00:00Il est 7h11 sur Europe 1. Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le directeur général d'opinion de l'IFOP.
00:06Bonjour Frédéric Dhabi.
00:07Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:08Bienvenue sur Europe 1. Troisième prise de parole hier soir en une semaine pour François Bayrou.
00:13Lundi dernier, mercredi à la télévision et donc à nouveau hier sur toutes les chaînes d'info et sur Europe 1
00:19qui était la seule radio à diffuser l'interview.
00:21Bon, la question que je vais vous poser, Frédéric, elle est toute simple.
00:24Qu'est-ce qu'il avait à dire de plus qu'il n'avait pas encore dit François Bayrou que les deux fois précédentes ?
00:28Sincèrement, pas grand-chose. Il cherche, vous le dites, à occuper, voire saturer l'espace médiatique.
00:34Mais quand j'ai vu l'interview, j'étais sur LCI pour la commenter, moi je suis frappé par un problème de temporalité.
00:41Cette interview face aux quatre grandes chaînes d'info et sur Europe 1,
00:45elle aurait peut-être dû avoir lieu quelques jours après le 15 juillet, après ces annonces,
00:51pour prendre les Français, comme il l'a dit à témoin, pour que les Français se retournent vers les députés
00:57sur le mode, il faut lui laisser une chance.
00:59À une semaine d'un vote qui semble déjà acquis, où il ne s'agit pas de dynamique comme pour les élections,
01:04mais d'arithmétique, le choix des députés un par un, ça apparaît bien tard.
01:09Et de la même manière, au-delà de l'intermédiation des quatre journalistes qui étaient présents,
01:14dont Sonia Mabrouk, est-ce que dans cette émission, et j'ai eu du mal à trouver la réponse,
01:19François Bayrou a parlé aux Français, où il s'est adressé indirectement aux députés.
01:25Lorsqu'il dit les deux jours fériés, qui comme vous le savez, dans les enquêtes IFOP,
01:29le point de fixation majeur, dans le verbatim des Français, dans le baromatifop JDD d'hier,
01:34c'était absolument majeur, et le point de fixation, ça montre que c'est un budget injuste,
01:39et ça crée un rejet automatique avec ce clivage gros-petit.
01:42En fait, ce budget, ça protège les gros, et les petits, les classes moyennes, sont trop mises à contribution.
01:50Dans ce cadre-là, à qui a-t-il voulu s'adresser ?
01:55Et très sincèrement, n'est-il pas beaucoup trop tard ?
01:57Ce qui fait qu'il n'y a eu absolument rien de nouveau.
02:00Il aurait peut-être dû jeter un pavé dans la mare, pour créer un effet waouh,
02:03pour qu'il y ait une prise de conscience chez les Français,
02:06et que des députés se disent, laissons-lui sa chance, il ne l'a pas fait.
02:09Mais alors, c'est de l'incompétence, de l'amateurisme, il a raté sa communication,
02:14ou bien c'est le grand incompris François Bayrou ?
02:17Je vous avoue que...
02:18Je vais moins donner mon avis que reprendre les paroles de Français.
02:23Vous savez, le baromatifop JDD est le plus ancien de la Ve République.
02:26L'impopulaire de Matignon, titre le JDD hier, à la lumière de ce baromètre.
02:30C'est le papier d'Antonin André, c'est le Premier ministre le plus impopulaire de la Ve République.
02:34D'abord, il pâtit du contexte que l'on vit, du contexte post-7 juillet, post-second tour des législatives.
02:41Le pays est bloqué, on vit ce qu'on appelle l'éclipse du politique.
02:45Les Français ont le sentiment qu'ils ne font plus rien à l'échelle nationale,
02:48que ce n'est plus là que ça se passe.
02:51Également, François Bayrou, là où il fait, comment dire, une sorte de contresens par rapport à ce que pensent les Français,
02:57il a dit à plusieurs reprises, mais les Français n'ont pas conscience de la gravité de la dette.
03:00Ce n'est pas vrai, c'est de moins en moins vrai.
03:04On publie ce matin, une enquête ifoive fiduciale avec Sud Radio,
03:07et on voit que la réduction de la dette publique s'invite dans le top 5 ou le top 6 des préoccupations des Français.
03:13Oui, mais vous le pointez vous-même hier, le consentement au sacrifice, ce n'est pas du tout audible chez les Français.
03:18Exactement, mais...
03:19Donc les gens veulent réduire la dette, mais pas sans que ça fasse mal.
03:21Le constat, et là, ce qui est quand même un vrai, vrai prouvé,
03:23il y a aussi un quart des Français qui, spontanément, savent, spontanément, sans qu'on leur glisse la réponse,
03:28savent que le premier poste de dépense du budget d'Etat, ce sont les intérêts de la dette,
03:33mais il y a eu une vraie incompréhension, une vraie insatisfaction sur le contenu du plan,
03:39et notamment ces deux jours fériés qu'ils l'ont refusé de retirer complètement.
03:43Alors, je vais faire un parallèle qui va peut-être vous paraître osé,
03:45mais vous savez, des fois, on parle à un enfant, ça ne passe pas du tout,
03:47il suffit que quelqu'un d'autre dise la même chose, mais sur un autre ton, et ça passe beaucoup mieux.
03:51Le problème, c'est le message ou le messager ? C'est François Bayrou ou la dette ?
03:55Vous savez, Jean-Luc Parodi, qui est un grand politologue, disait
03:57« Ce que tu es est si fort qu'on n'entend pas ce que tu dis ».
04:00La question de l'émetteur Bayrou est un vrai problème.
04:02Les Français, autant dans les enquêtes dont je parle, ne demandent pas spontanément le départ d'Emmanuel Macron,
04:08malgré une vraie colère à son égard, mais spontanément, veulent le départ.
04:13Souvent, ils expriment le souhait du départ de François Bayrou,
04:15parce qu'il y a eu un doute sur sa capacité à les entraîner,
04:19à maîtriser les dossiers, à être clair dans sa communication.
04:23Hier, peut-être, je le dis très citoyennement,
04:26le format avec quatre journalistes qui l'ont parfois interrompu,
04:30qui l'ont fait faire des digressions,
04:32n'était pas le bon format pour s'adresser directement aux Français.
04:35Et comme vous le disiez au début de notre entretien,
04:37Il a tenté la chaîne YouTube, ça n'a pas marché non plus.
04:40Oui, en plus pendant la période d'été,
04:43et il n'a pas non plus adressé de message fort aux députés.
04:47Et je dirais, le péché originel, c'est cette idée de passer par un vote de confiance.
04:53On ne passe pas par la confiance dans une fin de mandat très compliquée,
04:57avec des oppositions de gauche et de droite radicalisées.
05:00Il aurait peut-être dû tenter d'engager à la solidarité de son gouvernement
05:04une motion de censure pour un député d'opposition,
05:07socialiste, LFI ou RN, voire LR.
05:11C'était moins coûteux vis-à-vis de ses électeurs
05:13de s'abstenir dans une motion de censure que de voter la confiance.
05:17Les mots ont un sens.
05:18Alors, la suite, parce que tout le monde est déjà braqué sur la suite,
05:21qui pour le remplacer, c'est très compliqué.
05:23Et puis, Nicolas Baverez,
05:25qui est quand même un homme raisonnable et intelligent,
05:27dit ce matin dans les colonnes du Figaro,
05:29il n'y a pas d'autre choix. Emmanuel Macron
05:30devrait partir après les municipales en 2026.
05:34C'est une petite musique qui monte,
05:36parce que pour les Français, Emmanuel Macron
05:37est le problème de la situation.
05:40Il y a une carte intermédiaire,
05:42c'est la dissolution, souhaitée par deux tiers des Français.
05:45C'était à peine 40% au mois de juin.
05:47Pourquoi ? Parce que la dissolution
05:49est un moyen de trancher le nœud gordien
05:51de ce moment très compliqué
05:53où la promesse du politique pour les Français,
05:56qui est en contrepartie de mon vote,
05:58celui du 30 juin et du 7 juillet.
05:59Le politique trouve les bonnes solutions,
06:02règle les problèmes,
06:03pour reprendre le célèbre slogan du PS,
06:05change la vie.
06:06Ce cercle vertueux est complètement brisé.
06:09Ce cri crée un désarroi,
06:11une inquiétude
06:11et une incapacité à se projeter.
06:14Dans l'enquête de ce matin dont je vous parlais,
06:15on a quasiment deux tiers des Français pessimistes
06:18pour l'avenir,
06:19y compris les jeunes générations.
06:20Ça n'était jamais arrivé.
06:21Merci Frédéric Daby,
06:22le directeur général d'opinion de l'IFOP,
06:24invité ce matin d'Europe 1.
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