- il y a 5 mois
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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast ici des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55L'idée de génie surgit dans le cerveau d'Harry Bach à l'instant même où il s'arrête devant la station-service pour faire le plein d'essence.
01:11Il n'a pas le temps d'y réfléchir plus longtemps.
01:14Déjà, Oscar, le bel Oscar, le commis, se précipite pour le servir.
01:18« Ah, voilà mon client préféré ! » s'exclame ce dernier qui, tout en nettoyant activement le pare-brise, braque des regards admiratifs sur Mavis, la femme de Harry.
01:30« Ma journée est toute ensoleillée quand vous vous arrêtez ici, Mme Bach ! » continue-t-il.
01:34« Je veux bien être pendu si vous n'êtes pas la femme la plus ravissante de tout l'East Hand ! »
01:39Mavis lui adresse un sourire qui découvre d'impeccables dents blanches,
01:44tandis qu'Oscar, le bel Oscar, contourne le capot pour passer du côté d'Harry.
01:49« Vous rendez-vous compte de la chance que vous avez, M. Bach ? »
01:52« Avoir une femme comme elle pour vous tout seul. »
01:55« Dites, si jamais vous veniez à vous lasser d'elle, n'oubliez surtout pas de me faire signe. »
02:00« D'accord, M. Bach ? »
02:02« Vous forcez un peu la note, Oscar, » lui dit Mavis.
02:05« Vous ne devriez pas parler au client de cette façon.
02:07Un jour, quelqu'un le prendra de travers et vous fera mettre à la porte. »
02:11« Ah ! Aussi longtemps que vous ne le prendrez pas de travers, Mme Bach !
02:14Je me moque éperdument des autres.
02:17Je lâcherai mon boulot, séance tenante, pour un de vos sourires. »
02:21Oscar est décidément incorrigible.
02:24« Tout à sa nouvelle idée, Harry l'interrompt. »
02:26« Bon, ben, ça va comme ça, mon vieux, arrêtez, voulez-vous ?
02:29Je sais que vous êtes amoureux de ma femme.
02:31Vous me l'avez déjà dit je ne sais combien de fois.
02:32Mais il se trouve qu'aujourd'hui, nous sommes pressés. »
02:35Harry sort un billet de son portefeuille qu'il tend à Oscar.
02:38« Bon, gardez la monnaie ! »
02:40lui dit-il avant de démarrer.
02:43« Nous sommes pressés, mon chéri ?
02:45Première nouvelle ! »
02:46s'étonne Mavis comme ils sortent de la station-service.
02:49« Et pourquoi sommes-nous pressés ? »
02:52« Parce que je viens d'avoir une idée magnifique, mon amour, vraiment magnifique.
02:56Cette fois, c'est la bonne. »
02:58« Oh, mon Dieu ! Une nouvelle idée ! »
03:00se récrie Mavis,
03:02brusquement exaspéré avec un sourire là.
03:05« Honnêtement, Harry, je ne sais vraiment pas pourquoi
03:07je ne te laisse pas tomber pour filer avec Oscar, ce doux dingue. »
03:11« Mais moi, je sais pourquoi, mon amour, je sais pourquoi ! »
03:14réplique Harry avec un sourire emprunt de ce charme timide
03:18qui lui est personnel et auquel Mavis n'est pas insensible.
03:21« Tu m'aimes ! »
03:23« Voilà pourquoi ! »
03:24Son sourire s'accentue, ses yeux brillent d'excitation.
03:28« Attends que je t'expose mon idée, Mavis, mon amour.
03:31Tu verras, elle doit réussir, celle-là. »
03:34« Oh, mon Dieu ! »
03:36« Harry, tu m'as déjà dit ça à propos de ce fameux coup à trente contre un. »
03:39« Et tu m'avais également dit ça quand tu as voulu financer ce fameux soutien-gorge
03:43qui devait tenir tout seul. »
03:45« Je te rappelle aussi ton truc particulièrement ingénieux
03:47pour extraire le cholestérol par ponction des vaisseaux sanguins obstrués. »
03:51« Moyennant quoi, je vis toujours dans une masure. »
03:54« Je porte des défroques vieilles de dix ans. »
03:57« Et tu me balades dans une vieille caisse complètement défoncée moralité. »
04:01« Je me méfie terriblement de tes idées, mon chéri. »
04:06« Tu as tort, Mavis, mon amour, tu as tort, car cette idée-là va nous ouvrir la voie de la fortune. »
04:12« C'est une idée scientifique. »
04:14« Oh, mon Dieu ! »
04:15« Ça me paraît encore plus inquiétant. »
04:18« Répond Mavis. »
04:19« Mais non, Mavis, mon amour, écoute-moi, écoute-moi. »
04:23Harry vient d'arrêter la voiture devant l'immeuble délabré
04:26où ils ont élu domicile et commence à développer son idée.
04:31L'excitation anime les traits de son visage
04:34et imprime à ses gestes un dynamisme persuasif.
04:38Mavis l'écoute, ses beaux grands yeux noirs fixés sur lui.
04:42Elle a l'impression déprimante d'avoir déjà vingt fois au moins entendu la même histoire
04:50et elle se sent curieusement partagée entre l'agacement et l'ennui.
04:56Harry enchaîne.
04:58« Mavis, mon amour, est-ce que tu te rappelles cette lettre
05:01que nous avons reçue de la banque il y a une huitaine de jours ? »
05:05« Cette lettre où il nous informe que chaque compte courant se verra affecter un numéro
05:11et que ce numéro figurera sur tous les chèques
05:15et sur tous les bordereaux de versement qui leur seront remis. »
05:19« Hein ? Non, tu ne t'en souviens pas, évidemment. »
05:22« En tout cas, ils m'ont indiqué le numéro de mon compte. »
05:26« Oui, à vrai dire, Harry, je m'en fiche un peu, » réplique-t-elle.
05:30« Quand on a en tout et pour tout que douze dollars et huit cents sur son compte,
05:35il ne semble pas que cela puisse avoir tellement d'importance. »
05:39Harry, patiemment, lui tapote gentiment le genou.
05:43« Minute, ma chérie, mon amour, minute ! »
05:46C'est là où mon idée prend toute sa valeur.
05:49Parce que Johnny Campbell, que j'ai rencontré au Cirrus Bar,
05:53m'a dit que notre banque était en train de s'équiper
05:55avec des machines qui feront tout le travail comptable.
05:59Oui, au lieu que ce soit les caissiers
06:02qui continuent à comptabiliser les remises à ton crédit
06:05ou les chèques que tu tires,
06:06« Ce sont les nouvelles machines qui vont s'en charger. »
06:10« Tu piges ? »
06:11« Oui, mais en quoi est-ce que cela nous concerne, Harry ? »
06:15« Eh bien, voilà, mérisse, mon amour.
06:17Johnny m'a expliqué comment fonctionnent ces machines.
06:21Elles sont commandées électromagnétiquement.
06:25De sorte qu'elles reconnaissent les numéros de compte
06:27qui sont imprimés sur les chèques et les bordereaux de dépôt.
06:30Et elles les comptabilisent à ces numéros. »
06:34Alors, moi, dès que j'ai reçu cette lettre de la banque
06:36me communiquant mon numéro de compte,
06:38je leur ai demandé de m'envoyer un carnet de chèques
06:40et des bordereaux de versements
06:42avec mon numéro de compte imprimé dessus.
06:45Or, je les ai reçus aujourd'hui par la poste.
06:48Eh bien, le croirais-tu ?
06:50Les bordereaux de versements que j'ai reçus
06:53sont rigoureusement les mêmes
06:55que ceux qu'on utilisait jusqu'ici,
06:58sauf pour le numéro qui est en surimpression
07:01et qui n'apparaît que d'une façon
07:02très, très indistincte, d'ailleurs.
07:06Et ça, vois-tu, mérisse, mon amour,
07:08ça, ça rend mon idée réalisable.
07:10Car, supposons maintenant que j'aille à la banque demain
07:13pour y déposer de l'argent.
07:15Je vais donc utiliser un de mes nouveaux bordereaux.
07:20Bien.
07:20Mais suppose que je laisse alors,
07:23par inadvertance,
07:25traîner quelques-uns de mes bordereaux personnels
07:28sur les divers guichets de la banque,
07:31mélangés à ceux qu'on propose aux clients.
07:34Qu'est-ce qui va arriver ?
07:36Hein ?
07:37Réfléchis, mérisse, mon amour.
07:39Eh bien, il y a un tas de gens
07:40qui ont un compte à la banque
07:42mais qui n'ont pas encore reçu un carnet de chèques
07:44ou des bordereaux sur lesquels figurent
07:47leur numéro de compte.
07:49Oui, nous sommes dans une période de transition,
07:51si tu vois ce que je veux dire.
07:52Si bien que les clients
07:54qui ne se seront pas encore procurés
07:56les nouveaux chèques
07:57et les nouveaux bordereaux de versement
07:58avec l'indication de leur numéro de compte personnel
08:02continueront momentanément
08:04à avoir recours à l'ancienne formule.
08:07Et par conséquent,
08:09quand ils viendront déposer de l'argent,
08:11ils continueront, comme par le passé,
08:13à utiliser les vieux imprimés classiques
08:16qui traînent sur les guichets.
08:18Cette catégorie de bordereaux
08:19n'est pas directement confiée aux machines.
08:23Tiens, un exemple,
08:24mérisse, mon amour, un exemple.
08:25Un gars arrive à la banque
08:27pour verser de l'argent.
08:29Bon, comme il n'a pas encore reçu
08:31le nouveau bordereau
08:31sur lequel est imprimé
08:32son numéro de compte personnel,
08:35il prend des imprimés
08:36qui traînent sur le guichet de la banque
08:38et il le remplit.
08:40Seulement, il ne s'aperçoit pas
08:42que sur l'imprimé qu'il utilise
08:44figure un numéro de compte
08:46en surimpression.
08:48Mon numéro de compte.
08:51Il a utilisé un des bordereaux de versement
08:53que j'ai laissé là
08:54par distraction.
08:57Il remet au caissier
08:58l'argent qu'il est venu déposer,
09:00mais cet argent ne va pas sur son compte.
09:03« Tu sais où il va atterrir,
09:05Mervis, mon amour ? »
09:07« Non, Harry, où ça ? »
09:10« Sur mon compte ! »
09:12Harry rayonne de joie et de contentement.
09:15« Tu vois maintenant
09:16les possibilités que ça nous ouvre ?
09:19Même si le client
09:20a mentionné son nom sur le bordereau,
09:23l'argent est déposé à mon compte
09:24et ça parce que ces idiotes de machines,
09:27ces machines stupides,
09:28si elles lisent les chiffres,
09:30ne lisent pas l'écriture manuscrite.
09:32Tout ce qu'elles savent faire,
09:34c'est déchiffrer électroniquement
09:36ces petits numéros.
09:39« Mais Harry ! »
09:42proteste Mervis.
09:43« C'est malhonnête.
09:45C'est une véritable escroquerie.
09:47C'est comme un crime.
09:49Je ne sais pas, moi.
09:50Au moins, jusqu'ici,
09:52tes idées farfelues
09:53avaient toujours été honnêtes. »
09:56Harry grimace un sourire.
09:58« Oh ! Écoute, Mervis, mon amour,
10:01tu cherches la petite bête. »
10:04Réfléchis.
10:05J'ai tout simplement
10:07oublié des bordereaux de versement
10:09à la banque.
10:10Ce n'est quand même pas un crime, ça.
10:12Et puis, quelques jours plus tard,
10:13j'y retourne et je demande au caissier,
10:15bien poliment,
10:16de me dire quelle est la position
10:17de mon compte.
10:18C'est un crime, ça ?
10:20Non, certainement pas.
10:21Il y a des milliers de gens
10:22qui font ça tous les jours.
10:24Et quand le caissier
10:25m'a indiqué ce que j'ai
10:26au crédit de mon compte,
10:27je fais un chèque
10:29et j'en retire le montant.
10:30C'est tout ce qu'il y a
10:31de plus régulier.
10:32Moi, je me fie
10:32à ce que dit la bande.
10:33C'est normal, non ?
10:34J'y suis vraiment pour rien,
10:35moi, si leurs idiotes
10:36de machines font des erreurs.
10:38Non, donne-moi huit jours,
10:40Mervis, mon amour,
10:41huit jours,
10:42et je te couvre
10:42de visons,
10:43de toilettes,
10:44de bijoux,
10:45et tu boiras du champagne
10:46en levant délicatement
10:48ton joli petit doigt
10:50comme une dame.
10:51Le plan d'Harry
10:54paraît tout à fait
10:55au point.
10:57Mais réussira-t-il ?
11:04Harry Bach
11:08vient d'expliquer
11:10à sa femme, Mervis,
11:12que le pompiste Oscar
11:13guette depuis des années
11:14d'un œil concupissant,
11:16l'escroquerie
11:17à leur banque
11:18qu'il vient de mettre
11:18au point.
11:19La banque étant en passe
11:21de s'informatiser,
11:23il s'agit,
11:24ni plus ni moins,
11:25de glisser des bordereaux,
11:27portant le numéro
11:28de son compte personnel,
11:29dans les paquets de bordereaux
11:31qui attendent le client
11:32sur les guichets,
11:33de manière à ce que
11:34tous les versements
11:35effectués par les clients
11:37de la banque
11:37soient crédités
11:39à son propre compte,
11:42à lui.
11:44Hélas,
11:45Harry n'ayant pas
11:46l'habitude de réussir
11:48ses coups de génie,
11:50Mervis reste
11:52dans l'expectative.
11:57Obsédé par son plan,
11:59Harry ne peut
11:59fermer l'œil
12:00de la nuit.
12:01Son cerveau
12:02est un creuset
12:03bouillonnant
12:03de projets
12:04et de visions
12:05fabuleuses
12:05d'une fortune
12:06à sa portée.
12:08Dominant le tout,
12:09cependant,
12:10un sentiment
12:11de tendresse
12:12triomphante
12:13pour Mervis,
12:14à qui il a fait
12:15endurer tant
12:16d'épreuve,
12:16mais qui désormais,
12:18grâce à son astuce
12:20et à ses dons
12:21pour l'analyse scientifique,
12:23sera à nouveau
12:24rempli d'admiration
12:26et de respect
12:26pour lui
12:27et cela
12:27sans tarder
12:29exactement,
12:31exactement comme
12:31elle l'était
12:32au moment de l'épouser,
12:34deux ans plus tôt.
12:37Harry
12:37est l'un des premiers clients
12:39à se présenter
12:40à la banque
12:40à l'ouverture des portes,
12:41le lendemain matin
12:42à neuf heures.
12:42Il a dans sa poche,
12:45d'où il peut
12:45l'extraire discrètement,
12:47toute l'aliase
12:48de ses nouveaux
12:49bordereaux personnels
12:50marqués à son numéro.
12:53Et il sort de sa poche
12:54le billet de 10 dollars
12:55qu'il a,
12:55sur le chemin
12:56de la banque,
12:57tiré de la mise en gage
12:58de la montre
12:59en acier chromé
13:00de Mervis.
13:01Il se dirige
13:02immédiatement
13:02vers un guichet
13:03où il se met en devoir
13:04de remplir un bordereau
13:05de versement
13:06pour ses 10 dollars.
13:07Puis,
13:08il se livre là
13:09à une série
13:10de démonstrations
13:11spectaculaires
13:12tendant à démontrer
13:13que le stylo bille
13:14qu'il a pris au guichet
13:15ne fonctionne pas.
13:17Il se dirige alors
13:17vers un second guichet
13:18où il exécute
13:19le même manège
13:20avant de se rendre
13:22à un troisième guichet.
13:24Ce qui lui permet
13:25de glisser discrètement
13:26à chaque guichet
13:27un certain nombre
13:29de ses bordereaux
13:30personnels
13:31dans les petites piles
13:32de bordereaux
13:33ordinaires
13:34mis à la disposition
13:36de la clientèle.
13:37Puis,
13:39Harry effectue
13:40tranquillement
13:40son dépôt
13:41de 10 dollars
13:42et quitte
13:43la banque
13:44en souhaitant
13:45que l'épicier
13:46accepte
13:47de leur faire crédit
13:48une semaine de plus.
13:49En effet,
13:49ce serait
13:50vraiment stupide
13:51de mourir de faim
13:52tandis que
13:53s'édifient
13:53leur fortune.
13:56Harry a toutes
13:57les peines du monde
13:57à maîtriser son impatience
13:59pendant les 48 heures
14:00qui suivent.
14:00Comme il l'a expliqué
14:01à Mavis,
14:02c'est là le délai minimum
14:03qu'il doit s'accorder
14:04pour vérifier
14:05l'efficacité
14:06de son plan.
14:08Incapable de rester
14:09en place,
14:10il sort de l'appartement,
14:11revient,
14:12fume cigarette
14:13sur cigarette
14:13sans les emparer
14:14et passe une bonne partie
14:16de son temps
14:16à vider
14:17avec une sorte
14:17de ferveur
14:18et à crédit
14:19quantité de bière
14:21au cirrhose bar.
14:24Quant à Mavis,
14:25bien qu'elle se déclare
14:26prête à parier
14:27n'importe quoi
14:28que l'idée de Harry
14:30se traduira
14:30par un échec,
14:33force lui est
14:33de constater
14:34qu'elle attend
14:35la fin du délai
14:36expérimental
14:37avec un intérêt
14:39croissant.
14:41Enfin,
14:43arrive l'heure H,
14:45le mercredi matin.
14:47Harry caresse
14:48affectueusement
14:48la tête de Mavis
14:49et l'entraîne
14:50hors de l'appartement
14:51jusqu'à la cabine
14:52téléphonique
14:53placée au coin
14:54de la rue.
14:54Là,
14:55il compose
14:55le numéro de la banque
14:56sur le cadran,
14:57laissant la porte
14:58de la cabine
14:59légèrement entreouverte
15:00de façon que sa femme,
15:01dont l'adorable visage
15:03se penche à l'intérieur,
15:04puisse entendre
15:05la conversation.
15:08Il donne son nom
15:09à la standardiste
15:10de la banque
15:11et demande à parler
15:12à la personne
15:13qui s'occupe
15:13de son compte.
15:15Une voix se fait entendre
15:17et lui demande
15:17son identité
15:18et son numéro de compte.
15:21Il les communique,
15:23puis,
15:24l'angoisse lui faisant
15:25battre le cœur
15:26à grands coups
15:27dans la poitrine,
15:28les peaux moites,
15:29il attend
15:30que l'employé
15:30ait contrôlé
15:31son relevé
15:32de compte.
15:34La voix se fait
15:35de nouveau entendre
15:36qui annonce
15:37« Votre compte
15:38présente un solde
15:39de créditeur
15:40de 43,80,
15:41M. Bach. »
15:44« 43,80 cents ? »
15:47s'enquière Harry,
15:48amèrement déçu.
15:50« Mais je pensais
15:51avoir plus que ça
15:52sur mon compte. »
15:55Il entend rire
15:56l'employé.
15:56« Vous avez effectivement
15:58bien plus que ça.
15:59Je vous prie de m'excuser,
15:59M. Bach.
16:00J'aurais dû préciser
16:014380 dollars.
16:04C'est le montant
16:04porté au crédit
16:05de votre compte. »
16:08Et l'employé raccroche.
16:11Harry en fait autant
16:11au prix d'un gros effort.
16:14Ses jambes
16:15ont peine
16:16à le porter.
16:17Il regarde Mavis.
16:20« Mavis, mon amour,
16:22tu as entendu ça ? »
16:24« Oui, j'ai entendu, Harry.
16:26» répond-elle,
16:28ses lèvres
16:28s'entrouvant
16:29sur un sourire extasié
16:30qui remplit de joie
16:31le cœur de Harry.
16:33« Rentrons à la maison, Harry.
16:35Nous ne pouvons pas
16:36parler de ça ici. »
16:38« En deux jours,
16:40quatre mille dollars ! »
16:42s'extasie Mavis
16:43de retour à la maison.
16:44« Quatre mille dollars,
16:45je ne peux pas le croire, Harry.
16:46J'ai l'impression
16:47de rêver. »
16:48« Je te l'avais dit !
16:49Je te l'avais dit ! »
16:51répète inlassablement
16:52Harry.
16:52« Je te l'avais dit ! »
16:54« Combien de temps
16:55nous faudra-t-il
16:56encore attendre ? »
16:57demande Mavis.
16:58« Pour retirer l'argent ? »
17:00« Mais je vais prolonger
17:01l'expérience de deux jours
17:02encore, Mavis, mon amour.
17:04Mais pourquoi deux jours, Harry ?
17:06Pourquoi pas une semaine
17:07ou un mois ? »
17:08« Plus tu feras durer,
17:09plus nous serons riches, Harry. »
17:12« Non, non, deux jours,
17:13pas plus ! »
17:14confirme résolument Harry.
17:16« Ça nous donne
17:17jusqu'à vendredi. »
17:18« Vendredi,
17:18c'est le jour de la paix
17:20pour des tas de gens.
17:21Ils viendront remettre
17:22leur chèque à la banque
17:23et je compte bien
17:24que dans le nombre,
17:25il y en aura
17:26qui utiliseront
17:27mes bordereaux de versement.
17:29Mais si nous attendons
17:30plus longtemps,
17:31il s'en trouvera
17:32un, inévitablement,
17:33qui flairera le coup
17:34en tombant sur
17:35un de mes bordereaux
17:35de versement.
17:36Alors, il ira trouver
17:37un caissier,
17:38il lui demandera
17:39ce que signifie
17:39ce numéro imprimé
17:40sur le bordereau
17:41qu'il s'apprêtait à utiliser
17:42et à ce moment-là,
17:43ils contrôleront
17:44les machines
17:44pour voir
17:45si elles n'ont pas
17:45commis d'erreur.
17:47Ils ne pourront pas
17:48ne pas s'apercevoir
17:51effectivement comptabiliser
17:52et ils régleront
17:53les circuits des machines
17:54de façon à dresser
17:55ces erreurs
17:55ou bien ils découvriront
17:57la source de ces erreurs
17:58d'une manière ou d'une autre.
17:58Non, non, non, non, non, non.
18:00Crois-moi, Mavis,
18:01si nous arrêtons
18:02l'opération
18:02au bout de quatre jours,
18:03elle sera déjà
18:05extrêmement payante.
18:07Il ne faut pas
18:08en vouloir trop,
18:09Mavis, mon amour.
18:11Bien.
18:12Si tu le penses,
18:13Harry, chéri,
18:15c'est toi qui commandes.
18:17Va pour vendredi.
18:18Le vendredi
18:21vers midi,
18:22quand Harry
18:23rappelle la banque
18:24pour demander
18:25son relevé de compte,
18:27son solde créditeur
18:28s'élève
18:29à 28 412 dollars
18:32et 20 cents.
18:34Il exulte.
18:36Mavis doit le retenir
18:37par la manche
18:38pour l'empêcher
18:38de se rendre
18:38au cirrhose bar
18:39et de s'y saouler
18:40séance tenante
18:41pour fêter son succès.
18:43Elle finit
18:44par consentir
18:45à le laisser aller.
18:45Mais ne bois qu'une bière,
18:48Harry, chéri.
18:48Ne bois qu'une bière.
18:49Il ne faut rien faire
18:50qui puisse compromettre
18:51le coup
18:52et nous empêcher
18:52de ramasser
18:53ce merveilleux paquet
18:55d'argent
18:55cet après-midi.
18:56La banque
18:57ferme à 3 heures,
18:58Harry.
18:59Rappelle-toi.
19:00Oui, Mavis, mon amour,
19:01oui.
19:01J'attendrai
19:02jusqu'à 3 heures moins
19:03le quart.
19:04Et comme ça,
19:05nous aurons
19:05tout le week-end
19:06devant nous
19:07pour gagner Mexico
19:08avec tout cet argent
19:10avant la réouverture
19:12de la banque
19:13lundi.
19:13Mais, Harry,
19:16je croyais
19:16que tu m'avais dit
19:17que cela n'avait
19:18rien de criminel.
19:20Harry hausse
19:21nonchalamment
19:22les épaules.
19:23Oui, nous serons
19:24plus en sécurité
19:25à Mexico
19:26pendant quelque temps,
19:27Mavis, mon amour.
19:28Si nous restions ici,
19:30ils pourraient récupérer
19:31le fric
19:32dès qu'ils auraient
19:32découvert le potot rose.
19:34Ça n'est pas
19:35ce que tu cherches,
19:36Mavis, mon amour,
19:37n'est-ce pas ?
19:38Harry, chéri,
19:40les bagages seront
19:41dans la voiture
19:42quand tu reviendras,
19:44répond Mavis
19:44en l'embrassant.
19:45Maintenant,
19:47promets-moi,
19:47Harry,
19:48promets-moi,
19:50ne bois qu'une bière
19:51et sois bien
19:52à la banque
19:53avant trois heures.
19:56Harry promet.
19:59Il est trois heures
19:59moins le cas
20:00quand il se présente
20:01devant le caissier,
20:02l'esprit clair
20:04et supérieur.
20:04Bonjour,
20:05je suis Harry Bach,
20:07mon numéro de compte
20:07est 27 656 29 697.
20:10Veuillez,
20:11je vous prie,
20:12m'indiquer le montant
20:13qui figure.
20:15Le caissier téléphone
20:16pour avoir l'information
20:17puis griffonne
20:19quelques chiffres
20:20sur une feuille de papier
20:21qu'il tend finalement
20:22à Harry
20:23par l'ouverture du guichet
20:25en annonçant
20:26« Deux dollars et huit cents,
20:28monsieur Bach ! »
20:31Harry regarde alternativement
20:33d'un œil médusé
20:34la feuille de papier
20:36puis le caissier.
20:38« Comment ça ? »
20:41« Comment ça ? »
20:42« Deux dollars et huit cents
20:43et je pensais
20:44que j'avais davantage
20:46sur mon compte ? »
20:49finit-il par articuler.
20:51« Oui, en effet ! »
20:52approuve le caissier
20:53en souriant.
20:54« Mais Mme Bach
20:55est venue à la banque,
20:56n'est-ce pas ?
20:57Il y a environ deux heures
20:58et elle a tiré
20:59un chèque très important. »
21:02« Comment ? »
21:03« Ma femme ? »
21:05« Mme Bach ? »
21:06« Oui, votre femme, monsieur.
21:08Vous avez bien
21:09un compte commun,
21:10n'est-ce pas ? »
21:13Harry,
21:14comme foudroyé,
21:17acquiesce stupidement
21:18et tourne les talons.
21:20Il sort de la banque
21:21dans une sorte
21:22de brouillard
21:23évoquant la beauté
21:25presque insupportable
21:26de Mavis
21:27et les deux années
21:28grises et épouvantables
21:30qu'elle a passées
21:31avec lui.
21:33Rentrant chez lui,
21:34il cède à une impulsion
21:35et fait un petit détour
21:36par la station-service
21:37où ils prennent
21:38toujours leur essence.
21:40Le propriétaire,
21:41le voyant,
21:42lui demande
21:42« Qui est-il pour votre service,
21:44M. Bach ? »
21:46« J'aurais voulu voir Oscar,
21:48s'il vous plaît. »
21:50Répond Harry.
21:51« Oscar,
21:51il n'est plus ici.
21:52Il a lâché le boulot
21:53vers midi aujourd'hui
21:54sans même me donner
21:55une heure de préavis.
21:56Il m'a dit qu'il partait
21:57en voyage,
21:57en voyage de noces,
21:59qu'il m'a dit. »
22:01Harry fait Harry
22:02transformé en statue
22:04de marbre,
22:06en voyage.
22:07Et où ça ?
22:09À Mexico,
22:10M. Bach.
22:10Vous venez d'écouter
22:18« Au cœur du crime »,
22:19un podcast issu
22:20des archives d'Europe 1.
22:22Réalisation,
22:23Julien Tarot.
22:24Production,
22:25Raphaël Mariat.
22:26Patrimoine sonore,
22:27Sylvaine Denis,
22:28Laetitia Casanova
22:30et Antoine Reclus.
22:31Promotion,
22:32Marie Corpé.
22:34« Au cœur du crime »
22:35est disponible
22:35sur le site
22:36et l'appli Europe 1.
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