00:00On n'a pas eu d'auditeur, et encore, donc on va écouter Michel. Bonjour Michel, qui est chef d'entreprise. Bonjour Michel.
00:06Oui, bonjour Pascal, bonjour les intervenants.
00:09Bonjour Michel.
00:10Bon, je reconnais votre voix, vous êtes du sud-ouest, je crois, Michel.
00:13De Toulouse, de Toulouse, si tu vas.
00:15De Toulouse. Il fait beau à Toulouse ?
00:18Il fait très très beau, il fait 27 degrés, c'est très agréable.
00:21Bon, vous êtes chef d'entreprise dans quel domaine ?
00:23Je suis chef d'entreprise dans le bâtiment.
00:25En fait, je suis à la retraite depuis 4 ans, mais je suis toujours chef d'entreprise, puisque je travaillerai jusqu'à ce que je pourrais, parce que c'est un plaisir de travailler, voire une nécessité.
00:35Bon, est-ce que demain vous allez être impacté par ce mouvement de grève et ce mouvement de manifestation ?
00:43J'ai organisé deux chantiers qui sont dans les extérieurs de la ville pour faire en sorte de ne pas être impacté.
00:51Les gars iront travailler un petit peu plus tôt, et on fera en sorte d'éviter les soucis, puisque nous n'irons pas un centre-ville qui est déjà en train de se barricader.
01:00Vos employés, vous... Oui, bien sûr.
01:03Se barricader, oui.
01:04Ben évidemment.
01:05Ah oui, c'est-à-dire mettre devant sa vitrine des grilles en fer, mettre devant sa vitrine des plaques de panneaux bois OSB, j'appelle ça se barricader.
01:15Oui, mais ça devient presque normal, maintenant.
01:17On s'est habitués, en tout cas, à ces images, et vous avez parfaitement raison.
01:21Vous avez parfaitement raison, Elisabeth.
01:22La banalisation devient dramatique.
01:24Combien d'employés vous avez dans votre entreprise ?
01:27J'ai sept collaborateurs et collaboratrices.
01:30Est-ce qu'ils expriment une colère sociale ?
01:34Non, parce que j'ai la faiblesse d'imaginer que je suis un chef d'entreprise humain, c'est une petite structure, et ils sont plutôt dans le fonctionnement naturel, et moi également, dans ce qui les concerne.
01:51Donc, moi, je n'ai jamais eu de problème, enfin, jamais eu, j'ai rarement eu des problèmes avec mes collaborateurs, parce que si l'entreprise se développe et fonctionne,
02:00c'est parce qu'ils existent, et qu'ils sont encore plus importants sûrement que moi.
02:05Donc, je leur fais sentir cet état d'esprit, et moi, j'ai la chance que ça fonctionne globalement très très bien.
02:12Il y a tous les métiers du bâtiment, j'imagine, électricité, peinture...
02:16Et l'entreprise générale, tout à fait.
02:18Voilà, car là, bon, j'entends que souvent, ces métiers-là, aujourd'hui, c'est plus compliqué, c'est résumé par la phrase, on n'y arrive plus.
02:26C'est-à-dire qu'on ne part pas forcément en vacances, on a du mal à faire des courses.
02:31Mais chez vous, un employé, un ouvrier d'ailleurs, je crois que c'est un ouvrier dans ces cas-là,
02:38est-ce qu'on peut avoir une fourchette de salaire qu'il perçoit dans votre entreprise ?
02:44Je les paye plus que correctement, oui, mais ils touchent entre, allez, je vais dire, 1950 et 2200 euros net par mois.
02:53Alors, c'est les sommes que j'entends aujourd'hui, où beaucoup de gens disent qu'avec ces sommes-là, ils n'y arrivent pas.
03:00Non, ils n'y arrivent pas.
03:00Donc, 2200 euros pour, si on a 45 ans et des enfants, alors si sa femme travaille bien, c'est bien,
03:10mais si les enfants sont en bas âge, parfois, c'est souvent encore la femme qui ne travaille pas,
03:17parce que c'est dans notre culture, souvent, c'est plus la femme qui s'arrête de travailler que l'homme qui s'arrête de travailler,
03:22même si les choses changeront, j'imagine.
03:25Donc, est-ce qu'ils expriment précisément une difficulté de vivre qu'ils n'exprimaient pas il y a 20 ans pour les mêmes postes ?
03:33Le problème, c'est que, comment dirais-je, ils sont résignés et furieux d'être résignés.
03:43Et ça, c'est, je considère, vous savez, Saint-Augustin de Lisée, vous le savez, à force de tout voir, on finit par tout supporter,
03:52à force de tout supporter, on finit par tout tolérer, à force de tout tolérer, on finit par tout accepter,
03:56à force de tout accepter, on finit par tout approuver.
03:59Tout à l'heure, quand on parlait des barricades, on trouve ça normal de protéger son magasin.
04:03C'est normal, c'est normal, mais c'est dramatique.
04:06Mais c'est anormal, bien sûr.
04:06Aujourd'hui, les salariés passent sous les fourches godines d'un fonctionnement politique et économique qui est maîtrisé par personne.
04:18Mais vous ne pouvez pas les payer plus, par exemple.
04:20Si vous les payez davantage, vous mettez en danger la société.
04:23Ah oui, tout à fait, je ne peux pas.
04:25Parce que les matériaux ont énormément augmenté, et pour faire en sorte que nous puissions assurer et signer des chantiers,
04:30on est obligé de taper sur sa marge, et donc forcément, il ne reste pas grand-chose.
04:36Mais vous savez, Pascal, ce n'est pas le sujet du débat, là.
04:39Mais moi, j'ai une vision économique qui est très, très, très particulière,
04:44qui est de dire qu'il faut baisser...
04:47Alors, je sors complètement.
04:49Je pense que si on veut que la France en sorte, il faut un new deal.
04:52Il faut fondamentalement repenser le fonctionnement de notre société.
04:56Moi, je prône le fait de baisser les charges sociales de 20%
05:00et d'augmenter de 20% le salaire des collaborateurs.
05:06Alors, on dit oui, mais l'État ne va pas percevoir de taxes.
05:10C'est faux, puisqu'ils vont récupérer, sur la consommation de l'argent que l'on va donner aux collaborateurs de la TVA,
05:16ils vont récupérer, sur cet argent-là, des charges sociales au niveau des salariés,
05:21et ça va booster l'économie.
05:23Donc, forcément, il va y avoir naturellement un effet de reprise.
05:28Mais en même temps, l'intérêt, c'est qu'on va créer un vrai écart entre ceux qui ne travaillent pas,
05:33qui sont au chômage, et ceux qui vont travailler et qui auront largement un excellent salaire.
05:37Donc, ça redonnera l'envie de travailler à ceux qui n'ont pas envie.
05:40Et je comprends qu'une femme qui a un gamin à garder et qui en allant travailler
05:45perd de l'argent, entre guillemets,
05:47parce qu'il faut faire garder le petit dans les crèches, etc.,
05:49et qu'elle habite peut-être à 20 minutes au-delà de la ville.
05:51Je le comprends.
05:52Avec un tel écart, cela changerait.
05:54Et également, il faudrait revisiter le système de fonctionnement des indemnités en disant,
05:59le chômage, à l'époque, le chômage, c'était pour passer un temps
06:03afin que les personnes retrouvent de l'activité.
06:06Aujourd'hui, ça devient un salaire.
06:07C'est devenu un système, pour certains.
06:08Donc, pour moi, il faut aujourd'hui dire,
06:10le chômage, c'est un an, au bout d'un an, il n'y en a plus,
06:13et au bout de six mois, déjà, c'est 50%.
06:16Comme par hasard, il va y avoir des personnes qui vont se remettre à travailler.
06:19Oui, mais Michel...
06:20Écoutez, je finis par ça, écoutez.
06:22Et les personnes qui ne peuvent plus travailler,
06:24parce qu'ils n'ont pas de formation, etc., etc.,
06:26un chômeur, ça coûte 20 000 euros, à peu près, à l'État.
06:30Eh bien, des chômeurs, il faut les remettre dans les entreprises,
06:33qu'ils soient formés dans les entreprises à des métiers,
06:35et donner ces 20 000 euros aux chefs d'entreprise,
06:38qui vont prendre en charge la formation,
06:40qui sera qualifiante et qui permettra à quelqu'un
06:42qui aura été formé à un nouveau métier,
06:44au bout d'un an ou au bout de deux ans,
06:45de pouvoir éventuellement s'installer à son compte.
06:48Il faut redonner le travail, le goût du travail,
06:51et permettre à ceux qui savent former,
06:53et ne pas laisser un gamin pendant 3 ans ou 4 ans dans un CFA,
06:57avec 50% d'un côté et 50% de l'autre,
07:00il faut repenser notre fonctionnement.
07:01Il faut le repenser.
07:02Michel, en tout cas, merci, mais là où je vous rejoins,
07:06et on est tous d'accord, c'est qu'il faut changer l'état d'esprit.
07:09Et cet état d'esprit, il doit être tourné vers le travail,
07:11et aujourd'hui, il ne l'est pas.
07:13Et un état d'esprit, c'est très difficile,
07:15parce que ça ne se décrète pas, un état d'esprit.
07:17Par définition, voilà, c'est des années et des années
07:21de formation, de culture, de rapport au monde,
07:26de rapport à l'entreprise, de rapport à l'école, et tout ça.
07:29Et c'est ça qui est compliqué.
07:30Je vous remercie, en tout cas, et merci de ce témoignage
07:32qui était très inspirant, très intéressant.
07:36Vous vouliez dire quelque chose, Elisabeth ?
07:37Oui, je voulais juste ajouter là, on parle des salariés,
07:39et je suis très contente que Michel ait pu organiser sa journée de demain
07:42pour ne pas être vraiment impacté.
07:45Moi, je pense aussi au patron que je reçois dans l'émission,
07:48à la France Bourge, et il y en a un qui m'a dit,
07:51il y a quelques jours, c'était le patron du groupe Promod,
07:54une ancienne de textile, il nous disait que tous les magasins
07:57fermés le jour des grèves, donc barricadés,
07:59comme ce que vient de nous raconter Michel,
08:01c'est plusieurs dizaines de milliers d'euros perdus en une journée
08:05qui ne seront jamais rattrapés.
08:07En attendant, il doit payer des salaires,
08:09il doit payer de la marchandise, il doit payer des fournisseurs,
08:11il doit payer des transports,
08:12il doit payer des livraisons, et ce ne sera jamais retrouvé.
08:15Et en plus, le magasin peut être attaqué,
08:16donc c'est encore autre chose.
08:18Donc, il faut aussi penser au patron.
08:20Dernier mot, Gauthier Lebrecht.
08:21Sur la résignation, parce qu'on s'habitue effectivement
08:23à avoir ces scènes et à avoir des commerces qui se barricadent,
08:26il y a quelque chose que je ne supporte pas,
08:28qui me rend même fou,
08:29c'est quand on a certaines personnes
08:32qui nous expliquent, mercredi la semaine dernière,
08:34ça ne s'est pas trop mal passé.
08:36Ça ne s'est pas trop mal passé,
08:37parce qu'il y avait 80 000 policiers dans les Russes,
08:40ce qui est déjà énorme,
08:41parce qu'ils n'ont pas réussi à tout bloquer.
08:44Et donc, on se résigne, ça ne s'est pas trop mal passé.
08:45Il y a l'extrême-gauche qui a pris la place de la République,
08:47qui a pris des quartiers de Marseille,
08:49de Nantes, de Rennes.
08:50Ils ont attrapé une militante de Némésis par les cheveux,
08:53ils l'ont plaqué au sol.
08:54Ils ont frappé des policiers,
08:55ils ont lancé des pavés monstrueux
08:57de par leur taille sur les policiers.
09:00Mais ça ne s'est pas trop mal passé.
09:02En fait, c'est insupportable d'avoir ces scènes-là,
09:04même si ce n'est pas une violence
09:06qu'on n'arrive pas à contrôler.
09:08Heureusement, grâce aux policiers qui l'endiguent,
09:10on ne peut pas dire que ça ne s'est pas trop mal passé,
09:12il ne faut pas s'y habituer.
09:13Vous avez parfaitement raison.
09:15Et c'est les mots de Saint-Augustin,
09:17qui est donc le saint patron des gens du bâtiment.
09:20Et ce que disait Michel est tout à fait juste,
09:23c'est qu'on s'habitue à ce qu'on ne devrait pas s'habituer.
09:26Mais vous l'avez parfaitement résumé, cher Gauthier Lebray.
09:30Mais si on se dit tout le temps, ça pourrait être pire.
09:33La résumation, c'est ça.
09:35C'était pas terrible, mais ça aurait pu être pire.
09:38Ils avaient cassé 50 boutiques au lieu d'un...
09:40Ce sentiment-là, c'est le sentiment des pays
09:44qui sont en train de sombrer.
09:45Croyez-moi, l'Amérique, que je connais un peu,
09:48l'Amérique s'est redressée à chaque fois
09:50parce que les gens ne le voient pas comme ça.
09:52Les gens ne disent pas,
09:52« Ah bah oui, Trump, c'est pas terrible,
09:54mais ça pourrait être pire, etc. »
09:56Les gens, au contraire, se disent,
09:57« Il faut y aller et y mettre la main à la patte,
10:00et ça marche ! »
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