00:00D'abord il y a eu Gisèle, et puis il y a eu Sophie, Lisa, Khadija et Marie, et ma copine Claire, et puis il y a moi aussi.
00:09Et puis toutes celles qui n'ont jamais rien dit.
00:11Je t'accuse
00:12J'ai eu du mal à le mettre ce mois aussi, c'était limite au départ plus facile de me cacher derrière d'autres prénoms.
00:21C'est une chanson qui a chamboulé ma vie, déjà en l'écrivant, je pense.
00:26J'étais seule face à mon mal-être, j'étais seule face à cette violence que j'avais subie et sur laquelle j'avais mis un mouchoir.
00:34Je pense comme la plupart des victimes parce qu'il y a eu des études sur le cerveau, mais je veux dire, le temps de comprendre le choc, la dissociation, la culpabilité qu'on porte.
00:43On se sent sale, on se sent honteux, donc on n'a pas trop envie d'en parler et on se construit avec ça en fait.
00:48Moi j'étais jeune adulte quand c'est arrivé et je me suis dit tout de suite que c'était probablement de ma faute.
00:54Et souvent on me demande pourquoi maintenant, moi-même, pourquoi mon cerveau en 2024, il a commencé à m'envoyer des flashbacks.
01:01Donc des flashbacks, j'en avais la nuit, j'en avais le jour de cette situation dont j'avais souffert et je ne m'étais pas remise entièrement.
01:09Et surtout que j'avais minimisé.
01:10Comme on apprend aux femmes en fait, souffrez en silence, n'éclaboussez pas de votre honte ou de quoi que ce soit.
01:16Donc j'ai gardé ça pour moi jusqu'au jour où la femme que je suis aujourd'hui a eu la force de dire aujourd'hui je suis prête parce que sur le moment je ne me suis pas défendue.
01:24Je n'ai pas eu les armes pour me défendre, je n'ai pas eu la force, je n'ai pas eu le courage.
01:27Aujourd'hui je l'ai.
01:28Je me suis enlevé un poids moi, je crois, ce jour-là.
01:30J'ai pleuré beaucoup devant mon piano mais c'était des larmes de réconfort au final et des larmes qui font du bien.
01:36Il y a tellement de nanas qui m'arrêtent dans la rue, que ce soit des jeunes, des moins jeunes, des femmes avec des enfants qui me disent merci pour moi et merci pour mes filles.
01:43Il s'est produit quelque chose de merveilleux, c'est que sous le clip, l'espace commentaire est devenu vraiment un espace d'expression où les gens vont aller raconter leurs témoignages, d'autres vont leur répondre, on te croit, on te soutient.
01:54J'ai l'impression qu'il y a une vraie solidarité qui s'est instaurée dans ces commentaires.
01:57Pour moi ce n'est pas évident de lire tous ces récits parce qu'on espère toujours qu'ils n'existent pas.
02:01Quand je vois des enfants de 6 ans qui chantent Je t'accuse par cœur, leur maman m'explique la raison.
02:08Je ne sais pas si je dois être heureuse de leur apporter un soutien et en même temps triste de me dire qu'à cet âge-là ils ont déjà connu la violence.
02:17Souvent le mot victime c'est vrai qu'il est associé à la fragilité, à quelque chose qui a été cassé, etc.
02:23Moi toutes les victimes que j'ai rencontrées jusqu'à présent ou du moins celles qui sont venues m'apporter leurs témoignages,
02:28j'ai ressenti beaucoup de force, de courage, de résilience, de dignité.
02:32Donc il y a quand même tout ça dans cette chanson, il y a la colère mais il y a aussi le courage de rester debout.
02:40Je sens dans ce regard qu'il y a plein d'émotions qui sont mélangées.
02:44Il y a de la force, il y a de la dignité, en même temps il y a un peu de la tristesse aussi, il y a de la colère.
02:50C'est dur pour moi d'être devant une caméra et de me montrer autant à nu.
02:55Ma mère, ça l'a vraiment chamboulé.
02:57Je pense qu'en tant que mère, ça l'a quand même beaucoup heurté de se dire que j'ai pu ressentir ça et qu'elle ne m'en a pas vraiment protégé, qu'elle n'a pas pu en tout cas.
03:05Je me suis aidée avec cette chanson et si elle a pu en aider d'autres, c'est encore plus merveilleux.
03:10Mais ce tournage aussi m'a beaucoup aidée parce que je pense que s'il n'y avait pas eu ce rassemblement, vraiment ce cri de rassemblement, de ralliement, je ne l'aurais pas vécu de la même manière.
03:19Même ce plateau télé que j'ai fait à Cet Avou, je décide finalement d'inviter des victimes pour mettre des visages sur des noms parce que souvent les victimes, elles sont classifiées avec des chiffres.
03:32On voit beaucoup des chiffres, on ne voit jamais des visages, on ne voit pas des prénoms, on ne voit pas des histoires de vie.
03:37Et ça, ça me gênait.
03:38J'avais envie qu'on montre qu'une victime, elle n'est pas qu'anonyme, elle ne doit pas se cacher cette victime.
03:43Aujourd'hui, on a le souhait de les montrer, tant pis si ça offusque un peu ou ça intrigue.
03:50Je n'avais pas envie que ce soit que des chiffres, ce sont des gens, ce sont des humains et avec des vraies histoires.
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