00:00Oui, il était temps. Emmanuel Macron assume enfin, et avec près d'un an de retard, les conséquences d'une décision diplomatique qu'il avait lui-même prise
00:06lorsqu'il a reconnu l'été dernier la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental,
00:11ce qui a allumé la mèche, évidemment, de nos rapports explosifs avec l'Algérie, qui revendiquait cette même souveraineté.
00:16Depuis la capture de Boilem sans salle en novembre, et puis la révélation un peu tardive de celle du journaliste Christophe Glez il y a plus d'un an,
00:21ont ajouté deux otages dans l'équation, mais la réponse qui a toujours été celle de l'Elysée, suivant les conseils du Quai d'Orsay,
00:28a été celle de la diplomatie. Emmanuel Macron retenait la main de ses ministres, il faisait la sourde oreille quand deux premiers ministres,
00:34Edouard Philippe puis Gabriel Attal, deux anciens premiers ministres, suggéraient de dénoncer les accords de 68,
00:40qui donnent aux Algériens des privilèges quant à l'octroi de titres de séjour en France.
00:44Ils reprenaient la main lorsque le premier ministre actuel, François Bayrou, entendait lancer un ultimatum à l'Algérie.
00:50L'Elysée disait « c'est de notre domaine et pas de celui de Matignon ».
00:54Bref, si bien que depuis des mois, le président Tebboune en Algérie avait même fait croire au fond
00:58qu'Emmanuel Macron était distinct d'une forme de minorité extrémiste personnifiée dans les médias algériens
01:04par la figure de Bruno Retailleau et qui était accusé par le pouvoir à Alger d'être obsédé par l'Algérie.
01:10Début encore, le président Tebboune face à des journalistes libanais affirmait qu'il n'avait aucun problème
01:16avec Emmanuel Macron ni avec la France, sous-entendu, il n'est qu'un problème seulement qu'avec l'extrême droite.
01:22Cette stratégie de la division, l'Elysée a fini par y faire la sourde oreille.
01:27Le président refuse ce chantage et il faut s'en réjouir.
01:30Alors, dans ces demandes, le président de la République reste prudent.
01:32Tout de même, il ne parle pas du tout de l'accord de 68, par exemple.
01:35Oui, le président de la République dresse une forme de feuille de route au gouvernement.
01:38Il demande au Premier ministre, mais finalement directement à la diplomatie française,
01:43donc à Jean-Noël Barraud, de dénoncer l'accord de 2013,
01:46qui cette fois-ci vise seulement le fait qu'un certain nombre de personnels diplomatiques algériens
01:52sont exemptés de visas pour venir en France, par exemple.
01:55Son texte cible aussi les Algériens les plus dangereux, puisqu'il demande à Bruno Retailleau
01:59de faire en sorte que ceux-ci soient expulsés de la façon la plus efficace possible.
02:04Et puis par ailleurs, il demande aussi à Bruno Retailleau de s'assurer que les autres pays européens
02:09soient alignés sur la politique française.
02:11Alors, il fait plus dans la consigne que véritablement dans la méthode,
02:16puisque au fond, le président de la République renvoie à Bruno Retailleau
02:20la responsabilité de réussir ce que la France n'a pas réussi depuis des années,
02:24c'est-à-dire obtenir ces fameux laissés-passés consulaires
02:26qui nous permettent de renvoyer les Algériens jugés dangereux.
02:29Par exemple, on se rappelle que certains influenceurs qui tenaient en France
02:33des propos extrêmement radicaux.
02:35Une fois qu'ils étaient mis dans l'avion pour l'Algérie,
02:37ils faisaient le trajet ensuite en sens inverse,
02:39parce qu'arrivés à l'aéroport d'Alger, ils étaient finalement refusés
02:42d'entrer sur le territoire algérien.
02:44Alors, ça ressemble un peu tout de même à une victoire politique
02:46pour Bruno Retailleau qui demandait effectivement une ligne plus ferme.
02:49Voilà, le président de la République assume un durcissement
02:52par rapport aux élites algériennes et aux élites seulement,
02:55c'est-à-dire qu'il vise davantage le régime que le peuple algérien.
02:59Et par ailleurs, il serre la vis sur les Algériens considérés comme dangereux,
03:03donc ceux que la France aurait de bonnes raisons d'expulser.
03:06Cela dit, quand on s'entretient par exemple avec l'écrivain et prix Nobel Kamel Daoud
03:11qui connaît très bien et de l'intérieur la société algérienne,
03:13on se demande si cette méthode est la bonne,
03:15puisque au fond, ce serait faire croire que le régime d'Alger
03:19aurait pris en otage toute l'opinion pour l'enfoncer dans un sentiment anti-français.
03:23En réalité, des gens comme Kamel Daoud qui connaissent bien la société algérienne
03:26vous expliquent que ce sentiment anti-français vient des tréfonds
03:30de l'opinion algérienne elle-même et que c'est même elle qui contraint le président Tebboune
03:34à muscler ses échanges avec la France.
03:37Quoi qu'il en soit, politiquement, les conséquences de cette lettre d'Emmanuel Macron
03:41à son Premier ministre, c'est que le duel que beaucoup annonçaient
03:44entre le ministre de l'Intérieur et le président de la République
03:46est repoussé au calendre grec.
03:49Emmanuel Macron fait le choix de contenter Bruno Retailleau en lui donnant le point
03:52plutôt que de continuer à suivre la doctrine du Quai d'Orsay.
03:56Ce faisant, il renvoie aussi Bruno Retailleau à ses responsabilités
03:59pour mieux faire peser par la suite les conséquences politiques de ce qui va se passer.
04:03Et puisqu'on parle pour l'instant d'une décision en demi-teinte
04:06qui ne concerne pas l'accord de 68 qui est le plus structurant
04:08pour les relations entre la France et l'Algérie,
04:10on peut s'attendre à ce que ça ne soit pas encore assez.
04:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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