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  • il y a 11 mois
C'est le 1er jour du procès du docteur Péchier, à Besançon, accusé de trente empoisonnements, dont 12 mortels. Notre journaliste Marion Streicher couvrira cette audience pour ICI Besançon et nous explique les enjeux de ce procès.

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Transcription
00:00Bonjour Marion Strécher. Bonjour Anne, bonjour à tous.
00:03Vous allez suivre ce procès pour ici Besançon.
00:05Alors on a déjà dit, entendu beaucoup de choses sur ce procès, sur le docteur Péchier.
00:10Le dossier est énorme. On a 8 ans d'instruction, des milliers de feuillets d'audition.
00:16Frédéric Péchier est accusé de 30 empoisonnements, dont 12 mortels.
00:19Il nie la totalité des faits. La vérité c'est quoi ?
00:23C'est bien ça qui est compliqué et c'est tout l'enjeu de ce procès
00:26parce qu'à partir du moment où l'accusé nie les faits,
00:29les jurés vont devoir se forger, vous le savez, ce qu'on appelle une intime conviction.
00:33Pour ça, ils n'ont donc 3 mois et demi.
00:35Il y aura bien sûr les éléments d'enquête qui vont être appelés durant le procès.
00:38Il y aura les débats, les expertises, les avocats bien sûr.
00:42Et ils vont devoir se forger cette intime conviction et juger le docteur Péchier.
00:46Alors effectivement, le docteur Péchier est accusé de faits extrêmement graves.
00:50Mais comme il est anesthésiste, il est médecin, on a du mal un petit peu à imaginer.
00:53C'est vrai que pour la plupart d'entre nous, un crime c'est avec un couteau, c'est avec une arme.
00:56Là, ce n'est pas le cas, mais on est quand même face à 12 assassinats.
01:03Oui, puisque l'après-méditation est retenue.
01:04Oui, 12 assassinats présumés, 18 empoisonnements,
01:08avec pour certaines victimes des conséquences et des séquelles à vie.
01:11Donc les faits sont extrêmement graves.
01:13Mais dans cette histoire, on a aussi le docteur Péchier,
01:15considéré par ses pairs dans la clinique comme le meilleur, comme le boss.
01:20Lorsqu'il faut réanimer quelqu'un, il est tout de suite là, il a tout de suite une solution.
01:25Donc on a ces deux facettes, il y en a cette histoire.
01:28A la fois le docteur Péchier héros et le docteur Péchier assassin présumé.
01:32Mais il y a quand même quelques certitudes, on l'espère,
01:35notamment ces cas d'empoisonnement.
01:37On a bien empoisonné des personnes.
01:39Oui, c'est l'incertitude dans ce dossier.
01:41C'est ça qui est certain, c'est qu'il y a eu empoisonnement.
01:44Des prélèvements ont pu être faits.
01:45La première fois, c'est sur le cas Sandra Simard.
01:48C'est d'ailleurs l'un des cas qui sera examiné cette semaine,
01:50lors de la première semaine de procès.
01:53On est début de l'année 2017, on est en janvier.
01:57Sandra Simard est en pleine santé, comme la plupart des victimes.
02:01Elle fait un arrêt cardiaque, elle a une opération du dos.
02:03Alors qu'elle est une patiente sans risque, personne ne comprend ce qui s'est passé.
02:06Elle est transférée de la clinique au CHU.
02:09Là, on a le chef de la réanimation de l'hôpital,
02:11qui regarde les éléments, notamment cardiaques,
02:14et qui dit tout de suite qu'il y a eu une intoxication.
02:18Du coup, le dossier est transmis à l'ARS, l'agence régionale de santé.
02:22Comme c'est tout frais, elle vient de faire un arrêt cardiaque,
02:25on peut faire des prélèvements.
02:26On retrouve les poches de perfusion dans la déchetterie de la clinique.
02:30Et là, on se rend compte que les doses de potassium
02:32sont 100 fois supérieures à la normale.
02:35Et pour l'agence régionale de santé,
02:37ce n'est pas que ça ne fait pas aucun doute.
02:39Mais en tout cas, désormais, on peut dire
02:41qu'il y a peut-être quelqu'un qui a pollué ses poches.
02:45Et c'est le début de l'affaire.
02:46Oui, mais Marie, on parle de quelqu'un.
02:48Et effectivement, maintenant, on ne parle plus que d'une seule personne
02:51qui est le docteur Péchier,
02:53qui est nommé.
02:54Pourquoi ?
02:55En fait, les enquêteurs se sont focalisés sur le docteur Péchier.
02:58Alors, évidemment, pas tout de suite.
02:59Mais déjà, parce que le dernier cas, celui de Jean-Claude Gandon,
03:02qui sera aussi examiné cette semaine,
03:04c'est un patient du docteur Péchier.
03:06Et lorsqu'il fait un arrêt cardiaque,
03:07les policiers sont sur place à la clinique.
03:09Ils sont déjà en train d'enquêter et il y a ce cas qui se produit.
03:12Donc là aussi, on peut prélever des seringues
03:14et on se rend compte, évidemment, qu'il y a eu empoisonnement.
03:18Donc il y a déjà ce cas, qui est le cas du docteur Péchier.
03:20Puis ensuite, il y a un travail de fourmi
03:21qui est réalisé durant huit ans.
03:23On recoupe avec d'anciennes affaires.
03:25Il y a des victimes aussi pour qui...
03:27C'était des cas inexpliqués qui se disent
03:28« Si ça se trouve, moi, mon proche, a été victime dans cette affaire. »
03:33Et donc, dans ces huit ans et demi d'instruction,
03:36ce qui s'est passé, ils ont examiné tous les plannings.
03:39Et ils se sont rendus compte, en fait, que sur toutes les personnes,
03:42plus de 1500 personnes qui pouvaient avoir accès au bloc,
03:45aux salles d'opération,
03:46le seul dénominateur commun, c'était le docteur Péchier.
03:50Et c'est comme ça qu'on en est arrivé à ce fait d'indice concordant
03:54sur cet anesthésiste.
03:55L'autre élément un petit peu troublant,
03:59c'est peut-être aussi ce qu'il pouvait faire de lui un héros,
04:01c'est qu'en fait, docteur Péchier,
04:02il était souvent à côté, il arrivait très vite,
04:05il trouvait la solution en quelques minutes,
04:07là où ses collègues ne savaient pas quoi faire.
04:09Lui, il le trouvait en quelques minutes.
04:11Mais la question, Marion, c'est le mobile.
04:13Qu'est-ce qui pousse un anesthésiste à empoisonner des patients ?
04:17Alors là, c'est compliqué, il faut se contenter d'hypothèses.
04:20Ce ne sont pas des certitudes, ce sont des hypothèses.
04:21La première, c'est qu'en trouvant tout de suite la solution,
04:23forcément, on a du pouvoir, on devient le boss,
04:27on est supérieur aux autres, on est à la fois admiré, respecté,
04:30et on peut effectivement avoir cette supériorité sur des collègues.
04:34Mais ce n'est pas la seule hypothèse.
04:36Frédéric Péchier avait aussi des conflits régulièrement,
04:38souvent pour des affaires financières, avec d'autres collègues.
04:41Et donc, l'une des autres hypothèses, c'est qu'il pourrait avoir,
04:44on est conditionnel, il pourrait avoir empoisonné des patients
04:47pour nuire à certains de ses collègues.
04:49Il n'y aura pas de demi-mesure à l'issue de ce pensée ?
04:52Oui, trois mois et demi de procès, effectivement,
04:55mais à la fin, il faudra un verdict.
04:57Et il ne pourra pas y avoir 36 solutions.
04:59Soit le docteur Péchier est reconnu coupable,
05:02et dans ce cas-là, il risque la réclusion à perpétuité,
05:04parce qu'encore une fois, on est face à 12 assassinats.
05:07Soit il est acquitté,
05:08et dans ce cas-là, quelque part,
05:10on se sera acharné sur un homme durant 8 ans et demi.
05:12Et surtout, puisque je vous le rappelle,
05:13on a la certitude de l'empoisonnement,
05:15il y aura toujours un empoisonneur quelque part.
05:17Donc, on a la certitude de l'empoisonnement,
05:19et on a la certitude de l'empoisonnement.
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