00:00En 18h06, on en vient et on l'évoquait à l'instant justement sur la politique de Donald Trump sur les taxes.
00:06L'accord qui est intervenu hier entre les Etats-Unis et l'Union Européenne, un accord qui laisse un goût amer avec 15% de taxes sur les produits européens.
00:17Avant d'en parler avec nos invités, on va partir du côté de Londres, retrouver notre correspondante Laura Calmus.
00:23Laura, donc tout s'est joué finalement directement hier en Écosse.
00:30Exactement. Hier en Écosse avec Ursula von der Leyen qui avec cette poignée de main a accepté ses droits de douane à 15%.
00:42Et aujourd'hui, il y a eu cette rencontre entre le Premier ministre britannique et le président américain qui ont réitéré le fait que les deux pays ont ce droit de douane qui est de 10%.
00:57Alors c'est moins que l'Union Européenne. Et d'ailleurs, lorsqu'un journaliste a demandé pourquoi il y avait cette différence entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni,
01:06eh bien le président américain s'est tout simplement contenté d'expliquer qu'il y avait une relation très spéciale entre les deux pays.
01:14Il a d'ailleurs ajouté que sa maman était écossaise. Ça compte, a-t-il expliqué.
01:19Alors, Keir Starmer s'en tire plutôt bien. On le sait d'ailleurs et selon la presse britannique, eh bien le Premier ministre britannique a l'art de savoir parler au président américain.
01:30Mais Keir Starmer aimerait plus car il demande également une baisse des droits de douane sur l'acier qui sont actuellement à 25% ici au Royaume-Uni.
01:41A savoir que les droits de douane sur l'acier sont dans la plupart des pays à hauteur de 50%.
01:48Mais le président américain a expliqué que s'il faisait cette concession pour le Royaume-Uni, eh bien il fallait le faire pour les autres.
01:57Alors, on l'a bien vu, il y a eu de nombreux sujets qui ont été passés en revue sur Gaza, notamment sur l'Ukraine et également sur ses droits de douane.
02:08Mais pas de décision claire et précise ici à Turnberry, au complexe de Golfe de Donald Trump où je me trouve ici avec Gaëtan Malakhin.
02:17– Merci Laura, Laura Calmus, donc sur place pour BFM TV.
02:21On en parle avec nos invités, Yann Rivouallan, bonsoir, vous êtes président de la Fédération du prêt-à-porter féminin.
02:28Bertrand Gallichet, ancien grand reporter spécialiste des relations franco-allemandes.
02:31Et puis Thierry Arnaud toujours avec nous.
02:33Avant d'en parler, peut-être on peut voir cette réaction de François Bayrou, le Premier ministre français,
02:39qui a écrit sur les réseaux sociaux aujourd'hui,
02:41« C'est un jour sombre que celui où une alliance de peuples libres rassemblés pour affirmer leurs valeurs et défendre leurs intérêts se résout à la soumission ».
02:50Des mots très durs, Thierry Arnaud, la soumission et une critique ouverte du Premier ministre face à l'accord qui a été trouvé hier soir.
02:56– Oui, les mots sont durs et on ne trouve globalement personne en Europe pour dire aujourd'hui que c'est un bon accord pour l'Union européenne, c'est le moins qu'on puisse dire.
03:04On peut même aller jusqu'à dire que c'est une forme d'humiliation, au fond, pour les 27.
03:08Sur la forme comme sur le fond, sur la forme, cette poignée de main, elle se passe où ?
03:13Elle se passe sur le golf de Donald Trump.
03:17Dans l'après-midi de dimanche, il a passé la journée à jouer au golf avec son fils Eric
03:21et il consent dans l'après-midi à aller serrer la main à Ursula von der Leyen pour annoncer cet accord
03:26qui est effectivement un accord dur à avaler pour les Européens, des droits de douane de 15%,
03:31l'engagement d'acheter 650 milliards de dollars de gaz et de pétrole américains,
03:37l'engagement d'investir 600 milliards de dollars aux États-Unis pour acquérir divers types de matériel,
03:43y compris du matériel militaire.
03:45Il y a beaucoup de concessions du côté européen.
03:47Il y a eu un moment intéressant dans ce point de presse commun lorsqu'on dit
03:50« c'est très bien, on voit bien ce que l'Europe donne ».
03:54Quelles sont les concessions du côté américain, demande-t-on à Ursula von der Leyen ?
03:58Et là, on voit bien qu'elle est embarrassée, elle n'a pas grand-chose à répondre
04:02parce qu'il n'y a en réalité aucune concession américaine en face
04:05et elle souscrit à cette idée, dont beaucoup d'économistes vous diront qu'elle est quand même un peu bizarre,
04:11que le fait d'avoir un excédent commercial quelque part est une faute.
04:16Vous devriez vous sentir coupable d'exporter davantage vers les États-Unis
04:20que les États-Unis n'exportent vers l'Europe, ce qui est quand même une affirmation un peu curieuse,
04:27ne serait-ce que d'un strict point de vue économique.
04:30La réalité, c'est qu'il y avait un rapport de force et que le grand talent de Donald Trump,
04:34c'est de savoir jouer d'un rapport de force lorsqu'il est en sa faveur
04:37et qu'il a obtenu un accord commercial dont tout le monde reconnaît aujourd'hui
04:41qu'il est très favorable aux États-Unis.
04:43Bertrand Galichet, du côté de Bruxelles, on dit « mieux vaut cet accord qu'une guerre commerciale ».
04:47Oui, c'est ce que disent aussi Georgia, Melanie et Friedrich Merz.
04:52Ce sont ceux qui essayent de défendre à minima l'accord intervenu hier,
04:57mais c'est vrai que c'est quand même dans des conditions qui sont assez lunaires
05:02parce qu'effectivement, Mme von der Leyen se déplace dans la propriété privée de Donald Trump
05:08pour aller comme à Canossa, c'est-à-dire aller au fond se soumettre aux dictates des États-Unis,
05:15alors que l'Europe, qui représente quand même 450 millions de consommateurs
05:21face aux 340 millions d'Américains,
05:24avait les moyens d'imposer beaucoup plus et d'obtenir beaucoup plus.
05:29Quant à la réaction de M. Bayrou, elle est assez baroque finalement
05:32parce qu'on a l'impression qu'il découvre cet accord
05:35comme s'il n'avait pas mandaté lui-même avec les 27 autres,
05:39mais lui-même en tant que l'une des grandes puissances économiques de l'Europe,
05:43Mme von der Leyen, pour négocier cet accord.
05:46Donc qu'il dise aujourd'hui que c'est une humiliation
05:48et que c'est un jour sombre pour l'Europe, c'est un peu étrange.
05:51Oui, ça donne un sentiment d'impuissance très forte
05:54de la part d'un dirigeant français face à l'accord qui a été signé,
05:58malgré tout, malgré les réserves.
05:59Et d'autant que, vous savez, le secrétariat général aux affaires européennes
06:03qui a suivi tout ce dossier est logé dans Matignon.
06:08Il dépend directement du Premier ministre,
06:10donc il savait parfaitement ce qui allait être signé.
06:13Il n'y a aucune surprise de sa part.
06:15Alors je crois que ça peut s'expliquer par le fait aussi
06:18que lui qui est très européiste,
06:20qui a fait toute sa carrière politique sur la défense d'une Europe forte,
06:25il ne veut pas laisser d'espace politique aux souverainistes
06:27et à ceux qui, comme Mme Le Pen, critiquent.
06:30Évidemment, ces voix-là ont un boulevard,
06:34critiquent très fortement l'accord intervenu hier.
06:36Yann Rivollane, vous représentez la Fédération du prêt-à-porter féminin.
06:40Est-ce que le secteur que vous représentez
06:42va être directement impacté par l'annonce d'hier ?
06:46En fait, c'est très simple.
06:47On a une mode française qui se fait piétiner depuis des années par la Chine,
06:51à travers des entreprises comme Chine ou encore Temu,
06:55qui nous envoient leurs produits jetables depuis des années,
06:57avec une concurrence déloyale.
06:59Et désormais, toutes les marques premium qui fabriquent en France,
07:03qui fabriquent en Europe, vont avoir un coût supplémentaire,
07:05par exemple, pour aller aux États-Unis,
07:07à la fois à travers le dollar faible,
07:09parce que n'oublions pas, non seulement il y a ces tarifs en plus,
07:12mais il y a aussi un dollar plus faible de l'ordre de 17%.
07:14Résultat, il y a cette double peine qu'elles subissent.
07:17Et je vous avoue que la majorité d'entre elles sont presque satisfaites de cet accord,
07:22comme l'a montré par exemple l'Italie,
07:24parce qu'on était dans un supplice absolu en ce moment,
07:26en se disant, comment on va réussir à exporter ?
07:29Donc on avale la pilule en se disant,
07:31on espère que les produits français sont assez beaux et assez aspirationnels
07:35pour avoir des coûts supplémentaires aux États-Unis,
07:38ou on va réduire aussi notre marge,
07:40mais en face de cette réduction de marge,
07:42il y aura nécessairement du chômage.
07:44Mais au moins, cette incertitude est plus faible,
07:46et on se dit, pendant deux mois, trois mois, six mois, une saison,
07:50on aura un peu d'oxygène.
07:51Vous parlez de chômage, est-ce qu'on a une idée du nombre d'emplois
07:53qui pourrait être à terme impacté par cette hausse des taxes ?
07:58Alors, je vais reprendre déjà ce qui s'est passé avec la Chine,
08:01parce qu'en l'espace de quatre ans,
08:03c'est plus de 40 000 emplois qui ont été détruits
08:05par des sociétés comme Chine et Témus.
08:07Et de l'autre côté, c'est plus compliqué à dire,
08:10parce qu'on a une élasticité prix,
08:11c'est-à-dire une capacité à pouvoir augmenter nos prix
08:13qui existe, surtout pour les marques dans le secteur du luxe.
08:17Donc, j'espère en fait qu'on va réussir clairement
08:20à pouvoir avoir gardé le maximum d'emplois,
08:22mais il est sûr que tous les industriels
08:24qui se battent depuis des années
08:26pour garder des emplois en France,
08:28pour payer les gens au mieux,
08:30sont dans la difficulté en ce moment,
08:32parce qu'il est plus compliqué d'avoir des marchés,
08:33mais là, ils vont nécessairement devoir réduire
08:35de l'ordre de 5 à 10 % leurs effectifs.
08:37– Alors, je voulais avoir votre commentaire sur cette phrase
08:39de Laurent Saint-Martin, ministre français délégué
08:41au commerce extérieur, qui a dit
08:42« Maintenant, il va y avoir une négociation technique,
08:45donc après l'accord annoncé hier soir,
08:47nous pouvons nous saisir de cette séquence
08:49pour nous renforcer ».
08:50Qu'est-ce que ça veut dire ?
08:51Il y a encore des discussions qui vont avoir lieu
08:52ou c'est un affichage un peu politique
08:54pour essayer de ne pas perdre la face ?
08:56– Alors, c'est un peu les deux.
08:57C'est vrai que c'est politiquement plus facile
08:59pour essayer de faire passer la pilule, je dirais,
09:02mais en même temps, il est vrai qu'il y a encore
09:04un certain nombre de sujets techniques,
09:06notamment sur les vins et spiritueux, par exemple,
09:09qui ne sont pas encore précisés.
09:10On ne sait pas si cette hausse de 15 %
09:14va s'appliquer à l'ensemble de ces produits,
09:16à une partie seulement.
09:17On a dit que peut-être,
09:19seuls les spiritueux en seraient exonérés.
09:22Donc, tout ça reste à discuter.
09:24Il y a d'autres points de détail,
09:25notamment sur les produits pharmaceutiques,
09:27quel type de produit pourrait être exonéré,
09:29d'autre part.
09:30Donc, effectivement, il y a encore un ajustement possible,
09:33mais enfin, l'essentiel de l'accord, pour l'instant,
09:36je dirais que c'est une façon d'accorder
09:38une bouffée d'oxygène au marché,
09:40au sens où on leur promet un peu de stabilité
09:43pendant quelques mois, un peu de visibilité,
09:46mais sans aucune garantie,
09:47parce que vous connaissez M. Trump et ses revirements.
09:50Et donc, si jamais, justement,
09:52la précision dans cet accord ne lui convient pas,
09:55il peut revenir en arrière.
09:56Donc, il n'y a pas vraiment de garantie.
09:58Cela dit, les marchés ont quand même bien accueilli ça,
10:01puisque les bourses, ce matin, ont grimpé,
10:03et le MEDEF se dit quand même plutôt satisfait
10:06pour cette raison-là,
10:07c'est-à-dire visibilité, stabilité.
10:09Alors, Yann Rivallan,
10:10le ministre de l'Économie va recevoir
10:13les filières concernées mercredi,
10:15ça se passera à Bercy.
10:16Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui
10:17du gouvernement français après cet accord ?
10:20La question, c'est,
10:21tous les investissements qu'on doit faire désormais
10:23aux États-Unis vont-ils rentrer
10:25face aux investissements qu'on doit effectuer
10:28en France, en Europe,
10:29pour la réindustrialisation ?
10:31On ne peut pas d'un côté, en fait,
10:32se dire qu'on veut avoir une Europe forte
10:34et une France forte
10:35si on envoie tout notre pognon
10:38aux États-Unis
10:38pour créer des investissements là-bas
10:40et si, en plus,
10:41on est menotté par l'achat
10:43des énergies fossiles
10:44qu'on peut avoir aux États-Unis.
10:46Donc, à nous,
10:47d'avoir l'assurance, en fait,
10:48de la part de la France et de l'Europe,
10:50qu'on va essayer de consolider l'Europe,
10:52qu'on va créer des normes
10:53pour nous protéger,
10:53comme je disais, par exemple, de la Chine,
10:55mais qu'on va aussi avoir
10:56une relation commerciale
10:57vis-à-vis des États-Unis
10:58qui va être plus ferme
10:59pour éviter que,
11:01jour après jour,
11:02entre un dollar faible
11:03et des tarifs de plus en plus importants,
11:05on ait l'impossibilité
11:06de pouvoir exporter
11:07dignement aux États-Unis
11:08et dans tous les autres pays.
11:09Alors, on va écouter Donald Trump
11:11qui réagissait
11:11après cet accord
11:13avec l'Union européenne
11:15et on en reparle juste après.
11:15Nous avons une excellente relation
11:18avec l'OTAN aujourd'hui.
11:21Elle n'est pas exactement la même,
11:23mais c'est assez proche.
11:25Avec l'OTAN, vous savez,
11:26on est passé à 5 %,
11:27on est passé de 2 % à 5 %
11:30et notre relation est très solide
11:32avec l'OTAN.
11:34Je tiens donc à vous féliciter.
11:38Je pense que c'est formidable
11:39de conclure un accord aujourd'hui
11:41plutôt que de jouer à des petits jeux
11:43et de ne pas conclure d'accord.
11:44Je vais vous laisser le dire,
11:47mais en tout cas,
11:48je pense que c'est le plus grand accord
11:49jamais signé.
11:50Merci beaucoup.
11:53Voilà, poignée de main,
11:54souris un peu crispé.
11:56Est-ce que parmi les pays européens,
11:57on sait qu'il y a le plus
11:58à souffrir de ces taxes ?
12:00Est-ce qu'il y a un pays en particulier
12:01qui va souffrir plus que d'autres ?
12:03La France, on l'a vu
12:04sur l'agroalimentaire.
12:06Évidemment, il y aura des répercussions,
12:08notamment sur les petites entreprises
12:11qui exportent par exemple du vin
12:13ou d'autres produits alimentaires
12:16aux Etats-Unis
12:17parce qu'elles n'ont pas les reins
12:18assez solides pour faire face sans doute
12:20à ces augmentations de taxes.
12:22En Europe, il y a des pays
12:23qui vont s'en sortir un petit peu mieux
12:25comme par exemple l'Allemagne
12:26sur les machines outils,
12:29sur des produits à forte valeur ajoutée,
12:31sur l'automobile,
12:32sur la chimie également,
12:34parce que malgré les augmentations de taxes,
12:36les volumes sont tels
12:38qu'il y a encore, je dirais,
12:40des possibilités de marge.
12:42La France, par exemple,
12:43est très peu impactée,
12:44quasiment pas,
12:45sur l'industrie automobile
12:46puisqu'elle ne vend pas de voitures
12:48sous des marques françaises
12:49aux Etats-Unis.
12:50Merci.
12:50En fait, les deux notions
12:51qui vont être essentielles,
12:52c'est l'élasticité prix,
12:53c'est-à-dire votre capacité
12:55à faire avaler aux consommateurs américains
12:57une augmentation de prix de 15%.
12:58C'est vrai qu'il y a toute une partie de...
13:00Si vous pouvez acheter
13:01un sac à main à 10 000 dollars,
13:02ce n'est pas parce qu'il prend 15%
13:04que ça va fondamentalement
13:05changer la face des choses.
13:07Et le deuxième critère,
13:08c'est quelle est la capacité
13:10des Américains,
13:10si les produits européens
13:11deviennent chers,
13:12à substituer ce qui peut s'acheter
13:15en étant européen
13:15par des produits américains
13:16qui seraient aussi bien,
13:18voire moins coûteux.
13:19Et donc, c'est ça,
13:19les deux critères
13:20qui vont déterminer
13:20comment chaque secteur
13:21est plus ou moins affecté
13:22par ce nouveau régime.
13:24Merci.
13:24Merci à vous trois
13:25pour ces précisions.
13:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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