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  • il y a 4 mois
Dans cet extrait diffusé le 20 novembre 2017 dans 20h30 Le Mag sur France 2, Michel Sardou revient sur son ami Johnny Hallyday. Un témoignage rare et émouvant à quelques semaines de la disparition de l’idole des jeunes, où Sardou évoque leur relation et l’importance de Johnny dans la chanson française.

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Musique
Transcription
00:00Il avait d'abord un rêve entré à la comédie française, mais c'est en chantant qu'il s'est imposé à la clé 50 ans de carrière, 100 millions d'albums vendus, des titres qui résonnent chez les français et aujourd'hui une dernière tournée pour justement vivre encore plus librement sa passion pour le théâtre.
00:21– Bonsoir Michel Sardou. – Bonsoir. – Merci d'être avec nous. Le principe de cette émission, d'abord cette fresque, des visages, des moments de vie que vous voyez apparaître derrière moi avec plusieurs visages.
00:32On va y voir Brel, on va y voir Alain Delon, François Mitterrand ou encore Johnny Hallyday. On va justement commencer par quelques images.
00:39Elle date de 1978. À l'époque vous étiez trois, vous chantiez, c'était des émissions qu'on aimait beaucoup, c'était les Carpentiers, regardez.
00:47– Toute la musique que j'aime – Ça c'est le blues. – Ouais.
00:53– Elle vient de là, elle vient de blues.
00:57Les mots ne sont jamais les mêmes.
01:01– C'est vrai ?
01:02– Pour exprimer ce qu'est le blues, yeah.
01:05– J'y mets mes joies, j'y mets mes peines.
01:09– Même avec les lumières, c'est là.
01:11– Et tout ça, voyez-vous, eh bien ça devient du blues. C'est comme je vous le dis.
01:15– Je le chante autant que je l'aime, mais je le chanterai toujours.
01:24– Bon look, bon style, toute une époque.
01:28– C'était formidable cette époque-là.
01:30Parce qu'on était… On faisait les émissions en bande en fait.
01:35Alors on nous reprochait de dire c'est toujours les mêmes.
01:37Parce que, évidemment, c'était Johnny, c'était Eddie, c'était moi, c'était Claude.
01:40C'était bon… Enfin en France, on n'a jamais eu 150 vedettes en même temps.
01:45Donc on était… Alors comme c'était tous les samedis, on s'invitait les uns les autres.
01:50On improvisait des sketchs, on décodait un peu, on se lâchait un peu.
01:55C'était très sympathique.
01:57– Il y a un ami là qui se bat en ce moment contre la maladie ? Un mot ?
02:00– Johnny ?
02:01– Oh, j'aimerais dire plus qu'un mot.
02:04Parce que sinon, je trouve qu'il a un sacré courage quand même.
02:11Un vrai courage.
02:12Parce que…
02:15Il a été jusqu'au bout de la tournée des Canailles.
02:20Il n'était pas très bien.
02:22Non pas sur scène, mais intérieurement, je veux dire.
02:25Là, j'apprends qu'il manque de souffle.
02:32Et il sort.
02:34Il se bat, quoi.
02:35Ça ne m'étonne pas de lui, ça.
02:38Ça ne m'étonne pas de lui.
02:39– Alors on va parler de ce dernier album.
02:41Le choix du fou album qui est aujourd'hui en tête des ventes.
02:45Est-ce que ça vous surprend toujours, ce succès ?
02:48Ça, à chaque fois, c'est pareil.
02:49– Ça, à chaque fois.
02:50À chaque fois, je me dis, le disque que je suis en train de faire là aujourd'hui, c'est mon dernier.
02:53– Oui, c'est le dernier, mais enfin, il marche à chaque fois.
02:56Au départ, vous vous êtes tout de suite dit, ça ne va pas durer, cette histoire.
02:58– Mais non, ça ne marchait pas du tout.
03:01Mes premiers disques que j'ai fait chez Barclay,
03:03je me suis fait virer de la maison assez vite,
03:06parce que je ne vendais pas assez de disques.
03:08J'en vendais beaucoup, mais c'est ma mère qui les achetait,
03:11enfin, ceux que je vendais.
03:11– En même temps, les plus grands succès, souvent, vous dites,
03:15je m'en fous, ça ne devait pas marcher.
03:17Vous ne le sentiez pas.
03:17Les lacs du Connemara, au départ.
03:19– Mettez-vous à ma place.
03:20On était à une époque où les chansons duraient 2 minutes 30, 2 minutes 40.
03:26– Là, c'est une balade irlandaise qui dure 7 minutes.
03:27– 7 minutes 40.
03:29Et je lui dis, mais les Français s'en foutent d'un mariage irlandais
03:33qui dure 7 minutes 40.
03:35Et heureusement, Pierre Delanoé et Jacques Revault m'ont dit,
03:41on n'en a rien à foutre de ce que tu dis, on sort la chanson.
03:44– Celui-là, vous l'aimez bien ?
03:46Parce que parfois, vous dites, je l'aime moins.
03:48– Celui-là, je l'aime bien.
03:49– Pourquoi ?
03:50– Parce que je n'en ai pas fait beaucoup.
03:52– Parce qu'il n'y a pas beaucoup de chansons écrite par vous.
03:54– Non, c'est d'autres auteurs qui m'ont amené des idées.
04:00C'est mon premier musicien, Pierre Billon, qui l'a réalisé.
04:06Et ils m'ont trouvé des sujets auxquels je n'aurais pas pensé.
04:10– Oui, c'est plus calme, c'est plus apaisé.
04:12On parle du pape, ça c'est une surprise.
04:13– Je parle du pape.
04:14– Pourquoi, lui ?
04:15– Ce n'est pas moi qui ai décidé.
04:17On m'a appris le texte, je le chante, parce que j'ai trouvé ça formidable,
04:20que le pape doute.
04:22Et c'est normal qu'il doute, c'est un homme.
04:27Ensuite, il y a le médecin de campagne.
04:29J'ai trouvé ça charmant.
04:32J'ai trouvé ça charmant et peut-être important d'en faire une sur ces gens-là
04:37qui sont de plus en plus absents.
04:40Il y en a une où c'est une position un peu lourde.
04:43– L'écologie ?
04:44– Non, pas l'écologie.
04:45L'écologie, c'est gentil, mais enfin, ça va.
04:50– Ça va.
04:50– Oui, je vais dire la chanson, ce n'est pas une prise d'opposition.
04:54– C'est consensuel, ce n'est pas du sardou qui cogne.
04:56– Personne ne va venir m'engueuler parce que je dis que…
04:59je ne crois pas.
05:00Par contre, en revanche, il y a une chanson sur la fin de vie.
05:09Je ne veux pas dire sur l'euthanasie parce que ce n'est pas vraiment l'euthanasie.
05:13C'est un homme qui veut avoir le choix.
05:15Un homme qui est foutu, qui sait qu'il est foutu, qui ne reviendra pas.
05:20– Vous pensez qu'on a besoin d'avancer encore sur ça ici, en France ?
05:23– J'ai l'impression.
05:23– Par rapport à d'autres ?
05:24– Parce que j'ai connu ça.
05:26J'ai été proche de gens, d'hommes qui ont eu ces fins-là.
05:33Et je me dis, au fond, merde, il est libre, quoi.
05:37Il ne s'en sortira pas, il ne reviendra pas.
05:39On va le maintenir en vie, mais quoi ?
05:41On va le faire respirer.
05:43Il va être accroché à un fil.
05:45Et l'auteur dit, même accroché à ce fil, j'ai encore des droits.
05:49Alors ainsi soit-il, puisque j'ai fait mon choix, qui même me tue.
05:53J'ai trouvé cette phrase formidable.
05:55– On va regarder quelques-unes.
05:56– Alors peut-être que là, je vais me faire engueuler, parce qu'évidemment…
05:58– Non, parce que c'est un débat passionnant, éthique, qui touche l'intime.
06:02Une famille, une personne peut dire quelque chose un jour,
06:05et peut-être le jour où il se retrouvera confronté à cela, il n'osera pas.
06:08C'est une question lourde, pesante, que toutes les familles…
06:10– Mais par contre, il faut mentionner que les médecins ne peuvent rien.
06:13Il faut que l'homme choisisse, puisse avoir le droit de dire,
06:17moi, je rentre à l'hôpital, par exemple, je remplis un papier.
06:20Ça m'est arrivé plusieurs fois.
06:22Or, c'était pas grave, c'était pas des trucs…
06:26Mais quand même, on sait jamais, des fois, il peut se passer quelque chose.
06:29Mais toujours, je remplis un papier ou je marque, débranchez-moi.
06:34Voilà.
06:35– C'est pas en tout cas d'actualité, on va regarder tout ça.
06:38Vous étiez sur Sannière soir, à Lille, avec un public,
06:41toujours là, toujours au rendez-vous,
06:43Imaginier Vincent Fischmann, on regarde tout ça,
06:45et on se parle juste après ça.
06:47Sous-titrage MFP.
06:49– Sous-titrage MFP.
06:51Sous-titrage MFP.
07:21– Sous-titrage MFP.
07:28– Vous êtes le meilleur public du monde, vous.
07:33– C'est pas impossible que le public de l'île soit le meilleur public du monde.
07:36– Public du Nord, c'est ma fibre du Nord.
07:36– Le public du Nord est toujours formidable.
07:38Et le Sud aussi.
07:39– Ça va pas vous manquer, franchement ?
07:42Forcément ?
07:42– Non, non, non, non, non.
07:44C'est marrant, on me pose souvent cette question…
07:47– C'est plus possible, entre guillemets ?
07:50– Non, mais c'est…
07:51Attendez, si je disais, j'arrête pour, je sais pas,
07:54m'acheter une baraque dans les îles et aller à la pêche,
07:59je dirais, ça va me manquer,
08:00parce que forcément, au bout d'un moment, je vais m'emmerder.
08:02Mais là, je continue le spectacle.
08:05Le spectacle est toujours là.
08:07– Bien sûr.
08:07– Je vais les faire rire, je vais peut-être les faire moins rire,
08:10je sais pas, je vais voir ce que les pièces qui viennent vont me donner.
08:13Mais je reste dans le spectacle, je reste devant le public.
08:18Vous comprenez ?
08:18– Bien sûr.
08:19– C'est pas quelqu'un qui débranche d'un seul coup et qui dit,
08:23voilà, j'ai du pognon, je vais aller dans ma maison de campagne,
08:27puis je vais attendre que ça se passe.
08:27– On va écouter quelqu'un qui, en 1966, nous annonçait qu'il quittait la Seine.
08:33Vous le connaissez, vous l'avez rencontré,
08:34il vous a même donné un petit conseil lorsque vous aviez 20 ans.
08:38C'est Jacques Brel, on l'écoute, archive.
08:40– J'arrête de chanter.
08:42Il y a quand même des raisons de l'abandonner,
08:43on n'abandonne pas comme ça, on ne laisse pas tomber le public,
08:47selon la phrase consacrée.
08:48Vous le faites pourtant.
08:53– Mais non, mais non.
08:57Il y a 15 ans que je chante.
08:59– Oui.
08:59– C'est marrant, personne n'a voulu que je débute et personne ne veut que je m'arrête.
09:08Mais là, j'ai envie de respirer un peu.
09:14C'est pour aller voir, c'est pour avoir le temps d'aimer, justement.
09:17J'ai un rythme de vie où je n'ai peut-être plus très bien le temps d'aimer.
09:19J'ai envie d'aller voir, de regarder, de m'offrir le temps de me taire.
09:29C'est bon, ça.
09:31C'est ça que j'ai envie.
09:33C'est que ça.
09:36Ça s'appelle la liberté.
09:38– La liberté revendiquée par Jacques Brel.
09:41– Mais il ne dit pas toute la vérité.
09:43– Pourquoi il partait ?
09:44– Parce que moi, quand on a parlé ensemble, j'avais 20 ans,
09:47et il était mon cadeau d'anniversaire.
09:50Et je ne savais pas trop quoi lui dire.
09:53Je voyais une montagne devant moi, comme ça.
09:56Et il m'a dit, tu sais, je vais te donner un conseil,
09:58c'est le seul que je te donnerais.
10:00Un jour, si tu sens que tu réécris les chansons que tu écrivais à tes débuts,
10:04arrête.
10:05T'es cuit.
10:05T'as tout dit.
10:06– Et là, vous vous êtes dit quoi ?
10:08– Je suis arrivé au bout.
10:10J'ai tout dit.
10:12Alors, bon, la preuve, c'est que là, j'ai fait une demi-chanson.
10:15Alors, ils veulent tous dire que j'ai fait deux chansons, c'est pas vrai.
10:18J'ai fait une demi.
10:19Pour voir si je savais encore me démerder.
10:22– Gratouiller de trois trucs.
10:23– Voilà, c'est tout.
10:25Mais c'est ça la vraie raison.
10:27C'est qu'à un moment donné, on a fait le tour.
10:29Il y a Caznavour qui n'a pas fini de faire le tour.
10:32Mais les autres, oui, au bout d'un moment, on bute sur la rime,
10:36on bute sur l'idée.
10:37– Alors, vous avez toujours une fâcheuse tendance à vous dénigrer,
10:40elle ne va pas vous mettre au rang de Brassens, Ferret, Ferrat, Montand,
10:43on vient d'entendre Caznavour, on va parler de tout ça.
10:46Le côté bougon fait partie de Voisy.
10:48Moi, je connais aussi celui qui nous fait rire.
10:50On a choisi ça comme élément de portrait, celui qui nous fait rire.
10:53Vincent Descaches, Vincent Massot, et puis Claradès.
10:57Et on commande tout ça, vous allez voir.
10:59– D'accord.
10:59Pour beaucoup de gens, Michel Sardou, c'est ça.
11:06Un homme un peu austère qui a parfois tendance à se prendre un peu trop au sérieux.
11:16Une image qui lui colle à la peau depuis presque 50 ans.
11:19– Il y a la mythologie Sardou qui fait que c'est un personnage qui est toujours un peu
11:28en train de faire la gueule, en train de rouspéter, de bougoler.
11:33Mais cette image de râleur serait un malentendu.
11:36Tous les gens qui le connaissent le disent,
11:38Michel Sardou est drôle.
11:41La preuve.
11:41– Écoutez, mes plus grands soutiens, j'ai jamais voulu les sortir.
11:45C'est bien simple, quand il m'arrache, je trouvais ça chiant comme la pluie,
11:497 minutes, 7 minutes 45 sur un mariage irlandais,
11:52je dis, il va faire chier tout le monde.
11:54Les balles populaires, ça me faisait chier à mort.
11:57Je détestais ça.
11:58– Le rire du sergent.
11:59– Le rire du sergent.
12:00– Oui, ça.
12:01– La maladie d'amour.
12:03– Mais si, non.
12:03– Il a tendance à se dénigrer, à tourner tout au ridicule.
12:09Cet aspect de sa personnalité est moins connu par le grand public.
12:13– En fait, Michel Sardou se serait construit un personnage
12:17aux antipodes de ce qu'il est vraiment.
12:19– Quand vous n'êtes pas très avenant comme ça aux premiers abords,
12:23on n'a pas envie de venir vous claquer sur l'épaule et vous dire
12:25« comment ça va Mimi ? »
12:27C'est une espèce de carapace pour essayer de se protéger des autres
12:32et de rester tranquille et peinard.
12:33– Le rire du sergent.
12:36– Pourtant, dès le début de sa carrière,
12:38Sardou n'hésite pas à casser son image.
12:40Manieré dans le rire du sergent,
12:50quitte à être taxé d'homophobe,
12:52en chantant simplement quelques chansons d'amour.
12:56Sardou n'hésite pas à se moquer de lui-même.
12:59– C'est un cabinet à la voie sans se dénigrer,
13:01femme chirurgien esthétique,
13:03être un major de promotion,
13:05parler si langue, ça tue marron,
13:07championne du monde des culturistes.
13:09– Il aime bien se foutre de sa gueule,
13:10il a une certaine autodérision dont il se sert très bien.
13:14– D'ailleurs au théâtre,
13:15ce n'est pas le Sardou austère que le public vient voir,
13:18mais bien celui qui fait rire.
13:19– C'est moi quand j'étais petit garçon,
13:22tu sais quand c'est la chanson du mec,
13:23je ne sais plus qui,
13:24quand j'étais petit garçon.
13:25– C'est un acteur comique,
13:30il n'a pas besoin de faire des efforts
13:32ou de rentrer dans une composition pour être drôle.
13:35Il arrive sur scène, il ne dit rien,
13:36les gens rient d'avance,
13:38sans savoir ce qui va se passer.
13:40Et ça c'est un talent,
13:41voilà, on l'a ou on ne l'a pas.
13:43– Au début j'étais même jaloux,
13:45bon c'est ton peur.
13:45– Dans cette autre pièce,
13:47Michel Sardou fait rire le public,
13:48mais aussi ses partenaires,
13:50parmi lesquels son propre fils.
13:51– C'est trop vieux pour me faire peur.
13:55– Je ne peux même pas compter le nombre de fou rires
13:57qu'on a eu sur scène en jouant Secrets de famille.
13:59Moi je me suis marré,
14:00et je me marre encore,
14:01et j'espère qu'on se marrera encore longtemps.
14:05– Je n'ai pas qu'on soit feignant par ici.
14:07– Et si vous vous demandez
14:09pourquoi Sardou a l'humour dans le sang,
14:11la réponse est peut-être du côté
14:16de ce papa comédien et chansonnier,
14:18Michel est bien le fils de Fernand.
14:23– Enfin il y a une fois,
14:23il n'a pas eu beaucoup d'humour,
14:24c'est quand vous lui avez annoncé
14:25que vous voulez chanter,
14:26qu'est-ce qu'il a dit ?
14:27– Non, non, je lui ai dit
14:28je veux être un…
14:29– Un comédien ?
14:29– Un acteur.
14:30– Il dit quoi ?
14:31Il réagit comment ?
14:32– Il réagit comme on devrait tous réagir.
14:35Il m'a dit d'accord,
14:36d'accord, arrête les études,
14:38je t'ai payé des belles écoles,
14:40en plus j'étais assez brillant
14:41comme élève,
14:44il m'a dit voilà,
14:45tu veux être acteur ?
14:46Un, il faut que tu en vives.
14:48Il a ouvert la porte,
14:49au revoir.
14:50– Vas-y.
14:51– Tu n'habites plus chez moi,
14:52tu n'habites plus chez tes parents,
14:53sauf si tu es malade.
14:56Là tu m'appelles,
14:57tu as le droit de revenir pour te faire.
14:58Et il a refermé la porte.
15:00Et j'ai fait des tas de boulots,
15:01des tas de trucs,
15:02des tas de figuration,
15:03des tas de…
15:04Enfin je me suis débrouillé,
15:06ça a duré quelques années,
15:07je n'étais pas du tout triste.
15:08Mais j'ai trouvé ça formidable
15:11de dire à un jeune,
15:13attention,
15:13ce n'est pas ce que tu crois,
15:14mon Dieu.
15:14– Vas-y.
15:15– Il faut en vivre.
15:17Et là on se rend compte d'un seul coup
15:19qu'il y a des milliers de mômes
15:20comme moi
15:21qui sont en train,
15:22qui ont eux aussi envie
15:24d'être acteur.
15:25Et là,
15:26là c'est autre chose.
15:27– Alors l'acteur,
15:28l'apprenti acteur
15:29va devenir chanteur,
15:30c'est une forme de malentendu.
15:32Vous vous rendez à une audition
15:33à la place d'un autre musicien.
15:34– Méchant engagé, oui.
15:36– Il y a quelqu'un
15:37qui est témoin de tout ça,
15:38il s'appelle Michel Fuguin,
15:39il avait quelque chose à vous dire.
15:40– Oui, c'était la chanson de Fuguin,
15:41justement.
15:41– Eh bien voilà,
15:41justement,
15:42il a quelque chose à vous dire,
15:43regardez.
15:44– J'ai deux images
15:46qui sont assez précises encore
15:48dans mon souvenir.
15:50C'est une où tu passais
15:52l'examen de passage
15:53chez Barclay,
15:55où on a présenté
15:56tes quatre premières chansons,
15:58j'en avais fait la musique.
15:59Et j'ai encore l'image
16:01de Michel Sardou
16:02passant son test de passage
16:04devant Naps Lamarche
16:05et moi derrière
16:06avec une guitare
16:07qui t'accompagnait.
16:08Qui aurait pu dire
16:10que 53 ans plus tard,
16:12on serait encore là au taf ?
16:14Ça, c'est une image
16:15à laquelle je tiens,
16:16je me la garde,
16:17même si tu ne veux plus
16:17l'avoir que toi,
16:18dans ta tête.
16:19Et la deuxième,
16:21c'est les soirées
16:23qu'on passait à zoner
16:24entre Pigalle et Blanche
16:25et on rentrait chez toi,
16:27tu préparais
16:29un grand saladier de pâtes
16:30et tu avais une recette
16:32particulière,
16:33tu mettais un jaune d'œuf
16:34dedans,
16:34c'était délicieux.
16:36Est-ce que tu sais
16:37encore faire ces pâtes-là ?
16:39Et la question,
16:40c'est,
16:41est-ce qu'elles étaient
16:41si bonnes que ça
16:42ou est-ce qu'on avait
16:43simplement faim ?
16:45C'était les deux,
16:46Michel.
16:47Elles étaient très bonnes,
16:48mais je fais toujours
16:49les pâtes
16:49d'une façon formidable.
16:51Mais on avait faim aussi.
16:52Surtout faim aussi.
16:53Oui, surtout faim, oui.
16:55Parce que quand on écrivait
16:56nos chansons ensemble,
16:57on était une petite équipe
16:58comme ça.
16:59C'était un peu le club
16:59des poètes disparus.
17:02Et personne n'était
17:03du même avis.
17:04Personne n'était
17:05du même bord.
17:06Mais tout ça fonctionnait
17:08impeccablement.
17:09La musique faisait que
17:10Michel et moi,
17:13alors évidemment,
17:14ils m'engueulaient
17:14parce que je chantais
17:15pas assez bien.
17:16Moi, je l'engueulais
17:17parce qu'ils faisaient
17:17des musiques trop compliquées.
17:19Bref,
17:20c'était très amusant.
17:21Il est toujours actuellement
17:22justement en tournée.
17:23On va revenir à cette fresque
17:24avec un autre visage
17:26en préparant cette interview.
17:28J'ai découvert quelque chose,
17:29une passion pour le cheval
17:30commune avec un homme.
17:31C'est lui,
17:32c'est Alain Delon.
17:33Qu'est-ce qui se passe
17:33avec Alain Delon ?
17:34Un jour,
17:34il vous achète un cheval ?
17:35À 4h du matin.
17:36À 4h du matin.
17:37Il téléphone.
17:38Je ne sais pas
17:39si je peux raconter ça.
17:39Si, si, vous pouvez.
17:41D'accord,
17:41tu dis ça toi.
17:44À 4h du matin,
17:45le téléphone sonne,
17:46c'est Alain.
17:47Il me dit,
17:47il faut que je te dise un truc,
17:48c'est très important.
17:49je t'ai acheté un cheval
17:50et tu cours demain à Rome.
17:52Je dis,
17:53qu'est-ce que je fous de l'un cheval ?
17:55Et pourquoi je cours à Rome ?
17:57Bon.
17:58Et en fait,
17:59pour avoir ces couleurs,
18:00il faut avoir une certaine,
18:04comment dire,
18:06rectitude devant les renseignements généraux.
18:09Il était en plein dans la merde
18:11avec l'affaire Markovic.
18:13Donc,
18:13il ne pouvait pas avoir ces couleurs.
18:15Donc,
18:16le seul qui pouvait avoir ces couleurs,
18:17c'était moi.
18:17Moi,
18:18je n'étais avec personne,
18:20je n'étais pas emmerdé
18:20par les renseignements généraux.
18:22Donc,
18:22j'ai mes couleurs,
18:23on arrive à Rome le lendemain
18:24et figurez-vous
18:26qu'on bat le cheval
18:26le plus génial de l'époque,
18:28c'était Bellino 2
18:30et on gagne le championnat d'Europe.
18:33Pas mal avec Duc de Vry.
18:35Et puis après,
18:37j'oublie un peu le cheval,
18:38j'oublie le monde.
18:40J'avais un très bon entraîneur,
18:41c'était Désiré Allaire,
18:43qui avait un œil
18:44pour les chevaux formidables
18:45et je lui dis,
18:45écoute,
18:46tu sais,
18:46je suis en tournée tout le temps,
18:48je ne suis pas très bien avant.
18:50Et puis un jour,
18:51je me retrouve en Normandie,
18:53je me dis,
18:54merde,
18:54je vais me mettre bien un coup
18:55quand même dans les chevaux,
18:56j'adore les chevaux.
18:57Je fais de l'élevage,
18:58alors maintenant,
18:59je ne suis pas une entreprise,
19:00il ne faut pas charrier,
19:01j'en ai six,
19:02six trotteurs
19:03qui mangent bien.
19:04C'est pas mal.
19:05Déjà pas mal.
19:05Il y en a un autre comme vous
19:06qui avant avait beaucoup aimé
19:07les chevaux,
19:08c'était Jean Gabin.
19:08Oui,
19:09oui,
19:09oui,
19:09mais lui,
19:10c'était à l'échelon
19:11pas industriel,
19:13enfin,
19:13il faisait de l'élevage,
19:14un grand élevage.
19:15Moi,
19:15j'ai une poulinière,
19:16deux petits,
19:17dont un,
19:19qui est fils de champion du monde
19:20quand même,
19:21pardon.
19:22Oui,
19:22donc c'est pas une histoire
19:23en Irlande,
19:24il est revenu d'Irlande,
19:25elle est enceinte,
19:26elle est grosse comme ça
19:27et je vais me faire un malheur
19:29au ventre de Deauville.
19:30Voilà.
19:31On va revenir maintenant
19:32sur ces chansons,
19:33les vôtres qui ont parfois
19:34créé un peu de clivage,
19:36un peu fracturé la France.
19:37C'est Karine Komadzi,
19:38Manouet David et Camille Daon
19:39qui nous parlent tout cela
19:40et on débriefe juste après.
19:43Comme on est en France,
19:48on nous met une étiquette,
19:49ça c'est obligé.
19:51Quand j'ai chanté Les Ricains,
19:52j'ai eu,
19:53clac,
19:53fasciste.
19:54Si Les Ricains n'étaient pas là,
19:59vous seriez tous en Germanie
20:02à parler de je ne sais quoi
20:07à saluer je ne sais qui.
20:13Clac !
20:15La prochaine fois,
20:16je ne sais pas ce qu'ils vont mettre.
20:21À quoi l'empêchage ?
20:23J'avais plein de serviteurs noirs
20:25et quatre filles dans mon lit
20:27autant béni l'économie.
20:29Clac !
20:29Nationalisme.
20:33Bonsoir.
20:34La France a peur.
20:37Un doux enfant au regard profond,
20:39assassiné,
20:40étranglé.
20:41Chaque mère,
20:42chaque père
20:42a la gorge nouée
20:44quand il pense
20:45à cet assassin de 23 ans.
20:47Une relation
20:47des parents du petit Philippe.
20:48Tu as tué l'enfant d'un amour
20:52Je veux ta mort.
20:55Je suis pour...
20:58Alléluia !
21:00D'accord.
21:01Une manifeste contre les messages
21:03portés par les chansons de Michel Sardin.
21:05Il accuse de racisme,
21:06chauvinisme,
21:07sexisme
21:08et violence.
21:09Je ne suis pas pour
21:11la peine de mort,
21:13en fait,
21:13du tout.
21:14Ce que je regrette,
21:16si vous voulez,
21:16j'ai un instinct animal
21:18à ce moment-là.
21:19C'est-à-dire que si on touche
21:19à mon fils,
21:20c'est ce que je dis dans la chanson.
21:21Je tue.
21:22Clac !
21:23Fasciste.
21:27Ils ont le pétrole
21:29Mais ils n'ont que ça
21:32On a le bon vin
21:36On a le bon pain
21:37Etc
21:38Clac !
21:40Nationalisme.
21:43J'ai imaginé sans complexe
21:48Qu'un matin je changeais de sexe
21:52Que je vivais l'étrange drame
21:56D'être une femme
22:00Notre corps ne sera plus
22:02Votre capitale
22:04Notre corps ne sera plus
22:06Votre capitale
22:07Notre corps ne sera plus
22:09Votre capitale
22:09Avec les bonnes femmes,
22:09il y a toujours un problème,
22:10il y a toujours quelque chose.
22:11On ne peut pas se laisser aller
22:12vraiment devant des bonnes femmes,
22:13je trouve.
22:14Moi, j'aime finir ma soirée
22:15dans les goûts,
22:16dans leur vie,
22:17ça se termine,
22:18on est un peu bourrés.
22:19Et s'il y a une bonne femme au milieu
22:21et s'il y a une bonne femme au milieu,
22:21c'est foutu
22:22parce que ça ne suit pas.
22:24Je suis enceinte jusqu'au fond des yeux
22:26Qu'on a envie d'appeler monsieur
22:28Moi, je suis un peu misogyne.
22:30C'est une autre polémique maintenant,
22:31celle autour du bac G.
22:32Il va aussi diffuser un certain nombre d'idées
22:51qui sont fausses sur les jets.
22:54S'il s'en rend compte, c'est un salaud.
22:56S'il ne s'en rend pas compte, il est mal informé.
22:57J'ouvre le journal et je vois
22:59qu'une ministre de l'éducation nationale
23:02se met en colère, ça m'a surpris.
23:04Mais c'est bien aussi qu'une chanson
23:05fasse réagir comme ça, c'est agréable.
23:09Elles ont plutôt fait polémique, ces chansons.
23:11Elles ont créé une forme de malentendu.
23:13Vous dites parfois, on confondait moi
23:14et mon personnage.
23:15C'est-à-dire que le type qui parle du bac G,
23:16je ne sais pas, je ne sais pas,
23:18peu importe,
23:19il parlait du bac comptable.
23:22Moi, le bac G, pour moi,
23:23c'est le bac général.
23:24Oui, ce n'était pas le bac comptable.
23:26Je m'en fous du bac comptable.
23:27Au-delà de tout ça.
23:28Au-delà de tout ça, j'avais raison.
23:29Envie de dire des choses.
23:30Oui, je disais des choses, évidemment.
23:32Parfois trop ?
23:33Mais non !
23:34Misogyne, machiste, parfois un peu.
23:36Mais non, mais non.
23:37Écoutez, réfléchis deux secondes.
23:40Si j'étais ça,
23:41tu crois que j'aurais des salles comme ça
23:43depuis 50 ans ?
23:44Mais je vous pose la question.
23:46Non, les gens ne viendraient pas me voir.
23:48Si j'étais...
23:49Je chante l'Éricain,
23:49je combats le fascisme, au contraire.
23:51Ils sont quand même venus mourir en France
23:52parce qu'ils voulaient combattre Hitler.
23:54Hitler, ce n'était pas un...
23:56une partie de plaisir quand même.
23:58Enfin, c'est les farcés.
23:59Je n'habite pas loin de ma habite.
24:00Donc, je les vois, les croix.
24:02Et on me dit, les fachos.
24:06Alors, stupéfaction.
24:08Mais parce qu'à l'époque, c'était...
24:10J'arrivais, début de guerre du Vietnam.
24:12Anti-américanisme primaire.
24:15Tu vois ce que je veux dire ?
24:16Et moi, je m'en foutais de ça.
24:18Je voulais simplement dire aux mecs,
24:19vous t'avez arrêté de faire chier
24:21les Américains au Vietnam.
24:22On y a été aussi...
24:23On en a pris plein la gueule aussi.
24:25Souvenez-vous quand même
24:26qu'ils ont venu me sortir de la merde
24:27deux fois et on était mal.
24:29– En gros, vous me dites,
24:29vous les chanteriez toujours aujourd'hui.
24:31– Je les chante toujours.
24:32– Toujours, aujourd'hui sur scène.
24:33Une dernière question.
24:34On vous a toujours étiqueté,
24:35chanteur de droite,
24:36l'homme politique qui vous a le plus marqué,
24:38qui vous a invité à l'Élysée,
24:39avec qui il vous a partagé
24:40beaucoup de moments.
24:40– Qui m'avait mis à l'égion d'honneur.
24:41– Et qui vous a invité.
24:42– C'est François Mitterrand.
24:43Pourquoi lui ?
24:44Parce qu'il était pour vous ?
24:45– Je ne sais pas,
24:45il m'invite un jour à déjeuner.
24:47Enfin, lui, non.
24:48J'en suis un coup de téléphone
24:49du secrétariat.
24:50Vous êtes invité à déjeuner jeudi
24:52par le président de la République.
24:53Très bien, j'y vais.
24:54Et je m'attendais, moi,
24:55à un déjeuner général
24:56des artistes du moment.
24:58Pas du tout.
24:59Je suis tout seul,
24:59tronche à tronche avec lui.
25:01– Il connaissait toutes les chansons.
25:02– Et il me dit,
25:03il y a une chose que tu devrais faire,
25:05c'est remettre
25:05« Je ne suis pas mort, je dors ».
25:07Je dis, comment vous connaissez ?
25:09Je ne suis pas bon joueur,
25:10ça n'a pas été un succès.
25:11Du coup, je l'ai remis,
25:12je l'en remets toujours.
25:13– Merci, Michel Sardou,
25:14d'être venu.
25:15C'était un vrai plaisir de vous avoir.
25:16Votre dernier album,
25:17Le choix du fou,
25:18la tournée.
25:19– Le raccourci de ma vie,
25:20je ne le pardonnerai jamais.
25:21– Non, ce n'était pas
25:22le raccourci de votre vie,
25:23c'était le raccourci des polémiques
25:24qui nous ont marqués
25:24et qui font qu'à la maison,
25:25souvent, on débatte un peu
25:27des chansons de Michel Sardou.
25:28Et ça nous faisait du bien.
25:29Merci à vous.
25:30À très bientôt.
25:31On va se quitter en musique,
25:32c'est vous qui avez choisi,
25:33c'est My Way,
25:33c'est Sinatra.
25:34Ça aussi, c'est pas mal
25:35pour finir un dimanche soir.
25:36– Il chantait pas mal.
25:37– Il chantait pas mal.
25:38Et vous lui avez piqué
25:38le truc de la cravate.
25:39– Oh, je vais tout piquer.
25:40– Non, pas tout.
25:41À très bientôt,
25:42tout de suite,
25:43Burn After Reading.
25:44Il y aura des dates supplémentaires
25:45de concert.
25:46Désolé, il va falloir y retourner.
25:47– Oui, je sais.
25:47– Mais oui.
25:49Merci, Michel Sardou.
25:50– My Way.
25:54Yes, there were times
25:57I'm sure you knew
26:00when I fit off.
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