00:00Nous en parlons avec vous, Guillaume Lefort. Bonsoir, merci d'être avec nous.
00:03Vous êtes exploitant agricole depuis 15 ans maintenant.
00:05Vous êtes également vice-président de la FDSEA Seine-et-Marne.
00:10Question simple, qu'est-ce qui vous inquiète dans cet accord ?
00:13Aujourd'hui, plusieurs choses nous inquiètent.
00:15On le voit, on va devenir encore plus en concurrence avec des agriculteurs
00:19qui n'ont pas les mêmes règles du jeu pour produire.
00:21Et on a traversé tout l'été, on a parlé de la fameuse loi du plomb,
00:25un certain nombre de contraintes sur l'agriculture.
00:26On va laisser entrer sur notre territoire et consommer aux Français et aux Européens
00:30une alimentation qui n'a pas la même qualité
00:32et qui n'a pas les mêmes règles sociales, environnementales,
00:35en termes de bien-être animal, qui sera produit de l'autre côté de l'Atlantique.
00:39Alors vous, vous cultivez entre autres du blé, de l'orge, de la betterave.
00:42Est-ce que vous êtes déjà en mesure de savoir les conséquences
00:46que pourrait avoir l'entrée en vigueur de cet accord
00:48sur vos exploitations, sur vos cultures à vous ?
00:51Les principaux produits qui vont potentiellement déstabiliser le marché européen
00:56et par rapport à ma ferme, ça serait plutôt autour du sucre, de l'alcool,
01:00mais autour de la viande bovine, aujourd'hui, vous l'avez cité,
01:02un certain nombre de quotas, même si par rapport à la proportion,
01:06ça peut sembler que peu en proportion.
01:09Les 99 000 tonnes de bœuf, c'est à peu près 2%,
01:15mais sauf qu'ils sont aussi malins, ils vont venir avec les pièces de bœuf les plus belles
01:20et donc ils peuvent aller jusqu'à 25% de la production des pièces les plus belles
01:24et donc du coup déstabiliser profondément notre marché.
01:27Et l'Europe a peut-être indiqué qu'ils allaient vouloir compenser
01:31ces pertes pour l'agriculture avec ces clauses de sauvegarde,
01:34sauf qu'aujourd'hui, on le sait, il n'y a plus d'argent dans les caisses,
01:36que ce soit en Europe ou en France.
01:38On s'est battus pour la politique agricole commune
01:41et le budget est en baisse entre 25 et 40%.
01:43Pourquoi aller essayer de nous compenser alors qu'il suffirait
01:46d'empêcher ces importations et de ne pas générer de surcoûts
01:49pour le budget européen et français ?
01:50Alors précisément, ces clauses de sauvegarde qui sont prévues
01:53par la Commission européenne, qui semblent être acceptées par Paris,
01:57en tout cas sur le principe, la France doit encore les analyser,
02:02pourquoi précisément elles ne vous satisfont pas ?
02:06Quelles seraient les garanties qu'il faudrait pour que,
02:09éventuellement, vous acceptiez cet accord ?
02:12On le voit, ces clauses de sauvegarde,
02:14et peut-être que la position de Paris a évolué,
02:16car, comme vous l'avez dit dans votre reportage,
02:18la minorité de blocage va devenir difficile à trouver,
02:21et la stratégie de la présidente de la Commission européenne
02:24de scinder l'accord en deux et de ne pas pouvoir avoir un veto
02:27par un pays d'être mis en place,
02:29montre bien qu'elle n'est pas non plus très sereine
02:31dans sa capacité à faire adhérer l'ensemble de l'Europe.
02:34Aujourd'hui, les clauses de sauvegarde, c'est une quantité par un prix,
02:37et ça va être une somme d'argent.
02:39Nous, aujourd'hui, on ne peut pas se satisfaire
02:41d'avoir des contraintes toujours plus fortes
02:43et rendre notre agriculture française la moins compétitive.
02:45Et de laisser entrer des produits concurrents.
02:48C'est ça qui est insupportable.
02:50À un moment donné, on a des exploitations qui déforestent au Brésil.
02:54Nous, on a des règles qui nous protègent,
02:56qui protègent les forêts, qui protègent l'environnement,
02:58qui protègent les hommes.
02:59On a un SMIC et tout ça.
03:00Et on va, en face de nous, avoir des concurrents
03:02qui vont venir nous casser le marché.
03:04Et on va peut-être espérer, au bout de quelques mois, avoir des compensations.
03:09On va générer des surcoûts encore en plus, comme je l'ai déjà dit,
03:12alors qu'il aurait suffi d'empêcher ces importations.
03:15Et on aurait été plus sereins.
03:16Et c'est la planète qu'en aurait profité.
03:18Et sur ça, pourtant, la Commission européenne assure que les normes de l'Union européenne
03:21seront respectées.
03:22Et qu'il n'y aura pas, au niveau de la production, etc.,
03:25de contradictions avec les valeurs européennes.
03:29Vous n'y croyez pas ?
03:29Je n'y crois pas, parce qu'aujourd'hui, et on l'a vu il y a quelques semaines,
03:35avec les œufs ukrainiens, sur certains produits,
03:37on est sur des durées très courtes.
03:40Et notre capacité à tout contrôler est quasiment impossible.
03:44Et donc, du coup, d'avoir une vérification sur l'ensemble de cette traçabilité
03:47qui peut arriver de la ferme brésilienne jusqu'en Europe,
03:51est quasiment impossible.
03:53Alors, peut-être qu'on y arrivera sur des produits qui ont une durée de consommation plus longue.
03:57Mais sur, notamment, l'élevage, c'est quasiment mission impossible de pouvoir le contrôler.
04:02Et qui plus est, on se rend compte, quand on prend connaissance de l'accord,
04:06que si jamais l'Europe, dans les mois, dans les années qui viennent,
04:10augmente son niveau d'exigence,
04:11l'Europe va devoir compenser aux agriculteurs du Mercosur ce décalage.
04:16Donc, on marche vraiment sur la tête.
04:18Et quand mes collègues emploient le mot d'accord toxique,
04:20c'est vraiment le cas.
04:21C'est un accord qui a plus de 30 ans de négociations.
04:24Le monde a tellement évolué en 30 ans, on ne peut plus accepter ce type d'accord.
04:27Cet accord, si je vous en reviens, il vous inquiète finalement plus
04:31que la concurrence chinoise ou que le protectionnisme américain
04:35avec les droits de douane, etc.
04:37Non, il s'additionne à toutes ces inquiétudes.
04:40On le sait que l'Europe est également en discussion avec l'Inde sur ce type d'accord.
04:43Aujourd'hui, on ne peut pas être un petit îlot tout vert au milieu d'un monde entier
04:48qui commerce avec des règles et nous, de ne pas réussir à imposer à l'entrée ces règles-là.
04:57On ne peut pas contrôler aujourd'hui tous ces flux, tout ce qui va rentrer.
05:00Et donc, on se doit de se protéger par des droits de douane,
05:03par la non-signature de ce type d'accord.
05:05Parce que sinon, on va tuer l'agriculture française, européenne,
05:08et notamment la partie élevage, l'élevage décapitalise.
05:13Il y a de moins en moins de têtes d'animaux présents sur le territoire.
05:16On est obligé d'importer, on était exportateur de volaille.
05:18Aujourd'hui, on va devoir apporter de la volaille.
05:20Donc, ça ne va pas.
05:21On a vu tout l'été des feux qui se sont passés en Europe.
05:24C'est des zones où il n'y a plus d'élevage, où il n'y a plus d'animaux
05:26qui vont pâturer dans les estives et donc qui favorisent les incendies.
05:30On se doit de pouvoir protéger notre agriculture pour continuer à produire
05:34pour l'ensemble de la population française
05:36et pas uniquement pour une population qui aura les moyens d'acheter
05:39les produits les plus chers produits en France
05:41et de laisser des produits importés pour ceux qui ont le moins de moyens
05:44ou pour nos enfants dans les cantines
05:46ou pour les produits les moins chers.
05:49Je vous remercie beaucoup, Guillaume Lefort,
05:50de nous avoir fait part de votre inquiétude face à cette adoption
05:53de cet accord commercial entre l'UE et le Mercosur.
05:56Vous êtes exploitant agricole, vice-président de la FDSEA Sénémar.
06:00Merci à vous.