00:00Europe 1 Soir Week-end, 19h21, Guillaume Lariche.
00:04Il portait une kippa et a été agressé hier peu avant midi, ça s'est passé dans le Val-d'Oise à Soissy sous Montmorency.
00:10La victime a été abordée par une personne lui demandant si elle était juive.
00:14Après avoir proféré des insultes antisémites, les coups ont suivi.
00:17Un homme de 40 ans, déjà connu de la justice, a été interpellé.
00:20Le commissariat d'Anguin-les-Bains a été saisi.
00:23Une question à Alexandre Malafaille, porter une kippa, c'est donc risqué chez nous en France maintenant ?
00:29Oui, ça fait quelques temps que malheureusement, ce type de signes distinctifs,
00:34et en particulier quand il s'agit de la religion juive, font l'objet de réactions et d'actions assez violentes.
00:41On en a maintenant, si ce n'est pas toutes les semaines, tous les mois, ça peut être un rabbin, ça peut être n'importe qui.
00:47Un couple à leoncier en sortant d'un restaurant cette semaine qui a été arrêté.
00:50Visiblement, ça dépasse nos frontières, il y a eu ce type d'incident également à Washington il n'y a pas si longtemps que ça.
00:54On voit qu'on a une problématique de fond, il n'y a que tout se mélange, on ne peut que le regretter.
00:59Alors, est-ce que ça fait ressortir de vieux sentiments antisémites ?
01:03Ce n'est pas impossible pour certains, évidemment.
01:06Mais ce qui est certain, c'est qu'antisémitisme et antisionisme, rejet d'Israël, on déteste ce qui se passe là-bas,
01:10et donc on s'en prend à tous les enfants d'Israël, parce que globalement ils sont tous coupables,
01:14et puis globalement on fait l'amalgame, c'est ce qui se passe un petit peu à chaque fois.
01:17Et ça, ce sera malheureusement très difficile de lutter contre ça, à part avec la plus grande fermeté à chaque fois qu'eux.
01:23Mais globalement, derrière tout ça, si vous voulez, se mêle cette espèce de conflit entre une nation,
01:29je mets des guillemets derrière tout ça, je suis très prudent,
01:30mais une espèce de nation arabe qui se sent en droit de revendiquer le territoire d'Israël,
01:36et puis qui finalement, derrière tout ça, compte tenu de l'histoire et de ce qui s'est installé entre l'Occident et le reste du monde,
01:42est une nation qui ne nous aime pas.
01:44Et donc là, vous avez finalement des boucles émissaires assez faciles à attraquer, à taper, à taper, à traper,
01:48parce que, de fait, voilà, ce qui se passe entre Israël et Gaza n'est pas satisfaisant de leur point de vue,
01:54et donc finalement, c'est une bonne manière de revendiquer.
01:57Et là, on est un peu désarmé, parce que le combat qu'on a essayé de mener contre ça est vraiment très profond,
02:01on n'a pas vu venir le coup, on n'a pas fait ce qu'il fallait depuis l'école par rapport à toutes ces populations qui ont grandi chez nous,
02:06mais qui n'ont pas appris l'amour du pays, ou l'amour de son prochain, l'amour de son prochain quel qu'il soit,
02:12et on a cette espèce de communautarisme ultra renforcé qui se manifeste de manière violente.
02:16Gilles Boutin, comme le dit Alexandre Malafaille, on n'a pas vu venir le coup,
02:19mais on peut peut-être maintenant travailler pour essayer d'enregistrer les choses, peut-être au niveau de l'école.
02:26Est-ce que ça peut être une piste de travailler directement avec la jeunesse en France,
02:29qui peut être peut-être très touchée de près ou de loin par ce conflit,
02:33et qui, par un manque d'information, un manque de regard, va peut-être tout de suite avoir des façons de faire,
02:39une violence qui va se présenter ?
02:41Je ne pense pas que ce soit un manque d'information, je pense que c'est un bain culturel dans lequel énormément de personnes évoluent,
02:45et qui légitimes à leurs yeux.
02:47Je parlais de l'éducation nationale, en France, et savoir si justement on expliquait ce conflit,
02:52et que ce ne soit pas seulement qu'en famille, que culturel,
02:54et qu'il y ait derrière un accompagnement éducatif pour pouvoir mettre une autre perspective.
02:59Ma réponse était en regard précisément avec l'éducation nationale,
03:02puisque ce bain culturel vient se percuter,
03:06le savoir, la connaissance, l'esprit critique est délivré par l'éducation nationale.
03:11On a de nombreux cas qui sont rapportés, et il y en aura encore, on peut en être sûr,
03:16lorsque des enseignements sont délivrés sur la Shoah, il peut y avoir des perturbations,
03:22et certains professeurs qui indiquent qu'ils n'insistent pas tellement sur ces enseignements.
03:29Ils s'autocensurent.
03:30Ils s'autocensurent de peur d'être perturbés, qu'il y ait des situations ingérables.
03:35Ça ne l'est pas dit, on a payé le prix de la vie.
03:38Absolument, et lorsqu'ils n'ont pas à en payer le prix de leur vie,
03:42on peut comprendre leur désarroi, se sentir face à des questions aussi cruciales
03:46que sont l'enseignement de la Shoah, d'être désarmé face à des jeunes qui remettent en question ces réalités.
03:53C'est profondément inquiétant.
03:55Je suis entièrement d'accord sur le fait que l'éducation nationale doit être un levier.
04:00Cependant, on ne prend pas le chemin de cette reprise en main.
04:05Ce qu'il faut, c'est reprendre en main des générations entières,
04:08les soustraire à ce bain culturel dont je parlais,
04:11puisqu'il faut leur faire entendre puissamment un discours de raison
04:15face à un discours obscurantiste, qui est un discours de haine,
04:20et qui ressurgit au gré des pulsations géopolitiques.
04:23C'est-à-dire que lorsqu'il y a une situation comme celle que nous connaissons entre Israël et le Hamas,
04:30avec toutes les populations civiles qui se retrouvent plongées dans ce chaos,
04:34vous voyez une explosion des actes antisémites, ce dont nous parlons.
04:39Donc, je pense que le problème de l'antisémitisme existait, il continuera d'exister,
04:45et il connaîtra une recrudescence systématiquement à chaque fois que l'actualité reviendra,
04:50il fera réémerger cela.
04:52Et donc, l'éducation nationale, elle aurait un rôle,
04:55mais ça, c'est dans un monde idyllique.
04:58Aujourd'hui, on n'en prend pas le chemin,
04:59quand on voit les moyens indécents que les enseignants ont,
05:03ne serait-ce que pour les enseignements élémentaires,
05:06pour ce qui est de la reprise en main culturelle, voire civilisationnelle.
05:09Vous parlez de budget, là ?
05:10Ou vous parlez d'accompagnement pour éviter d'être pris à partie dehors,
05:14si jamais ils ont dit quelque chose ?
05:15Non, je parle de budget, je parle de salaire, je parle de qualité,
05:18c'est-à-dire la qualité des personnels que nous recrutons,
05:21qui est le bagage pour répondre à des jeunes comme ceux-là.
05:23Et je parle également d'encadrement sécuritaire,
05:26c'est-à-dire la capacité à gérer des jeunes qui peuvent être menaçants,
05:30qui peuvent devenir extrêmement menaçants lorsqu'on aborde ces questions-là,
05:33et pas que.
05:34Donc, c'est tout un ensemble à revoir,
05:36mais là, avec les syndicats, même la culture pédagogiste,
05:41c'est un vaste sujet que celui de l'éducation nationale,
05:43on peut parler pendant des heures,
05:44mais on est profondément démunis,
05:47et je ne vois pas une esquisse de solution aujourd'hui.
05:51Alexandre Malafaille, moi, je regarde comme vous les réseaux sociaux,
05:55on va forcément regarder ces articles qui apparaissent,
05:58de diverses médias qui parlent justement de ces attaques,
06:01et alors, même si les commentaires, on les lit tous,
06:03ce n'est pas forcément toutes les personnes qui écrivent et qui commentent,
06:07mais de plus en plus, j'ai l'impression que c'est très binaire,
06:09c'est soit on est pour, soit on est contre,
06:11c'est tout dans l'exagération, il n'y a plus jamais nuance.
06:14Alors, vous allez me dire, oui, mais c'est certainement le propre des réseaux sociaux,
06:17mais les réseaux sociaux qui sont une caisse de résonance,
06:20et peuvent amplifier chez certains qui ont déjà peut-être un petit avis,
06:24ça peut peut-être les conforter encore plus dans un sens ou dans l'autre.
06:27Ce n'est pas qu'ils peuvent, pour le coup, c'est parfaitement documenté,
06:29autant peut-être que sur la question du marché du travail,
06:32on n'a pas forcément fait toutes les études qui vont bien,
06:34mais là, très clairement, c'est très documenté,
06:36on sait très bien que les systèmes, notamment des algorithmes,
06:39à travers des réseaux sociaux, vont fabriquer, en effet,
06:41une espèce de boucle,
06:42de bulle cognitive dans laquelle vous allez être enfermé
06:45à ne regarder que de plus en plus de choses
06:47qui sont globalement celles qui ont l'air de vous intéresser,
06:49donc on va vous en redonner.
06:50Donc ces processus-là, ils sont parfaitement identifiés,
06:53ils sont parfaitement maîtrisés par tous ceux qui cherchent
06:55à capter l'attention de ceux qui sont indécis,
06:58et donc on est dans des processus d'endoctrinement
07:00et qui favorisent évidemment la radicalité,
07:03puisque ce qu'on vous montre, c'est toujours la même chose,
07:05avec souvent des images qui peuvent être vraies
07:06ou des images qui sont fabriquées,
07:08et tout le monde fabrique des images,
07:09là, il n'y a pas de gentil d'un côté ou de méchant de l'autre,
07:11tout le monde va se servir de l'image,
07:12tout le monde se sert de l'émotion pour aller attraper l'autre
07:15et puis le gagner à sa cause,
07:16et le rendre dans une capacité,
07:18alors malheureusement, dans certains cas,
07:20on a des populations qui basculent dans la violence
07:23parce qu'elles y sont incitées,
07:24parce que leur système est celui-là,
07:26parce que globalement,
07:27quand vous parlez de djihad,
07:28le djihad, il y a une partie de la population française,
07:31marginale certes,
07:32mais qui doit penser que c'est légitime de faire le djihad ici aussi,
07:34parce que cette espèce de guerre sainte
07:36contre tous ceux qui sont contre la religion,
07:38qui sont les opposants,
07:39qui sont les adversaires,
07:40qui sont les sionistes,
07:41qui sont complices du sionisme,
07:42tout ça se mélange, j'allais dire joyeusement,
07:44pas vraiment,
07:45et donc on est là aussi,
07:46enfin je rejoins ce qui a été dit,
07:47on est très démunis par rapport à ça,
07:48parce que nos instruments,
07:50notre cadre légal,
07:51et notre capacité à même faire des consensus,
07:54au-delà peut-être finalement des instruments,
07:56on parlait d'éducation,
07:57je ne suis pas sûr qu'au niveau du corps enseignant aujourd'hui,
08:00il y ait une capacité à poser un diagnostic
08:02qui embarque l'ensemble du corps enseignant sur,
08:03y compris les preuves d'histoire,
08:05sur comment on fait pour mieux traiter,
08:06et est-ce qu'on est d'accord sur le fait qu'il faut traiter le problème,
08:08mais pas sûr qu'il y ait consensus,
08:09donc même quand il n'y a même pas un consensus
08:11pour faire face à une problématique comme celle-là,
08:13il faut toujours effectivement courir pour réparer le problème,
08:15et puis après sur les réseaux sociaux,
08:16on pourra chercher évidemment à les interdire
08:18à moins de tel âge, tel âge, tel âge,
08:19mais il se sera contourné,
08:21donc on est, oui, on part de très loin.
08:22Gilles Boutin ?
08:23On parle beaucoup du rôle des réseaux sociaux,
08:25mais je pense qu'ils ne sont que le révélateur,
08:29peut-être même un exhausteur,
08:31de la débilité ambiante.
08:32Je choisis sûrement ce mot,
08:35parce que débilité au sens de faiblesse intellectuelle,
08:38c'est-à-dire que c'est le révélateur
08:39du néant intellectuel
08:41dans lequel évolue une partie de notre population.
08:43C'est quand même dingue de se dire que
08:45parce qu'on croise une personne qui porte une kippa,
08:48donc on en déduit,
08:49là c'est peut-être le seul aspect logique
08:50chez cette personne,
08:51elle déduit qu'elle est de confession juive,
08:54elle en déduit qu'elle soutient nécessairement
08:55la politique de Benyamin Netanyahou,
08:58et en plus de ça,
08:58elle considère qu'elle va régler un peu la question
09:01au Proche-Orient en agressant cette personne.
09:04C'est simplement,
09:06c'est proprement inquiétant en fait,
09:07c'est un indicateur assez précis
09:10du niveau culturel et intellectuel
09:13dans lequel évolue toute une partie de la population,
09:16ce qui rejoint effectivement
09:17ce que nous disions sur l'éducation nationale,
09:19mais nous ne connaissons pas,
09:21à ma connaissance,
09:21l'identité de l'agresseur précisément,
09:24a-t-il grandi en France,
09:25est-il d'immigration récente,
09:27ce sont des données que je ne maîtrise pas,
09:29mais nous, en tant qu'État,
09:31nous pouvons avoir la main
09:32sur l'aspect éducation nationale,
09:34cependant il y a aussi une autre composante
09:36qui est celle de l'accueil
09:37d'un certain nombre de personnes extérieures
09:38que nous n'avons pas pu accompagner
09:41dans leur construction
09:42et éveiller chez elles un esprit critique.
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