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  • il y a 4 mois

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00:00Europe 1 Soir, 19h21, Pierre de Villeneuve.
00:05Juste un mot quand même, parce que Jean-Pierre Jouyé nous a quitté, mais on va faire un petit débrief.
00:10Je pense que les plus fins auditeurs ont quand même saisi la personnalité de ce personnage de l'État
00:17qui a traversé les régimes en étant directeur du Trésor.
00:23C'était très haut poste.
00:24Numéro 2 de l'Élysée, attention !
00:26Avant d'être numéro 2 de l'Élysée, directeur du Trésor, il a été secrétaire d'État, ambassadeur de France au Royaume-Uni.
00:38Et vous voyez, là quand même, vous le disiez Sébastien Ligny, on remarquait quand même qu'il disait tout et son compteur.
00:45Il est rentré dans le studio en nous expliquant que LFI et le Rassemblement National faisaient partie des extrêmes
00:52et que par conséquent, selon lui, il n'appartenait pas à l'Arc des Républicains.
00:56Et puis, dix minutes après l'assaut de nos questions, il est ressorti en nous disant que finalement,
01:02aujourd'hui, le Rassemblement National appartenait bien à l'Arc Républicain.
01:06C'est quand même stupéfiant.
01:07Et ça ne lui pose aucun problème !
01:09Ce qui montre bien l'esbrouve de ce concept de l'Arc Républicain,
01:12qui d'ailleurs il n'a pas défini, mais que personne ne définit.
01:15Quand on demande à quelqu'un de définir l'Arc Républicain, il est incapable d'utiliser des notions concrètes.
01:20Quand il nous explique la Constitution, il faut faire attention.
01:23Quand on rajoute l'IVG dans la Constitution, je ne sais pas comment on appelle ça.
01:26Donc, ce n'est pas l'Arc Républicain.
01:27C'est très étrange comme définition.
01:28Je suis d'accord avec vous sur la définition de l'Arc Républicain.
01:31Je pense qu'on aura le temps d'y revenir en long et en large sur ce concept un peu fumeux de l'Arc Républicain.
01:36Parce que c'est un peu comme le rapport du corps, souvenez-vous, sur les retentes.
01:39Quand on lui faisait dire absorber tout et son contraire, selon par quel bout tu le prenais, c'était un vrai.
01:44Mais Jouillet, Jean-Pierre Jouillet, c'est un monsieur qui est très gentil, ce n'est pas le sujet.
01:49Mais c'est aussi peut-être parce qu'il est très gentil, d'une certaine manière un peu lisse,
01:53qu'il a su traverser la Vème République.
01:56Il l'écrit dans son livre, il a été jeune sous De Gaulle, il était moins jeune sous le quinquennat de François Hollande.
02:01Il l'est encore moins aujourd'hui et il continue, si vous voulez, à avoir un point de vue sur la politique.
02:06Mais on a l'impression d'être sur un lac gelé, ça glisse, une sorte d'inertie.
02:12Mais je vais vous dire un truc terrible, je n'ai pas l'habitude de faire des éditos comme ça,
02:17mais c'est vrai que mon ressenti est assez étonnant, mais il s'en fout, il s'en fiche complètement.
02:23C'est-à-dire qu'il raconte, il dit comme vous l'avez très bien restitué face au roi,
02:31il a dit tout et son contraire, et il s'en fiche.
02:33Il s'en fiche parce qu'il a été secrétaire de l'Elysée, parce qu'il a eu une retraite,
02:38parce que c'est payé par le contribuable, parce qu'il a toutes ses cotisations,
02:41il a su nourrir ses enfants, ses petits-enfants, etc.
02:43Et il s'en fiche.
02:45Il est parti, là, voilà.
02:47Mais Pierre, est-ce que dans ce détachement, est-ce que dans cette indifférence,
02:52il ne faut pas aller chercher l'archétype du haut fonctionnaire français ?
02:56Mais bien sûr !
02:57Voilà, mais ils sont pleins comme lui.
03:00Et c'est pour ça que les Français qui sont descendus dans la rue le 10 septembre,
03:05qui pour certains d'ailleurs descendront à une autre date,
03:08mais ils en ont marre de ça.
03:10On parle souvent de Nicolas qui paye,
03:12mais Nicolas qui paye pour des gens comme M. Louis,
03:15comme beaucoup de fonctionnaires qui sont là,
03:18et qui en même temps on a envie de dire,
03:19mais qu'est-ce que ça apporte comme valeur ajoutée ?
03:20Il n'empêche que ce détachement, cet immobilisme et cette indifférence foncière
03:29ont permis à M. Jouillet une carrière qu'on peut juger remarquable.
03:34Mais remarquable !
03:35Et puis sans doute avec des décorations.
03:38Quand il parlait de la défiance du politique avec ses chiffres de 90%,
03:42je pense qu'il n'est pas au courant,
03:44ou il refuse de voir que dans ces 90%,
03:46il y a lui.
03:46Mais évidemment !
03:48La défiance du politique, ce n'est pas seulement la défiance des responsables en vitrine,
03:52ceux qui sont élus,
03:53c'est une défiance pour l'administration.
03:53C'est vrai qu'on a manqué du jet,
03:54on aurait pu lui dire dans les 90%, il y a vous.
03:56Mais c'est l'administration complète que les Français rejettent.
03:58On est trop poli.
03:59Ce sont les sous-secrétaires d'État,
04:02les préfets, les sous-ambassadeurs, les consuls,
04:05ces postes à rallonge dans les ambassades.
04:07A ce propos, je vais vous donner du lourd.
04:10L'autre jour, je déjeunais avec un ami,
04:12et un fonctionnaire de Bercy,
04:15un type très très intelligent qui travaille dans les services.
04:17Et il se trouve qu'il part pour une mission de quelques mois à New York.
04:21À New York, je dis bien, et pas Washington.
04:23Alors je lui dis,
04:24mais donc du coup, qui va être ton référent ?
04:26Est-ce que c'est l'ambassadeur à Washington ?
04:27Il me dit, non, c'est un tel.
04:30Je dis, mais bon, mais...
04:31Donc du coup, c'est le consul de New York.
04:33Non, non, non, c'est encore le responsable du trésor de Washington.
04:38Et donc, tu as envie de dire, mais ils sont combien, en fait ?
04:40Et tout ça, on paye.
04:42C'est-à-dire que...
04:42Le millefeuille.
04:43Le millefeuille, il sera le millefeuille.
04:44Moi, je suis un garçon bien élevé, on ne parle pas d'argent,
04:46mais quand même, ça coûte le pognon de dingue,
04:49comme disait l'autre à une époque.
04:51On ne se rend pas compte du coût de l'administration française.
04:54C'est le millefeuille administratif.
04:56C'est la plus belle image qu'on n'ait jamais réussi à concevoir.
04:58Donc, ils sont douze référents à accueillir ce jeune homme qui quitte Bercy,
05:02là, pour quelques mois.
05:03Il va se reconnaître s'il nous écoute.
05:05C'est affligeant d'avoir autant de référents.
05:08J'ai une autre anecdote, et j'arrête après, je le promets.
05:10Mais je connaissais un monsieur qui était ambassadeur de...
05:16Alors, attends, parce que ça, c'est pareil.
05:18Ils sont douze.
05:19Ambassadeur de l'Union européenne auprès de l'OCDE.
05:23Ça existe.
05:24Il faut réfléchir.
05:24Il faut déjà réfléchir, oui.
05:26En poste à Paris, puisque l'OCDE est à Paris, dans le quartier de la Muette.
05:29Il est parti, donc, visiter son homologue néerlandais.
05:34Il arrive avec le Thalys, qui va jusque...
05:36Et là, il cherche...
05:39Et donc, il y a un type qui l'attend, et c'est son homologue.
05:42Et il lui dit, je vais vous prendre votre valise.
05:44Il n'y a pas un chauffeur, il n'y a pas un valet de pieds, il n'y a pas un truc.
05:47Ils ont pris le métro.
05:49Non pas que ce monsieur qui était français s'offusquait de quoi que ce soit,
05:53mais ils se disent, ce n'est quand même pas pareil en France.
05:55Parce qu'en attendant, lui, il est allé jusqu'au Thalys avec sa voiture et le chauffeur.
05:59Il était un appartement de fonction.
06:00Et tout ça, plus ça, plus ça, plus ça.
06:02On dit toujours, les ors de la République, ça ne coûte rien.
06:05Les lambris, tout ça.
06:06Oui, mais c'est toujours pareil.
06:08C'est les petits trous de souris dont parlait Madame de Montchalin.
06:12À la fin, quand tu additionnes tout, ça fait quand même un peu d'argent.
06:14100 000 par-ci, 100 000 par-là, ça fait beaucoup d'argent.
06:16Ça fait beaucoup d'argent, au final.
06:17Moi, on m'avait montré l'organigramme du ministère de la Culture, il y a quelques années.
06:19Et je vous promets que ce n'est pas une blague.
06:21Vous aviez des dizaines de chargés de mission.
06:23Ensuite, sous ces chargés de mission, il y avait des sous-chargés de mission
06:26qui, eux-mêmes, avaient deux ou trois postes et salariés sous leurs ordres.
06:31Et vous aviez des chargés de mission qui étaient spécialisés dans le théâtre.
06:34Et vous aviez deux chargés de mission dans l'art asiatique,
06:36puis deux chargés de mission dans l'art africain.
06:38Et ça se répétait comme ça.
06:39L'organigramme n'en finissait plus.
06:40C'était un arbre généalogique digne de la famille des Bourbons, si vous voulez.
06:44Et ça n'en terminait pas.
06:45Et donc, oui, l'idée, ce n'est pas dire qu'il y a...
06:49C'est-à-dire qu'il y a 10 000 ou 100 000 emplois fictifs dans l'administration française.
06:54Évidemment que les gens travaillent un temps soit peu, en tout cas, je l'espère.
06:57Mais c'est l'accumulation qui fait que les Français en ont ras-le-bol.
06:59Parce que c'est quelque chose qu'ils ne perçoivent pas.
07:01Et donc, oui, dans ces 90% de rejet de la classe politique,
07:04en fait, les Français, ils rejettent tout.
07:05Tout le pacte.
07:06Les Français ne sont, à mon sens, absolument pas les dupes de ce système.
07:12C'est-à-dire qu'ils le sentent, ils le devinent, ils le pressentent.
07:17Et d'où leur défiance.
07:18Et en cela, on ne peut pas leur donner tort.
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