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  • il y a 4 mois

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00:00Europe 1 Soir, 19h, 21h, Pierre de Villeneuve.
00:04Avec mes camarades de la deuxième heure, bonsoir Elliot Mamane,
00:07chroniqueur politique, bonsoir Jules Thores,
00:08journaliste politique au journal du dimanche,
00:12et bonsoir à vous Etienne-Alexandre Boroga,
00:14merci d'être avec nous.
00:16Vous êtes auteur de Anti-civilisation,
00:18pourquoi nos sociétés s'effondrent de l'intérieur,
00:20c'est publié, j'allais dire à l'instant,
00:23aux presses de la cité, en tout cas ça vient tout juste de sortir.
00:26Donald Trump a donné une leçon aux Européens
00:28hier devant les Nations Unies,
00:30en leur disant que le monde s'effondrerait s'il ne faisait rien,
00:33notamment sur le sujet de l'immigration.
00:36Est-ce que vous avez inspiré avec votre livre
00:39le président américain ?
00:41Ce serait prétentieux de croire que j'ai cette influence.
00:45Et d'ailleurs, mon livre ne porte pas sur la question géopolitique
00:48au sens international, mais bien sur ce qui se passe
00:50à l'intérieur des pays occidentaux, comme le titre.
00:54Mais c'est exactement ce dont parle le président américain.
00:56Il dit qu'effectivement, sur plusieurs dossiers,
00:58et ce sont des dossiers que vous abordez également dans le livre,
01:02c'est notre civilisation, c'est notre façon d'être,
01:07notre façon de penser, d'élever nos enfants,
01:09qui est en jeu là-dedans.
01:11Je pense que c'est effectivement pertinent
01:12de se regarder dans le miroir à un certain point,
01:14pour voir que, en tout cas c'est la thèse principale du livre,
01:16qu'il y a une certaine vision de la liberté
01:19qui est devenue corrosive pour la cohésion sociale,
01:22dans la mesure où, quand on pense à la liberté contre quelque chose,
01:25que ce soit contre la culture, contre les traditions,
01:28contre les mœurs établies,
01:30c'est certain qu'on vient à fragiliser un peu ce cadre
01:32qui permet justement l'exercice de la liberté.
01:34Et je pense qu'aujourd'hui,
01:36s'il y a beaucoup de jeunes de notre génération,
01:38puisqu'on est un plateau de la génération Z aujourd'hui,
01:41à votre exception...
01:42Merci de le souligner,
01:43c'est très sensible de votre part.
01:46Donc, tout ça pour dire,
01:47je crois que les jeunes qui arrivent autour de 25 ans aujourd'hui
01:50se constatent un peu cette espèce de vide libéral
01:53et se posent justement la question
01:54de vers quel ancrage plus solide est-ce qu'on peut se tourner.
01:58Oui, mais là, il y a plusieurs aiguillages possibles,
02:00et notamment, on l'a vu dans les universités américaines
02:02il y a peu de temps,
02:03et ce n'est pas le virage que vous,
02:05vous proposez dans votre livre.
02:07C'est factuel,
02:09il y a des gens qui se tournent davantage vers la gauche,
02:11mais ça, ça est une permanence un peu de la génération.
02:13C'est plus la gauche,
02:14on est carrément sur notre planète.
02:16Oui, que ce soit sur notre planète.
02:17L'extrême-gauche, comme vous voulez,
02:18mais c'est quand même une permanence de la jeunesse,
02:20du moins, on les concevait beaucoup comme étant très à gauche,
02:23et la nouveauté un peu que j'essaie d'expliquer
02:24dans ce livre-là, particulièrement vers la conclusion,
02:27c'est de dire pourquoi est-ce qu'il y a un contingent
02:29de plus en plus important, on a l'impression,
02:31dans la jeunesse,
02:31qui se tourne désormais vers le conservatisme.
02:33Et je pense justement que la différence
02:35avec les époques précédentes,
02:37c'est que les jeunes d'aujourd'hui
02:38peuvent justement constater
02:41les effets un peu délétères de cette déconstruction-là,
02:43et on en vient au point où
02:45quand tout ce qu'on nous propose,
02:47c'est la liberté,
02:47mais qu'on ne sait plus quoi en faire,
02:49qu'on ne sait plus vers quoi se tourner,
02:50on a besoin justement d'ancrage un peu plus substantiel.
02:52Ça ne veut pas dire qu'on a besoin de totalitarisme.
02:54Eliott Mamann.
02:55Espérons que non.
02:55D'ailleurs, vous évoquez en effet
02:58la progression d'une jeunesse parfois militante,
03:01qu'elle soit engagée du côté
03:03qui peut pencher sur les campus universitaires
03:06ou du côté du conservatisme.
03:08On a également de nombreuses polémiques
03:10quant à une éventuelle idéologisation
03:12de la recherche académique
03:13et de l'enseignement dans les universités.
03:16Comment l'interprétez-vous
03:17par rapport à toutes les dimensions
03:20que vous relevez
03:21et que vous venez de mettre en exergue ?
03:23Je pense qu'un des basculements majeurs
03:26dans les dernières décennies,
03:28c'est la massification d'enseignements supérieurs.
03:31Et en fait, aussi ce que James Burnham,
03:34l'essayiste américain, appelait la révolution managériale.
03:36Au sens où, ce qui permet désormais
03:38d'accéder au sommet de la pyramide sociale,
03:39c'est peut-être plus tant la richesse économique,
03:41comme autant des grands capitalistes d'antan,
03:43que l'accession à certains diplômes.
03:46Et à partir du moment où on a cette classe-là
03:48qui va ensuite infuser toutes les sphères de la société,
03:51que ce soit notamment les managers professionnels
03:53qui vont être embauchés dans certaines grandes boîtes,
03:54aussi le sommet de l'État,
03:56dans les médias notamment,
03:58ça fait en sorte qu'il peut y avoir
03:59effectivement un effet de capture.
04:01Et donc, les idées qui vont être propres
04:04à cette petite classe
04:05qui ne représente jamais plus d'un tiers de la société
04:07vont être super hégémoniques
04:09dans la sphère de la culture,
04:11justement parce que c'est ce microcosme-là
04:13qui fournit un peu les effectifs
04:14pour l'ensemble des classes qui parlent.
04:18Jules, vous avez parlé d'un retour chez les jeunes
04:20du conservatisme.
04:21Est-ce que vous pensez que c'est le bon mot ?
04:23Ou est-ce qu'au contraire,
04:25c'est finalement assez peu définissable à un seul mot ?
04:28C'est-à-dire qu'il y a des gens
04:29et il y a des jeunes qui sont dans le retour au religieux,
04:33dans le retour au spirituel.
04:34Il y a aussi beaucoup de jeunes
04:35qui se battent de plus en plus pour la liberté.
04:37Et est-ce que ces mots-là finalement
04:39relèvent du conservatisme ?
04:41Ou est-ce que ce n'est pas...
04:42On parle souvent, vous savez,
04:43de la révolution conservatrice.
04:44Mais est-ce que ce n'est pas plein de choses ?
04:46Et finalement, il y a aussi par exemple
04:47le rejet de la gauche qui aujourd'hui
04:48est devenu quasiment radioactif
04:50pour une bonne partie des jeunes.
04:53Quel mot vous mettez-vous justement
04:54derrière cette révolution ?
04:55Écoutez, je pense qu'on s'entend
04:57la plupart pour dire
04:58qu'il y a une certaine quête de sens
05:01qui est en arrière de tout ça.
05:02Notamment quand on parle du retour au religieux,
05:03je pense que c'est ça qui est en cause.
05:05Après, sur la question du conservatisme,
05:07c'est ce que moi je prône personnellement,
05:08ce que je pense qui est la solution
05:10un peu constructive
05:11pour sortir de l'impasse et du vide
05:13dans lequel on a l'impression d'être présentement.
05:16Et pour moi, donc, le conservatisme,
05:18ça s'articule surtout autour
05:19de la défense des institutions
05:20qui sont capables de rassembler
05:22le pluralisme,
05:23qui sont capables de rassembler
05:24les différentes individualités.
05:25Je pense notamment à la famille
05:26qui est capable de rassembler
05:27les hommes, les femmes, les enfants
05:28dans un tout qui les dépasse.
05:29Aussi la nation qui est capable
05:31de rassembler des gens
05:32avec toutes sortes d'appartenances,
05:34toutes sortes d'origines
05:34derrière une culture qui va être commune.
05:37Donc, c'est pour ça que je crois
05:38que d'une certaine manière,
05:38quand on est face à cette instabilité-là,
05:41face à cette crise de sens,
05:42de miser sur des institutions,
05:44miser sur des normes
05:45qui ont justement ce pouvoir de fédérer
05:47en proposant des normes
05:49qui sont communes pour tous,
05:50ça me semble une voie
05:51qui est capable un peu de pacifier
05:52aussi le discours public en ce moment.
05:53Vous dites dans votre livre
05:55que c'est la génération Z
05:57dont vous faites partie
05:58et dont le plateau effectivement
06:00est constitué.
06:01Vous dites que c'est vous
06:03qui allez d'une certaine manière
06:04sauver la civilisation,
06:07en tout cas de ces mots,
06:10parce que vous avez une autre approche
06:12de la vie
06:13et vous dites surtout
06:14que vous allez profiter
06:16de la vie.
06:17C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
06:18d'une façon ou d'une autre,
06:19les jeunes essayent des choses
06:23qu'à une époque,
06:24on n'essayait pas
06:25par justement pur esprit
06:26de conservatisme
06:27ou par schéma patriarcal,
06:28etc.
06:29Il y a tout un passage,
06:30je ne vais pas lire
06:31parce qu'il était très drôle
06:32sur les pratiques BDSM,
06:34entre plusieurs hommes dominants
06:38et une ou plusieurs femmes soumises.
06:39Bon, je vous regarderai ça,
06:40c'est page 99.
06:42Vous allez me faire
06:42vendre des exemplaires.
06:44Oui, vous savez,
06:45c'est comme Brudele Maire
06:45quand il a pondu un livre
06:46dernièrement.
06:47On n'a parlé que d'un truc.
06:49Non, mais vous voulez
06:49que je vous le lise.
06:50Le sadomasochisme révèle
06:52la même myopie de l'éthique
06:54de la liberté
06:54à l'endroit des inégalités
06:55issues du laissé-faire.
06:56Les individus qui sont adeptes
06:58apparaissent indépendants,
06:59rationnels et non vulnérables.
07:01Mais la dynamique inégalitaire
07:02se dévoile lorsque,
07:03dans l'immense majorité des cas,
07:05vous citez un livre,
07:06les pratiques BDSM
07:07interviennent entre
07:08un ou plusieurs hommes dominants
07:09et un ou plusieurs femmes soumises,
07:11dans la mesure où
07:12tous ces désirs sont valides,
07:13où les hommes doivent écouter
07:14leurs pulsions,
07:15même les plus nocives,
07:16ils sont appelés à revendiquer
07:17cette liberté de blesser,
07:18de dégrader, d'humilier, etc.
07:19En fait, en gros,
07:20vous pesez le pour et le contre
07:21entre ce qui est permis,
07:23ce qui n'est pas permis,
07:24ce qui aurait dû être permis ou pas,
07:26sur la liberté et l'égalité,
07:28sur le conservatisme et la modernité.
07:30Tout ça est abordé
07:31de façon très très savante.
07:33Et puis, à la fin,
07:34j'en reviens à le pouvoir
07:36de cette génération Z
07:37qui, sans doute, est décuplée
07:39par rapport à ma génération
07:40et à d'autres,
07:42encore plus anciennes,
07:43qui fait qu'aujourd'hui,
07:45vous avez eu raison de dire
07:46que les jeunes, aujourd'hui,
07:48quand ils font un entretien d'embauche,
07:50ils ne demandent pas forcément
07:51d'abord le salaire,
07:52mais ils demandent, par exemple,
07:53si la société est suffisamment RSE,
07:56est-ce qu'elle prend soin de la planète,
07:59et ça, c'est très très vrai.
08:00Les DRC le disent aujourd'hui.
08:01Donc, aujourd'hui,
08:02il y a peut-être une autre façon
08:05plus complète de voir les choses.
08:07Je pense qu'il y a certainement
08:08un clivage générationnel
08:09dans la manière de voir les choses.
08:11Pas forcément sur la question du BDSM,
08:13on y reviendra, si ça vous plaît.
08:14Mais...
08:15Mais...
08:15Je confirme pour avoir des exemples
08:22avec ce genre de conneries.
08:26Cela étant dit,
08:26je pense que,
08:27si on revient à la question générationnelle,
08:30ça a été certainement plus facile
08:32pour ceux qui ont hérité
08:33d'une certaine tradition
08:34de couper le cordon
08:35en prenant pour acquis un peu
08:37ce dont ils avaient hérité.
08:38Alors qu'aujourd'hui,
08:39quand on ressent un peu
08:40ce vide de transmission-là,
08:42c'est certain qu'on a peut-être
08:43ce regard qui est un peu plus éclairé
08:45sur les limites de la liberté
08:47qu'on ne ressentait pas
08:47à une époque
08:48où on sentait au contraire
08:49le poids de la tradition.
08:50Et donc, peut-être
08:51que c'est vers un retour de balancier
08:52qu'on va.
08:53En tout cas, moi, c'est mon espoir.
08:54Oui, c'est votre espoir.
08:55C'est votre espoir aussi,
08:56Elliot Mamann ?
08:57Sans pratique...
08:59scabreuse.
09:02On évitera, en effet,
09:03de s'attarder sur ces questions-là,
09:05mais par rapport au retour de...
09:06Mais il y a une force
09:07de cette génération, c'est ça.
09:09Je ne sais pas si...
09:10Mais je ne sais pas
09:11s'il y a une force de cette génération
09:12qui est toute particulière,
09:13parce que, par ailleurs,
09:13c'est certes une génération
09:14qui est particulièrement expressive
09:16et qui manipule
09:18des moyens d'expression
09:20qui n'étaient pas accessibles
09:21à des générations antérieures,
09:22on est bien d'accord.
09:23Mais dans le même temps,
09:25on ne cesse aujourd'hui
09:25d'estimer que l'un des grands mots
09:27politiques du XXIe siècle
09:28est l'impuissance
09:29des politiques publiques
09:30qui sont mises en place, par exemple.
09:32Et c'est peut-être aussi
09:33une génération
09:34qui a remplacé
09:35la véritable possibilité
09:37d'agir du politique
09:38par un militantisme
09:40qui est certes parfois
09:41outrancier, d'ailleurs,
09:42des deux côtés,
09:42à droite comme à gauche,
09:44mais qui, par ailleurs,
09:45c'est bien que
09:46l'élan industriel
09:47qui a eu des conséquences
09:49sociales et idéologiques
09:50bien plus importantes
09:52que l'intégralité
09:53des petites polémiques
09:53politiquement correctes
09:54que l'on peut avoir
09:55aujourd'hui,
09:56qui a donc été mise en place
09:58par les deux générations
10:00qui nous ont précédées,
10:01lui,
10:02a eu un effet
10:03des conséquences
10:04que l'on ne pourrait
10:05plus provoquer aujourd'hui.
10:06Réponse courte,
10:08Étienne-Alexandre.
10:09Réponse courte,
10:10c'est clair
10:10qu'on a certainement
10:13récolté la facture
10:14de ces choix-là
10:14qui ont été faits
10:15aujourd'hui,
10:16mais moi,
10:16j'aime croire
10:17qu'on a justement
10:18la capacité
10:19de faire le discernement
10:20sur ce qui a été bon
10:20et ce qui a été mauvais
10:21là-dedans
10:21avec le regard
10:22qui est le nôtre
10:23pour peut-être
10:24inverser la tendance
10:25à un certain niveau.
10:26Après, c'est vrai
10:26sur la question
10:27de l'impuissance
10:27que les constats
10:29que je dresse
10:30sur notre génération
10:30me font profondément
10:31de la peine
10:32quand je constate
10:32qu'on est une génération
10:33qui a substantiellement
10:34moins d'amis proches
10:35que les générations précédentes.
10:36Votre ami,
10:37c'est votre téléphone portable.
10:38Voilà,
10:38qui voit moins ses amis
10:39et d'ailleurs,
10:40sur la question
10:40du téléphone portable,
10:41j'ai vu une statistique
10:42qui vient de chez moi
10:42au Québec
10:43comme quoi 65%
10:44des membres
10:45de la génération Z
10:45préfèrent le texto
10:46à l'appel
10:47parce que l'appel,
10:48c'est une trop grande proximité.
10:50Vous venez du Québec.
10:51Vous venez du Québec.
10:53J'aurais pas deviné.
10:55Anticivilisation,
10:55pourquoi nos sociétés
10:56s'effondrent dans l'intérieur,
10:57c'est votre livre
10:58Étienne-Alexandre Beauregard
10:59avec une préface
11:00de Mathieu Bock-Côté.
11:01C'est aux presses
11:01de Mathieu Bock-Côté.
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