- il y a 5 mois
- #filmcomplet
Monsieur de Fontenelle a résisté toute sa vie à la passion et aux sentiments amoureux, jusqu’au jour où il fait la rencontre d'Isabella, qui lui fait découvrir ce qu’il a toujours ignoré : l’amour.
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Genre : Nouveautés, Film Cinéma, Téléfilm, Romance, Histoire, Drame
© 2024 - Tous Droits Réservés #FilmComplet
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Catégorie
🎥
Court métrageTranscription
00:00:00Musique
00:00:008 heures !
00:00:11Votre bouillon !
00:00:15Il faut le boire bien chaud, sinon ça ne vous fera aucun...
00:00:20aucun bien !
00:00:22Musique
00:00:24Sidon !
00:00:38Sidon ! Mathieu !
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00:01:00Ah-hah.
00:01:30J'ai des asperges que vous m'aviez commandées.
00:01:50Elles sont très belles.
00:01:51Cueillies-les ce matin.
00:02:00Et mes fraises ?
00:02:11Je t'ai déjà dit que ça me donnait des démangeaisons.
00:02:17Oh, madame, vous voilà en faim.
00:02:19Qu'est-ce qu'il se passe ?
00:02:20Monsieur de Fontenelle s'est encore levé en pleine nuit
00:02:22pour aller regarder ces maudites étoiles.
00:02:24Et je l'ai trouvé endormi dans son cabinet.
00:02:27Franchement, madame, je me demande ce qu'il espère.
00:02:30S'il croit que les habitants de la Lune vont lui faire signe de montée.
00:02:33Il vous a donc convaincu que la Lune était habitée ?
00:02:35Non, pas la Lune.
00:02:38Mais, attendez, attendez.
00:02:40On ne s'y retrouve plus dans tous ces astres.
00:02:44En tout cas, moi, je crois que les habitants du ciel
00:02:47en ont assez d'être regardés.
00:02:48Avec ses lunettes, qu'on dirait des fusils.
00:02:52Monsieur de Fontenelle a beau être un grand savant,
00:02:54il y a des choses qu'à son âge, on ne fait plus.
00:02:58Madame, il n'y a que vous.
00:03:00Sa petite nièce, qu'il puisse y le raisonner.
00:03:03Qu'irais-je lui dire ? Il est la raison même.
00:03:05Au revoir, chère !
00:03:06Tout au plus pourrait en contenir sa gourmandise.
00:03:09Oh, ma chère nièce !
00:03:17Je vous souhaite le bonjour, mon oncle.
00:03:20Vous avez belle mine !
00:03:21Je suis ravie !
00:03:23Ah, ah, ah !
00:03:24Eh oui !
00:03:25N'y aurait-il point du fromage ?
00:03:28Vous ne dinerez point si vous prenez du fromage à 7 heures.
00:03:31Neuver, on revient de Capogne de Sonny.
00:03:32Je sais trop bien que vous n'en prendrez point qu'un seul morceau.
00:03:36Vous saurez témoin qu'après de 95 ans,
00:03:39je suis condamné à mourir de faim dans ma propre maison.
00:03:42Et ne vous passez pas à la cuisine.
00:03:44En effet.
00:03:45Et n'avez-vous point remarqué ce qui se préparait pour le dîner ?
00:03:49Des asperges, mon oncle.
00:03:50Dieu soit loué.
00:03:52C'est étrange que manger des asperges
00:03:54semble pour vous une forme avancée du bonheur.
00:03:56Vous parlez du bonheur
00:03:57comme si j'en connaissais les secrets.
00:04:00N'est-ce pas la vérité ?
00:04:02Je crois en effet que les secrets du bonheur
00:04:06ne vous sont pas inconnus.
00:04:09Vous appelez secrets de simples précautions.
00:04:12Confie-moi en une.
00:04:14Mais la plus simple,
00:04:15il faut se ménager en toutes circonstances.
00:04:20Oui.
00:04:21La mesure du bonheur qui nous a été donnée
00:04:24est assez petite, ma chère nièce.
00:04:32J'ai donc prudent de ne rien perdre.
00:04:36Et était-ce dans vos précautions
00:04:37que de ne pas vous marier ?
00:04:41Veuillez m'excuser.
00:04:46Pertinente question.
00:04:50Dans les nœuds de l'hymène,
00:04:52à quoi bon m'engager ?
00:04:54Je suis un, cela doit suffire.
00:04:58Si j'étais deux,
00:04:59mon état serait pire.
00:05:02C'est bien assez de moi
00:05:04pour me faire enraver.
00:05:06Votre science des épigrammes
00:05:07vous tire de toutes les situations.
00:05:10Il n'empêche que vous savez
00:05:11vous faire adorer des femmes.
00:05:13Peut-être.
00:05:14Mais on les épouse.
00:05:16Et puis on les connaît.
00:05:17Le mariage est chose naturelle pourtant.
00:05:19Non, pardon, le plan.
00:05:21Je dis,
00:05:22l'idée a bien dû vous venir,
00:05:24de vous marier.
00:05:26Quelquefois, oui, le matin.
00:05:32Voltaire aurait dit
00:05:43au roi de Prusse que vous étiez
00:05:44l'esprit le plus universel
00:05:46que le siècle de Louis XIV est porté.
00:05:49Un compliment n'étant pas dans sa manière,
00:05:51ils ont déduit qu'il a dû lui arriver
00:05:53quelque chose de fâcheux.
00:05:55Le froid, peut-être.
00:05:56Je m'étonne toujours
00:06:01comme les séances à l'académie
00:06:02ne vous fatiguent pas davantage.
00:06:04Pourquoi voulez-vous ?
00:06:06Je n'y ai plus d'ennemis.
00:06:26On dirait que vous avez oublié
00:06:29ce que messieurs Boileau
00:06:30et la Bruyère
00:06:31ont dit de désagréable sur vous.
00:06:32Ne venez pas enfants
00:06:33à la racine de l'oublier
00:06:35parmi mes adversaires.
00:06:37Je leur ai pardonné
00:06:38et cela m'a fait beaucoup de bien.
00:06:40Non, aujourd'hui,
00:06:42je ne les blâme
00:06:44que d'être tous morts.
00:06:46Portez-vous toujours
00:06:47aussi aimablement,
00:06:49cher enfant.
00:06:50Eh bien, moi, c'est monsieur
00:06:59que je trouve trop aimable.
00:07:01Il n'en veut à personne
00:07:02et se contente de tout.
00:07:05Je me demande parfois
00:07:06si ce sont là
00:07:07les manifestations
00:07:07d'une bonté immense
00:07:09ou de pas de bonté du tout.
00:07:15Des fois,
00:07:16j'ai peine à lui ôter la poussière.
00:07:21Il me fait peur.
00:07:23Je crois monsieur de Fontenelle
00:07:24encore plus impressionné
00:07:25que vous par son oncle.
00:07:26Je comprends.
00:07:28Être le neveu du grand Corneille,
00:07:30c'est une situation tout de même.
00:07:32Pour vous aussi, madame.
00:07:35Oh, petite nièce du neveu de Corneille,
00:07:38c'est une place discrète.
00:07:50Mais qu'est-ce que vous faites ?
00:08:05Monsieur en avait assez.
00:08:06Comment il en avait assez ?
00:08:08Ah oui,
00:08:08il ne veut plus le voir, ce coffre.
00:08:1060 ans, à ce qui paraît.
00:08:11Mais il est plein.
00:08:12Ah ben, pour sûr, madame,
00:08:14qu'il est plein.
00:08:15On sent bien quand on le porte.
00:08:17C'est tout ce que monsieur
00:08:17a point voulu lire
00:08:18qui est là-dedans.
00:08:19Mais qu'est-ce que tu racontes, Simon ?
00:08:20Ce sont les journaux de monsieur
00:08:22qui sont dans ce coffre.
00:08:23Ah ben, je dis point non.
00:08:24Je dis qu'il n'a jamais
00:08:25voulu les lire.
00:08:26Qui vous a raconté
00:08:27ces sornettes ?
00:08:29C'est lui.
00:08:32Qui ça, lui ?
00:08:33Monsieur de Fontenelle.
00:08:38C'est amusant,
00:08:39mais cela ne tient pas debout.
00:08:40Pourquoi ne les aurait-il pas lus ?
00:08:42Monsieur n'aimerait pas
00:08:43qu'on répète
00:08:44ce qu'il nous a dit qu'à nous.
00:08:46Répète quand même,
00:08:46madame te le demande.
00:08:48Ben, il les a point lus
00:08:51parce qu'il se doutait
00:08:52qu'on ne disait pas
00:08:52du bien de lui là-dedans,
00:08:53même qu'on l'attaquait.
00:08:59Après tout,
00:09:02cela est assez dans sa manière.
00:09:04Ne jamais aller au-devant
00:09:05de ce qui peut
00:09:06gâter votre humeur.
00:09:08C'est tout, lui,
00:09:09en effet.
00:09:10Débarras !
00:09:11Allez !
00:09:12Et vous repasserez le balai !
00:11:04C'est Mme Joffat.
00:11:06M. de Fontenelle nous surpasse tous, Vallière.
00:11:09Dites-lui plutôt quelle conversation était la vôtre pendant le souper.
00:11:12De quoi disputiez-vous ?
00:11:14Nous pensions qu'il est bien difficile pour une femme
00:11:16de déceler le sentiment sous une conduite galante.
00:11:21M. de Vallière soutenait que c'était un nouveau procès fait à la sincérité des hommes.
00:11:25Alors, qu'en pense le siècle passé ?
00:11:27Ma foi, je n'observe point les sentiments comme je le fais des planètes.
00:11:32Vous n'avez pas à observer ce qui vous est simplement donné de ressentir ?
00:11:37Certains, mais il est présomptueux d'avancer que j'ai déjà ressenti quoi que ce soit.
00:11:42Voilà 80 ans que j'ai relégué le sentiment dans mes poésies.
00:11:49Et vous appelez ça avoir vécu ?
00:11:52Je crois avoir été empressé comme il convenait auprès des femmes.
00:11:55Mais l'amour...
00:11:57J'entends mal.
00:12:00Je parlais de l'amour.
00:12:02Lui et moi sommes des choses incompatibles.
00:12:06On dit pourtant que votre roman préféré n'est autre que la princesse de Clèves.
00:12:13Le style en est insurpassable.
00:12:15Il en est de plus vif.
00:12:17Il n'en est pas de plus simple.
00:12:19Donc de plus grand.
00:12:21Mais la princesse, c'est une histoire d'amour.
00:12:23Qui n'a pas lieu.
00:12:25Quelle sagesse.
00:12:26Puisque vous soutenez que les sentiments vous sont étrangers,
00:12:30je suppose ce sont les idées qui ont vos faveurs ?
00:12:32Pas davantage.
00:12:33Défendre des théories signifie riposter, se plaindre, accuser, soupçonner.
00:12:38J'aime trop mon repos.
00:12:42Et puis, pourquoi polémiquer ?
00:12:45Tout est possible et tout le monde a raison.
00:12:50Allons, allons.
00:12:53Je sais certaines idées qui ne vous laissent pas indifférents.
00:12:56Si je vous disais que M. d'Alembert est venu nous lire hier son discours préliminaire à l'encyclopédie
00:13:01et que le chevalier de Jocourt nous a montré d'admirables planches dans les métiers.
00:13:06C'était d'un ennui mortel.
00:13:08Mortel !
00:13:09Vous avez l'air encore bien vivant, il me semble.
00:13:12Mais enfin, que cherchez-vous avec cette encyclopédie ?
00:13:15À instruire les médiocres de choses qu'ils n'entendront point ?
00:13:19Qu'y a-t-il de plus ridicule que de parler de philosophie avec des ouvriers ?
00:13:23Le divertissement et le jeu, voilà ce que le peuple attend.
00:13:27Pareils propos vous feront attendre à la porte de l'académie, j'en réponds.
00:13:31Déjà qu'il vous faudra faire oublier vos ouvrages libertins.
00:13:35Et moi j'entends bien naître de l'académie.
00:13:36Mes ouvrages sont lestes, j'en conviens, mais les composés aient d'un aussi dur labeur, croyez-moi.
00:13:43Une simple page me prend trois ou quatre heures.
00:13:47Vous finirez bien par attraper tout ce temps perdu.
00:13:49Mais je suis plus modeste que vous ne l'imaginez, monsieur.
00:13:52Vous n'aurez pas osé vous le dire, monsieur.
00:13:56Toutes ces femmes qui se disputent le vieux Fontenelle dans l'espoir qu'il va mourir dans leur salon.
00:14:00Pauvre Valière, il se croit à un esprit supérieur, mais la supériorité lui fait bien défaut.
00:14:09Et l'esprit lui manque.
00:14:12Venez, nous allons entendre la musique de près.
00:14:15Elle est bien assez insupportable de loin.
00:14:17Vous préférez la peinture ?
00:14:19Oh, la peinture, les murs sont enlédits par trop de portraits.
00:14:23La sculpture ?
00:14:25Je laisse les statues me regarder.
00:14:29Les arts vous touchent donc si peu.
00:14:32Je n'arrive pas à faire entrer tant de choses dans mon existence.
00:14:35Plus tard, peut-être.
00:14:41Votre force est de vous placer hors d'atteinte en toutes circonstances.
00:14:44Rien ne vous touche.
00:14:45Je vous admire.
00:14:48Bonsoir, chère Fontenelle.
00:14:50Pardon.
00:14:51Je vous souhaitais le bonsoir.
00:14:53Je vous souhaitais le bonsoir.
00:15:23Regardez, monsieur de Fontenelle.
00:15:35Il n'est pas de mots murmurés que vous ne saurez entendre.
00:15:38Avec, on l'a souvent constaté, plus de précision encore que ceux qui entendent normalement.
00:15:43Cela provient de ce que le pavillon est fort large.
00:15:46Ne dirait-on pas comme une corne d'abondance
00:15:48qui, au lieu de déverser ses fruits, engrangerait les sujets et les verbes
00:15:51par sa vaste embouchure, pour vous les faire entendre.
00:15:54Voyons, monsieur, voulez-vous ajuster le cornet à votre oreille ?
00:15:58La plus petite des extrémités s'y glisse tout naturellement.
00:16:02Allez-y.
00:16:04Ouais.
00:16:05Alors, comment m'entendez-vous, monsieur de Fontenelle ?
00:16:08Trois fois.
00:16:10Ah oui, je suis confus.
00:16:11C'est parce que c'est naturel quand on s'adresse à quelqu'un dont Louis est défaillante.
00:16:16Alors, je n'en crois pas mes oreilles.
00:16:26Qu'est-ce que c'est que ça ?
00:16:27On nous a demandé de venir le chercher pour monsieur de Fontenelle.
00:16:30Mais qui vous a demandé ?
00:16:32Ajuster, enlever.
00:16:36Ajuster, enlever.
00:16:38Voilà.
00:16:38L'appareil n'est-il point trop lourd, monsieur ?
00:16:40Monsieur !
00:16:41Monsieur !
00:16:42Madame Geoffrin vous envoie...
00:16:44Madame Geoffrin vous envoie quelque chose.
00:16:46Je lis beaucoup mieux.
00:17:02Ce portrait de votre ami Lefraignois, j'ai pu l'acquérir sans trop d'embarras auprès de ce qui lui reste de famille.
00:17:08Je l'ai fait dans l'intention de vous l'offrir.
00:17:10Persuadez que le visage de celui qui fut votre plus proche est si grand ami.
00:17:15Vous rappellerez ces longs moments que vous passiez ensemble à ne rien dire.
00:17:18Et pourtant à vous comprendre.
00:17:20Comme seuls savent s'entendre la discrétion et l'innocence.
00:17:24Oui.
00:17:27Alors aujourd'hui, vingt ans qu'il est mort.
00:17:29Je m'en vais sur le champ remercier madame Geoffrin.
00:17:34Pourquoi ces moments que vous passiez à ne rien dire ?
00:17:38Monsieur Lefraignois était si peu bavard.
00:17:40Portrait respire la ressemblance.
00:17:46Regardez, on dirait qu'il va se taire.
00:17:55La belle compagnie que voilà !
00:18:00Et tout ce monde pour m'accueillir ?
00:18:03Nous sommes toujours ravis de vous voir, monsieur l'abbé.
00:18:05Pas bien.
00:18:08Pas bien.
00:18:10Pas bien.
00:18:15Je parle de cette lettre au marquis de Lafarque que le petit réservoir vient publier.
00:18:19Eh bien !
00:18:20Comment ça, eh bien ?
00:18:21Que dit-elle cette lettre ?
00:18:23Vous vous moquez, on soutient partout qu'elle est de vous.
00:18:26M'a-t-on vu l'écrire ?
00:18:27Je le sens bien, moi, qu'elle est de votre plume.
00:18:30Parler avec une telle insolence n'appartient qu'à vous ou à Voltaire.
00:18:33Une lettre qui décrit l'embarras du Seigneur au moment de la résurrection désigne son auteur.
00:18:38M'en direz-vous le nom à la fin ?
00:18:40Je vois que sous couvert de montrer les choses de la science auxquelles les cœurs sains n'entendent rien, il est bien lisé d'y jeter le table.
00:18:48Qu'est-il besoin d'expliquer ce qui doit rester inexplicable ?
00:18:51Vous faites parfois songer à quelques navigateurs dont les cas laisseraient passer l'eau, mais qui interdiraient qu'on écope.
00:18:58Pas d'égard, on dit que ce sont vos ouvrages qu'ont enfanté Voltaire.
00:19:07Laissez dire.
00:19:08Car vous ne pouvez accepter que votre œuvre apporte caution à cet empire.
00:19:12Je me reproche de vous, n'est-ce pas feu, mais pas que...
00:19:15Si fait, mais vous ne pouvez ignorer que Voltaire parle de Dieu comme... comme... comme s'il n'existait pas.
00:19:20Comme quoi ?
00:19:20Quelle malice que vous doivez me faire répéter ces choses, comme... comme s'il n'existait pas.
00:19:27Voltaire ne nie pas, il s'interroge.
00:19:32C'est votre histoire des oracles qui a fait le mal.
00:19:35Je ne me rejette pas dans mes oracles au spectacle de l'ignorance et de la sottise, exploitée par la mauvaise foi.
00:19:42Certes, mais...
00:19:43Mais ce spectacle me semble promis un grand avenir.
00:19:47Justement, des esprits faibles et impurs ont pu en déduire que Dieu n'existait que parce que nous voulions y croire.
00:19:53Seigneur, mon ami...
00:19:57L'ignorance se démontre moins par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison.
00:20:06Car non seulement nous ne possédons pas les principes qui mènent au vrai, mais nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux.
00:20:16Monsieur l'abbé, restera-t-il à dîner ?
00:20:24Fait-il ? Dans votre servante.
00:20:26Qu'y a-t-il ?
00:20:27Le dîner !
00:20:28Eh bien !
00:20:29Désirez-vous des asperges ?
00:20:31Oh, j'en raffole.
00:20:33J'en raffole.
00:20:35Moi aussi.
00:20:36Ça au beurre, qu'elle dit.
00:20:38Mais, je préfère à l'huile.
00:20:39Au beurre, elle garde de leur fermeté.
00:20:41Et à l'huile, le goût en sort davantage.
00:20:43Mais elle se digère tout aussi bien au beurre.
00:20:46Ma nièce ne les apprécie qu'à l'huile.
00:20:48Bon, mais que dois-je faire ?
00:20:51Une moitié à l'huile, une moitié au beurre.
00:20:56Je connais bien votre manière, savez-vous.
00:20:58Jamais rien de véhément.
00:21:00Votre impertinence est des plus doux, à peine visibles.
00:21:03Point d'éclat, point de taca.
00:21:05Ainsi, ce ne sera pas pas les idées les plus terribles, les plus terribles.
00:21:09Je ne professe point d'idées.
00:21:11Je constate et je souris.
00:21:14C'est bien suffisant.
00:21:16Vous vous mêlez tout sans en avoir l'air.
00:21:18Voilà la vérité.
00:21:19Raisonnement, raisonnement, c'est votre unique défense.
00:21:21Moi, je maintiens qu'il est mauvais de raisonner sans cesse.
00:21:24Que c'est le moyen le plus insidieux de s'écarter peu à peu
00:21:26du chemin qui nous a été tassé.
00:21:29Par qui ?
00:21:30Vous voyez, vous raisonnez encore.
00:21:35Ça, j'aime d'avance si toutes mes parrières
00:21:36ne seront jamais suffisantes pour votre salut.
00:21:40Et si ?
00:21:41François !
00:21:55Les asperges, toutes à l'huile.
00:22:00Non, non, dites-moi à l'entrée du jardin.
00:22:13Enfin, vous voilà !
00:22:31Nous n'attendions que vous pour souper.
00:22:34Attendez, nouvelle de ce bon abbé Chalon ?
00:22:38Il est à nouveau sur pied,
00:22:41si l'on peut ainsi dire,
00:22:42de quelque chose de rond.
00:22:44Vous ne cessez de le rudoyer.
00:22:46Je me demande ce qu'il vous a fait.
00:22:47Il me fait peur !
00:22:49Le voilà !
00:22:53Chère Fontenelle,
00:23:01je ne crois pas vous avoir présenté Isabelle.
00:23:03La fille de ma sœur du comte d'Ella Torre
00:23:05est arrivée de Florence la semaine passée.
00:23:10Ah !
00:23:11Des asperges !
00:23:12On dit, monsieur,
00:23:19que vous n'avez pu résister à un mot cruel
00:23:21dont l'abbé Chalon fut l'innocente victime.
00:23:24La cruauté n'est pas ma façon, monsieur.
00:23:26Mais si cela est vrai,
00:23:27ce que j'ai dit semble avoir remis
00:23:28les asperges à la mode.
00:23:33Monsieur le philosophe,
00:23:35il paraît que vous refusez
00:23:36de croire à l'amour.
00:23:38Plaît-t-il.
00:23:39N'est-il point vrai que l'amour existe ?
00:23:41J'avoue qu'à sept minutes,
00:23:46je ne doute plus.
00:23:50On m'a dit une charmante désenterie
00:23:52qui vous concerne,
00:23:53Chère Fontenelle.
00:23:55À quelqu'un qui souhaitait
00:23:56faire un placement d'argent,
00:23:57il a été déconseillé
00:23:58de le faire sur votre tête,
00:23:59sauf à fond perdu,
00:24:00car vous rajeunissez en vieillissant.
00:24:03L'autre jour,
00:24:04j'ai voulu faire déplacer
00:24:05un meuble de famille,
00:24:05un vieux secrétaire
00:24:06qui avait toutes les apparences du neuf.
00:24:09Eh bien, à peine l'a-t-on touché
00:24:10qu'il s'est effondré.
00:24:11Il était vermoulu.
00:24:15Vieillir me fait peur.
00:24:17Pour les femmes,
00:24:18la disgrâce des sens,
00:24:19c'est une horrible chose.
00:24:23Sottise.
00:24:24Pour éviter à nos sens de vieillir,
00:24:27il faut veiller à leur fonctionnement régulier,
00:24:29les entretenir en quelque sorte.
00:24:31À suivre vos conseils,
00:24:33on tomberait vite dans l'excès,
00:24:34il me semble.
00:24:34L'homme de qualité
00:24:36sait tempérer ses audaces.
00:24:38Je crains, mademoiselle,
00:24:41que nos discours vous ennuient.
00:24:42Les vôtres, vous voulez dire ?
00:24:45Quand la beauté et la jeunesse
00:24:47s'accordent si magnifiquement,
00:24:50a-t-on envie d'entendre
00:24:51des propos desséchés ?
00:24:52A-t-on d'ailleurs envie d'entendre
00:24:54quoi que ce soit ?
00:24:56Les paroles retardent toujours les actes.
00:24:58Oh non, ce n'est pas possible.
00:25:01Grand-pense, votre nièce ?
00:25:03Elle va vous le dire elle-même,
00:25:04baron Grimm.
00:25:05Je ne suis pas encore
00:25:07à me laisser des conseils
00:25:08qu'elle en me donne.
00:25:09Ce qui n'empêche pas
00:25:10d'en faire le tri,
00:25:11de reconnaître la vérité
00:25:12dans ce qui est généreux,
00:25:14sensible, dévoué,
00:25:16en un mot dans ce qui vient du cœur.
00:25:19Tous les êtres possèdent un cœur,
00:25:21me direz-vous.
00:25:22Eh bien non.
00:25:24La science nous le cache encore,
00:25:25mais certains en sont réellement dépourvus.
00:25:28Vraiment ?
00:25:29J'en connais personnellement.
00:25:30Dans quelques contrées lointaines,
00:25:32je pense.
00:25:32Point du tout, ici même.
00:25:34Me direz-vous.
00:25:35À quoi bon ?
00:25:36Il s'est déjà reconnu.
00:25:43Je suis résolu à faire
00:25:45à l'Académie
00:25:46une communication
00:25:48sur l'intelligence
00:25:50de l'asperge
00:25:51qui est un légume
00:25:54particulièrement savoureux
00:25:56mais aussi
00:25:57commande à manger.
00:26:00En somme,
00:26:00fait pour nous plaire
00:26:01mais avec une discrétion
00:26:04qui enchante.
00:26:06Il suffit d'ailleurs
00:26:07de savoir comment
00:26:08poussent les asperges
00:26:09elles passent
00:26:10la tête
00:26:12pour d'abord
00:26:14voir si elles ne dérangent pas
00:26:17et puis alors
00:26:19se sachant attendues
00:26:22elles viennent
00:26:24tout entières.
00:26:29Aucun autre légume
00:26:30ne possède cette élégance.
00:26:34A vrai dire, monsieur,
00:26:36ça n'est pas précisément
00:26:37sur l'Académie
00:26:38et les asperges
00:26:39qu'on vous attendait.
00:26:40Sur quoi d'autre ?
00:26:41Eh bien,
00:26:41sur ce qu'affirme
00:26:42monsieur de Vallière.
00:26:43L'absence de cœur.
00:26:45Vous avez du mal
00:26:46entendre.
00:26:47Comment cela ?
00:26:48Monsieur de Vallière
00:26:49pense que
00:26:50cela n'existe pas
00:26:51parce que le cœur
00:26:52comme le cerveau
00:26:52sont des organes
00:26:53qui lui sont encore
00:26:54étrangers.
00:26:55J'ai cru comprendre
00:26:57que pour l'instant
00:26:58il ne s'intéressait
00:26:59qu'à la partie comprise
00:27:00entre la hanche
00:27:01et le genou.
00:27:08Bénissons l'esprit, monsieur.
00:27:10C'est lui qui vous tuera.
00:27:12Alors ne songez plus
00:27:13à l'Académie.
00:27:15Vous voilà déjà immortel.
00:28:16On dirait que la musique
00:28:42vous est soudainement
00:28:43supportable.
00:30:16Merci.
00:30:24Merci.
00:30:25Merci.
00:30:34Venez.
00:30:35Monsieur le Forger a promis
00:30:36de nous enseigner
00:30:36un nouveau jeu d'esprit.
00:30:37Je préfère me retirer.
00:30:39Comme vous voudrez.
00:30:40Ma nièce ne possède-t-elle pas
00:30:42une voix merveilleuse ?
00:30:43Sans doute.
00:30:44Mais comment
00:30:45en aurait-je profité ?
00:30:47C'est à vous ?
00:30:48Je ne vois pas l'utilité de m'encombrer
00:30:53du bien d'autrui.
00:30:54Je veux dire,
00:30:56vous en avez réellement besoin ?
00:30:57Hélas, ma bonne amie,
00:30:59me voici parvenue
00:31:00à l'âge des accessoires.
00:31:01Monsieur ?
00:31:11Monsieur ?
00:31:13Monsieur ?
00:31:18Quelqu'un parle ?
00:31:22Moi, monsieur.
00:31:39Votre esprit m'a charmé, monsieur.
00:31:42Je comprends que ma tante
00:31:43tienne tant à votre présence.
00:31:45Avez-vous aimé
00:31:46les airs que je chantais ?
00:31:49Votre voix et votre accent
00:31:50feraient aimer
00:31:52tous les airs du monde ?
00:31:54Savez-vous que je connais
00:31:56vos entretiens
00:31:57sur la pluralité des mondes ?
00:31:59Ils sont très célèbres en Italie.
00:32:01Quelle chance
00:32:02a-t-il cette marquise
00:32:03d'être instruite par vous ?
00:32:05Des Mercure,
00:32:06des Vénus,
00:32:07des Jupiter.
00:32:09Mais je vous mets en retard.
00:32:11Bonsoir, monsieur.
00:32:15Nous sommes prêts, monsieur.
00:32:20Pas moi !
00:32:22Je vous pardonne
00:32:36d'avoir interrompu mon chemin
00:32:37si vous acceptez
00:32:38que je me mette
00:32:40en travers du vôtre.
00:32:42Aurais-je droit
00:32:43à une leçon d'astronomie ?
00:32:45J'aime les sciences, vous savez.
00:32:47J'imagine que vos soirées
00:32:49passées à instruire la marquise
00:32:50étaient pareilles à celle-ci.
00:33:01Enfin, voyons,
00:33:02vous vous conduisez avec moi
00:33:03comme si j'avais
00:33:04dix ans de moins.
00:33:05puisque je ne peux prétendre
00:33:09tenir la place
00:33:10de votre marquise,
00:33:13je me contenterai
00:33:13de la beauté
00:33:14de ce spectacle
00:33:15qui s'enlacerait.
00:33:18Les sceaux et les savants.
00:33:21Je crois qu'un jour viendra
00:33:22où l'homme visitera
00:33:22les planètes.
00:33:24Vous avez raison.
00:33:26Il n'aura pas
00:33:27la sageuse
00:33:27d'y renoncer
00:33:28et il ne pourra
00:33:30s'empêcher
00:33:30d'y mettre
00:33:31de l'orgueil
00:33:31comme toujours.
00:33:34Vous étiez moins pessimiste
00:33:36avec la marquise ?
00:33:38Marquise ?
00:33:40Imaginaire.
00:33:45Êtes-vous sérieux ?
00:33:48Je voulais raconter
00:33:49simplement les principes
00:33:50qui régissent l'univers,
00:33:51alors j'ai imaginé
00:33:53des conversations
00:33:53avec une marquise
00:33:55le soir
00:33:56dans le parc
00:33:57d'un château.
00:34:00Je rêvais
00:34:00d'un ouvrage
00:34:01ni trop sec
00:34:02ni trop léger,
00:34:04mais il se peut bien
00:34:05qu'en cherchant
00:34:05un juste milieu
00:34:06qui convainc
00:34:07tout le monde,
00:34:08j'en ai trouvé un
00:34:09qui ne convienne
00:34:09à personne.
00:34:11Les justes milieux
00:34:13sont impossibles
00:34:14à tenir.
00:34:16On ne m'y prendra plus.
00:34:18C'est pourtant
00:34:19grâce à vous
00:34:19que les femmes
00:34:20prennent plaisir
00:34:20à la science.
00:34:22Beaucoup d'hommes
00:34:23ne vous le pardonneront
00:34:24jamais.
00:34:25Enfin,
00:34:28l'aveu que vous m'avez fait
00:34:29me dispense
00:34:30désormais
00:34:31de me montrer
00:34:31jalousie
00:34:32envers votre marquise.
00:34:33Je vous demande pardon.
00:34:36J'ai parlé
00:34:36de la jalousie.
00:34:39J'avoue
00:34:39ignorer ce que c'est.
00:34:42Je vous crois.
00:34:43Il n'y a que
00:34:43la femme pour savoir.
00:34:47Allons,
00:34:47je ne suis pas
00:34:49tout à fait honnête.
00:34:51Pardon ?
00:34:53Cette marquise,
00:34:54je ne l'ai pas
00:34:56entièrement inventée.
00:34:57Je me suis inspirée
00:34:59d'une personne réelle.
00:35:01Qui ?
00:35:03Une dame
00:35:04de ma province
00:35:05auprès de laquelle
00:35:07beaucoup pensaient
00:35:08que j'étais
00:35:09assidu.
00:35:12L'étiez-vous ?
00:35:14Elle fait en sorte
00:35:15que mes manières
00:35:15fussent toujours
00:35:16honnêtes
00:35:17et obligeantes.
00:35:18les jeunes gens
00:35:21n'entendent plus cela.
00:35:23Le seul intérêt
00:35:24des jeunes gens
00:35:25est de fuir
00:35:25les sentiments.
00:35:29Enfin, monsieur,
00:35:31fuir les sentiments,
00:35:34l'étrange conseil.
00:35:36Quelle importance ?
00:35:38On reconnaît
00:35:38les bons conseils
00:35:39à ce qu'ils ne sont
00:35:40jamais suivis
00:35:40et les mauvais
00:35:41à ce que tout le monde
00:35:42s'est hâté
00:35:42de les précéder.
00:35:43Je ne vous ai
00:35:46trop retardé, monsieur.
00:35:48Aurais-je prononcé
00:35:49quelques paroles
00:35:50pour vous déplaire ?
00:35:52La nuit est fraîche,
00:35:54soudainement.
00:35:56Elle est fort douce,
00:35:57au contraire.
00:35:59Je porte
00:36:00de prendre voie.
00:36:02Je m'en voudrais
00:36:02donner ton point
00:36:03attentif
00:36:03à votre santé.
00:36:05Le troisième acte
00:36:14commence par une scène
00:36:16entre la marquise
00:36:17et Dubois.
00:36:21Buvez.
00:36:25C'est brûlant.
00:36:27Vous vous souciez
00:36:28moins du chaud
00:36:28et du froid
00:36:29dans certaines maisons
00:36:30que je connais.
00:36:33Je dois écrire
00:36:34une lettre.
00:36:36Allez.
00:36:52C'est chaud.
00:37:04Oh, ben, mon pauvre ami,
00:37:16vous voilà
00:37:17dans un triste état.
00:37:18À cause de l'humidité
00:37:19de votre jardin.
00:37:21Que me dites-vous là ?
00:37:23Que les faiblesses arrivent
00:37:24par où on ne les attend pas.
00:37:27Ma nièce
00:37:28m'a chargée
00:37:28de vous remettre
00:37:29cette lettre.
00:37:31Elle vous remercie
00:37:31d'être restée
00:37:32pour l'écouter chanter.
00:37:32Je crois avoir bien agi
00:37:36en exigeant
00:37:37qu'Isabelle
00:37:37s'installe chez moi.
00:37:39Elle ne pouvait
00:37:39rester à Florence
00:37:40plus longtemps.
00:37:41Sa mère n'aurait jamais
00:37:42trouvé sur place
00:37:43remède à son mal.
00:37:44De quel mal
00:37:45souffre-t-elle donc ?
00:37:46De quoi voulez-vous ?
00:37:48L'amour, mon ami.
00:37:50L'amour.
00:37:53Isabelle a connu
00:37:54il y a peu
00:37:55le revers d'une passion
00:37:56qu'elle croyait partager.
00:37:57Elle a surpris
00:37:58celui qui lui avait
00:37:58juré sa flamme
00:37:59dans les bras d'une autre.
00:38:00Enfin,
00:38:02quand je dis dans les bras,
00:38:03j'espère que vous me comprenez.
00:38:05Ma sœur s'est alarmée
00:38:06car la santé d'Isabelle
00:38:07donnait des signes
00:38:08d'inquiétude
00:38:08après cette pénible
00:38:09déconvenue.
00:38:11On ne saurait compter
00:38:12le nombre de fois
00:38:12où Isabelle a été
00:38:13surprise en larmes.
00:38:15Sans parler
00:38:16de ce jour
00:38:16pas si lointain
00:38:17où elle a voulu
00:38:18se jeter dans la rivière.
00:38:20Enfin !
00:38:21J'ai arraché
00:38:22ma nièce
00:38:22à son tourment
00:38:22et la voilà guérie.
00:38:23Je vous vois fatigué
00:38:27cher Fontenelle.
00:38:30Vous dites ?
00:38:31Ah oui.
00:38:33L'amour.
00:38:38Me pardonnerez-vous,
00:38:39monsieur,
00:38:40un comportement
00:38:41aussi ce qu'inexplicable
00:38:42alors que vous me faisiez
00:38:44la faveur
00:38:44de votre immense savoir.
00:38:47Il me faudra bien
00:38:48du courage
00:38:49pour réparer
00:38:50devant vous
00:38:51alors même
00:38:52que je ne saurais
00:38:53me résigner
00:38:53à ne plus vous voir.
00:38:54Sous-titrage Société Radio-Canada
00:39:24Mademoiselle.
00:39:40Mademoiselle,
00:39:40monsieur de Fontenelle
00:39:41m'a chargé
00:39:42de vous remettre ceci.
00:39:54Ah, monsieur de Fontenelle,
00:40:08je suis bien l'aise
00:40:08de vous revoir.
00:40:10Monsieur Diderot
00:40:10et monsieur d'Alembert
00:40:11disaient à l'instant
00:40:11que vous étiez leur maître.
00:40:13Ce n'est pas un mince privilège,
00:40:14madame,
00:40:15que d'être renaie
00:40:16avant tout le monde.
00:40:18Fontenelle,
00:40:19vous avez retrouvé
00:40:20bonne mine.
00:40:21Mademoiselle sera ravie
00:40:22de vous revoir.
00:40:24Au juste moment,
00:40:24cette jeunesse
00:40:27nous donne le vertige.
00:40:35Qu'il me soit permis
00:40:36de saluer l'esprit
00:40:37le plus libre
00:40:40et le plus avancé
00:40:41de notre temps.
00:40:42Monsieur d'Alembert,
00:40:44vous me faites
00:40:44trop d'honneur.
00:40:45Notre encyclopédie
00:40:46vous est sans foire
00:40:47de vables.
00:40:48Vous verrez
00:40:49que mon âge
00:40:49finira par me rapporter.
00:40:57Je ne suis point
00:40:58un de ces hommes
00:40:58qui exhibent des certitudes.
00:41:02Mais je sais
00:41:03que c'est par la connaissance
00:41:04et le raisonnement
00:41:05que le monde
00:41:05sortira des ténèbres.
00:41:07Nos articles
00:41:08lui ouvriront les yeux
00:41:08et nos souscripteurs
00:41:11ne seront pas
00:41:11que des lecteurs.
00:41:12Comprenez-vous,
00:41:13ils transmettront,
00:41:14ils témoigneront.
00:41:15Monsieur de Fontenelle.
00:41:22On me dit
00:41:23que vous ne ménagez
00:41:23point votre peine
00:41:24pour nous soutenir.
00:41:25Soyez-en
00:41:26mille fois remerciés.
00:41:27Ce premier volume
00:41:28de votre encyclopédie
00:41:29me ravit,
00:41:31Monsieur Diderot.
00:41:32C'est une vaste
00:41:33entreprise.
00:41:34Trop vaste, peut-être.
00:41:35En tout cas,
00:41:37elle vous apportera
00:41:38peu de satisfaction.
00:41:39Les hommes
00:41:40tels que vous
00:41:40sont faits
00:41:41pour les grandes aventures
00:41:43et la règle
00:41:44des 3D.
00:41:46J'ignore cette règle.
00:41:48Déconvenu,
00:41:49difficulté,
00:41:51découragement.
00:41:52Eh bien,
00:41:52j'en ajoute
00:41:53un quatrième.
00:41:54Décu fine.
00:41:55Je veux le relever.
00:41:56Vous avez raison.
00:41:58Il était tombé
00:41:59assez bas
00:42:00ces derniers temps.
00:42:06Charmant tableau.
00:42:08Lequel se tient l'autre ?
00:42:09Oh, Diderot
00:42:10préférera toujours
00:42:11Fontenelle à Voltaire.
00:42:12Il vaut caresser
00:42:13un chat
00:42:13qu'un scorpion.
00:42:23Monsieur de Fontenelle,
00:42:25vous me voyez confuse.
00:42:28Je veux vous assurer
00:42:29que l'idée
00:42:30que vous avez de moi
00:42:30n'est pas la bonne.
00:42:31Mais puisque
00:42:32je n'ai rien vu.
00:42:33Le jour où
00:42:34vous m'avez surprise,
00:42:37mon mari m'avait insultée.
00:42:39Imaginez mon trouble.
00:42:40Comment elle pourrait,
00:42:41si madame ?
00:42:42C'est parce qu'il
00:42:42m'avait infligé
00:42:43cet affront
00:42:43que je me suis
00:42:45vengée de lui.
00:42:46Imagine que
00:42:46pareil,
00:42:47vengeance
00:42:47vous coûte
00:42:48énormément.
00:42:51Personne n'est mort
00:42:51d'avoir été infidèle,
00:42:53n'ose pas ?
00:42:53Certains
00:42:54m'aiment
00:42:54en vivre,
00:42:55madame.
00:42:56Mon mari
00:42:57m'a traité
00:42:57de catin.
00:42:59Pourtant,
00:43:00j'ai éprouvé
00:43:01de l'affection
00:43:02et de la tendresse
00:43:03pour tous les hommes
00:43:04qui m'a été donnée
00:43:04de connaître.
00:43:05Dans ce cas,
00:43:06madame,
00:43:06ce n'est pas une insulte,
00:43:07c'est de la reconnaissance.
00:43:09Un peu de fraîcheur,
00:43:10un peu de fraîcheur
00:43:11me fera du bien.
00:43:21Quelle situation,
00:43:22monsieur ?
00:43:24Comment cela ?
00:43:26Ce rendez-vous
00:43:26que vous m'avez fixé
00:43:27dans les plus grands secrets.
00:43:29À la suite
00:43:29d'une lettre de vous
00:43:30et votre tante
00:43:32qui me l'a remise,
00:43:33croit encore
00:43:34que vous m'adressiez
00:43:35de simples remerciements.
00:43:38Je vous devais
00:43:38des excuses.
00:43:40J'ose à peine imaginer
00:43:41ce que vous avez pensé
00:43:42de moi
00:43:42après cette soirée.
00:43:44Mais ce que j'ai pensé
00:43:45dans l'instant
00:43:45n'a rien à voir
00:43:47avec ce que je crois
00:43:48désormais.
00:43:49Que voulez-vous dire ?
00:43:52Que sans l'évocation
00:43:53d'un sentiment
00:43:54qui vous tourmente
00:43:55plus qu'il ne faudrait,
00:43:57je n'aurais pas assisté
00:43:58à un départ
00:43:59qui ressemblait
00:44:01à une fuite.
00:44:05Vous savez donc,
00:44:08je suis moins forte
00:44:09que je le pense.
00:44:11Je crois oublier.
00:44:12Je ne fais qu'un fouir.
00:44:13Il est vrai
00:44:14et je crois
00:44:15que ce sera là
00:44:15ma plus grande gloire.
00:44:18Par quelle force
00:44:19faut-il donc être habité ?
00:44:21Je ne vois rien de banal
00:44:22dans les mouvements du cœur,
00:44:24mais j'ai préféré
00:44:25m'en garder.
00:44:27Comme si nous avions
00:44:28les choix.
00:44:29Nous l'avons.
00:44:31Il ne faut jamais chercher
00:44:33qu'à simplifier sa vie.
00:44:35Pour ma part,
00:44:36j'ai voulu faire
00:44:37l'économie d'histoire d'amour
00:44:38qui m'eussent laissé pantelons.
00:44:41Je me connais trop bien.
00:44:43Mais vous avez aimé, monsieur.
00:44:45Il avait été en retour.
00:44:47Soutiendrez-vous le contraire ?
00:44:49C'est un sujet bien personnel
00:44:51pour qui déteste parler de soi.
00:44:54Ainsi donc,
00:44:55vous pourriez tout connaître de moi
00:44:56et n'auriez-vous
00:44:57me confié en retour ?
00:44:59Qui mon existence
00:45:01intéressera-t-elle ?
00:45:04Moi.
00:45:09Et pourquoi je vous prie ?
00:45:12Je ne sais.
00:45:14Ou plutôt,
00:45:16pour la première fois,
00:45:18je le sentimente
00:45:19d'être comprise.
00:45:20nous nous connaissons peu,
00:45:24il est vrai,
00:45:24et pourtant,
00:45:26il me semble
00:45:26que nous avons déjà
00:45:27partagé un peu
00:45:28de notre vie.
00:45:32Vous ne voulez donc
00:45:33rien me dire ?
00:45:35Un jour.
00:45:37Quel jour ?
00:45:39Un prochain jour.
00:45:42Protégez-vous des secrets.
00:45:43C'est avec pareil raisonnement
00:45:48que ma petite-niece
00:45:49prétend que tout m'a réussi.
00:45:51Je crains que l'affliction
00:45:52qu'elle me porte
00:45:53m'efface voir de travers.
00:45:57En quoi aurait-elle tort ?
00:45:58Oh !
00:45:59Il suffit de regarder
00:46:01de quelle manière
00:46:01j'ai parcouru le chemin.
00:46:03Quand j'ai voulu embrasser
00:46:04la carrière d'avocat
00:46:05dans ma ville natale,
00:46:07j'ai perdu la seule affaire
00:46:08qui me fut confiée.
00:46:10Quelle importance !
00:46:11Vous aviez la poésie.
00:46:12Je lui ai donné
00:46:14et plus qu'elle ne m'a rendu.
00:46:16Je fais mine aujourd'hui
00:46:17d'être détaché
00:46:18mais je sais à quel point
00:46:19les détracteurs avaient raison.
00:46:21Mes ouvrages ne faisaient
00:46:22qu'imiter
00:46:23ce que l'on représentait
00:46:25de pire
00:46:25sur le théâtre.
00:46:27L'Académie vous a pourtant
00:46:29accepté ?
00:46:30Après quatre tentatives,
00:46:32ils auraient su
00:46:33que j'allais vivre vieux
00:46:34qu'ils me faisaient
00:46:35attendre davantage.
00:46:38Vous êtes un grand savant.
00:46:40C'est la lecture
00:46:41de vos ouvrages.
00:46:42Aurais-je du goût
00:46:43pour les sciences
00:46:44et aurais-je commis...
00:46:46Quoi donc ?
00:46:47Un petit traité.
00:46:50Un petit traité.
00:46:53Deux remarques plutôt
00:46:54sous la réfraction
00:46:55de la lumière.
00:46:56Aurais-je l'honneur
00:46:57de les lire ?
00:46:58Accepteriez-vous
00:46:59en échange
00:47:00de m'enseigner
00:47:01l'observation des étoiles ?
00:47:03Je suis trop mal habile.
00:47:05L'observation des...
00:47:06Isabelle !
00:47:07L'observation des étoiles,
00:47:09oui ?
00:47:09Je ne m'y entends guère
00:47:10enseigner quoi que ce soit.
00:47:12Isabelle !
00:47:13Allons, acceptez-vous.
00:47:15Quel entêtement !
00:47:16Isabelle !
00:47:17Soit, soit.
00:47:20Quel était cet air
00:47:21que vous chantez ?
00:47:22C'est un air
00:47:29qu'on chante à Florence
00:47:30et qu'elle parle d'amour.
00:47:33Isabelle !
00:47:38Qui sait à quel instant
00:47:41de la succession
00:47:42des générations animales
00:47:43nous en sommes ?
00:47:45Qui sait si ce bipède déformé
00:47:47qui n'a que quatre pieds
00:47:48de hauteur,
00:47:49qu'on appelle encore un homme
00:47:50et qui ne tarderait pas
00:47:51à perdre ce nom
00:47:52en se déformant
00:47:53un peu davantage
00:47:54n'est pas l'image
00:47:56d'une espèce qui passe ?
00:47:57Diderot est merveilleux.
00:47:59C'est grâce à des hommes
00:48:00comme lui
00:48:00que le monde va s'ouvrir.
00:48:02Le monde !
00:48:03Vous rendez-vous compte ?
00:48:04Qui puis-je ?
00:48:05Nous allons découvrir
00:48:06tant de choses nouvelles
00:48:07comme j'ai hâte
00:48:08et comme j'ai envie.
00:48:09Mon fils,
00:48:10les envies sont inutiles
00:48:11quand on peut tout avoir.
00:48:13Qui sait si tout
00:48:13ne tend pas à se réduire
00:48:14à un grand sédiment
00:48:16inerte et inolive ?
00:48:18Qui sait quelle sera
00:48:19la durée de cette inertie ?
00:48:21Qui sait quelle race nouvelle
00:48:23peut résulter
00:48:28d'un amas aussi grand
00:48:29de points sensibles
00:48:31et vivants.
00:48:32Il sera plus aisé
00:48:40d'enseigner la mécanique
00:48:42que la tolérance.
00:48:44Sans doute.
00:48:45Il le faudra pourtant.
00:48:48C'est peut-être là
00:48:49notre véritable dessin.
00:48:51Certes.
00:48:52Mais l'homme,
00:48:53mais l'homme,
00:48:54il avance
00:48:55et il recule.
00:48:56Vous ne le changerez pas
00:48:57aisément.
00:48:58je ne suis pas pessimiste.
00:49:01Bessoir comme celui-là,
00:49:04moi non plus.
00:49:04pas.
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