00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jean-François Akili.
00:05Avec nous, à 8h15, notre invité en studio. Bonjour Sébastien Maillard.
00:10Bonjour Jean-François Akili.
00:11Vous êtes conseiller spécial de l'Institut Jacques Delors, que vous avez dirigé pendant quelques années, j'ai vu, de 2017 à 2023.
00:17Vous êtes un spécialiste de l'Europe, vous êtes aussi accessoirement un ancien, on est toujours un peu journaliste,
00:23notamment l'excellent Lacroix, de ce qui est sorti hier soir à Washington, que diriez-vous Sébastien Maillard ?
00:32Souvenons-nous de ce qu'était la diplomatie décrite par un Henry Kissinger, là on est passé à autre chose quand même.
00:39C'est une diplomatie un peu rock'n'roll, il faut reconnaître, c'est vrai qu'on n'est pas habitué à le voir d'un jour à l'autre,
00:46entendre tout et son contraire.
00:47Je pense que l'intérêt de ce sommet, c'était d'offrir un peu, vous savez on est quand même aussi dans une politique de l'image,
00:53il fallait un contre-sommet à ce qui s'est passé à Anchorage en Alaska le 15 août,
00:58où on voyait un axe Trump-Poutine se dessiner, on voyait le tapis rouge pour Poutine,
01:03Trump l'embarquer dans sa voiture et on avait l'impression qu'il ne faisait qu'un deal avec Poutine dans le dos des Européens.
01:12Là ça a un peu contrebalancé cette image-là, avec des Européens à la maison blanche,
01:20entourant, soutenant Zelensky, on voit que l'Ukraine n'est pas isolée,
01:23l'Ukraine est soutenue, et ne parlant plus de concessions territoriales, en tout cas à ce stade,
01:28mais parlant davantage de garantie de sécurité.
01:30Donc on a réussi, quand je dis on, c'est les Européens,
01:33à un petit peu éviter une sortie de route complète des Etats-Unis,
01:38parce que c'était quand même ça qui risquait d'arriver,
01:41si on allait trop loin dans cette logique d'Anchorage d'Alaska.
01:44Mais Sébastien Maillard, au final, oui certes, les 7 Européens étaient présents à la table des discussions,
01:51mais au final, Trump se lève, il appelle Poutine,
01:54Zelensky dit à Trump, bon, on passe un contrat de 100 milliards de dollars pour les fameuses garanties...
02:02Financement européen, c'est nous qui payons, mais c'est pour l'Amérique, 100 milliards,
02:07pour les garanties de sécurité, et quelque part, est-ce que les Européens
02:11n'auront pas fait de la figuration hier soir ?
02:15Sans être trop sévère, mais tout de même.
02:17Si les Européens arrivent à impliquer les Américains dans les garanties de sécurité,
02:23et à ce stade, apparemment, c'est un peu ce que laisser entendre ou murmurer, esquisser,
02:29mais effectivement, il faut être prudent avec Trump,
02:31qu'il pouvait coordonner ces garanties,
02:34là, ils n'auront pas fait que de la figuration,
02:36parce que le risque, sinon, c'était que les Européens soient effectivement mis de côté,
02:40qu'il y a un accord fait dans leur dos,
02:42et qu'on se souvient que les Russes ne veulent pas entendre parler,
02:46jusqu'à ce stade, ils ne voulaient pas entendre parler des garanties de sécurité.
02:49Garantie de sécurité, ça veut dire quoi ?
02:50Ça veut dire qu'il y a une armée ukrainienne forte,
02:53qui est soutenue par les Européens et les Américains,
02:56et qu'en une ligne derrière, en arrière de front,
03:01il y a une force de réassurance qui serait là pour intervenir au cas où.
03:05Et donc ça, c'est effectivement si ça prend corps,
03:08et apparemment tous les détails,
03:11et le diable se dit dans les détails,
03:12et Dieu sait s'il y a encore beaucoup de détails à éclaircir,
03:16c'est ce qui va se concrétiser dans les prochains jours,
03:19de ce que je...
03:20De ce que nous en savons, on est en sort, oui.
03:22Il faut reconnaître, dans le retour de la diplomatie du secret,
03:26il y a beaucoup, beaucoup de...
03:27Alors on comprend que pour une telle négociation,
03:30ce ne sont pas des sommets très transparents,
03:34mais les négociations avec les Russes
03:37sont en fait entourées de mystères,
03:41et donc on essaye aussi, effectivement, de décrypter les intentions.
03:44Et ce qui est difficile à ce stade, le plus dur,
03:47en tous les cas, c'est si peut-être Trump a laissé prêter l'oreille aux Européens
03:53pour être davantage impliqué dans ces garanties de sécurité,
03:55comme je viens d'expliquer,
03:57rien n'indique à ce stade que Poutine ait envie d'arrêter cette guerre.
04:02Nous ne le savons toujours pas,
04:04c'est ce que d'ailleurs le président Emmanuel Macron évoque,
04:08il émet des doutes à la sortie de cette discussion.
04:11Il a raison, puisque...
04:12Oui, vous dites il a raison.
04:13Oui, en le sens où les armes parlent aussi,
04:16et les bombardements continuent,
04:19les faits parlent d'eux-mêmes,
04:21donc...
04:22Mais si même il y avait cette rencontre bilatérale
04:24qui s'esquisse peut-être dans les prochaines semaines
04:26entre Zelensky et Poutine,
04:29ce qui serait effectivement, pour le coup,
04:31je n'aime pas abuser du mot historique,
04:33mais peut-être que là, ça le serait,
04:34puisque depuis cette guerre,
04:36il n'a jamais reconnu...
04:38Poutine n'a jamais reconnu Zelensky comme un homologue crédible,
04:41donc ça aurait peut-être de l'allure cette rencontre,
04:44mais, comme l'a dit le président Finlandais
04:48qui était invité hier au sommet,
04:49Poutine n'est pas digne de confiance,
04:51et ce n'est pas parce que...
04:52Lui, il peut faire semblant,
04:54peut tout à fait faire prolonger les choses,
04:57mettre des nouvelles conditions,
04:58et faire en sorte, en fait,
04:59que cette rencontre bilatérale,
05:01je dirais, ne mène nulle part.
05:03Donc, je comprends tout à fait
05:05la présidence du chef de l'État,
05:06la prudence du chef de l'État.
05:07Vous nous dites ce matin, Sébastien Maillard,
05:10vous êtes un observateur,
05:11un spécialiste des questions européennes,
05:12et un observateur de ce qui se passe
05:14autour de ce conflit en Ukraine,
05:17que, en réalité,
05:18rien n'est réellement acté,
05:20rien n'est fait aujourd'hui.
05:22Non, la paix n'est pas à portée de main,
05:24ça c'est clair.
05:25Par contre, ce qui est clair,
05:27c'est que les Européens
05:28se montrent unis, déterminés,
05:30et ne veulent pas lâcher l'affaire.
05:32Ça, ce ne sont pas des concepts flous,
05:34c'est une réalité.
05:36Ce n'est pas tous les jours que vous voyez,
05:39en pleine vacance,
05:40des dirigeants,
05:41et pas des moindres,
05:42le chancelier allemand,
05:43le président français,
05:43le premier ministre britannique,
05:46la présidente de la Commission européenne
05:47et le secrétaire général de l'OTAN,
05:49avec le président finlandais,
05:50faire le déplacement ensemble
05:52à Washington pour soutenir Zelensky.
05:56C'est un peu comme si Zelensky,
05:57vous savez,
05:58était embêté par un méchant
06:01et vient avec ses grands frères
06:02pour montrer,
06:03voilà, regardez-moi,
06:04je ne suis pas tout seul.
06:05dans la cour de la récréation.
06:06Et si vous permettez cette métaphore
06:09un peu triviale,
06:10mais c'est vrai que ça veut dire
06:11que,
06:13et c'est important aussi
06:13de montrer aux Etats-Unis
06:14que Zelensky n'est pas isolé,
06:18qu'il est vraiment avec les Européens,
06:19parce que tout ce qui concerne l'Ukraine,
06:21et notamment si, effectivement,
06:24Zelensky avait cédé le Donbass,
06:26comme ça,
06:26sans contrepartie,
06:28à Poutine,
06:29ce serait dangereux aussi
06:30pour nous, Européens,
06:31parce qu'une Ukraine russe,
06:34une Ukraine forte
06:36qui renforce la Russie,
06:37ça veut dire aussi
06:38d'autres menaces
06:38pour nous, Européens,
06:40et ça,
06:40c'est quelque chose d'inacceptable.
06:42Donc, c'est pour ça
06:42que les Européens
06:43sont les premiers concernés aussi
06:45par cet accord.
06:47Une ultime réflexion avec vous,
06:51Sébastien Maillard,
06:52dans les semaines qui viennent,
06:53on dit,
06:54il a été dit,
06:54dans les 15 jours,
06:55cette rencontre possible,
06:58bilatérale,
06:59Poutine, Zelensky,
07:00les Européens,
07:01qu'est-ce qu'ils doivent faire,
07:02ils doivent occuper
07:03le terrain médiatique,
07:04ils doivent faire pression,
07:05quelle est l'idée, au fond ?
07:06Il faut maintenir la pression maximale.
07:08Maintenir la pression.
07:08Maintenir la pression maximale.
07:10Maximal, maximal,
07:11ne rien cédé sur les sanctions.
07:13En fait,
07:13les leviers qu'ont les Européens
07:15sur l'Ukraine,
07:16il y en a au moins deux.
07:17C'est un,
07:18les sanctions qui, quand même,
07:20font mal à l'économie russe,
07:21il y a un 19ème train de sanctions
07:23qui est en train de négocier.
07:25Ça met du temps à prendre,
07:26quand même,
07:26mais ça commence.
07:27Depuis trois ans et demi,
07:28on en a eu 18,
07:30maintenant un 19ème.
07:3119ème paquet.
07:32Ça prend du temps
07:33à faire de l'effet.
07:34Mais ce que je veux dire,
07:34c'est que ces sanctions
07:35qui font mal à la Russie,
07:37on ne va pas les retirer
07:38comme ça sans contrepartie.
07:40Et donc ça,
07:41c'est un maintien de la pression.
07:44Et puis,
07:44de continuer l'armée d'Ukraine,
07:46eh bien ça,
07:47c'est une manière aussi
07:47d'éviter
07:48à ce qu'elle se fasse
07:49manger tout cru
07:50par le Kremlin.
07:51Allez, nous verrons bien.
07:52Merci pour cet éclairage
07:53avec vous,
07:54Sébastien Maillard.
07:55Je rappelle,
07:55un conseiller spécial
07:56de l'Institut,
07:58Jacques Delors.
07:59Nous verrons bien
07:59ce qui se passera
08:00dans les semaines qui viennent.
08:020800 26 300 300.
08:04Vous le faites comme d'habitude.
08:05Vous nous appelez,
08:06vous réagissez,
08:08vous nous donnez
08:08votre avis
08:09sur l'antenne de Sud Radio.
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