Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 an
Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont conclu dimanche 27 juillet en Écosse un accord douanier prévoyant que les produits européens exportés aux États-Unis soient taxés à 15%. Ce lundi 28 juillet, la première organisation patronale française a en effet appelé l'Union européenne à renforcer sa puissance économique. On en parle avec : Laura Kalmus, correspondante BFMTV à Londres. Thierry Arnaud, éditorialiste politique internationale de BFMTV. Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin. Et Bertrand Gallichet, ancien grand reporter, spécialiste des relations franco-allemandes.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00En 18h06, on en vient et on l'évoquait à l'instant justement sur la politique de Donald Trump sur les taxes.
00:06L'accord qui est intervenu hier entre les Etats-Unis et l'Union Européenne, un accord qui laisse un goût amer avec 15% de taxes sur les produits européens.
00:17Avant d'en parler avec nos invités, on va partir du côté de Londres, retrouver notre correspondante Laura Calmus.
00:23Laura, donc tout s'est joué finalement directement hier en Écosse.
00:30Exactement. Hier en Écosse avec Ursula von der Leyen qui avec cette poignée de main a accepté ses droits de douane à 15%.
00:42Et aujourd'hui, il y a eu cette rencontre entre le Premier ministre britannique et le président américain qui ont réitéré le fait que les deux pays ont ce droit de douane qui est de 10%.
00:57Alors c'est moins que l'Union Européenne. Et d'ailleurs, lorsqu'un journaliste a demandé pourquoi il y avait cette différence entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni,
01:06eh bien le président américain s'est tout simplement contenté d'expliquer qu'il y avait une relation très spéciale entre les deux pays.
01:14Il a d'ailleurs ajouté que sa maman était écossaise. Ça compte, a-t-il expliqué.
01:19Alors, Keir Starmer s'en tire plutôt bien. On le sait d'ailleurs et selon la presse britannique, eh bien le Premier ministre britannique a l'art de savoir parler au président américain.
01:30Mais Keir Starmer aimerait plus car il demande également une baisse des droits de douane sur l'acier qui sont actuellement à 25% ici au Royaume-Uni.
01:41A savoir que les droits de douane sur l'acier sont dans la plupart des pays à hauteur de 50%.
01:48Mais le président américain a expliqué que s'il faisait cette concession pour le Royaume-Uni, eh bien il fallait le faire pour les autres.
01:57Alors, on l'a bien vu, il y a eu de nombreux sujets qui ont été passés en revue sur Gaza, notamment sur l'Ukraine et également sur ses droits de douane.
02:08Mais pas de décision claire et précise ici à Turnberry, au complexe de Golfe de Donald Trump où je me trouve ici avec Gaëtan Malakhin.
02:17– Merci Laura, Laura Calmus, donc sur place pour BFM TV.
02:21On en parle avec nos invités, Yann Rivouallan, bonsoir, vous êtes président de la Fédération du prêt-à-porter féminin.
02:28Bertrand Gallichet, ancien grand reporter spécialiste des relations franco-allemandes.
02:31Et puis Thierry Arnaud toujours avec nous.
02:33Avant d'en parler, peut-être on peut voir cette réaction de François Bayrou, le Premier ministre français,
02:39qui a écrit sur les réseaux sociaux aujourd'hui,
02:41« C'est un jour sombre que celui où une alliance de peuples libres rassemblés pour affirmer leurs valeurs et défendre leurs intérêts se résout à la soumission ».
02:50Des mots très durs, Thierry Arnaud, la soumission et une critique ouverte du Premier ministre face à l'accord qui a été trouvé hier soir.
02:56– Oui, les mots sont durs et on ne trouve globalement personne en Europe pour dire aujourd'hui que c'est un bon accord pour l'Union européenne, c'est le moins qu'on puisse dire.
03:04On peut même aller jusqu'à dire que c'est une forme d'humiliation, au fond, pour les 27.
03:08Sur la forme comme sur le fond, sur la forme, cette poignée de main, elle se passe où ?
03:13Elle se passe sur le golf de Donald Trump.
03:17Dans l'après-midi de dimanche, il a passé la journée à jouer au golf avec son fils Eric
03:21et il consent dans l'après-midi à aller serrer la main à Ursula von der Leyen pour annoncer cet accord
03:26qui est effectivement un accord dur à avaler pour les Européens, des droits de douane de 15%,
03:31l'engagement d'acheter 650 milliards de dollars de gaz et de pétrole américains,
03:37l'engagement d'investir 600 milliards de dollars aux États-Unis pour acquérir divers types de matériel,
03:43y compris du matériel militaire.
03:45Il y a beaucoup de concessions du côté européen.
03:47Il y a eu un moment intéressant dans ce point de presse commun lorsqu'on dit
03:50« c'est très bien, on voit bien ce que l'Europe donne ».
03:54Quelles sont les concessions du côté américain, demande-t-on à Ursula von der Leyen ?
03:58Et là, on voit bien qu'elle est embarrassée, elle n'a pas grand-chose à répondre
04:02parce qu'il n'y a en réalité aucune concession américaine en face
04:05et elle souscrit à cette idée, dont beaucoup d'économistes vous diront qu'elle est quand même un peu bizarre,
04:11que le fait d'avoir un excédent commercial quelque part est une faute.
04:16Vous devriez vous sentir coupable d'exporter davantage vers les États-Unis
04:20que les États-Unis n'exportent vers l'Europe, ce qui est quand même une affirmation un peu curieuse,
04:27ne serait-ce que d'un strict point de vue économique.
04:30La réalité, c'est qu'il y avait un rapport de force et que le grand talent de Donald Trump,
04:34c'est de savoir jouer d'un rapport de force lorsqu'il est en sa faveur
04:37et qu'il a obtenu un accord commercial dont tout le monde reconnaît aujourd'hui
04:41qu'il est très favorable aux États-Unis.
04:43Bertrand Galichet, du côté de Bruxelles, on dit « mieux vaut cet accord qu'une guerre commerciale ».
04:47Oui, c'est ce que disent aussi Georgia, Melanie et Friedrich Merz.
04:52Ce sont ceux qui essayent de défendre à minima l'accord intervenu hier,
04:57mais c'est vrai que c'est quand même dans des conditions qui sont assez lunaires
05:02parce qu'effectivement, Mme von der Leyen se déplace dans la propriété privée de Donald Trump
05:08pour aller comme à Canossa, c'est-à-dire aller au fond se soumettre aux dictates des États-Unis,
05:15alors que l'Europe, qui représente quand même 450 millions de consommateurs
05:21face aux 340 millions d'Américains,
05:24avait les moyens d'imposer beaucoup plus et d'obtenir beaucoup plus.
05:29Quant à la réaction de M. Bayrou, elle est assez baroque finalement
05:32parce qu'on a l'impression qu'il découvre cet accord
05:35comme s'il n'avait pas mandaté lui-même avec les 27 autres,
05:39mais lui-même en tant que l'une des grandes puissances économiques de l'Europe,
05:43Mme von der Leyen, pour négocier cet accord.
05:46Donc qu'il dise aujourd'hui que c'est une humiliation
05:48et que c'est un jour sombre pour l'Europe, c'est un peu étrange.
05:51Oui, ça donne un sentiment d'impuissance très forte
05:54de la part d'un dirigeant français face à l'accord qui a été signé,
05:58malgré tout, malgré les réserves.
05:59Et d'autant que, vous savez, le secrétariat général aux affaires européennes
06:03qui a suivi tout ce dossier est logé dans Matignon.
06:08Il dépend directement du Premier ministre,
06:10donc il savait parfaitement ce qui allait être signé.
06:13Il n'y a aucune surprise de sa part.
06:15Alors je crois que ça peut s'expliquer par le fait aussi
06:18que lui qui est très européiste,
06:20qui a fait toute sa carrière politique sur la défense d'une Europe forte,
06:25il ne veut pas laisser d'espace politique aux souverainistes
06:27et à ceux qui, comme Mme Le Pen, critiquent.
06:30Évidemment, ces voix-là ont un boulevard,
06:34critiquent très fortement l'accord intervenu hier.
06:36Yann Rivollane, vous représentez la Fédération du prêt-à-porter féminin.
06:40Est-ce que le secteur que vous représentez
06:42va être directement impacté par l'annonce d'hier ?
06:46En fait, c'est très simple.
06:47On a une mode française qui se fait piétiner depuis des années par la Chine,
06:51à travers des entreprises comme Chine ou encore Temu,
06:55qui nous envoient leurs produits jetables depuis des années,
06:57avec une concurrence déloyale.
06:59Et désormais, toutes les marques premium qui fabriquent en France,
07:03qui fabriquent en Europe, vont avoir un coût supplémentaire,
07:05par exemple, pour aller aux États-Unis,
07:07à la fois à travers le dollar faible,
07:09parce que n'oublions pas, non seulement il y a ces tarifs en plus,
07:12mais il y a aussi un dollar plus faible de l'ordre de 17%.
07:14Résultat, il y a cette double peine qu'elles subissent.
07:17Et je vous avoue que la majorité d'entre elles sont presque satisfaites de cet accord,
07:22comme l'a montré par exemple l'Italie,
07:24parce qu'on était dans un supplice absolu en ce moment,
07:26en se disant, comment on va réussir à exporter ?
07:29Donc on avale la pilule en se disant,
07:31on espère que les produits français sont assez beaux et assez aspirationnels
07:35pour avoir des coûts supplémentaires aux États-Unis,
07:38ou on va réduire aussi notre marge,
07:40mais en face de cette réduction de marge,
07:42il y aura nécessairement du chômage.
07:44Mais au moins, cette incertitude est plus faible,
07:46et on se dit, pendant deux mois, trois mois, six mois, une saison,
07:50on aura un peu d'oxygène.
07:51Vous parlez de chômage, est-ce qu'on a une idée du nombre d'emplois
07:53qui pourrait être à terme impacté par cette hausse des taxes ?
07:58Alors, je vais reprendre déjà ce qui s'est passé avec la Chine,
08:01parce qu'en l'espace de quatre ans,
08:03c'est plus de 40 000 emplois qui ont été détruits
08:05par des sociétés comme Chine et Témus.
08:07Et de l'autre côté, c'est plus compliqué à dire,
08:10parce qu'on a une élasticité prix,
08:11c'est-à-dire une capacité à pouvoir augmenter nos prix
08:13qui existe, surtout pour les marques dans le secteur du luxe.
08:17Donc, j'espère en fait qu'on va réussir clairement
08:20à pouvoir avoir gardé le maximum d'emplois,
08:22mais il est sûr que tous les industriels
08:24qui se battent depuis des années
08:26pour garder des emplois en France,
08:28pour payer les gens au mieux,
08:30sont dans la difficulté en ce moment,
08:32parce qu'il est plus compliqué d'avoir des marchés,
08:33mais là, ils vont nécessairement devoir réduire
08:35de l'ordre de 5 à 10 % leurs effectifs.
08:37– Alors, je voulais avoir votre commentaire sur cette phrase
08:39de Laurent Saint-Martin, ministre français délégué
08:41au commerce extérieur, qui a dit
08:42« Maintenant, il va y avoir une négociation technique,
08:45donc après l'accord annoncé hier soir,
08:47nous pouvons nous saisir de cette séquence
08:49pour nous renforcer ».
08:50Qu'est-ce que ça veut dire ?
08:51Il y a encore des discussions qui vont avoir lieu
08:52ou c'est un affichage un peu politique
08:54pour essayer de ne pas perdre la face ?
08:56– Alors, c'est un peu les deux.
08:57C'est vrai que c'est politiquement plus facile
08:59pour essayer de faire passer la pilule, je dirais,
09:02mais en même temps, il est vrai qu'il y a encore
09:04un certain nombre de sujets techniques,
09:06notamment sur les vins et spiritueux, par exemple,
09:09qui ne sont pas encore précisés.
09:10On ne sait pas si cette hausse de 15 %
09:14va s'appliquer à l'ensemble de ces produits,
09:16à une partie seulement.
09:17On a dit que peut-être,
09:19seuls les spiritueux en seraient exonérés.
09:22Donc, tout ça reste à discuter.
09:24Il y a d'autres points de détail,
09:25notamment sur les produits pharmaceutiques,
09:27quel type de produit pourrait être exonéré,
09:29d'autre part.
09:30Donc, effectivement, il y a encore un ajustement possible,
09:33mais enfin, l'essentiel de l'accord, pour l'instant,
09:36je dirais que c'est une façon d'accorder
09:38une bouffée d'oxygène au marché,
09:40au sens où on leur promet un peu de stabilité
09:43pendant quelques mois, un peu de visibilité,
09:46mais sans aucune garantie,
09:47parce que vous connaissez M. Trump et ses revirements.
09:50Et donc, si jamais, justement,
09:52la précision dans cet accord ne lui convient pas,
09:55il peut revenir en arrière.
09:56Donc, il n'y a pas vraiment de garantie.
09:58Cela dit, les marchés ont quand même bien accueilli ça,
10:01puisque les bourses, ce matin, ont grimpé,
10:03et le MEDEF se dit quand même plutôt satisfait
10:06pour cette raison-là,
10:07c'est-à-dire visibilité, stabilité.
10:09Alors, Yann Rivallan,
10:10le ministre de l'Économie va recevoir
10:13les filières concernées mercredi,
10:15ça se passera à Bercy.
10:16Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui
10:17du gouvernement français après cet accord ?
10:20La question, c'est,
10:21tous les investissements qu'on doit faire désormais
10:23aux États-Unis vont-ils rentrer
10:25face aux investissements qu'on doit effectuer
10:28en France, en Europe,
10:29pour la réindustrialisation ?
10:31On ne peut pas d'un côté, en fait,
10:32se dire qu'on veut avoir une Europe forte
10:34et une France forte
10:35si on envoie tout notre pognon
10:38aux États-Unis
10:38pour créer des investissements là-bas
10:40et si, en plus,
10:41on est menotté par l'achat
10:43des énergies fossiles
10:44qu'on peut avoir aux États-Unis.
10:46Donc, à nous,
10:47d'avoir l'assurance, en fait,
10:48de la part de la France et de l'Europe,
10:50qu'on va essayer de consolider l'Europe,
10:52qu'on va créer des normes
10:53pour nous protéger,
10:53comme je disais, par exemple, de la Chine,
10:55mais qu'on va aussi avoir
10:56une relation commerciale
10:57vis-à-vis des États-Unis
10:58qui va être plus ferme
10:59pour éviter que,
11:01jour après jour,
11:02entre un dollar faible
11:03et des tarifs de plus en plus importants,
11:05on ait l'impossibilité
11:06de pouvoir exporter
11:07dignement aux États-Unis
11:08et dans tous les autres pays.
11:09Alors, on va écouter Donald Trump
11:11qui réagissait
11:11après cet accord
11:13avec l'Union européenne
11:15et on en reparle juste après.
11:15Nous avons une excellente relation
11:18avec l'OTAN aujourd'hui.
11:21Elle n'est pas exactement la même,
11:23mais c'est assez proche.
11:25Avec l'OTAN, vous savez,
11:26on est passé à 5 %,
11:27on est passé de 2 % à 5 %
11:30et notre relation est très solide
11:32avec l'OTAN.
11:34Je tiens donc à vous féliciter.
11:38Je pense que c'est formidable
11:39de conclure un accord aujourd'hui
11:41plutôt que de jouer à des petits jeux
11:43et de ne pas conclure d'accord.
11:44Je vais vous laisser le dire,
11:47mais en tout cas,
11:48je pense que c'est le plus grand accord
11:49jamais signé.
11:50Merci beaucoup.
11:53Voilà, poignée de main,
11:54souris un peu crispé.
11:56Est-ce que parmi les pays européens,
11:57on sait qu'il y a le plus
11:58à souffrir de ces taxes ?
12:00Est-ce qu'il y a un pays en particulier
12:01qui va souffrir plus que d'autres ?
12:03La France, on l'a vu
12:04sur l'agroalimentaire.
12:06Évidemment, il y aura des répercussions,
12:08notamment sur les petites entreprises
12:11qui exportent par exemple du vin
12:13ou d'autres produits alimentaires
12:16aux Etats-Unis
12:17parce qu'elles n'ont pas les reins
12:18assez solides pour faire face sans doute
12:20à ces augmentations de taxes.
12:22En Europe, il y a des pays
12:23qui vont s'en sortir un petit peu mieux
12:25comme par exemple l'Allemagne
12:26sur les machines outils,
12:29sur des produits à forte valeur ajoutée,
12:31sur l'automobile,
12:32sur la chimie également,
12:34parce que malgré les augmentations de taxes,
12:36les volumes sont tels
12:38qu'il y a encore, je dirais,
12:40des possibilités de marge.
12:42La France, par exemple,
12:43est très peu impactée,
12:44quasiment pas,
12:45sur l'industrie automobile
12:46puisqu'elle ne vend pas de voitures
12:48sous des marques françaises
12:49aux Etats-Unis.
12:50Merci.
12:50En fait, les deux notions
12:51qui vont être essentielles,
12:52c'est l'élasticité prix,
12:53c'est-à-dire votre capacité
12:55à faire avaler aux consommateurs américains
12:57une augmentation de prix de 15%.
12:58C'est vrai qu'il y a toute une partie de...
13:00Si vous pouvez acheter
13:01un sac à main à 10 000 dollars,
13:02ce n'est pas parce qu'il prend 15%
13:04que ça va fondamentalement
13:05changer la face des choses.
13:07Et le deuxième critère,
13:08c'est quelle est la capacité
13:10des Américains,
13:10si les produits européens
13:11deviennent chers,
13:12à substituer ce qui peut s'acheter
13:15en étant européen
13:15par des produits américains
13:16qui seraient aussi bien,
13:18voire moins coûteux.
13:19Et donc, c'est ça,
13:19les deux critères
13:20qui vont déterminer
13:20comment chaque secteur
13:21est plus ou moins affecté
13:22par ce nouveau régime.
13:24Merci.
13:24Merci à vous trois
13:25pour ces précisions.
13:26Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations