Pour la première fois de l'histoire de la République, un ancien Président ira derrière les barreaux : le tribunal de Paris a condamné jeudi Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison avec incarcération prochaine pour "association de malfaiteurs", c'est à dire avoir "laissé ses proches" démarcher la Libye de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne de 2007. Écoutez la réaction de son avocat, Maître Christophe Ingrain. Regardez L'invité d'Anne-Sophie Lapix du 25 septembre 2025.
00:00RTL Soir, édition spéciale avec Anne-Sophie Lapix.
00:04Notre invité est l'avocat de Nicolas Sarkozy, maître Christophe Ingrain. Bonsoir.
00:09Bonsoir Anne-Sophie Lapix.
00:10Nicolas Sarkozy est donc condamné pour association de malfaiteurs à 5 ans de prison ferme
00:14avec mandat de dépôt différé et exécution provisoire.
00:18L'ancien président va aller en prison, quoi qu'il arrive.
00:22Il est convoqué par le parquet national financier le 13 octobre, c'est ça ?
00:26Que se passera-t-il ?
00:27Je ne peux pas vous confirmer la date, mais ce qui est sûr, c'est que dans les semaines qui viennent,
00:31il sera en effet convoqué par le parquet national financier
00:34pour examiner les modalités de mise en œuvre de cette incarcération.
00:40Les modalités de mise en œuvre, ça veut dire le lieu qui sera choisi ?
00:43Ce sera un régime particulier d'incarcération ?
00:46Je n'en ai aucune idée.
00:48Ce sont des choses qui seront discutées ce jour-là.
00:51La date, le lieu, les modalités.
00:54Vous avez déjà fait appel de la condamnation, vous l'avez dit en sortant du tribunal.
00:59Est-ce que cela peut permettre de suspendre son incarcération ?
01:03Juridiquement, l'appel n'est pas suspensif dès lors que le tribunal a ordonné l'exécution provisoire.
01:10D'ailleurs, le tribunal ordonne l'exécution provisoire, évidemment, pour contrer un peu l'effet de l'appel.
01:16La peine aurait été suspendue, en tout cas pas mise à exécution s'il n'y avait pas eu d'exécution provisoire.
01:23En ordonnant l'exécution provisoire, on prive un peu l'appel de son intérêt
01:26puisque la personne condamnée commence à exécuter la peine et l'a exécutée pour partie
01:32lorsqu'elle se trouve enfin devant la cour d'appel pour bénéficier du deuxième degré de juridiction.
01:36Et comment le tribunal justifie cette décision d'ordonner l'exécution provisoire ?
01:42L'exécution provisoire, ça a été créé pour éviter une récidive des condamnés ?
01:47Ça a été créé pour éviter la récidive et puis pour s'assurer que la personne reste à la disposition de la justice.
01:54C'est pour ça qu'on a beaucoup de mal à comprendre et qu'on est tous très choqués de cette décision
01:57puisque Nicolas Sarkozy vit à Paris, sa famille à Paris, travaille à Paris.
02:04Il était évident que Nicolas Sarkozy, et personne ne peut imaginer que Nicolas Sarkozy se soustrait aux obligations qui sont les siennes.
02:13Le tribunal a d'ailleurs, de manière très contradictoire, rappelé qu'il avait répondu, et c'est normal,
02:19à toutes les convocations qui lui ont été adressées.
02:22Il est allé évidemment dans les services de police lorsqu'il y était convoqué.
02:27Il est allé devant les juges d'instruction.
02:29C'est assez logique.
02:30Il n'y a pas le choix, mais il y avait des différences dans cette audience.
02:33Il y a des gens qui ne se sont pas présentés dans ce procès.
02:37Il a répondu à toutes les convocations.
02:39Il a toujours été là.
02:40Pendant les semaines d'audience, il était présent, sauf quand la présidente indiquait que sa présence n'était pas nécessaire.
02:45Enfin, ça rend cette décision d'exécution provisoire complètement incompréhensible.
02:51Alors, très humiliante, ça c'est sûr, très humiliante.
02:54Ça prive l'appel, encore une fois, d'une partie de son effet.
03:00Et ça prive Nicolas Sarkozy du droit de revoir sa situation examinée sereinement.
03:07On a entendu Nicolas Sarkozy, en sortant du tribunal, prononcer un discours fort.
03:10Il était grave, solennel.
03:12Comment a-t-il réagi au moment de sa condamnation ?
03:14Il est très choqué.
03:18Il est très choqué parce qu'il a le sentiment d'être, et on a le sentiment, qu'il est victime d'une injustice.
03:25Et qu'aujourd'hui, la justice n'a pas été rendue.
03:27On a le sentiment, si vous voulez, après avoir entendu la motivation, que s'appeler Nicolas Sarkozy, c'est une infraction.
03:34On nous dit qu'il n'y a pas eu de financement par la Libye de la campagne de 2007.
03:41On nous dit qu'il n'y a pas eu de corruption, mais on condamne Nicolas Sarkozy parce qu'il aurait laissé certains de ses collaborateurs envisager, avec des autorités libyennes, la possibilité d'un financement de la campagne par la Libye.
03:58C'est ça qui lui vaut sa condamnation.
03:59C'est le principe de l'association de malfaiteurs, c'est l'intention de commettre une infraction pour laquelle il est condamné.
04:05C'est ça qui a été jugé comme très grave.
04:07L'association de malfaiteurs, c'est vraiment l'infraction voiture-ballet dans le droit pénal.
04:12Et d'ailleurs, dans ce dossier, l'association de malfaiteurs est arrivée à la toute fin de la procédure.
04:18C'est parce que les juges manifestement sentaient que sur les délits de financement et de corruption, il y avait beaucoup de faiblesses dans le dossier, ce que le tribunal a reconnu, puisqu'il a relaxé pour tout ça.
04:31Trois des quatre infractions. Il restait celle-là qui repose sur une hypothèse, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun élément qui vient étayer cette hypothèse.
04:41Dire que deux collaborateurs du président vont en Libye pour envisager, avec des autorités libyennes, la possibilité d'un financement libyen, c'est une théorie.
04:52Et le président, vous le disiez, est particulièrement choqué, parce que quand on regarde la jurisprudence du même tribunal, dans l'affaire du Modem, c'était il y a moins d'un an.
05:02Il y a moins d'un an. Le tribunal relaxe François Bayrou, tant mieux pour lui, en disant la culpabilité d'un prévenu ne peut pas être fondée sur une hypothèse aussi vraisemblable fut-elle.
05:14Eh bien nous, ici, c'est le contraire. La culpabilité est fondée sur une hypothèse qui n'est d'ailleurs pas vraisemblable.
05:21Et Nicolas Sarkozy, comme ses conseils d'ailleurs, se demande pourquoi cette jurisprudence bénéficie à certains et pas à d'autres.
05:28Vous estimez qu'il y a une justice spéciale pour Nicolas Sarkozy ?
05:33Je crois que le traitement qui est accordé à Nicolas Sarkozy n'est pas un traitement habituel.
05:39Et je reviens sur cette jurisprudence dont a bénéficié François Bayrou, ou qui a été appliquée aussi dans l'affaire Karachi.
05:47Au moment où nous étions devant le tribunal, la Cour d'appel de Paris rendait son délibéré dans l'affaire Karachi.
05:54Là encore, il était considéré qu'une hypothèse ne fondait pas une culpabilité.
06:00Pour Nicolas Sarkozy, une hypothèse fonde une culpabilité.
06:03Rien n'est normal. Je vous dis, mon sentiment, je vous le redis, mon sentiment, c'est que s'appeler Nicolas Sarkozy, c'est une infraction.
06:10Quelle va être votre stratégie désormais ?
06:14Le dossier, avec la défense, a obtenu quand même des avancées très fortes.
06:20C'est-à-dire qu'on disait qu'il y avait eu un pacte de corruption dans l'attente de Muammar Gaddafi en 2005.
06:26Ça, c'est balayé. On disait qu'il y avait des contreparties diplomatiques.
06:31La venue de Gaddafi à Paris, à un éventuel pacte de corruption, c'est oublié.
06:38Les contreparties économiques, les sociétés de renseignement qui avaient été mises en lien avec la Libye, c'est balayé.
06:45C'est balayé dans ce procès, mais le second procès peut tout remettre au bout du jour.
06:49C'est pour ça qu'on continuera d'insister sur tous ces points.
06:54Le dossier n'apporte pas les preuves contraires.
06:59Donc, on va continuer de se battre.
07:01Ça, pour le coup, je peux vous le dire.
07:02On est totalement déterminés et très combattifs.
07:06Vous restez confiants dans la justice parce que vous avez quand même expliqué
07:09que la justice n'avait pas pu se raccrocher à ces trois premières accusations
07:12et qu'elle en avait trouvé une quatrième.
07:15On a l'impression que vous accusez les tribunaux d'avoir cherché à tout prix
07:20à se faire un ancien président de la République.
07:24Moi, je doute toujours de plein de choses.
07:33C'est plutôt sain quand on est avocat.
07:35Et là, en l'occurrence, je dois vous avouer que je comprends qu'on s'interroge.
07:38Merci beaucoup, Maître.
07:39Merci.
07:40Merci, Anne-Sophie Lapix.
07:40Nous sommes toujours en édition spéciale et dans un instant,
07:44on va entendre des réactions politiques,
07:46celles d'un député du Rassemblement National, Thomas Ménager,
07:49et celle du porte-parole du Parti Communiste, Yann Brossa, sénateur de Paris.
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