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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Pour la troisième fois de la matinée, John Brown arrive au terminus de son parcours.
01:09Il fait faire demi-tour à son gros autobus et jette un coup d'œil à sa montre.
01:13Il est 10h28. Il est en avance de deux minutes sur son horaire.
01:18Se renversant sur son siège, il allume une cigarette et tire nerveusement de courte bouffée.
01:26Il a mal à l'estomac et ce n'a rien d'étonnant.
01:31Comme d'habitude, sa femme n'a pas assez fait cuire son bacon et trop fait cuire ses œufs pour son petit déjeuner.
01:37Cette femme ne sait rien faire correctement.
01:3910 ans qu'ils sont mariés, 10 ans et elle n'a toujours pas trouvé le moyen de lui préparer un repas convenable,
01:46encore moins de tenir la maison.
01:49C'est vrai ça, l'appartement ressemble à une porcherie.
01:52Plus de 100 fois, il lui a demandé de faire un effort, mais peine perdue.
01:56Ouais, bien sûr, elle travaille, mais son salaire suffit tout juste à payer les dépenses du ménage.
02:02De toute manière, ça n'excuse pas son laisser-aller.
02:05Toujours grommelant, John Brown repart dans le sens retour de son parcours,
02:12s'arrêtant pour prendre des passagers en chemin.
02:15Oh, il n'y en a pas beaucoup.
02:17C'est une froide et grise matinée d'hiver.
02:21Il ne tardera certainement pas à neiger.
02:24Il arrive vers 11 heures dans le quartier nord.
02:26Une vieille dame attend à l'arrêt, enmitouflée dans un manteau usagé et une écharpe de laine.
02:32Elle agite la main à l'approche du bus.
02:34« Ouais, ça va, ça va, je te vois. »
02:37Groigne Brown qui freine brutalement et actionne l'ouverture de la porte.
02:41La vieille femme met une éternité à se hisser dans le car.
02:46Fourrageant dans son sac minable, elle sort un billet de un dollar.
02:51« Le tarif, c'est 20 cents, madame ! »
02:54dit Brown qui fait semblant de ne pas avoir le billet.
02:56« Je n'ai pas de monnaie ! »
02:59répond la vieille dame, rouge de confusion.
03:02Brown lève les yeux au ciel, empoche le billet et rend à la voyageuse la monnaie d'un dollar en pièces de 10 et de 5 cents.
03:11Naturellement, sans la recompter et surtout sans penser à lui donner les 20 cents qu'il attend,
03:18la vieille dame fourre le tout dans son sac à main et court s'asseoir, ayant aperçu un siège vide.
03:25« Brown tapote du doigt avec impatience sur la caisse de son côté.
03:31« J'avoue répète, madame, que le tarif, c'est 20 cents ! »
03:36« Comment ? Qu'est-ce qu'il y a ? » questionne la vieille dame d'un air ahuri.
03:41« J'ai tout mon temps, madame ! » ironise John Brown.
03:48« J'attendrai ! »
03:51Assis sur la banquette, derrière la pauvre femme,
03:53un jeune homme fait craquer nerveusement ses phalanges.
03:57Il se rend à une entrevue dont il espère obtenir un premier travail.
04:02Il lui a fallu plusieurs jours pour rassembler son courage.
04:05Maintenant qu'il est décidé, il ne veut pas être en retard.
04:08« Mais bon sang, bon sang ! Mais qu'est-ce que ce lourdeau de chauffeur attend pour démarrer ?
04:12Pour l'amour du ciel ! Je vais mettre l'argent pour vous ! »
04:16dit finalement le gosse malin, gros lunettes cerclées d'écailles et aux joues piquées d'acné.
04:21De ses doigts tremblants, la vieille dame fouille dans son sac et en sort deux pièces de 10 cents qu'elle donne au garçon.
04:30Il s'avance, laisse tomber les deux pièces dans la caisse et revient vers son siège.
04:35John Brown esquisse une grimace et ne supporte pas ces jeunes tordus qui veulent jouer les petits malins.
04:45Il enfonce brusquement la pédale de l'accélérateur.
04:48Le bus bondit en avant et le garçon perd l'équilibre, ce qui fait rire certains passagers.
04:53« Désolé ! » lance Brown, qui ne l'est pas du tout.
04:59Honteux de s'être ainsi couvert de ridicule, le garçon, démoralisé,
05:06abandonne l'idée de se rendre à son rendez-vous et décide de rentrer chez lui.
05:12Il descend à l'arrêt suivant et traverse la rue pour prendre l'autobus qui repart vers le nord,
05:17sans prêter attention au vent glacé qui soulève la poussière de la rue,
05:21pas plus d'ailleurs qu'à l'homme qui se tient à l'entrée d'un immeuble à proximité.
05:27Ce dernier a un visage osseux et une barbe en broussaille sous une tignasse noire
05:33qui boucle sur le col de la vieille veste qu'il porte.
05:36Une paire de pantalons bleus, crasseux et de vieilles bottes de l'armée complètent l'ensemble.
05:43Il jauge le garçon d'un coup d'œil.
05:45« Oh, ce petit gars lui donnera bien vingt-cinq, qui sait, cinquante cents ! »
05:52Il abandonne l'entrée de l'immeuble pour le rejoindre à l'arrêt de l'autobus.
05:57« Fait froid, hein ? »
06:00Le garçon ne lui répond pas, ne tourne même pas la tête.
06:03« Dites, je me demande si vous pourriez m'aider.
06:07Vous savez, je vais voir pour un travail, seulement j'ai besoin de me braser. »
06:14Le garçon, cette fois, le regarde.
06:17Un autre jour, il lui aurait certainement donné quelque chose, un autre jour, mais pas maintenant.
06:23Soudain, c'est la colère.
06:25Le garçon se met à invectiver le clochard, à le couvrir d'injures.
06:29Ce dernier, abasourdi, commence à battre en retraite, puis brusquement, tourne carrément les talons et décampe à toute vitesse.
06:35Il ne s'arrête qu'à une bonne centaine de mètres du garçon, et soudain, ses yeux tombent sur son propre reflet dans la vitre.
06:47Est-ce qu'il ressemble vraiment à ça ?
06:49La façon dont ce gosse vient de lui parler, dont il l'a regardé, la méchanceté, le mépris, le dédain, oui, oui, oui, le dédain !
07:01Frissonnant, il porte une main crasseuse au col de sa veste et le remonte pour se protéger du vent.
07:08Il est un pauvre type.
07:13Ce gosse vient de lui en faire prendre conscience.
07:17Trop tard pour changer.
07:20Peut-être même qu'il a toujours été trop tard pour lui.
07:24Tant pis.
07:26C'est la vie.
07:29Il tâte machinellement le couteau rouillé dans la poche de son pantalon.
07:33Il n'a jamais tenté de gros coups, mais à présent, c'est le moment.
07:40Il est un vagabond.
07:42Il doit agir comme un vagabond.
07:45Il y a une petite confiserie au coin de la rue.
07:48Oh, certainement pas plus de deux dollars dans le tiroir-caisse, mais c'est tout ce dont il a besoin.
07:54Tout de suite.
07:56C'est un début, quoi.
07:58Le propriétaire de la boutique jette un coup d'œil à l'homme, hirsute et au regard méchant qui vient d'entrer en brandissant un couteau.
08:06En soupirant, il se tourne vers la caisse enregistreuse et l'actionne sans protester.
08:12Il a été cambriolé quatre fois au cours des six derniers mois.
08:16Une minute plus tard, le clochard sort de la boutique en quatrième vitesse, serrant le couteau dans une main, deux billets froissés d'un dollar dans l'autre.
08:25Le propriétaire de la confiserie n'a fait aucun geste pour le retenir.
08:30Oh, pas pour deux malheureux dollars, mon Dieu.
08:34Le clochard court aveuglément dans la rue.
08:36Il ne voit pas la grosse et coûteuse voiture qui lui passe dessus.
08:39Et le conducteur ne voit pas non plus le clochard, du moins pas avant qu'il ne soit trop tard.
08:44Le conducteur, comme sa voiture, est gros et riche.
08:50Il a une très belle affaire qui rapporte une femme et trois grands enfants.
08:55Pour l'instant, il se rend chez sa maîtresse.
08:58C'est peut-être sa dernière visite d'ailleurs.
09:01Peut-être pas.
09:01Enfin, il a du mal à décider.
09:03C'est à ça qu'il réfléchissait quand il a malencontreusement écrasé le clochard.
09:08Il a machinalement freiné à mort, mais trop tard.
09:13Il regarde en arrière la forme pantelante dans le caniveau,
09:16puis, subitement pris de panique, écrase l'accélérateur et file droit devant lui.
09:22Personne dans la rue, pour autant qu'il puisse voir.
09:25De plus, quoi, enfin, c'est pas sa faute.
09:27Ce type s'est jeté sous ses roues.
09:29Mieux vaut malgré tout ne pas être mêlé à ça.
09:32En aucune façon, voyons.
09:33Un homme de son rang.
09:35Au croisement, il hésite un instant, puis tourne en direction du sud, vers le quartier des affaires.
09:44Il appellera sa maîtresse de son club.
09:46Il lui expliquera que c'est fini et il lui enverra par la poste un peu d'argent.
09:51Et puis, et puis, ça ira comme ça, là.
09:54Il ne sait pas qu'un attroupement se forme.
09:58De gens surgissent nulle part sur les lieux de l'accident.
10:01Le propriétaire de la confiserie, qui a relevé le numéro de la voiture du chauffard, est en train de téléphoner au poste de police le plus proche.
10:11Par principe, il est en général assez cyniquement tolérant.
10:14Mais il se trouve qu'il y a longtemps, un chauffard a renversé sa femme.
10:19Le chauffard n'a jamais été pincé et sa femme n'a jamais pu remarcher.
10:25Maintenant, il dit au téléphone « Allô, police, je voudrais signaler un meurtre ! »
10:35L'homme distingué se garde devant son club et entre.
10:40Il ne remarque pas que le phare avant gauche de sa voiture est cassé et que plusieurs morceaux de verre manquent.
10:47Il est trop absorbé par ce qu'il va faire.
10:50Il se rend directement à la cabine téléphonique et compose son numéro.
10:55Une autre fois, il aurait mené cette affaire avec tâte et courtoisie.
11:01Une autre fois, mais pas maintenant.
11:06Où tout cela va-t-il nous conduire ?
11:10La réponse d'ici quelques instants.
11:11Furieux contre sa femme, John Brown, un chauffeur d'autobus, déclenche sans même s'en rendre compte toute une série d'incidents.
11:27Certains plus graves que d'autres, mais tous liés les uns aux autres.
11:32Il agresse verbalement une vieille dame.
11:35Un jeune homme s'interpose.
11:37John Brown se venge.
11:38Il démarre brutalement et le fait tomber.
11:40Du coup, le jeune homme renonce à se rendre au rendez-vous qui devait lui procurer un emploi.
11:46Il insulte à son tour un clochard qui vient mendier.
11:49Ce dernier se venge en braquant une confiserie dont il repart avec deux dollars.
11:54Mais voici qu'il se fait écraser en traversant la rue sans faire attention.
11:58Le chauffard, furieux pour sa part contre le monde entier, se précipite à son club sans remarquer qu'il a été repéré
12:04tant il est pressé de téléphoner à sa maîtresse pour rompre avec elle.
12:10Dans le salon d'un très bel appartement, tout en haut d'un immeuble luxueux à trois kilomètres vers le nord,
12:18une femme raccroche violemment le téléphone et reste quelques instants à le fixer.
12:25« Alors c'est comme ça ? » dit-elle avec aigreur.
12:28« Eh bien, je t'en souhaite autant, salaud, et des meilleurs. »
12:33Elle entre en coup de vent dans la cuisine et se verse une rasade de whisky d'importation.
12:38Elle en a besoin.
12:39« Le tout pète, ce type ! »
12:42Son verre vide, elle s'en verse un autre.
12:45Puis elle se rend dans sa chambre où elle se plante devant son grand miroir.
12:49Même à trente-cinq ans, elle est encore pas mal.
12:55Mais quand même, elle a trente-cinq ans.
13:00La façon dont il vient de lui parler au téléphone,
13:03froid, distant et complètement indifférent,
13:08lui faisant un peu trop comprendre qu'elle n'a jamais été rien d'autre pour lui qu'une commodité.
13:13Elle se penche en avant, faisant subir à son visage, savamment maquillé, un examen approfondi.
13:24Trente-cinq ans.
13:26Dans un métier où cet âge est juste une étape vers le rayon des antiquités.
13:33Secouant farouchement la tête, elle se rue sur un placard,
13:36tire un manteau bordé de visons, le jette sur ses épaules et sort en courant de l'appartement.
13:41Peut-être qu'une bonne marche lui fera du bien, ouais.
13:44Et peut-être aussi que ramener la pendule de dix ans en arrière servirait à quelque chose.
13:49Seulement, voilà, les choses ne se passent jamais comme ça.
13:54Enfin, si au moins, il lui avait donné une raison,
13:57je ne sais pas moi, sa femme, la contrainte de ses affaires,
14:01n'importe quelle sorte de bonne raison pour rompre, mais même pas.
14:06De toute manière, elle la connaît, la raison.
14:11C'est trente-cinq ans.
14:14Elle remonte une rue et redescend la suivante, comme ça, sans but,
14:18sans même se rendre compte que la neige s'est mise à tomber.
14:22Et pas une neige légère, mais d'épais flocons que le vent soulève dans les rues désertes.
14:29Finalement, elle sent le froid et regarde autour d'elle.
14:36Elle a fait au moins deux kilomètres, sinon plus.
14:39Oh, il y a un petit bar qui ne paie pas de mine au coin, là.
14:43Au moins, elle pourra boire un café pour se réchauffer.
14:47Bon, c'est décidé. Elle s'y arrête.
14:49Elle entre et s'assoit sur un tabouret devant le comptoir.
14:55La serveuse, un petit bout de femme sans âge,
14:59la poitrine plate aux cheveux filasses,
15:02dont le visage exprime tout l'ennui de la terre,
15:06s'avance vers elle.
15:07La cliente regarde la serveuse et pense
15:12« Mon Dieu, voilà ce qui m'attend dans quelques mois,
15:18ou peut-être dans quelques semaines. »
15:21Est-ce de froid, de peur ou de colère ?
15:26Elle sent qu'elle commence à trembler.
15:29Un café !
15:31La serveuse se dirige vers le vieux percolateur
15:34et remplit une tasse qu'elle pose sur le comptoir.
15:36Un peu de café se répand dans la soucoupe ébréchée sous la tasse.
15:41La blonde la fusille du regard et se sert de sucre d'un geste rageur.
15:45« Et alors ? »
15:46demande-t-elle d'une voix dont le ton monte vers les aigus.
15:49« Vous ne servez ni crème ni cuillère avec votre café ? »
15:53« Même dame ! »
15:54proteste la serveuse en clignant ses yeux bovins.
15:58Le gérant surgit de la cuisine en fronçant les sourcils.
16:02« Qu'est-ce qu'il y a encore ? »
16:04Lentement, il fait route vers le comptoir.
16:07« Et d'abord, ne m'appelez pas Mme-Dame ! »
16:09crie maintenant la blonde.
16:11Elle sait qu'elle se comporte comme une idiote,
16:14qu'elle fait une montagne d'un rien,
16:16mais elle s'en fiche.
16:18Ce qu'elle veut en cet instant,
16:20c'est se venger sur quelqu'un, n'importe qui.
16:22« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
16:25demande le gérant qui, du premier coup d'œil,
16:27jauge le manteau coûteux,
16:29le visage bien maquillé.
16:30« Je ne suis pas venu ici pour me faire insulter ! »
16:33déclare la blonde en quittant son tabouret.
16:36« Ah ben, je suis sûr qu'il s'agit d'un malentendu ! »
16:39dit le gérant en la suivant pour essayer de la retenir.
16:42Mais la blonde est déjà sortie en claquant la porte
16:44violemment derrière elle.
16:48Découragé,
16:49le gérant se retourne.
16:52La salle est vide.
16:54C'était la seule cliente.
16:57Son regard finit par accrocher
16:59le visage de la serveuse
17:00derrière le comptoir.
17:02Et il se met à hurler.
17:03« Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ? »
17:06« Mais rien ! »
17:07bredouille la femme.
17:08« Je ne sais pas. Elle a demandé un café et puis tout d'un coup,
17:11vous avez oublié de lui donner de la crème et une cuillère ! »
17:14coupe le gérant.
17:16La serveuse lève les mains en signe de désespoir.
17:19Sa figure vire au rose par plaque.
17:22Le gérant agite la tête d'un air pensif.
17:25Depuis plusieurs jours,
17:27il cherchait une bonne raison pour se débarrasser
17:29de cette bonne femme.
17:30Elle est vraiment trop laide et trop lente pour ce travail.
17:32Il ne l'aime pas.
17:34Il sait aussi où trouver une fille
17:36qui acceptera de faire le matin pour 5 dollars
17:38au lieu des 6 qu'il donne à celle-ci.
17:40alors il dit d'un ton cassant
17:43« Je suis désolé, Martha,
17:45mais je suis obligé de vous renvoyer.
17:47La maison ne peut tolérer l'incorrection
17:49à l'égard de la clientèle.
17:51Mais monsieur... »
17:51« Non, non, non !
17:52Discutez pas !
17:53Je vais vous faire votre compte
17:54et vous allez partir tout de suite.
17:55Et n'espérez pas être payé pour la journée complète,
17:57après la façon dont vous avez insulté cette dame ! »
18:02La serveuse ouvre la bouche
18:03puis la referme.
18:06Tout s'est passé trop vite pour elle.
18:08Quelques minutes plus tard,
18:12elle sort du café
18:13et se dirige vers l'arrêt de l'autobus.
18:16Elle frissonne sous son manteau léger.
18:20Elle se demande comment elle arrivera
18:22à expliquer à son mari
18:23qu'elle a perdu son emploi.
18:24Le bus apparaît à travers la neige
18:28et elle monte, bénissant le chauffage.
18:32Elle laisse tomber deux pièces de 10 cents
18:34dans la caisse.
18:35Elle prend toujours bien soin
18:36d'avoir de la monnaie sur elle pour le bus.
18:39C'est son mari qui le lui a dit.
18:42Puis elle va s'asseoir à l'arrière.
18:45Elle descend de l'autobus
18:46à l'arrêt le plus proche de chez elle,
18:48franchit péniblement les derniers 100 mètres
18:51et arrive enfin toute tremblante
18:53et le souffle court.
18:55Une fois dans l'appartement,
18:57elle va directement dans la cuisine
18:58et met de l'eau à chauffer pour le thé.
19:02Elle regarde autour d'elle.
19:05Les assiettes de la veille
19:06et du petit déjeuner
19:07sont empilées et sales dans l'évier.
19:11Elle devrait les laver,
19:13puis nettoyer toute la maison,
19:15faire le lit, vider les ordures,
19:16balayer le tapis du salon aussi,
19:18peut-être ça ferait plaisir à son mari.
19:22Martha enlève son manteau
19:23et le plie sur le dossier d'une chaise.
19:26Oui, d'abord, quand même,
19:28elle boira son thé
19:28et réfléchira à ce qu'elle va lui dire.
19:32Et surtout, comment elle va le lui dire.
19:40Un peu après quatre heures,
19:42John Brown tourne la clé
19:44de la porte d'entrée
19:45et entre pesamment chez lui.
19:47Ah, ça a été une sale journée.
19:50Ah oui, vraiment.
19:52Conduire un autobus,
19:53c'est déjà un travail pénible en temps normal,
19:54mais un jour comme celui-ci,
19:56c'est tout simplement...
19:58Un bruit de verre brisé
20:00provenant de la cuisine
20:01interrompt ses amères pensées.
20:04John ?
20:04interroge la voix de sa femme.
20:08Qu'est-ce que tu fabriques encore ?
20:10demande-t-il avec colère
20:11en arrivant dans la cuisine.
20:13Martha est devant l'évier,
20:16se dépêchant de finir de laver
20:18la dernière assiette.
20:20Elle ne s'est pas rendue compte
20:21qu'il était si tard.
20:23Elle gratifie son mari
20:25d'un sourire forcé.
20:27Il ne la regarde même pas.
20:30Il retourne dans l'entrée
20:31suspendre sa veste et sa casquette.
20:33« La maison est un vrai cafard,
20:37cette femme n'apprendra donc jamais. »
20:42Il retourne dans la cuisine
20:43et dit d'une voix en colère.
20:44« Je ne comprends pas,
20:45je ne comprends pas.
20:47Je travaille comme une bête
20:48toute la journée
20:49et quand je rentre,
20:50qu'est-ce que je trouve ?
20:51Une maison qui ressemble
20:52à une horcherie.
20:55C'est pas comme si t'avais pas
20:56le temps de tenir
20:57cette maison correctement. »
21:00Martha se croise les bras
21:02sur la poitrine en frissonnant.
21:05Bran, les yeux sur le plancher,
21:08continue sa litanie.
21:11Martha est habituée aux reproches.
21:13Évidemment, après tant d'années,
21:15il le faut bien.
21:16Pourtant, cette fois-ci,
21:18quelque chose de nouveau
21:19remue au fond de sa tête.
21:21Elle revoit soudain
21:22cette femme blonde hurlant,
21:24elle aussi, après elle.
21:25Et Bran, qui n'arrête pas de parler,
21:28ressassant sa liste de griefs,
21:30il lui tourne le dos.
21:32Martha contemple
21:33ses cheveux en brosse
21:34coupés ras
21:35sur son énorme nuque.
21:38La chose,
21:39au fond de sa tête,
21:40recommence à s'agiter,
21:42finit par affleurer
21:44au niveau de sa conscience.
21:46Martha s'approche
21:47d'un tiroir
21:48et l'ouvre.
21:49Lentement,
21:50elle prend
21:51un lourd couteau
21:53de boucher.
21:54Elle ne sait pas pourquoi.
21:56Seulement,
21:57cette chose
21:58lancinante
21:59dans sa tête
22:00lui dit de le faire.
22:01Elle lève le couteau
22:03en fixant
22:03l'énorme lame
22:04qui lui...
22:05« Tiens,
22:06encore autre chose ! »
22:07dit John Bran.
22:09Martha fait un pas vers lui.
22:10La chose,
22:11dans sa tête,
22:12hurle brusquement
22:13« Maintenant ! »
22:14la lame décrit dans l'air
22:16un arc étincelant,
22:17s'enfonce profondément
22:18dans le dos
22:19de John Bran.
22:21Il lâche
22:21un lourd grognement
22:22et s'affaisse en avant
22:24en travers de la table,
22:25puis glisse de côté
22:26et s'effondre
22:27sur le sol.
22:31Martha contemple
22:31le corps étendu
22:33et murmure
22:34« John ? »
22:37Le contenu
22:39de la poche droite
22:39du pantalon de Bran
22:40se répand
22:41en teintant
22:42sur les carreaux
22:42de la cuisine
22:43un petit canif,
22:44un porte-clés,
22:45quelques pièces.
22:47« John ? »
22:49répète Martha
22:50d'un air étonné.
22:51Et elle regarde
22:54le petit tas d'objets
22:55qui viennent de sortir
22:56de la poche.
22:57Une pièce
22:58de 10 cents,
23:00deux de 25,
23:01une autre de 10
23:02et encore une autre
23:04et quatre pièces
23:05de 5 cents.
23:07Un dollar de monnaie,
23:08exactement.
23:11Puis,
23:12elle s'avance
23:13jusqu'à la fenêtre,
23:16regarde au dehors
23:17et dit
23:17par-dessus son épaule
23:19« John ! »
23:21« Tu vas salir
23:23ton uniforme
23:24à rester comme ça ? »
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23:33Au cœur du crime,
23:34un podcast
23:35issu des archives
23:36d'Europe 1.
23:37Réalisation
23:38Julien Tarot
23:39Production
23:40Estelle Laffont
23:41Patrimoine sonore
23:42Sylvaine Denis
23:43Laetitia Casanova
23:45et Antoine Reclus
23:46Au cœur du crime
23:49est disponible
23:50sur le site
23:51et l'appli Europe 1.
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