00:00Des centaines de milliers de barils contenant des déchets radioactifs jonchent le fond de nos océans.
00:06Certains y sont depuis plus de 60 ans. On compterait ainsi plus de 200 000 barils rien qu'en Atlantique.
00:12Un invité pour en parler ce matin, Javier Escartine, merci beaucoup de venir sur ce plateau ce matin.
00:18Vous êtes chargé de recherche au CNRS, professeur à l'école normale supérieure et co-responsable de cette mission
00:24qui s'est déroulée cet été en Atlantique au large de la France. Quel était son but ?
00:29Le but de cette mission, c'était de cartographier, identifier la localisation d'une partie de ces barils que vous avez mentionnés.
00:39A l'Atlantique, on a jeté environ 5 000-200 000 barils. On ne connaît pas exactement entre les années 60 et 70.
00:48Et on ne connaît pas leur état. On ne connaît pas s'il y a des fuites de radioactivité.
00:54On ne connaît pas l'impact de ces fuites sur l'environnement marin profond.
00:58Donc ça, c'était le but principal de cette campagne.
01:00On parle de quoi ? C'est quoi ces barils ? Qu'est-ce qu'ils contiennent ? Est-ce qu'ils sont sûrs ?
01:05Qu'est-ce qu'ils contiennent ? On ne sait pas. On sait que la zone où ils ont été rejetés,
01:10parce qu'il y a eu cet effet sous les auspices de l'Agence Atomique Internationale,
01:14il y a des déclarations des barils où est-ce qu'ils ont été jetés,
01:17mais on ne connaît pas les contenus précis de chaque baril.
01:20Normalement, il s'agit des matériels des faibles et moyennes radioactivités, qu'on appelle.
01:24Donc c'est matériel des laboratoires, même des bureaux,
01:27qui avant les répositions à terre, la solution qui a été identifiée comme la moins pire,
01:34c'était le balancer à la mer.
01:35Oui, c'était une autre époque, mais il n'empêche que les conséquences,
01:38elles vont être aujourd'hui et demain.
01:40On a donc peu d'idées sur la nature de ces déchets ?
01:45Est-ce qu'on a une idée sur la durée de cette pollution et la dangerosité ?
01:52Donc, sur la base des déclarations, il y a certains radionucléides
01:57qui ont des durées relativement courtes.
02:00On parle de quoi ? Parce qu'en nucléaire, ça peut être...
02:02On parle des radioisotopes comme le césium, l'américium,
02:08on ne parle pas du plutonium, on ne parle pas des fuels radioactifs.
02:11Donc, la question, c'est connaître s'il y a la quantité de radioactivité qu'il y a sur zone,
02:20comme est-ce qu'il a pu sortir de ces barils, se disperser dans l'environnement
02:25et dans quel état elle se retrouve ?
02:28Est-ce qu'elle est disponible pour les écosystèmes ?
02:30Ou est-ce qu'elle est rattrapée par certains molécules, par exemple, minéraux,
02:34elle reste dans les sédiments ?
02:36Donc, tout cet écosystème et la relation avec la radioactivité n'est pas du tout connu.
02:40Ça veut dire qu'il y a certains barils qui sont ouverts aujourd'hui ?
02:43Oui.
02:43Avec des déchets au fond des océans ?
02:45Oui.
02:45Donc, pour cette première campagne, parce qu'il y aura ensuite l'année prochaine,
02:50on a utilisé un robot sous-marin qui s'appelle Ulyx,
02:52c'est un robot de la flotte océanographique française,
02:54avec un doté d'un sonar, vous avez les images dans l'écran,
02:59ça nous a permis de détecter la position d'une partie des barils.
03:03On ne peut pas cartographier la zone, la zone de rejet est énorme, 14 000 km²,
03:07on n'a pas cartographié que 1 500 km², 1 % de la surface,
03:11mais sur cette petite surface, on a détecté environ 1 000 barils.
03:16Ça nous a permis aussi de faire des échantillonnages de sédiments,
03:19des poissons, d'eau autour de ces barils,
03:21et on pourra, à partir des analyses, déterminer la présence de radionucléides,
03:27radionucléides artificiels, soit des résidus, soit des retombées atmosphériques
03:32suite à Tchernobyl ou les explosions nucléaires.
03:34Donc, c'est comprendre la répartition de tous ces radionucléides dans l'environnement
03:38et si c'est passé dans la chaîne écologique dans les écosystèmes.
03:42Et dans ce qu'on mange notamment.
03:44C'est des barils comme ça que vous trouvez avec le robot dans cet état-là ?
03:47Oui, ce sont des barils comme ça.
03:49Donc, on voit qu'il y a la corrosion, il y a la colonisation de certains animaux.
03:53Ça fait 30-40 ans qu'ils sont au fond de la mer, donc ils sont colonisés.
03:58Il y a certains qui sont intacts, relativement intacts, physiquement.
04:01Il y a d'autres qui sont déformés, corrodés, avec des fuites de matériel dans les sédiments.
04:07Est-ce qu'il y a possibilité de les remonter, et de manière sûre ?
04:10On parle de centaines de milliers.
04:13On parle de centaines de milliers.
04:14Techniquement, c'est possible.
04:16Practiquement, ça serait mission impossible.
04:18Ça serait trop coûteux.
04:20Et pourquoi les avoir laissés ?
04:23Vous avez dit que c'était contrôlé par la IEA à l'époque.
04:26Oui, c'était...
04:27Vous connaissez la dangerosité des matières nucléaires.
04:29Certaines peuvent être contaminantes pendant des décennies.
04:33Correct.
04:34Et ça, c'est un des problèmes de ce type d'études.
04:37On va sur des zones qu'on ne connaît pas les contenus.
04:39Donc, on a un risque, éventuellement, de tomber sur une chose qui soit vraiment dangereuse.
04:44Donc, pour ce type de campagne, on fait des mesures de radioprotection à bord,
04:48pour assurer la sûreté du personnel et du matériel scientifique.
04:52Et aussi, pour savoir comment traiter les échantillons.
04:54Donc, cela dit, ça a été fait...
05:00À cette période-là, ça fait 40-50 années, dans une période où on pensait que les écosystèmes marins profonds étaient presque inexistants.
05:07On considérait qu'il n'y avait pas beaucoup d'activités géologiques, donc c'était une zone sûre pour faire ce type d'ERG.
05:13Et on n'avait pas d'autre solution meilleure que celle-là.
05:17Donc, on ne veut pas faire un procès à ce qui a été fait, mais non, c'est là.
05:20Et maintenant, on a une traçabilité, une approche beaucoup plus rigoureuse.
05:24Et on ne ferait pas ça.
05:25C'est interdit par les conventions internationales.
05:27La prochaine mission, pardon, c'est quand ?
05:29On n'a pas encore les dates.
05:32Normalement, ça serait, on espère, l'année prochaine.
05:34Et ça serait avec un submersible qui s'appelle Nautil.
05:37Et ça nous permettrait de nous rapprocher à ces barils et faire des échantillons à proximité de ces barils.
05:43Même deux barils en eux-mêmes, du produit qu'on a vu de fuite et des organismes qui sont sur ces barils
05:50pour établir tous ces problèmes d'impact de la radioactivité sur l'environnement.
05:54On essaiera de suivre ça.
05:56Merci beaucoup, Ravien Ascartin, de nous avoir éclairé ce matin sur cette question
06:00qui peut parfois être surprenante et qui n'est pas toujours connue du grand public.
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