et puis de l'espoir, puisqu'on voit aussi que cette mobilisation sociétale autour de Coluche,
01:24aujourd'hui, continue.
01:26Ça veut dire qu'il y a de plus en plus de pauvreté et de précarité,
01:29ou ça veut dire simplement que vous prenez plus de choses en charge ?
01:32Non, ça veut dire que la situation du pays, aujourd'hui,
01:35continue de s'aggraver en matière de précarité et de pauvreté.
01:38Je crois qu'il n'y a qu'à aujourd'hui constater, tout simplement,
01:41l'évolution des trois crises que nous avons traversées.
01:43La crise de 2008, la crise sanitaire, et puis la crise inflationniste.
01:47Aujourd'hui, les prix restent très élevés,
01:50et les personnes sont toujours autant en difficulté pour ne serait-ce que se nourrir.
01:53Et ça fait plusieurs fois que vous lancez des appels aux dons,
01:56spécifiquement destinés aux enfants, voire aux bébés.
02:01Ils sont de plus en plus nombreux à ne pas manger à leur faim,
02:03à avoir besoin de produits de première nécessité, eux aussi ?
02:06Oui, eux aussi. Nous accueillons 1,3 million de personnes,
02:10dont la moitié sont des jeunes de moins de 25 ans.
02:12Et effectivement, les enfants et les bébés sont une population
02:16que l'on rencontre au Resto du Coeur, avec des besoins énormes.
02:19Mais tous les publics sont concernés.
02:21C'est-à-dire qu'on retrouve aujourd'hui des familles monoparentales,
02:24en très grand nombre, des bébés,
02:26des travailleurs pauvres qui, le 10 du mois,
02:28n'ont plus un seul euro pour vivre simplement.
02:31Et puis des retraités qui sont là aussi aujourd'hui,
02:34et qui ont besoin d'une association de solidarité, des Restos du Coeur.
02:37Mais comment est-ce que les associations, comment est-ce que l'association,
02:40la vôtre, les Restos du Coeur, peut-elle faire face ?
02:43On se souvient que vous aviez lancé un appel à l'aide en septembre 2023,
02:47face justement à la crise inflationniste.
02:49Est-ce qu'aujourd'hui, ça va mieux ?
02:50Vous avez les moyens de faire face ?
02:53Nous avons la chance de ne pas avoir eu de baisse du nombre de nos donateurs.
02:57En revanche, ce que l'on constate, c'est que le niveau moyen de don baisse.
03:01Et tout simplement parce que nos donateurs sont aussi affectés
03:04par les problèmes de pouvoir d'achat,
03:06et font ce qu'ils peuvent pour nous aider.
03:08Et tous les dons sont importants.
03:10Et ce que l'on constate également, c'est cette fragilité du secteur associatif.
03:15Aujourd'hui en France, les associations tiennent le pays.
03:18C'est-à-dire qu'il y a 1,4 million d'associations,
03:21c'est 20 millions de bénévoles et 2 millions de salariés.
03:24Sans les associations, le pays tomberait.
03:26Le pays chutera, il faut absolument les soutenir aujourd'hui.
03:29Mais ça veut dire qu'aujourd'hui, vous êtes dans quelle situation ?
03:32Pas celle de septembre 2023 ?
03:34Aujourd'hui, nous sommes très vigilants.
03:36Parce que l'inflation a baissé,
03:39mais tous les prix que nous avions constatés en 2023 restent élevés.
03:41Ils sont élevés pour les personnes qui ont besoin
03:44d'acheter des produits alimentaires et d'hygiène,
03:47mais également pour les associations et pour les restos du cœur.
03:50C'est-à-dire qu'on continue aujourd'hui à avoir des achats très importants.
03:53Ce sont des volumes colossaux.
03:55Et donc on fait ce que l'on peut.
03:56Quand on peut faire plus, on fait plus.
03:58Et quand on ne peut pas, on fait moins.
04:00Donc on doit continuer à s'adapter très régulièrement.
04:02Alors en cette période où on parle beaucoup de contribution des plus riches,
04:05où c'est dans le débat politique,
04:07on se rappelle que Bernard Arnault, quand vous étiez en difficulté,
04:10avait versé 10 millions d'euros, le numéro 1 mondial du luxe.
04:14Est-ce que vous espérez voir ce genre de geste
04:16de la part des plus riches se reproduire ?
04:18Nous, ce que l'on attend, c'est que tous ceux qui peuvent continuer à nous aider le fassent.
04:23Il y a eu autour de Coluche, ce 26 septembre 1985,
04:27une mobilisation sociétale très importante.
04:30Et c'était presque une évidence que les entreprises,
04:33les particuliers, les politiques,
04:35toutes les personnalités qui entourent Coluche viennent l'aider.
04:39Aujourd'hui, cette évidence, elle n'est plus là.
04:41Et c'est bien ça qui nous heurte.
04:44C'est-à-dire que la lutte contre la pauvreté n'est plus une priorité.
04:48Dans le discours politique, vous voulez dire ?
04:49Dans le discours politique, il faut que ça le redevienne.
04:52Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
04:53Mais vous espérez échapper aux économies ?
04:57Parce que vous savez que le gouvernement, il cherche des économies.
04:59Et notamment, il y a la question de la fiscalisation des dons.
05:01Les dons sont en partie défiscalisés aujourd'hui.
05:03Est-ce que ça, ça pourrait être remis en cause ?
05:05Il y a une partie de votre budget qui est financée par l'État.
05:07Est-ce que ces recherches d'économies actuelles,
05:09pour boucler le budget, elles vous inquiètent ?
05:11Nous avons alerté le Premier ministre,
05:13qui vient d'être nommé, sur trois choses.
05:16La première, effectivement, c'est la situation des associations.
05:19L'effort budgétaire qui est à trouver
05:20ne doit pas porter sur les associations
05:22pour les raisons que j'ai évoquées.
05:24Elles sont déjà en difficulté.
05:25Il faut absolument les soutenir.
05:27Deuxième chose, c'est la loi Coluche,
05:29qui permet la défiscalisation des dons.
05:32Cette loi, elle a été créée pour aider les associations.
05:35Et il y a quelques mois,
05:36il y avait dans l'idée de venir la détricoter.
05:39Et puis, troisième sujet,
05:41c'est le budget européen.
05:42L'Europe finance aujourd'hui un repas sur cinq au Resto du Coeur
05:45et dans d'autres associations.
05:48Il faut absolument que la France tienne ce rôle historique
05:51de soutien de ce budget,
05:52parce que sans ce repas sur cinq,
05:54on serait obligé, effectivement,
05:56de continuer à acheter ces produits.
05:58Et donc, ce que j'appelle,
05:59j'appelle le Premier ministre
06:00à aussi entendre le monde associatif.
06:02Vous avez l'impression d'être entendu aujourd'hui ?
06:04Pour l'instant, j'attends une réponse.
06:05Vous espérez disparaître bientôt ?
06:08Parce que c'était quand même ça l'objectif à l'origine ?
06:10C'était l'espoir, effectivement.
06:12Aujourd'hui, moi, je ne parie pas sur un avenir sans crise.
06:15C'est-à-dire qu'on est plutôt sur une consolidation
06:18et le fait de pouvoir, effectivement,
06:20continuer à aider les personnes qui viennent chez nous
06:22avec nos 75 000 bénévoles.
06:23Et tant qu'il y aura des besoins, on sera là.
06:25Patrice Douré, président des Restos du Coeur.
06:27Merci beaucoup d'être venu nous répondre ce matin sur France Inter.
06:30Merci à vous.
06:31Merci à vous.
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