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  • il y a 5 mois
Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif français, était l'invitée de France Inter jeudi 28 août, un an après l'ouverture des Jeux paralympiques de Paris 2024.

Retrouvez les invités de 6h20 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter

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Transcription
00:00Il y a un an, la plupart des Français découvraient le sessi-foot, le rugby-fauteuil, la boccia ou le goalball.
00:05C'était le début des Jeux Paralympiques de Paris.
00:07Aujourd'hui, quel héritage pour le parasport ? Le soufflet est-il retombé ?
00:12Avec nous pour en parler, Marie-Amélie Le Fur. Bonjour.
00:14Bonjour.
00:15Vous êtes la présidente du Comité Paralympique et Sportif Français,
00:18triple championne paralympique d'athlétisme.
00:20Ça, c'était avant Paris, c'était les JO précédents, les Jeux Paralympiques précédents.
00:24Alors, le patron des Jeux de Paris, Tony Estanguet, promettait à l'époque une révolution paralympique
00:29qui nous modifierait en profondeur et pour toujours.
00:32Elle en est où, cette révolution ?
00:33Cette révolution, elle est en marche.
00:35En tout cas, nous, la dynamique qui a été très porteuse en amont des Jeux Paralympiques,
00:39durant les Jeux Paralympiques, elle se poursuit un an derrière les Jeux.
00:44C'est une dynamique de transition, une dynamique d'ouverture du champ des possibles.
00:48Ces Jeux de Paris 2024, ils ont permis assez durablement d'installer la place du sport
00:53dans le parcours de vie des personnes en soins de handicap.
00:56Mais cette révolution, elle va se construire sur le temps long.
00:58Parce qu'on partait de loin, parce que les freins y sont encore notables,
01:02parce qu'on a aussi un rapport dans la société française au handicap qui reste compliqué.
01:06Donc, je pense que grâce aux Jeux de Paris 2024, on a obtenu une grande visibilité,
01:10une reconnaissance des athlètes de Paralympiques comme des athlètes de haut niveau.
01:14On a commencé à avoir une vraie évolution sur la structuration de l'offre.
01:19Mais il faut continuer cette dynamique.
01:20Je vous sens très optimiste par rapport au discours des athlètes des Jeux paralympiques
01:25et même aussi des structures des clubs de sport aujourd'hui en France.
01:28Je vais en citer deux.
01:29Michael Jérémias, un immense champion de parrain tennis.
01:32Il est couvert de médailles et de trophées.
01:33Alors lui, il dit qu'il ne reste rien de ces Jeux.
01:36Il parle même de trahison.
01:37Il y a aussi le président d'un des clubs d'escrime en France,
01:40d'un des plus grands clubs d'escrime, le Masque de Fer à Lyon.
01:42Il s'appelle Stéphane Jacob.
01:43Il y a une section handisport depuis 15 ans dans son club.
01:46Et alors lui, il dit « Je suis furieux de la façon dont les politiques ont utilisé le handicap.
01:50Ils ont fait des promesses. »
01:52Mais tout ce qu'ils ont réussi à créer, ce sont des déceptions.
01:55Vous, vous n'êtes pas tombée de haut en un an ?
01:57Non, on n'est pas tombée de haut.
01:58Effectivement, il y a eu certaines déceptions sur la considération du sport,
02:02sur le budget du sport.
02:04Mais encore une fois, la dynamique de transition,
02:06de compréhension de l'importance du sport dans le parcours de vie,
02:09toute la dynamique aussi de...
02:10Ça veut dire quoi ça ?
02:11On l'a vu en fait à l'échelle des collectivités,
02:14la façon de penser la politique publique du sport.
02:17Il y a quelques années, elle intégrait très très peu la question du handicap.
02:20Il y avait peu de dynamique,
02:22il y avait peu de compréhension des acteurs,
02:23il y avait peu d'accompagnement vers ces acteurs-là.
02:26Et grâce aux Jeux de Paris 2024,
02:28ces collectivités, elles ont compris,
02:30elles accompagnent mieux les structures.
02:32Par contre...
02:32Mais est-ce qu'elles mettent de l'argent ?
02:33Parce que s'il n'y a pas d'argent,
02:34on ne peut pas développer des structures,
02:36on ne peut pas adapter les trottoirs,
02:38acheter des fauteuils pour les sportifs qui font,
02:40je ne sais pas, du rugby fauteuil, du tennis fauteuil.
02:41Il faut bien de l'argent pour ça.
02:42Et les budgets sont en baisse, rien qu'au niveau national.
02:45100 millions rabotés sur le budget de cette année,
02:47et pour l'an prochain, c'est une baisse de 18%
02:49qui est envisagée, c'est énorme.
02:51Il y a deux sujets à séparer.
02:53Il y a celui du budget,
02:55et vous le dites très justement,
02:56la multiplicité des coûts budgétaires
02:58que nous avons connus au niveau du budget des sports
03:01est problématique.
03:02Il est terriblement inquiétant,
03:03notamment dans la perspective
03:04de cette feuille de route budgétaire de 2026.
03:08Si la feuille de route se confirme,
03:09c'est vraiment tout un secteur,
03:10le secteur du sport, le secteur du parasport
03:12qui va être mis à mal avec la double peine.
03:15C'est-à-dire une baisse du budget de l'État,
03:17mais aussi une baisse du budget des collectivités.
03:19Et on sait que les collectivités
03:20sont le premier financeur du sport
03:22et le parasport ne sera pas épargné.
03:25Donc ça, c'est la photographie,
03:26effectivement, côté budgétaire.
03:28D'autant, je fais juste une petite parenthèse
03:29qu'Emmanuel Macron jurait à l'époque
03:31que tous les moyens affectés au sport
03:32seraient maintenus jusqu'à la fin de son quinquennat.
03:34Fausse promesse donc ?
03:35En tout cas, la feuille de route 2025,
03:37ça a été effectivement une baisse initiale du budget
03:39à hauteur de 8%,
03:41derrière une coûte budgétaire à hauteur de 300 millions,
03:44qui font que ça a un effet véritablement délétère
03:47sur l'accès au sport,
03:48sur le développement de la pratique sportive,
03:50sur le financement des équipements.
03:53Après, il y a une dynamique.
03:54Et ça, c'est important,
03:55et je veux vraiment y revenir,
03:57parce que grâce aux Jeux de Paris 2024,
03:59il y a quand même eu une compréhension,
04:01une connaissance de cette sémantique du parasport.
04:04Il y a 4 ou 5 ans,
04:05personne ne connaissait le parasport.
04:07Maintenant, effectivement,
04:08tout le monde s'insurge
04:09qu'il n'est pas suffisamment développé.
04:11Rien que ça, c'est déjà une évolution.
04:13Par contre, et vous le disiez très justement
04:15dans la façon dont vous posiez votre question,
04:17il y a énormément de freins qui sont encore existants.
04:20La question de l'accessibilité du bâti,
04:22la question de l'accessibilité financière,
04:24la question de l'ouverture du champ des possibles.
04:27Et donc, on a besoin que cette transition,
04:29elle se continue, qu'elle perdure.
04:33Et ça va nécessiter de garder,
04:34engager un grand nombre d'acteurs.
04:36Parce qu'en fait, il faut concevoir l'accès
04:37à la pratique sportive comme un long continuum
04:40qui commence par la prise de conscience
04:42de la personne au handicap,
04:43qui se termine le jour où elle a trouvé
04:45un club de proximité, où elle s'y rend.
04:47Et sur ce long continuum,
04:49vous pouvez avoir une grande diversité de freins
04:52qui appartiennent à de nombreux acteurs.
04:54Et donc, notre responsabilité, nous,
04:55au niveau du comité paralympique,
04:58c'est d'animer ces acteurs,
04:59c'est de porter des projets concrets avec eux.
05:01C'est qui ces acteurs, par exemple ?
05:02C'est les départements,
05:04bien évidemment, l'ensemble des collectivités.
05:06Ça va être les associations aussi
05:08qui vont être en relation
05:09avec les personnes en ce handicap.
05:11Ça va être le corps médical.
05:12Ça va être l'éducation nationale.
05:14Parce qu'on a besoin aussi,
05:15dès le plus jeune âge,
05:16de faire en sorte que nos jeunes,
05:18qui sont désormais, pour certains,
05:20scolarisés en milieu ordinaire,
05:22qu'ils ne soient pas exclus du temps sportif,
05:24du temps de l'EPS.
05:25Les enfants en situation de handicap
05:27sont dispensés de sport.
05:28Encore trop souvent.
05:29Effectivement.
05:29Pas forcément par le fait du professeur de sport,
05:32mais souvent par l'impulsion
05:33d'un chef d'établissement,
05:35par une crainte médicale,
05:36par une impulsion parentale.
05:38Donc on a besoin aussi
05:38de continuer à rassurer.
05:41Et un enjeu essentiel,
05:42je pense que c'est la formation
05:43et la sensibilisation de tous ces acteurs.
05:46Nous, on a, depuis un peu plus de deux ans maintenant,
05:48lancé un grand programme de formation
05:50et de sensibilisation des clubs.
05:52Donc au travers du programme Club Inclusif,
05:54notre ambition, c'est vraiment
05:55que les clubs dans les territoires
05:56se sentent en capacité
05:58d'accueillir une personne en ce handicap.
06:00Mais derrière, il y a aussi
06:01un enjeu de formation
06:02des professeurs d'EPS,
06:03du corps médical,
06:04pour qu'eux aussi,
06:05ils incitent beaucoup plus
06:06à la pratique sportive
06:07des personnes en situation de handicap.
06:08Marie-Amélie Le Fur,
06:09vous avez beaucoup répété cette formule
06:11à ouvrir le champ des possibles.
06:13Il faut l'ouvrir surtout aux femmes.
06:15Dans le handisport,
06:16c'est vraiment le point faible.
06:18En tout cas,
06:18c'est un des points faibles majeurs.
06:20Et je vais le dire,
06:21et là, je prends ma vision
06:22vraiment très haut niveau.
06:25C'est aussi une des perspectives essentielles
06:27si on veut collectivement réussir
06:28cette ambition de Los Angeles
06:30et que nous puissions être
06:32dans le top 5 des nations paralympiques.
06:34Nous avions à Paris 2024
06:3635% de femmes dans la délégation française.
06:39C'est trop peu.
06:40Et surtout, une faible compétitivité
06:42de ces parasportifs,
06:44puisque seuls 16% des médailles
06:46de la délégation française
06:48sont des médailles apportées par des femmes.
06:50Donc, on a besoin d'avoir
06:51une vraie feuille de route
06:52avec les fédérations,
06:54avec le ministère,
06:55avec l'ensemble des parties prenantes
06:56pour, dans la perspective de 2028,
06:58de 2030,
07:00arriver à féminiser
07:01ce mouvement parasportif.
07:02Merci Marie-Amélie Le Fur,
07:03présidente du Comité paralympique
07:05et sportif français.
07:06Vous étiez l'invité du 5-7.
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