- il y a 4 mois
Guillaume Dietsch, agrégé d’EPS, auteur La France n’est pas un pays de sport ? (De Boeck Supérieur), Nathalie Iannetta, directrice des sports de Radio France et Marie Patouillet, cycliste double médaillée aux Jeux Paralympiques Paris 2024 étaient les invités de Marion L'Hour et Ali Baddou. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/le-grand-entretien-du-dimanche-14-septembre-2025-1872223
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00:00Et un grand entretien ce matin sur France Inter pour fêter le sport.
00:04C'était une promesse d'Emmanuel Macron lors des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.
00:10Le sport a désormais son jour de fête, fête nationale, première édition.
00:16Aujourd'hui, le soleil se lève et pour en parler avec Marion Lourdes, nous recevons ce matin une championne.
00:23Elle nous a fait vibrer aux Jeux Paralympiques de Paris, médaillée d'or en paracyclisme et capitaine de cette journée nationale qui va démarrer.
00:32Bonjour Marie Patouillet.
00:33Bonjour.
00:34Et bienvenue.
00:35Un spécialiste du sport enseignant en STAPS, agrégé d'EPS et auteur d'un essai passionnant.
00:42La France n'est pas un pays de sport, il y a un point d'interrogation, co-écrit avec Jean-Baptiste Guégan, publié chez DBS Éditions.
00:50Mais ça fait débat parce que le sport dit sans doute beaucoup de notre société.
00:55Bonjour Guillaume Ditsch.
00:56Bonjour.
00:57Et notre spécialiste, notre chef, la directrice du sport, notre capitaine du sport sur les antennes de Radio France, Nathalie Iannetta.
01:06Bonjour Nathalie.
01:07Salut.
01:07Bonjour Marion.
01:08Vous pourrez dialoguer avec les auditeurs de France Inter dans un instant qui peuvent appeler au 01 45 24 7000 ou nous écrire sur l'application Radio France.
01:17On va partir de votre édito, l'édito de vendredi dernier Nathalie, puisque vous disiez qu'il aura fallu attendre 1982-2025.
01:29Je suis très mauvais en maths mais ça doit faire 43 ans entre la fête de la musique lancée par Jack Lang et la fête du sport.
01:38Enfin une fête du sport.
01:40Vous disiez vendredi que le 14 septembre serait enfin au sport ce que le 21 juin est à la musique.
01:45Je n'ai pas exactement dit ça, j'ai dit que c'était le rêve justement des organisateurs de cette fête du sport d'en faire effectivement un moment annuel de rassemblement sportif sur l'intégralité de notre territoire,
01:56y compris dans les départements d'outre-mer, puisque la fête de la musique elle est devenue extrêmement populaire, réussie, avec le monde entier qui nous regarde, qui l'a exportée et qui vient même la fêter chez nous.
02:08Donc c'est une ambition, la vraie question c'est parfois est-ce qu'on a les moyens de cette ambition ? Et là j'ai mes têtes de sérieux doutes sur les moyens.
02:15Oui et on va en débattre mais restons pour le moment sur l'idée qu'il y a enfin une fête du sport.
02:21Marie Patouillé, vous êtes l'une des six capitaines de cette première édition, aux côtés de Désiré Douai, le footballeur Florent Manodou, Marie-José Pérec et d'autres.
02:30Enfin, enfin une fête du sport en France ?
02:34Oui enfin et j'ai envie de dire enfin peut-être un début d'héritage de ces Jeux Olympiques et Paralympiques qui ont été extraordinaires un an après.
02:44Voilà, pour moi c'est une très belle initiative et j'espère surtout qu'elle va durer dans le temps.
02:49Qu'est-ce que vous allez faire aujourd'hui ?
02:51Oh plein de choses, je vais me promener, je vais initier au paracyclisme, aller à la rencontre des jeunes, aller à la rencontre des moins jeunes,
02:58en fait aller à la rencontre de toutes celles et ceux qui sont curieux et qui ont envie de pratiquer.
03:04Alors Guillaume Ditsch, il y aura près de 5000 animations sportives aujourd'hui partout en France,
03:09j'en cite quelques-unes à Paris pour vous qui avez traversé la capitale pour nous rejoindre.
03:14La rue de Rivoli va se transformer en boulevard du sport avec 200 mètres de légendes organisées,
03:20une course dans la Seine pour la natation, des initiations un peu partout d'ailleurs sur le territoire.
03:26Il y a un instant, Marie Patouillet parlait d'héritage, c'est un mot qui revient dès le début de votre livre et sur lequel vous insistez.
03:35Cette fête du sport, c'est directement l'héritage des Jeux Olympiques et Paralympiques.
03:40Ça en fait partie, effectivement.
03:42Dans l'objectif, je pense, de prolonger l'effet des Jeux Olympiques et Paralympiques.
03:47Parce que le point d'interrogation est important dans le livre.
03:49La France n'est pas un pays de sport ?
03:52Point d'interrogation.
03:53Point d'interrogation.
03:54Parce qu'effectivement, on oublie peut-être que la France est un grand pays déjà organisateur.
03:59On a beaucoup dit effectivement que la France a réussi justement les Jeux Olympiques et Paralympiques,
04:04j'insiste, notamment sur l'organisation.
04:08Mais on se focalise, je pense, exclusivement sur un nombre de médailles.
04:13Notamment au niveau des Jeux Olympiques et Paralympiques.
04:14Marie Patouille à caisse.
04:16Et sur ce point-là, j'aimerais dire que cette fête, pour l'héritage, elle est très importante.
04:22Nathalie Anetta fait le parallèle avec la fête de la musique.
04:27Donc c'est important, je pense, pour amener cette culture sportive en France.
04:30Mais pour autant, le fait de se focaliser sur ce registre uniquement émotionnel,
04:34le sport rassemble, le pays a vibré.
04:37D'une certaine manière, ça empêche quand même de parler de la réalité.
04:40Ça masque aussi la réalité, les inégalités qui existent encore en France.
04:45Et de ce point de vue-là, effectivement, l'héritage, je pense, est encore en construction.
04:49Marie Patouille, vous parliez d'héritage.
04:50Mais c'est quoi l'objectif, au fond ?
04:53C'est de donner envie de faire du sport olympique ?
04:56C'est de donner envie de faire du sport tout court ?
04:58Non.
04:59Pour moi, là, le principal enjeu, ça va être de transformer toute cette effervescence
05:04qu'il y a eu autour du sport de haut niveau.
05:05Parce qu'il ne faut pas...
05:06Je pense qu'il faut rappeler que les Jeux Olympiques et Paralympiques,
05:08on parle de sportifs de haut niveau.
05:10Et que là, aujourd'hui, on va parler du sport pour tous.
05:13On va parler d'inclusion, on va parler de rendre le sport plus accessible
05:17en fonction des classes sociales, en fonction d'un corps avec un handicap ou non.
05:23Et c'est un gros challenge.
05:25C'est-à-dire qu'on va essayer de transformer un essai.
05:27Les sportifs et sportifs de haut niveau ont fait rêver avec leurs performances.
05:31Aujourd'hui, on ne parle plus de performances.
05:33On parle de découvrir le sport et de prendre du plaisir.
05:36Nathalie Nianetta, vous qui avez évidemment suivi de tout près les Jeux Olympiques, etc.
05:40La philosophie, elle va perdurer dans le sport pour tous ?
05:44Mais c'est l'ambition, c'est l'enjeu.
05:46Effectivement, je vous citais l'exemple et le parallèle avec la fête de la musique.
05:50Quand cette fête a été créée, c'était la musique partout, les concerts nulle part.
05:54C'est-à-dire, c'était saisissez-vous de vos instruments.
05:56Même les amateurs, même les plus nuls, vous nous parlez des casseroles.
06:00Voilà, ce n'est pas grave.
06:01Il va y avoir beaucoup d'excidents, de foulures, d'entorse.
06:04Voilà, exprimez-vous et reprenez possession de votre corps et de l'espace qui l'entoure pour pouvoir pratiquer.
06:12Et c'est fondamentalement ça l'ambition d'un héritage, pour reprendre le terme que vous employez Ali,
06:17qui serait réussi plus que des champions qui de toute façon sont en norme et qui de toute façon existeraient.
06:25C'est plus pour chacun et chacune d'entre nous, quel que soit notre genre, où qu'on habite, quoi que l'on fasse et comme nous soyons constitués en fait.
06:32On va parler de ce qui ne va pas.
06:34Mais en l'occurrence, est-ce qu'on va reprendre votre question d'un mot simple et j'aimerais avoir votre réponse.
06:40La France, c'est un pays de sport ?
06:42Je pense que c'est vraiment une question de définition et d'angle.
06:46Marie Patouillat souligne un point important, effectivement, c'est que dans le discours politique, mais aussi dans le débat public,
06:53on se focalise que sur la question de la performance.
06:55Donc de ce point de vue-là, la France est un pays de sport.
06:57Historiquement, on fait partie des cinq organisations sportives, en termes de médailles.
07:01C'est aussi la France qui a organisé le plus de grands événements.
07:05Alors pas qu'au niveau des Jeux Olympiques, on pense souvent au football.
07:09Mais pour autant, effectivement, on n'est peut-être pas encore un pays de sport, dans le sens où, effectivement, cette culture du sport n'est pas au quotidien.
07:14Vous parlez de culture de sport plutôt que de sport tout court.
07:18Effectivement, oui, parce que le sport, c'est un élément de la culture.
07:22Et de ce point de vue-là, la culture, c'est nécessairement des valeurs, des normes partagées au sein d'une population.
07:28Et on voit encore, effectivement, qu'il y a travaillé sur ces questions d'inclusion, notamment,
07:32et on parlera peut-être après de la réalité, pour changer les imaginaires.
07:36Parce que le sport, en fait, a ses fonctions mobilisatrices assez fortes.
07:40Ça permet effectivement...
07:41Il y a eu ce qu'on a appelé la parenthèse enchantée.
07:43Je ne sais pas si elle s'est refermée, mais au moment des Jeux Olympiques et Paralympiques,
07:47vous êtes très bien placés pour en parler.
07:49Et c'est vrai que Nathalie a eu l'occasion aussi de s'exprimer sur le sujet.
07:52Marie Patouillet, est-ce que c'était une parenthèse enchantée ?
07:55Ou est-ce que maintenant, il s'agit de prolonger quelque chose ?
07:59Non, c'était une parenthèse enchantée.
08:02L'événement était tellement extraordinaire que, j'ai envie de dire, ça ne pouvait être que ça.
08:08Maintenant, effectivement, il y a toujours ce challenge pour qu'on soit vraiment un pays de sport.
08:15Il faut que le sport soit accessible à tous.
08:16Et il faut qu'il y ait surtout qu'il soit représentatif.
08:19Qu'il soit représentatif et que chacun et chacune puissent se projeter dans un champion.
08:23Et je pense qu'on en est encore loin.
08:24Ça a changé, notamment par l'image du sport paralympique.
08:27Ça, c'était assez frappant au cours de ces Jeux.
08:30Pour la première fois, peut-être, de l'histoire des Jeux, il y a eu une ferveur, un engouement autour des Jeux paralympiques,
08:38comme on ne l'avait jamais vu jusqu'à présent.
08:39Le regard a changé sur le handicap.
08:41Aujourd'hui, on a plus regardé le sportif ou la sportive paralympique via le prisme de sa performance
08:47et non via le prisme de son handicap.
08:49Maintenant, dans l'inclusion, il n'y a pas que le handicap.
08:52Il y a la communauté LGBT, il y a la question du racisme, il y a la question du sexisme.
08:56Et en fait, la France serait un pays du sport quand il sera représentatif de toutes ces diversités.
09:03Nathalie ?
09:04Oui, Marie a totalement raison dans la représentativité et je dirais aussi dans la reconnaissance.
09:10Parce qu'on a reconnu à ces champions leur performance et les exploits qu'ils ont toutes et tous réalisés.
09:18Mais sur la reconnaissance de ce qu'est le sport, sans parler des champions, là, on n'y est pas.
09:24Moi, je prends toujours le même exemple qui est ces fameuses réunions de parents d'élèves.
09:28On n'y va pas voir le prof de PS.
09:30Ce n'est pas vrai.
09:30On va voir le prof de maths, on va voir le prof d'histoire-géo, de philo ou de physique.
09:35Mais on ne va pas voir les profs de PS.
09:37Or, ils sont fondamentaux dans la structuration et l'enseignement que nous donnons à nos enfants pour la culture du sport, pour leur santé mentale, pour une forme de dépassement de soi, y compris à un petit niveau.
09:49Et c'est dans ce détail-là qui fait que, moi, je pense que la France n'est pas un pays de sport sur cette base-là.
09:57Et en revanche, c'est un pays de champions et de championnes et un pays de grands événements sportifs.
10:01Alors, heureusement, le prof de PS est parmi nous, Guillaume Vitch.
10:04Moi, je vais le voir, Guillaume Vitch, toujours.
10:06C'est vrai que là, on a parlé de tout ce qui est bien, des valeurs du sport, de l'inclusivité aussi, de l'héritage.
10:12Mais Guillaume Vitch, il y a aussi des couacs et des choses qui ne vont pas.
10:15Et je pense à la Seine-Saint-Denis, par exemple, à la Réunion aussi, qui vont boycotter cette fête du sport parce qu'ils disent, en fait, que c'est une opération de communication.
10:23Et qu'aujourd'hui, le budget des sports est en baisse.
10:26François Bayrou avait prévu moins 17% l'année prochaine.
10:28Le passeport a été supprimé.
10:30C'était une aide pour l'inscription au sport pour les 6-13 ans et plus.
10:35Vous comprenez que certains disent, on boycotte parce que finalement...
10:39Je pense que le mouvement sportif, dans son ensemble, peut le comprendre parce qu'il y a une forme de désillusion.
10:43Alors, je rejoins effectivement cette idée que peut-être aussi qu'on ne pouvait pas tout attendre de ces Jeux Olympiques et Paralympiques
10:50et qu'il y avait des promesses démesurées.
10:52Mais l'exemple du passeport, je pense, c'est assez emblématique.
10:54Pour faire simple, parce qu'on peut faire le parallèle justement toujours avec la culture.
10:57Rappelez-nous le passeport.
10:59Le passeport, c'est l'idée justement d'avoir un forfait, aujourd'hui à hauteur de 70 euros, à destination principalement des familles modestes et des jeunes.
11:07Et il a été supprimé en partie cette année pour la catégorie 6-13 ans.
11:12Donc les plus jeunes.
11:13Il reste pour les plus âgés.
11:14Il reste ouvert pour les 14-17 ans.
11:17Mais en fait, ça montre pour moi une triple méconnaissance.
11:21Mais autant du politique que du débat public.
11:25Premier élément, c'est, on a souvent tendance à critiquer, mais c'était un dispositif qui était utile et efficace.
11:30Donc il bénéficiait aux familles les plus modestes, aux clubs.
11:34Vous avez pas mal, effectivement, de...
11:35Alors, vous avez parlé de la Seine-Saint-Denis, mais finalement, selon l'ensemble du territoire, il y a eu des retours très positifs.
11:39Donc il faut aussi le dire.
11:40Deuxième élément, et c'est là où c'est vraiment d'un point de vue scientifique,
11:44c'est qu'aujourd'hui, et depuis plus de 10 ans, toutes les études montrent que le décrochage sportif, il se fait autour de 11-12 ans.
11:49Donc, déjà, le fait de...
11:51Décrochage, qu'est-ce que ça veut dire ?
11:52Décrochage sportif, c'est le fait d'arrêter, voire abandonner la pratique sportive.
11:55Vous inscrivez dans un club, et ensuite, progressivement, au début de la adolescence, pour plein de freins et contraintes, l'enfant arrête.
12:01Donc déjà, c'est une méconnaissance.
12:02Et troisième élément, on parle beaucoup de moyens, il est vrai, mais ça pose aussi la question du modèle.
12:07On parlait, effectivement, de l'inclusion.
12:08Mais aujourd'hui, la réalité aussi, et je parle du sport amateur, et c'est pas du sport de haut niveau,
12:12c'est que les jeunes et les moins jeunes ont envie de faire du sport, mais pour le plaisir, la santé, la convivialité.
12:18Et plus du tout, et uniquement, j'insiste sur la compétition.
12:21Donc, nécessairement...
12:22Mais il y a un héritage matériel, malgré tout, des jeux maripatouillés.
12:26C'est vrai qu'il y a beaucoup de structures aujourd'hui, malgré les difficultés qu'on connaît dans certains territoires.
12:32La France s'est équipée à vitesse grand V.
12:35C'est suffisant, insuffisant ?
12:37Si on parle de la France métropole, oui, il y a eu des infrastructures.
12:42En Outre-mer, c'est un peu plus compliqué.
12:43Nathalie ?
12:44Oui, alors, ce plan des stades rénovés et l'équipement sportif, c'est quand même, effectivement, la clé.
12:51On ne peut pas faire de la natation si on n'a pas de piscine à côté de chez soi.
12:55Ça paraît banal, mais c'est la réalité de la pratique sportive.
12:59Et ça coûte cher, des équipements sportifs et à construire et à entretenir pour les municipalités.
13:06Et donc, tout ça revient toujours au même point qui est les moyens financiers accordés à la fois aux conseils régionaux, municipalités, aux clubs.
13:16Et du coup, en bout de course aux familles qui, elles, pour payer une licence,
13:22on sait que ça pèse dans le panier des ménages au mois de septembre pour inscrire ses enfants.
13:26Et c'est vrai que la suppression de ce passeport pour les plus petits est incompréhensible.
13:31Un an après les Jeux, incompréhensible.
13:31D'ailleurs, plusieurs auditeurs de France Inter qui nous écoutent s'étonnent de cette suppression ou de cette réduction.
13:38Il est absolument nécessaire de remettre en vigueur le passeport comme il était avant.
13:44La fête du sport ne peut pas être un succès sans favoriser le sport chez les plus petits, nous dit Sylvia notamment.
13:50Marie Patouillet, alors vous, évidemment, puisque vous êtes capitaine,
13:52vous ne dites pas que c'est qu'une opération de communication cette fête,
13:55mais vous avez été aussi entendue, vous avez parlé sur ces questions budgétaires,
13:59vous avez signé une tribune pour dire que seul 0,1% du budget de l'État était consacré au sport,
14:05qu'il avait été réduit.
14:06Il devrait être amené à l'être encore aujourd'hui si on suit le budget de François Bayrou.
14:11Pourquoi il ne le serait pas au fond ?
14:12Puisque tout le monde doit faire un effort, pourquoi on ne baisserait pas aussi le budget du sport ?
14:16Je pense qu'il faut rappeler que le sport, il a cette chose assez essentielle en fait,
14:23en termes de santé, en termes de bien-être, en termes de prévention.
14:27Le sport peut agir de manière tellement transversale, sur plusieurs plans,
14:32qu'en fait il est vital.
14:33Ce n'est pas qu'une dépense.
14:33Il est vital supprimer de l'activité physique à des enfants entre 6 et 13 ans,
14:38c'est quand même le moment où le corps se développe, c'est le moment où le corps,
14:40l'enfant a besoin de découvrir son corps et a besoin de se connaître.
14:43Et c'est par la mise en mouvement qu'on arrive à se connaître.
14:46Moi, sans le sport, mon corps avec le handicap, je n'aurais jamais pu le découvrir en fait.
14:50Nathalie, sur la baisse des budgets, vous dites que tout le monde doit faire des efforts.
14:54Oui, évidemment.
14:55On demande à tout le monde, pourquoi pas le sport ?
14:58Moi, je vais vous donner un exemple.
14:59Quand vous pesez 90 kg et qu'on vous demande de perdre 17 % de votre poids,
15:03en réalité, c'est une grosse perte de poids, mais ce n'est pas très grave.
15:10Si vous pesez 35 kg et qu'on vous demande de perdre 17 %,
15:13ce n'est pas que c'est beaucoup, c'est que vous allez mourir.
15:15Le budget du sport, il est le plus petit de tous les gouvernements, y compris en Europe.
15:23Demander un effort à un budget et à un secteur qui déjà se serre la ceinture depuis toujours,
15:30c'est ça qui est inacceptable.
15:31Parce que les conséquences, elles sont graves.
15:33Elles sont graves parce qu'encore une fois, certains clubs vont mourir,
15:36certaines pratiques vont disparaître.
15:38Et au bout du bout, ce que nous espérions comme héritage
15:41va se transformer en une dette pour la société très lourde.
15:46J'aimerais qu'on parle de la fête.
15:47Et dans la fête, il y a ceux qui dansent,
15:50il y a ceux qui sont tout simplement contents d'être là.
15:52Et en sport aussi, il y a ceux qui sont contents d'assister au spectacle,
15:56d'être supporters.
15:58Nathalie, il y a un mot qu'emploie Guillaume Ditch,
16:01je le disais, c'est cette expression de culture du sport.
16:04Et vous le savez mieux que nous, il suffit d'aller voir un match de foot à Naples,
16:07par exemple, pour constater que la France n'a pas exactement la même culture.
16:12Bon, je vais un peu à l'extrême.
16:13Mais c'est vrai qu'aller dans les stades en Angleterre, en Espagne,
16:17et venir assister à un match en France, un match de foot,
16:21ça montre une différence, même chez ceux qui vont applaudir leurs héros,
16:27même quand ils perdent.
16:29Il y a une différence d'approche, je ne sais pas comment la formuler.
16:32Parce que dès l'enfance, dans certains pays,
16:34et notamment pour le sport que vous évoquez, qui est le sport le plus populaire du monde,
16:39on est supporter.
16:41On ne devient pas supporter.
16:42On est dans une famille, chacun a...
16:45N-A-I-P
16:45Voilà, son grand-père a le poste de socio en Espagne,
16:50de tifosi en Italie.
16:52Et il y a une transmission comme ça, quasiment automatique,
16:57comme un fait d'éducation dans certaines familles.
17:00On va vous expliquer, moi je suis d'origine italienne, de l'enfance,
17:03j'ai compris très vite que la base, c'était l'engagement politique,
17:07on parle beaucoup de politique en Italie,
17:08donc voilà, le cinéma et le foot.
17:15Et Ferrari, même quand on est modeste.
17:18Évidemment la Ferrari, parce que la Ferrari, c'est des ouvriers,
17:21tout en rouge, qui ont fait vivre le plus grand symbole de l'hiver.
17:26Et il faut voir la folie à Manza, par exemple.
17:28Et à Maranel.
17:28Mais ça c'est intéressant de voir...
17:30Mais ça c'est culturel, c'est culturel.
17:32Ce qui est intéressant, c'est de voir justement ce qui a changé.
17:34Par exemple, dans les cinq dernières années,
17:36il y a eu une série Netflix, par exemple,
17:38qui a suscité un engouement invraisemblable pour la Formule 1,
17:42qui a fait revivre ce sport en nombre de tifosi ou de supporters,
17:49je ne sais pas comment le dire.
17:50C'est quelque chose qu'on constate aussi avec le paddle,
17:53qui se développe énormément.
17:54C'est étonnant, comme la culture du sport, elle évolue aussi à travers les sports qu'on pratique, Marie Patouillet.
18:01Oui, mais c'est là où on rejoint que le sport n'est pas encore intégré dans la culture française.
18:06Ne serait-ce que pour parler de paracyclisme,
18:08quand je faisais des compétitions sur route en France, on avait zéro public.
18:12Quand j'allais faire une Coupe du Monde en Italie,
18:14les bords de route étaient pleins.
18:16Et ils venaient supporter leur équipe d'Italie et de paracyclisme.
18:19Donc c'est là où on voit la différence quand un sport a dans sa culture le sport,
18:26et quand un pays peine à l'intégrer.
18:29Guillaume Ditsch, la culture, elle se crée aussi à l'école.
18:32Là, on a des auditeurs, par exemple Benjamin,
18:33qui demande un grand investissement dans le sport scolaire,
18:37avec les cours d'EPS.
18:38Il a dit qu'il y a toujours moins d'heures.
18:39Ce n'est pas tout à fait vrai, il y en a un peu plus.
18:41Mais Jean-Michel Blanquer, on se rappelle, en 2020,
18:43le ministre de l'Éducation, il nous avait dit
18:44une demi-heure de sport par jour, on en est loin encore.
18:46Il avait même dansé, on avait vu cette vidéo
18:49qui était devenue virale, ça fait rire tout le monde.
18:52Oui, après, peut-être une surenchère communicationnelle.
18:55Mais c'est là où est la confusion, je pense.
18:57C'est qu'effectivement, en France, il y a une spécificité.
19:00C'est que nos enfants et nos adolescents ont des cours d'EPS
19:02sur l'ensemble de la scolarité, mais aussi le sport scolaire.
19:05Donc effectivement, l'UNSS, notamment au collège et au lycée.
19:09Vous avez l'USEB, donc c'est notre association en école élémentaire.
19:12Et plutôt que finalement partir d'un existant qui fonctionne plutôt bien,
19:15et peut-être le renforcer.
19:17Effectivement, il y a eu notamment ce dispositif un peu emblématique
19:19des 30 minutes d'activité physique quotidienne.
19:22Là aussi, lorsqu'on regarde la réalité des chiffres...
19:24Oui, la réalité des chiffres, elle est quand même loin.
19:25Ça s'est fait, mais c'est loin d'être généralisé.
19:28Et l'effet, en fait, l'efficacité sur nos enfants est encore à démontrer.
19:33Donc non, je pense que la vraie question, elle est là.
19:35C'est nécessairement, ça passe par l'école, mais aussi par les familles.
19:39Parce qu'il y a aussi nécessité d'accompagner.
19:41On a parlé d'héritage aujourd'hui en France, l'héritage sportif.
19:43Donc la transmission, on parlait de l'Italie aux d'autres pays,
19:46il se fait encore principalement par le père.
19:48On a des évolutions de la société, des familles aussi qui évoluent,
19:51davantage monoparentales.
19:53Peut-être aussi plus de mères isolées.
19:54Donc si on n'accompagne pas ces familles, ces mères isolées,
19:58nécessairement, on ne va pas bouleverser, modifier la culture sportive en France.
20:01Et les nouveaux sports, vous qui êtes prof de PS,
20:05est-ce qu'on vous demande, par exemple, d'organiser des cours de MMA,
20:09de Mixed Martial Arts à l'école ?
20:11Non, mais c'est intéressant parce que pendant très longtemps,
20:13les ministres en France ont absolument refusé qu'il y ait une fédération de MMA
20:17en disant que c'était un sport trop violent,
20:19alors qu'en termes de traumatisme crânien,
20:21je pense que le rugby ou la boxe anglaise produisent,
20:24je parle sous votre contrôle, Nathalie, des ravages.
20:26Alors, je ne suis pas médecin du sport, donc...
20:28Non, mais ce qui est incroyable, c'est l'effet.
20:31C'est un mode spectaculaire.
20:33Il y a deux éléments, effectivement, nécessairement,
20:35le sport évolue avec la société,
20:38et notamment la culture jeune qui amène ces nouvelles activités.
20:41On parle du MMA, effectivement,
20:42mais on peut aussi parler des pratiques d'entretien,
20:44et notamment autour du boom de la musculation pour les jeunes.
20:47Mais ça montre quoi ?
20:48Ça montre surtout qu'en France, effectivement,
20:49on a du mal à évoluer, effectivement,
20:52entre ces valeurs de l'école très sérieuses,
20:54et à l'inverse, effectivement, le plaisir, le sport,
20:57qui est encore déconsidéré,
20:58et nécessairement amènerait des problématiques de sécurité.
21:01Il y a Élise qui nous parle du sport-plaisir.
21:04Oui, au sport-plaisir, Marie Patouillet.
21:07Par exemple, elle dit que sa fille de 10 ans
21:10a voulu découvrir la natation synchronisée.
21:12Réponse du club, elle est trop vieille pour la compétition,
21:15ce qui est hallucinant.
21:17Et Élise continue en disant,
21:19on doit pouvoir pratiquer juste pour soi.
21:21C'est vrai que chez vous, il n'y a pas de médaille,
21:24il n'y a pas de maillot, pas de coupe,
21:27en l'occurrence, que vous avez aussi un attachement très fort,
21:31indépendamment de la compétition,
21:33au sport-plaisir, pour reprendre les modélises ?
21:35C'est sûr que, personnellement, sans plaisir,
21:38vous ne m'auriez jamais vue sur un podium.
21:40Et effectivement, chez moi,
21:41les médailles sont dans une boîte à chaussures sous mon lit.
21:44Et je les sors uniquement quand les personnes ont envie
21:47que je leur partage ces objets.
21:49Mais chez moi, elles sont inexistantes.
21:51Je pense que l'auditrice prend un bon exemple
21:56autour du sport-plaisir.
21:57Parce que, là aussi, dans le livre,
21:58on a comparé d'autres pays pour montrer
22:00que peut-être que notre modèle sportif
22:01peut aussi évoluer en lien avec notre société.
22:04On parlait d'inclusion, de mixité.
22:05On prend l'exemple de la Norvège.
22:06La Norvège, par exemple, jusqu'à 13 ans,
22:08vous n'avez pas, effectivement, de catégorie
22:10déjà filles-garçons.
22:11On ne sépare pas les filles et les garçons.
22:13Et quand bien même, on fait un sport collectif.
22:15Parce qu'effectivement, il y a un vrai projet de société,
22:17de mixité.
22:18Même principe, il y a des compétitions,
22:21mais pas dans la logique de comparaison,
22:23de classement, pour vraiment essayer
22:24de motiver, effectivement, les jeunes
22:26et être sur le plaisir, la joie, le bien-être.
22:28Mais pour autant, ce n'est pas antinomique
22:30avec le très haut niveau, la très haute performance.
22:32Parce que la Norvège, avec évidemment des spécificités
22:34par rapport au sport d'hiver et sport d'été,
22:37mais fait partie des grandes nations sportives.
22:39Donc, ce n'est pas antinomique.
22:40Et je pense que, là aussi, il y a une réflexion
22:42qui doit être engagée dans le débat public
22:43sur ce modèle sportif et ce qu'on veut pour nos enfants.
22:46Et puis, il y a l'enthousiasme
22:48que propagent Nathalie Yenetta et ses services
22:50sur les antennes, notamment sur les antennes
22:53de Radio France.
22:55Elle appelait Nathalie un petit coup
22:56de transpiration nationale.
22:58J'adore l'expression.
23:00Ce petit coup de transpiration nationale.
23:02Même sous la pluie, aujourd'hui.
23:03Merci d'être venu le partager avec nous ce matin.
23:07Je rappelle donc, Guillaume Ditch,
23:08ce livre que vous signez avec Jean-Baptiste Guégan.
23:11La France n'est pas un pays de sport,
23:13pour l'interrogation.
23:14C'est chez DBS Édition.
23:16Merci Marie Patouillet.
23:17Et merci Nathalie.
23:18Merci à vous, à vivre la revue de presse.
23:21Vive le sport, bougez-vous.
23:23On y va, on y va.
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