Ancienne journaliste mode et beauté, Charlotte Moitessier a souffert d’une addiction au shopping pendant 20 ans. Une dépendance taboue qui a longtemps fragilisé ses finances et ses relations. Après un déclic en fin d’année 2024, elle prend aujourd’hui la parole pour sensibiliser à cette frénésie acheteuse généralement tue.
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00:00Je te donne 200 euros et puis ça va te permettre de finir le mois et en fait j'ai couru au Galerie Lafayette et j'ai acheté pour 200 euros de lingerie.
00:07Bonjour, je m'appelle Charlotte Moitessier et je suis une ex accro au shopping.
00:11J'ai toujours aimé les jolies affaires, les petites robes en velours, les petites chaussettes en dentelle et ça c'était quand j'étais dans des quartiers populaires à Marseille, d'où je viens d'ailleurs.
00:21Mon papa m'a changé d'école pour des raisons pratiques parce qu'il travaille dans les quartiers sud et là j'ai eu un énorme choc.
00:26Donc j'ai réalisé qu'il y avait des enfants qui étaient plus fortunés que moi et je l'ai vu directement.
00:32Et à ce moment-là j'ai aussi perdu ma maman, ce qui fait que pour moi ces petites filles représentaient un idéal, un idéal de structure, un idéal familial et aussi un idéal esthétique.
00:44Ça a commencé à déraper en fait quand j'ai été étudiante, j'étais plutôt une étudiante pauvre parce que j'ai aussi perdu mon papa à l'âge de 18 ans.
00:51Donc j'avais parfois du mal à finir les fins de mois sans aucun misérabilisme parce que j'avais un toit, j'étais entourée, j'avais une famille donc ça c'est clair.
01:00En revanche quand j'avais une rentrée d'argent, ma tante un jour a essayé de m'aider en me disant écoute je vois que tu t'en sors pas ce mois-ci, je te donne 200 euros et puis ça va te permettre de finir le mois.
01:10Et en fait j'ai couru au Galerie Lafayette et j'ai acheté pour 200 euros de lingerie.
01:14J'ai été salariée dans un grand magazine féminin. Comme j'avais une estime de moi-même qui était très faible et comme je ne faisais que me comparer depuis que j'étais petite fille,
01:23j'ai juste continué sur ce chemin-là à me comparer. Et là je me suis comparée à la crème de la crème, je me suis comparée au magazine féminin français et c'était mon rêve de travailler là-dedans.
01:33Ça a été très dur parce que je n'arrivais jamais à accéder à ce milieu-là, même en y étant.
01:41En fin d'année 2024, mon fils a été très malade, on ne savait pas ce qu'il avait. Il a passé du temps à l'hôpital et finalement au bout de 4 mois, il en est sorti et il était complètement guéri.
01:51Pendant ces 4 mois, je n'ai pas acheté évidemment. À sa sortie d'hôpital, j'ai complètement décompensé. Et j'ai acheté en continu pendant une semaine.
01:58J'ai acheté peut-être pour 200, 300, 400 euros par jour. C'est une somme que je ne peux absolument pas me permettre de dépenser.
02:05Quand j'ai commencé à recevoir les colis qui arrivaient en masse, je me suis dit « Mais là, il y a un problème. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? »
02:12J'ai ressenti pour la première fois un sentiment de dégoût, d'écœurement presque physique qui ne m'était jamais arrivé avant.
02:19C'est-à-dire qu'avant ça, j'ai 20 ans de shopping très actif derrière moi et c'est la première fois que je me dis « Charlotte, maintenant il faut arrêter.
02:26Tu as un problème avec le shopping. »
02:30Mais je crois que pour les gens qui sont accros au shopping, vraiment la première chose à faire, c'est de trouver quelqu'un à qui en parler.
02:36Soit un thérapeute, soit une amie, soit un conjoint, mais quelqu'un qui ne va pas nous juger.
02:40En revanche, après, ce qui est difficile, c'est de se dire « Comment je ne vais pas replonger ? »
02:44Et en fait, pour ne pas replonger, il y a aussi des astuces à mettre en place, des techniques.
02:48Il y a le tracker de dépenses, il y a aussi la bienveillance envers soi-même.
02:51Quand on est accro au shopping, on a tendance à être extrêmement dur.
02:55On se sent coupable, on se sent presque sale, on se sent honteuse parce qu'on fait quelque chose qu'on sait ne pas être normal ou dans les clous.
03:03Si on fait une rechute, et ça m'est arrivé dans l'année, j'ai fait des rechutes.
03:07J'ai laissé passer et j'ai mis en place des choses pour me permettre de revenir dans un fonctionnement d'achat normal.
03:15Au lieu de prendre mon téléphone, l'éteindre, ne pas se crawler, me faire un gâteau, aller marcher, pas en ville évidemment.
03:23C'est une transformation très profonde qui arrive quand on arrête d'acheter de cette manière.
03:29Parce que, par exemple, moi, j'ai énormément économisé.
03:32Avant, je ne pouvais pas remplacer ma machine à laver ou subvenir à un contrôle technique, par exemple, de ma voiture.
03:39Parfois, j'ai eu beaucoup de mal à payer certaines factures.
03:42Aujourd'hui, je n'ai plus cette charge mentale de me dire « Ouh là là, mais comment je vais faire le mois prochain si jamais il m'arrive quelque chose ? »
03:49J'ai ce petit matelas de sécurité qui est très important financièrement.
03:53Et on sait très bien que la liberté financière, alors je parle pour les femmes, est fondamentale pour se sentir libre.
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