00:00On va, de noisir, se déplacer du côté de Nice maintenant,
00:03parce qu'il y a une affaire qui secoue la ville,
00:05et au centre de cette affaire, c'est Éric Ciotti, le patron de l'UDR,
00:09une droite républicaine alliée du Rassemblement National,
00:12il était accusé de répertorier dans des fichiers,
00:14que l'on dit, tenus minutieusement,
00:17des données de 800 personnes, des administrés d'histoire.
00:20Alors justement, on va l'évoquer avec, dans un instant,
00:24le maire de Nice, Christian Estrosi, qui sera avec nous,
00:26mais Maxime Clier-Rusat, précisément, c'est quoi ce fichier ?
00:30Qui a-t-il dedans ?
00:31Alors ce qu'on sait, d'après les informations de nos confrères de BFM Nice-Côte d'Azur,
00:36c'est que plusieurs centaines de noms figurent dans ce fichier,
00:39des noms de personnes qui participent à des événements organisés par le parti,
00:45on y retrouve l'appartenance religieuse, ethnique ou encore situation patrimoniale,
00:52le parti l'explique, ce n'est pas du marketing électoral,
00:54en revanche, ce que nous confirme le parquet de Nice,
00:57c'est que dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte en mai dernier,
01:02le parquet de Nice a procédé à différentes perquisitions,
01:06et ce, hier, est saisi des données informatiques,
01:10ce que BFM TV peut également vous révéler ce soir,
01:13c'est que la CNIL, l'organe de liberté...
01:16La Commission nationale informatique et liberté.
01:18Exactement.
01:18a, elle aussi, bien reçu une plainte dans ce cadre-là sur le traitement de ces données informatiques.
01:25Comment réagit-on dans l'entourage d'Éric Ciotti, pour le moment ?
01:29Alors, Alexis Cuvillier ?
01:30Nous avons sollicité, bien sûr, l'entourage d'Éric Ciotti pour avoir des éléments d'explication.
01:35Voilà ce que l'on peut vous dire ce soir, selon les informations de nos collègues de BFM Nice,
01:42qui ont pu parler à des membres de l'entourage du député UDR.
01:46Ces carnets d'adresses, je cite l'expression qui a été choisie pour parler de ces fichiers soupçonnés,
01:52ces carnets d'adresses recensant des personnalités locales influentes
01:55ne sont utilisés que pour l'organisation d'événements ou la tenue de cérémonie.
02:00En aucun cas, il ne s'agit de fichiers de marketing électoral.
02:05Ces fichiers ne sont utilisés par Éric Ciotti qu'au titre de ses fonctions au département.
02:10Éric Ciotti a été président longtemps de ce département des Alpes-Maritimes
02:14et il y garde des fonctions, il y a des soutiens.
02:17Vous remarquerez que dans ces éléments d'explication de l'entourage d'Éric Ciotti,
02:22il n'y a pas de justification sur le fond de ce que l'on trouve dans ces carnets d'adresses,
02:29pour reprendre l'expression employée ou dans ce que la justice semble appeler de possibles fichiers.
02:35En fait, ce sont des fichiers qui ont été réalisés sans le consentement des personnes incriminées.
02:40C'est là qu'est le problème et la question.
02:42Oui, absolument, parce qu'il existe un règlement, le RGPD,
02:45qui sont des obligations en matière de protection des données personnelles,
02:50un texte réglementaire à l'échelle européenne d'ailleurs,
02:53qui encadre le traitement de ces données personnelles.
02:56Pour être conforme, le traitement des données doit obéir à plusieurs principes.
03:01Le traitement doit être notamment licite, fondé sur l'une des six bases légales,
03:06notamment le consentement de la personne,
03:09ou en l'occurrence pour cette affaire concernant Éric Ciotti, des personnes concernées.
03:13Surtout qu'il y a la perspective aussi de la bataille politique pour la mairie de Nice.
03:17Parce qu'Éric Ciotti, normalement, se déclarait à la fin du mois d'août,
03:20c'est le maire de Nice qui est en direct avec nous.
03:21– M. Christian Estrosi, bonsoir M. Estrosi, bonsoir M. le maire.
03:25Tiens, une question dans ce fichier, il paraît qu'il y a votre nom,
03:28avec un point d'interrogation juste à côté.
03:31Est-ce que vous avez eu connaissance, que vous y étiez,
03:34ou certains de vos proches, ou d'autres personnes, ou pas ?
03:36– Écoutez, soit ce que vous évoquez,
03:41ainsi qu'un grand nombre de vos confrères dans la presse,
03:44sur les conditions d'une enquête conduite par le parquet de Nice
03:48sur ces fameux fichiers.
03:51Et faux, auquel cas, j'attends un démenti le plus absolu
03:57de la part de ceux qui en seraient à l'origine.
04:01Soit il est vrai qu'il y a des fichiers
04:05où sont clairement désignés, en tant que tels,
04:11des flics, une appartenance religieuse,
04:15juifs, protestants, chrétiens, musulmans,
04:21arméniens, corses, italiens, que sais-je encore,
04:26sans compter le handicap, sourds, malvoyants,
04:31sans compter l'état de patrimoine
04:35qui peut être celui d'un certain nombre
04:38de mes concitoyens à Nice.
04:41Et je le dis, si tel était le cas,
04:44ces pratiques-là sont ignobles et dangereuses.
04:48Et je veux savoir si tel est le cas,
04:52quand, comment, dans quelles conditions,
04:54avec quelle méthodologie, tout cela
04:57et quel objectif a été monté.
05:00Sans compter, naturellement,
05:03un certain nombre de mes concitoyens
05:05qui se sentiraient plus ou moins proches de moi
05:08et qui figuraient par centaines sur ces fichiers.
05:12Vous pensez qu'il y a certains de vos proches aussi
05:16qui sont dans ces fichiers ?
05:17Est-ce que vous avez des indications là-dessus ou pas ?
05:21Moi, j'ai simplement les informations que vous-même,
05:25que vos confrères de Libération, de Nice Matin
05:28et d'autres, et qui disent avoir pu consulter eux-mêmes
05:32ces fichiers, puisque je n'y ai pas accès
05:35et je ne les ai pas consultés,
05:37mais que tel serait le cas.
05:39C'est-à-dire que fichiers des juifs,
05:40des homosexuels, des policiers,
05:43imaginez que ces fiches
05:46qui rappelleraient tout simplement
05:49les heures les plus sombres de notre histoire
05:52soient une réalité et un usage dans notre démocratie,
05:58là où nous avons le devoir de protéger
06:00la liberté de tous nos concitoyens.
06:02En tant que maire de Nice,
06:04ma première des préoccupations depuis toujours
06:06a été de garantir la liberté,
06:11la protection des données personnelles
06:13de tous mes concitoyens à la tête
06:14de la plus grande administration
06:16du département des Alpes-Maritimes
06:18et une des plus grandes de France.
06:19Mais M. le maire, est-ce que ça veut dire
06:20que le cas échéant, la mairie de Nice,
06:23pourrait intenter une action en justice
06:25dans cette affaire aussi ?
06:28Ou vous-même ?
06:29Mais naturellement,
06:31à partir du moment
06:32où nous aurons confirmation
06:35de la part du parquet
06:37que tel est le cas,
06:38eh bien nous sommes en train d'étudier
06:40les conditions dans lesquelles
06:42nous engagerons les actions nécessaires,
06:46que ce soit auprès de la CNIL
06:49où semble-t-il il y aurait déjà
06:51un signalement qui aurait été fait,
06:54que ce soit auprès des instances judiciaires,
06:58et puis en même temps, je le dis,
07:00nous ne pouvons pas accepter,
07:04et je le dis même,
07:05on n'est pas dans l'affaire
07:06d'un parti politique
07:08contre un parti politique,
07:09d'un candidat contre un autre,
07:12on est simplement dans une action
07:14où aujourd'hui,
07:17tous mes concitoyens
07:18pourraient imaginer
07:20qu'ils soient chacun
07:22pour leur situation personnelle,
07:24celle de leurs enfants
07:25qui seraient affectés
07:26par un handicap,
07:28par leur conviction religieuse,
07:31pour leur homosexualité,
07:33pour leur choix de vie,
07:35pour l'état de leur patrimoine,
07:36qu'ils soient cités,
07:38fichés, suivis,
07:40épiés en toutes circonstances,
07:43sans compter que nous savons
07:45qu'avec les systèmes de hackers,
07:48ce fichier pourrait être hacké
07:50par des régimes
07:52qui pourraient en faire
07:53un usage extrêmement dangereux.
07:55Eh bien, je veux que mes concitoyens sachent
07:58que je serai un barrage,
08:00que je me dresserai
08:02contre une telle attitude
08:04et que je veux aujourd'hui
08:06ou un démenti formel
08:07ou alors je mettrai tout en œuvre
08:11pour savoir toute la vérité.
08:12– Mais, M. le maire,
08:14une question aussi.
08:15Éric Ciotti n'a jamais fait mystère
08:17de son intention
08:18d'être face à vous,
08:20d'être votre adversaire
08:21dans la prochaine campagne
08:22des élections municipales en 2026
08:23et doit donc normalement
08:24se déclarer à la fin du mois d'août.
08:26Est-ce que, si c'est avéré,
08:27ça le disqualifie
08:28pour la course à la mairie de Nice ?
08:32– Il y a la présomption d'innocence
08:36que je veux respecter.
08:37C'est à la justice de dire les choses.
08:40Quant au plan politique,
08:41cette confrontation,
08:43si elle doit avoir lieu,
08:44elle aura lieu.
08:45Aujourd'hui, nous ne sommes pas
08:46en campagne électorale.
08:48Je suis maire jusqu'au terme de mon mandat
08:50et quand le temps viendra,
08:52je ne crains aucune confrontation
08:54avec qui que ce soit.
08:56Mais par contre,
08:57je ne peux pas accepter
08:58que dans ma vie,
08:59la cinquième de France,
09:01une action qui, au fond,
09:03est une action contre les Niçois,
09:05une initiative contre les Niçois,
09:08une initiative où on cible les Niçois
09:10et où on montre qu'on est prêt
09:12à jeter de la haine
09:13sur certains d'entre eux
09:15parce qu'on ne serait pas d'accord
09:16avec leur choix de vie,
09:18avec leur appartenance,
09:20avec leur positionnement
09:22dans la société de ma cité,
09:24eh bien, je le dis,
09:25je serai un rempart face à tout cela.
09:26– Oui, mais attendez,
09:27dans le camp d'Éric Ciotti,
09:28on dit simplement des fichages électoraux
09:31de façon à pouvoir ensuite envoyer des courriers,
09:34rencontrer les personnes
09:35dans le cadre de la campagne
09:36et savoir à qui on a affaire.
09:38Finalement, tous les hommes politiques
09:40savent aussi, connaissent leur ville,
09:43leur cité, leurs concitoyens
09:44et savent à qui,
09:46quelle est éventuellement leur confession,
09:47où ils habitent, ce qu'ils font.
09:49Et ça, ça fait partie
09:50d'une campagne électorale aussi,
09:51Christian Estrosi.
09:52– Alors, vous parlez d'un individu
09:57qui est proxy du Rassemblement national,
10:01et proxy, vous savez ce que ça veut dire,
10:04et au moment où j'ai l'impression
10:07que cette formation politique
10:09cherche à s'aseptiser un peu,
10:13à se banaliser,
10:14à montrer un esprit d'ouverture,
10:18je ne connaissais pas en France
10:20de président,
10:21que ce soit à l'extrême-gauche
10:23ou à l'extrême-droite,
10:24d'un parti politique
10:25qui se lance,
10:27par rapport aux heures
10:28les plus sombres de notre histoire,
10:30qui remontent
10:31la moitié du siècle dernier,
10:33dans une grande démocratie
10:34comme la nôtre,
10:36à une telle initiative.
10:37Que ce soit ici
10:38ou dans un autre pays d'ailleurs,
10:40c'est épouvantable,
10:42c'est ignoble,
10:43et tout simplement,
10:45ce sont des méthodes
10:46qui sont d'ailleurs très identifiées
10:49dans le code pénal
10:50et dans le code de procédure pénale
10:52et qui sont soumises
10:54à de très lourdes sanctions.
10:56Donc naturellement,
10:56je serai attentif à tout cela.
10:58Merci Christian Estrosi,
11:00merci M. le maire Danis
11:01d'avoir réagi
11:02à cette affaire des fichiers
11:03en direct sur BFM TV,
11:04Alexis Cuvilliers.
11:05Trois remarques importantes.
11:07D'abord, la première,
11:08je parle sous le contrôle de Maxime.
11:09M. Estrosi fait un certain nombre
11:11d'accusations et de précisions
11:12sur le contenu de ces fichages.
11:15Nous n'avons pas d'informations
11:16aussi détaillées,
11:17notamment, je pense,
11:18en ce qui concerne
11:19la question de l'orientation sexuelle.
11:21Ça, c'est la première remarque.
11:22La deuxième remarque,
11:23nous l'avons dit tout à l'heure
11:24dans la réponse de l'entourage
11:25d'Éric Ciotti obtenu par BFM Nice,
11:27il n'y a en effet pas de démenti
11:30sur l'existence de fichiers.
11:31Vous entendiez à l'instant
11:32Christian Estrosi
11:33qui réclamait ce démenti,
11:35ce démenti à ce stade.
11:37Il n'existe pas dans l'entourage.
11:38On nous dit juste
11:38qu'il ne s'agit pas de fichiers
11:40de marketing électoral.
11:41Et enfin, troisième remarque
11:42importante pour nos téléspectateurs,
11:44car M. Estrosi et M. Ciotti
11:45sont des adversaires extrêmement rudes.
11:47Ils se connaissent depuis longtemps
11:49et ils ont travaillé ensemble,
11:50mais ils s'opposent
11:51avec beaucoup de virulence
11:53depuis plusieurs années.
11:54Ils vont très probablement
11:55s'affronter à l'occasion
11:56des élections municipales
11:57l'année prochaine.
11:59Et donc, il me semble important
12:00de rappeler que,
12:01pour des soucis d'équité,
12:02nous avons évidemment proposé
12:04à Éric Ciotti
12:05d'intervenir sur notre antenne
12:07ce soir.
12:08Cette invitation est restée
12:09à ce stade sans réponse.
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