00:00Un drame maintenant qui s'est déroulé vendredi dans le Gard, dans la commune de Saz.
00:05C'est un enfant de 12 ans qui a été écrasé par un bloc de béton.
00:08Ce bloc s'est détaché d'un pilier près du stade municipal.
00:12Ce garçon s'appelait Lénie et ses parents portent plainte contre la mairie.
00:16Et son père est avec nous en direct ce matin.
00:19Merci infiniment, monsieur, de nous répondre, malgré évidemment l'immense peine qui est la vôtre.
00:25Un moment particulièrement difficile pour vous. Vous êtes là avec votre avocat également qu'on va entendre.
00:31D'abord, peut-être dites-nous comment vous allez et quels jours après ce drame épouvantable.
00:37On va très mal. On se réveille. On pense à notre fils. On n'arrive plus. On n'y arrive plus.
00:45On n'arrive plus. On n'arrive pas. Il pourra y croire. Voilà où on en est aujourd'hui.
00:52C'est terrible de vous entendre, évidemment.
00:53Il a laissé sa petite soeur toute seule.
00:55Merci infiniment de nous parler.
01:00On n'a pas fait la rentrée de notre fils.
01:04Quel est l'état d'esprit de votre épouse ?
01:07Puisque, encore une fois, merci infiniment de nous parler.
01:09Mais pour votre épouse, en revanche, elle est dans un tel état que c'est vraiment trop dur pour elle.
01:15Elle n'arrive plus à parler. Elle ne fait plus rien. Elle ne vit plus.
01:19Je n'arrive même pas à la contenir.
01:20On est toute notre famille chez nous. On n'arrive pas.
01:24On ne peut qu'imaginer, monsieur, évidemment, la peine qui est la vôtre.
01:31Peut-être, Boris Kamalov, expliquez-nous, rappelez-nous les circonstances du drame.
01:35Et puis ensuite, on vous entendra.
01:36Et on entendra donc votre avocat qui va nous expliquer comment cette affaire va maintenant être judiciarisée.
01:42Le drame, il s'est noué vendredi dernier aux alentours de 18h30.
01:47Léni, âgé de 12 ans, se trouve donc au stade de Saz, dans la commune où il réside.
01:51C'est une petite commune d'un peu plus de 2000 habitants dans ce département du Gard.
01:56Il a donc été écrasé par un bloc de béton alors qu'il attendait ses amis.
02:01Léni, il s'est assis sur une chaîne tendue entre deux piliers en béton.
02:05Et selon les tout premiers éléments de l'enquête, le jeune adolescent se balançait sur cette chaîne.
02:10Et l'un des deux piliers en béton se serait alors desserré du sol avant de lui tomber dessus.
02:16Il y a eu une enquête qui a été ouverte par le parquet de Nîmes, enquête pour homicide involontaire.
02:21Il confiait à la brigade de recherche de gendarmerie de bagnole sur 16.
02:23Et l'an du matin, justement, Maître Amouroun, qui est donc l'avocat des parents de Léni,
02:28a décidé de déposer plainte contre la mairie pour homicide involontaire
02:33et mise en danger délibérée de la vie d'autrui.
02:37Peut-être que Maître Amouroun va pouvoir nous expliquer ce qu'il dénonce
02:41et pourquoi est-ce qu'il vise la mairie aujourd'hui.
02:42Oui, parce qu'il est avec nous, effectivement, Maître Amouroun,
02:45aux côtés du père de Léni, Rémi Torjman, dont on voit, évidemment, l'immense peine
02:50et qu'on va, évidemment, laisser un petit peu reprendre ses esprits
02:53parce qu'on imagine que c'est très, très compliqué pour lui de s'exprimer.
02:56On imagine, évidemment, son épuisement aussi.
02:59Il n'y a pas dû avoir beaucoup de sommeil depuis quatre jours.
03:01Maître, expliquez-nous pourquoi vous en voulez à la mairie présidente dans cette affaire.
03:07Tout simplement, cher monsieur, sachez que ce n'est pas une colère personnelle
03:15ou une procédure qui vise une personne en particulier, celle de monsieur le maire.
03:19C'est tout simplement la loi, le code pénal, le code de procédure pénale
03:22qui prévoit depuis très longtemps que les maires, les édiles sont responsables
03:26des infrastructures, des matériaux, de tout ce qui permet de faire fonctionner la commune,
03:32la vie en société dans la commune.
03:34Et le moins que l'on puisse dire, le minimum que l'on puisse dire,
03:37c'est que lorsqu'un poteau tombe avec un poids d'un enfant sur une chaîne de 40 kilos,
03:45le minimum, c'est que techniquement, il y a une difficulté.
03:47Et il doit rendre des comptes de par le mandat qu'il a choisi lui-même.
03:51Il connaît ses responsabilités.
03:52Et lorsqu'il s'est présenté en tant que maire, il est maire depuis de nombreuses années,
03:56il sait, il savent, les maires, qu'ils doivent répondre des dangers
04:01et de la mise en danger de la vie d'autrui, surtout dès lors que c'est aux abords d'un stade
04:07et qu'un enfant de 12 ans est décédé tragiquement
04:10en utilisant ou pas, peu importe la question, un stade de foot pour jouer au foot avec ses amis.
04:17Monsieur Tordjuman, on a entendu ce que dit votre avocat.
04:19Il n'y a pas de haine personnelle ici.
04:20Ce dont vous avez besoin, ce sont surtout des réponses aux questions que vous vous posez.
04:26Je n'ai pas de haine.
04:28Je n'ai pas de haine.
04:29J'ai la haine d'avoir perdu mon fils.
04:31Moi, ce que je reproche aujourd'hui, c'est qu'on n'a eu aucun soutien du maire,
04:35aucun mot, on n'a rien eu du tout.
04:38On n'a rien eu du tout.
04:39On nous laisse comme ça.
04:40Voilà, aujourd'hui, on a tout le village qui est venu se recueillir chez nous.
04:44Tout le village est venu nous poser des mots dans la boîte aux lettres.
04:46Poser un mot, il n'a pas besoin de venir nous voir.
04:48Il nous aurait posé un mot ou une couronne de fleurs à l'honneur de mon fils.
04:51Voilà, ça nous aurait soulagé.
04:53Voilà, tout simplement.
04:54Ça ne fera pas revenir mon fils.
04:56Mais voilà, et j'ai tiens à préciser que mon fils ne se balançait pas sur la chaîne
04:58comme c'est dit tous les jours.
04:59Il était assis sur cette chaîne, comme tous les jeunes du village.
05:02On ne peut pas se balancer sur une chaîne à paraître un acrobat.
05:05Voilà.
05:07Alors, je précise qu'il y a eu un communiqué de la mairie qui a parlé de grande tristesse.
05:11Je parle sous votre contrôle, Boris.
05:12Mais on entend que vous attendiez sans doute des choses un petit peu plus poussées,
05:16un petit peu plus avancées.
05:17Vous les connaissez bien, vous, ces lieux, parce que vous habitez là-bas depuis 25 ans.
05:21Et est-ce que ce pilier, tout le monde savait qu'il était bang-ballant comme ça
05:24et qu'il était dangereux ?
05:25Oui, tout le monde savait, bien sûr.
05:32Ça fait des années que le portail est cassé.
05:36Ça fait des années.
05:37Je l'ai quasiment tout le temps vu comme ça.
05:39Ça fait 25 ans que j'habite sur Saz.
05:41Je suis arrivé à 15 ans et si j'ai bientôt 40 ans, mon fils a appris à marcher sur ce stade.
05:46Il est allé tous les jours sur ce stade.
05:47Tous les jeunes du village y vont tous les jours.
05:49Ils font les kermesses de l'école sur ce stade.
05:51Ils font passer les permis vélo de l'école sur ce stade.
05:53Tout se passe sur ce stade.
05:55Et ce stade a toujours été ouvert comme ça, ou avec un portail cassé, ou des barreaux cassés.
05:59Il est toujours présent d'ailleurs.
06:01Rien n'a été sécurisé.
06:02Le deuxième poteau n'est même pas sécurisé.
06:04Il peut encore aujourd'hui tomber sur quelqu'un.
06:07C'est ça, M. Amouroun, que vous dénoncez.
06:10Ce manque d'entretien des installations de la municipalité.
06:13Allez-y.
06:13Oui, si vous permettez, non seulement on le dénonce, mais quelques jours après le drame, il est absolument, de mon humble expérience, je n'ai jamais vu ça, un mot rapidement.
06:27La mairie est à peut-être 200 ou 300 mètres du domicile des parents de Léni.
06:32Ils n'ont reçu aucune visite officielle, comme vient de vous le dire, mon client.
06:35Bon, passons.
06:36Mais si vous allez devant les lieux du drame, c'est les parents et la famille qui ont sécurisé la zone en mettant eux-mêmes, de leur propre initiative, des barrières.
06:46C'est du jamais vu, j'ai jamais vu ça.
06:48Ok, on est dans une petite commune, ok, c'est rural, c'est une petite commune où tout le monde se connaît.
06:53Mais c'est la famille qui a dû aller poser des barrières de sécurité.
06:56Il n'y a aucun, jusqu'à hier, je n'ai pas vérifié ce matin, aucun affichage, aucune plaque commémorative.
07:03Bon, ça, ça viendra peut-être après, ou qui vient rappeler l'événement dramatique qu'il y a eu ces quelques jours.
07:08Et je rappelle que la maman et le papa, pardon de le rappeler, mais c'est important pour l'opinion qui nous regarde, l'opinion publique,
07:15ils ont vu le corps de leur enfant agonisé au sol.
07:19Il n'y a pas, pendant plusieurs heures, il n'y a pas eu de périmètre de sécurité et il n'y en a toujours pas à ce jour.
07:24C'est du jamais vu.
07:27Expliquez-nous d'ailleurs, monsieur Tordjman, vous êtes aussi en colère contre les secours, semble-t-il,
07:31parce que, visiblement, votre fils aurait peut-être, on ne le saura jamais, mais en tout cas, en cas d'intervention plus rapide,
07:38les choses auraient pu être différentes.
07:40Comment ça s'est passé, l'arrivée des secours ? Est-ce que, de votre point de vue, ils ont trop tardé ?
07:45Effectivement. Aujourd'hui, je ne cherche pas à avoir un coupable à tout prix.
07:49Ce qui s'est passé, c'est qu'à 10 minutes de chez nous, on a une caserne de pompiers.
07:52Les pompiers sont arrivés sans infirmiers.
07:54Ils sont arrivés sans infirmiers.
07:56Pour moi, ils sont venus au bout de 30 minutes.
07:58Après, je ne sais pas, peut-être que le temps m'a paru long,
08:00mais en tout cas, pour moi, ils sont venus au bout de 30 minutes.
08:02Il n'y avait pas d'infirmiers dans ce camion.
08:03Ils ont dû faire appel à une autre brigade qui est à Bocquer,
08:06qui est à Bocquer, qui a une demi-heure de chez nous.
08:09Et là, une infirmière est venue et elle m'a dit qu'elle avait pratiqué,
08:12qu'elle avait essayé de tout faire, mais que c'était déjà trop tard.
08:14Voilà. On est dans un village où, si demain, il nous arrive quelque chose,
08:17il n'y a pas d'infirmiers qui arrivent dans le camion de sapeurs-pompiers.
08:20Surtout que, sachant les faits, comme on les a décrits,
08:22j'aurais aimé même avoir le SAMU directement.
08:26Alors, c'est vrai, Maître Amourne, que ça paraît insensé d'entendre des choses comme ça.
08:30Est-ce que vous avez l'intention de porter une autre plainte contre les secours ?
08:37Alors, concernant la question des secours,
08:39moi, je vais demander des relevés qui sont disponibles
08:42et qui seront sûrement prélevés par les enquêteurs,
08:44à savoir quand est-ce qu'ils ont été appelés, quand est-ce qu'ils sont venus.
08:47Je prends des précautions, je garde une certaine réserve là-dessus,
08:50mais j'entends effectivement des informations qui remontent à moi,
08:54sur lesquelles on m'informe que les pompiers seraient intervenus très tardivement,
08:57alors qu'on est dans le carrefour.
08:59Saz, c'est le carrefour.
09:00C'est vraiment entre Avignon, c'est à 10 minutes d'Avignon,
09:035 minutes des Angles.
09:05C'est très proche de communes importantes.
09:08Donc, je garde une certaine réserve, je ne porte pas d'accusation,
09:10mais nous allons vérifier ça tout simplement en détail,
09:13et tout le monde pourra le comprendre.
09:14– Vous nous avez parlé, M. Torjman, de l'absence à vos côtés de la mairie.
09:18Qu'est-ce que vous attendez pour les heures qui viennent ?
09:19Est-ce que vous demandez au maire, oui, de venir vous voir maintenant,
09:22parce qu'il vaut mieux tard que jamais ?
09:24– Franchement, je vais vous dire la vérité.
09:30Je ne veux plus qu'il vienne s'il veut,
09:32mais à la base, il venait de lui-même.
09:34On ne va pas forcer le maire, je ne vais pas forcer le maire de Saz
09:37à venir me faire des condoléances.
09:39J'ai toute ma famille, on est très bien entourés,
09:41on est super bien entourés.
09:43Je ne vais pas forcer le maire de ma commune
09:45à venir présenter les condoléances à ses habitants.
09:48Voilà, tout simplement, je ne sais pas quoi vous dire de mieux.
09:50– Peut-être un mot sur la solidarité aussi,
09:54parce qu'il y a cette absence dont vous nous parlez de la part de la mairie,
09:56mais il y a aussi toute la commune qui est venue, vous l'avez dit,
09:58il y a aussi une cagnotte qui a été lancée pour vous aider.
10:02Est-ce que ça aide malgré tout, tout ça aide à tenir le coup ?
10:06Bien sûr que ça nous aide, de sentir que tout le monde ressent nos douleurs,
10:11bien sûr que ça nous aide.
10:12Tout le village est venu, les personnes qui travaillent à la poste,
10:16les personnes des commerces, des voisins qu'on ne connaît même pas,
10:19tout le monde est venu, on est plus qu'entourés.
10:22On a toute notre famille qui est venue de toute la France nous rejoindre.
10:25Voilà, et c'est ça.
10:26Et aujourd'hui, c'est ce qui nous fait tenir un petit peu,
10:28quelques heures dans la journée, mais après, voilà, on revient à notre réalité.
10:31Merci infiniment, Rémi Tordjman, pour nous avoir parlé,
10:36malgré évidemment cette peine immense qui est la vôtre
10:38et qu'on comprend tout à fait.
10:39Et puis, voilà, on vous souhaite beaucoup de courage, évidemment,
10:41pour les heures qui viennent.
10:43Et merci à votre avocat d'avoir été à vos côtés.
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