00:00Il y a un an, la plupart des Français découvraient le sessi-foot, le rugby-fauteuil, la boccia ou le goalball.
00:05C'était le début des Jeux Paralympiques de Paris.
00:07Aujourd'hui, quel héritage pour le parasport ? Le soufflet est-il retombé ?
00:12Avec nous pour en parler, Marie-Amélie Le Fur. Bonjour.
00:14Bonjour.
00:15Vous êtes la présidente du Comité Paralympique et Sportif Français,
00:18triple championne paralympique d'athlétisme.
00:20Ça, c'était avant Paris, c'était les JO précédents, les Jeux Paralympiques précédents.
00:24Alors, le patron des Jeux de Paris, Tony Estanguet, promettait à l'époque une révolution paralympique
00:29qui nous modifierait en profondeur et pour toujours.
00:32Elle en est où, cette révolution ?
00:33Cette révolution, elle est en marche.
00:35En tout cas, nous, la dynamique qui a été très porteuse en amont des Jeux Paralympiques,
00:39durant les Jeux Paralympiques, elle se poursuit un an derrière les Jeux.
00:44C'est une dynamique de transition, une dynamique d'ouverture du champ des possibles.
00:48Ces Jeux de Paris 2024, ils ont permis assez durablement d'installer la place du sport
00:53dans le parcours de vie des personnes en soins de handicap.
00:56Mais cette révolution, elle va se construire sur le temps long.
00:58Parce qu'on partait de loin, parce que les freins y sont encore notables,
01:02parce qu'on a aussi un rapport dans la société française au handicap qui reste compliqué.
01:06Donc, je pense que grâce aux Jeux de Paris 2024, on a obtenu une grande visibilité,
01:10une reconnaissance des athlètes de Paralympiques comme des athlètes de haut niveau.
01:14On a commencé à avoir une vraie évolution sur la structuration de l'offre.
01:19Mais il faut continuer cette dynamique.
01:20Je vous sens très optimiste par rapport au discours des athlètes des Jeux paralympiques
01:25et même aussi des structures des clubs de sport aujourd'hui en France.
01:28Je vais en citer deux.
01:29Michael Jérémias, un immense champion de parrain tennis.
01:32Il est couvert de médailles et de trophées.
01:33Alors lui, il dit qu'il ne reste rien de ces Jeux.
01:36Il parle même de trahison.
01:37Il y a aussi le président d'un des clubs d'escrime en France,
01:40d'un des plus grands clubs d'escrime, le Masque de Fer à Lyon.
01:42Il s'appelle Stéphane Jacob.
01:43Il y a une section handisport depuis 15 ans dans son club.
01:46Et alors lui, il dit « Je suis furieux de la façon dont les politiques ont utilisé le handicap.
01:50Ils ont fait des promesses. »
01:52Mais tout ce qu'ils ont réussi à créer, ce sont des déceptions.
01:55Vous, vous n'êtes pas tombée de haut en un an ?
01:57Non, on n'est pas tombée de haut.
01:58Effectivement, il y a eu certaines déceptions sur la considération du sport,
02:02sur le budget du sport.
02:04Mais encore une fois, la dynamique de transition,
02:06de compréhension de l'importance du sport dans le parcours de vie,
02:09toute la dynamique aussi de...
02:10Ça veut dire quoi ça ?
02:11On l'a vu en fait à l'échelle des collectivités,
02:14la façon de penser la politique publique du sport.
02:17Il y a quelques années, elle intégrait très très peu la question du handicap.
02:20Il y avait peu de dynamique,
02:22il y avait peu de compréhension des acteurs,
02:23il y avait peu d'accompagnement vers ces acteurs-là.
02:26Et grâce aux Jeux de Paris 2024,
02:28ces collectivités, elles ont compris,
02:30elles accompagnent mieux les structures.
02:32Par contre...
02:32Mais est-ce qu'elles mettent de l'argent ?
02:33Parce que s'il n'y a pas d'argent,
02:34on ne peut pas développer des structures,
02:36on ne peut pas adapter les trottoirs,
02:38acheter des fauteuils pour les sportifs qui font,
02:40je ne sais pas, du rugby fauteuil, du tennis fauteuil.
02:41Il faut bien de l'argent pour ça.
02:42Et les budgets sont en baisse, rien qu'au niveau national.
02:45100 millions rabotés sur le budget de cette année,
02:47et pour l'an prochain, c'est une baisse de 18%
02:49qui est envisagée, c'est énorme.
02:51Il y a deux sujets à séparer.
02:53Il y a celui du budget,
02:55et vous le dites très justement,
02:56la multiplicité des coûts budgétaires
02:58que nous avons connus au niveau du budget des sports
03:01est problématique.
03:02Il est terriblement inquiétant,
03:03notamment dans la perspective
03:04de cette feuille de route budgétaire de 2026.
03:08Si la feuille de route se confirme,
03:09c'est vraiment tout un secteur,
03:10le secteur du sport, le secteur du parasport
03:12qui va être mis à mal avec la double peine.
03:15C'est-à-dire une baisse du budget de l'État,
03:17mais aussi une baisse du budget des collectivités.
03:19Et on sait que les collectivités
03:20sont le premier financeur du sport
03:22et le parasport ne sera pas épargné.
03:25Donc ça, c'est la photographie,
03:26effectivement, côté budgétaire.
03:28D'autant, je fais juste une petite parenthèse
03:29qu'Emmanuel Macron jurait à l'époque
03:31que tous les moyens affectés au sport
03:32seraient maintenus jusqu'à la fin de son quinquennat.
03:34Fausse promesse donc ?
03:35En tout cas, la feuille de route 2025,
03:37ça a été effectivement une baisse initiale du budget
03:39à hauteur de 8%,
03:41derrière une coûte budgétaire à hauteur de 300 millions,
03:44qui font que ça a un effet véritablement délétère
03:47sur l'accès au sport,
03:48sur le développement de la pratique sportive,
03:50sur le financement des équipements.
03:53Après, il y a une dynamique.
03:54Et ça, c'est important,
03:55et je veux vraiment y revenir,
03:57parce que grâce aux Jeux de Paris 2024,
03:59il y a quand même eu une compréhension,
04:01une connaissance de cette sémantique du parasport.
04:04Il y a 4 ou 5 ans,
04:05personne ne connaissait le parasport.
04:07Maintenant, effectivement,
04:08tout le monde s'insurge
04:09qu'il n'est pas suffisamment développé.
04:11Rien que ça, c'est déjà une évolution.
04:13Par contre, et vous le disiez très justement
04:15dans la façon dont vous posiez votre question,
04:17il y a énormément de freins qui sont encore existants.
04:20La question de l'accessibilité du bâti,
04:22la question de l'accessibilité financière,
04:24la question de l'ouverture du champ des possibles.
04:27Et donc, on a besoin que cette transition,
04:29elle se continue, qu'elle perdure.
04:33Et ça va nécessiter de garder,
04:34engager un grand nombre d'acteurs.
04:36Parce qu'en fait, il faut concevoir l'accès
04:37à la pratique sportive comme un long continuum
04:40qui commence par la prise de conscience
04:42de la personne au handicap,
04:43qui se termine le jour où elle a trouvé
04:45un club de proximité, où elle s'y rend.
04:47Et sur ce long continuum,
04:49vous pouvez avoir une grande diversité de freins
04:52qui appartiennent à de nombreux acteurs.
04:54Et donc, notre responsabilité, nous,
04:55au niveau du comité paralympique,
04:58c'est d'animer ces acteurs,
04:59c'est de porter des projets concrets avec eux.
05:01C'est qui ces acteurs, par exemple ?
05:02C'est les départements,
05:04bien évidemment, l'ensemble des collectivités.
05:06Ça va être les associations aussi
05:08qui vont être en relation
05:09avec les personnes en ce handicap.
05:11Ça va être le corps médical.
05:12Ça va être l'éducation nationale.
05:14Parce qu'on a besoin aussi,
05:15dès le plus jeune âge,
05:16de faire en sorte que nos jeunes,
05:18qui sont désormais, pour certains,
05:20scolarisés en milieu ordinaire,
05:22qu'ils ne soient pas exclus du temps sportif,
05:24du temps de l'EPS.
05:25Les enfants en situation de handicap
05:27sont dispensés de sport.
05:28Encore trop souvent.
05:29Effectivement.
05:29Pas forcément par le fait du professeur de sport,
05:32mais souvent par l'impulsion
05:33d'un chef d'établissement,
05:35par une crainte médicale,
05:36par une impulsion parentale.
05:38Donc on a besoin aussi
05:38de continuer à rassurer.
05:41Et un enjeu essentiel,
05:42je pense que c'est la formation
05:43et la sensibilisation de tous ces acteurs.
05:46Nous, on a, depuis un peu plus de deux ans maintenant,
05:48lancé un grand programme de formation
05:50et de sensibilisation des clubs.
05:52Donc au travers du programme Club Inclusif,
05:54notre ambition, c'est vraiment
05:55que les clubs dans les territoires
05:56se sentent en capacité
05:58d'accueillir une personne en ce handicap.
06:00Mais derrière, il y a aussi
06:01un enjeu de formation
06:02des professeurs d'EPS,
06:03du corps médical,
06:04pour qu'eux aussi,
06:05ils incitent beaucoup plus
06:06à la pratique sportive
06:07des personnes en situation de handicap.
06:08Marie-Amélie Le Fur,
06:09vous avez beaucoup répété cette formule
06:11à ouvrir le champ des possibles.
06:13Il faut l'ouvrir surtout aux femmes.
06:15Dans le handisport,
06:16c'est vraiment le point faible.
06:18En tout cas,
06:18c'est un des points faibles majeurs.
06:20Et je vais le dire,
06:21et là, je prends ma vision
06:22vraiment très haut niveau.
06:25C'est aussi une des perspectives essentielles
06:27si on veut collectivement réussir
06:28cette ambition de Los Angeles
06:30et que nous puissions être
06:32dans le top 5 des nations paralympiques.
06:34Nous avions à Paris 2024
06:3635% de femmes dans la délégation française.
06:39C'est trop peu.
06:40Et surtout, une faible compétitivité
06:42de ces parasportifs,
06:44puisque seuls 16% des médailles
06:46de la délégation française
06:48sont des médailles apportées par des femmes.
06:50Donc, on a besoin d'avoir
06:51une vraie feuille de route
06:52avec les fédérations,
06:54avec le ministère,
06:55avec l'ensemble des parties prenantes
06:56pour, dans la perspective de 2028,
06:58de 2030,
07:00arriver à féminiser
07:01ce mouvement parasportif.
07:02Merci Marie-Amélie Le Fur,
07:03présidente du Comité paralympique
07:05et sportif français.
07:06Vous étiez l'invité du 5-7.
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