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- il y a 6 mois
À La Ciotat, des navires et des hommes Des géants des mers sortant d'une toute petite ville de pêcheurs, c'est le destin hors norme de La Ciotat, ville ancrée sur la Côte d'Azur à quelques encablures de Marseille. Fruit de l'amour des hommes pour la navigation et pour la mer Méditerranée, son chantier naval a donné naissance à des navires légendaires. Il a également forgé un état d'esprit fraternel et une âme de résistance.
Lorient, porte de l'Orient Dans le sud de la Bretagne, sur la côte du Morbihan, une petite lande marécageuse s'est métamorphosée en une cité florissante : Lorient. La ville est le berceau du projet colonial et commercial de Louis XIV, la Compagnie française des Indes orientales à qui elle doit tout. Presque intégralement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, elle ne conserve que très peu de traces de ce passé « oriental ». Une histoire pleine d'épices, de soie, de porcelaine mais aussi de sang et d'hommes arrachés à leurs terres. Année de Production :
Lorient, porte de l'Orient Dans le sud de la Bretagne, sur la côte du Morbihan, une petite lande marécageuse s'est métamorphosée en une cité florissante : Lorient. La ville est le berceau du projet colonial et commercial de Louis XIV, la Compagnie française des Indes orientales à qui elle doit tout. Presque intégralement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, elle ne conserve que très peu de traces de ce passé « oriental ». Une histoire pleine d'épices, de soie, de porcelaine mais aussi de sang et d'hommes arrachés à leurs terres. Année de Production :
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00:00Musique
00:30Le paisible port de l'Aciota va dans quelques secondes être sérieusement perturbé
00:41lorsque le superpétrolier Franche-Comté va sous vos yeux
00:44prendre possession de son élément non sans mal pour les riverains.
00:51Dans ce port aux dimensions réduites et certes plus propices à la pêche,
00:55le lancement du Franche-Comté peut être considéré comme un véritable exploit technique.
01:01Des géants des mers sortant d'une toute petite ville de pêcheurs,
01:06c'est le destin hors normes de l'Aciota,
01:09ancré sur la côte d'Azur à quelques encablures de Marseille.
01:16Fruit de l'amour des hommes pour la navigation et pour la mer Méditerranée,
01:20le chantier naval de l'Aciota a donné naissance à des navires légendaires.
01:28Mais il a aussi forgé un état d'esprit fraternel et une âme de résistance.
01:34Nous, l'Aciota, on ne peut pas parler de l'Aciota si on ne parle pas des chantiers navals.
01:37Nos chantiers, c'est notre patrimoine,
01:41c'est ce qui a fait que l'Aciota est ce qu'elle est à l'heure actuelle,
01:43c'est ce qui a fait que cette ville a grandi,
01:45elle a grandi avec ses habitants,
01:47ces milliers d'ouvriers qui ont oeuvré des heures et des heures,
01:50des années et des années,
01:51qui ont donné leur cœur, leur peine, leur joie dans ces chantiers navals.
01:56Face aux guerres et aux grands bouleversements économiques de ce monde,
02:00les ouvriers ont lutté pour que vive leur chantier.
02:02Il a fallu des millions d'années pour que ces falaises de galaises abruptes
02:14se forment et surplombent la baie de l'Aciota.
02:18Une frontière vertigineuse,
02:21amarrant le destin des habitants non pas côté terre,
02:24mais vers la mer.
02:25Dans cette ville de pêcheurs et de navigateurs,
02:30les hommes ont au fil des siècles développé leur savoir-faire
02:33dans la construction des bateaux en bois.
02:38Et c'est en pleine révolution industrielle
02:40que la construction navale fait prendre à l'Aciota
02:43une vague sans précédent.
02:47En 1835, le jeune industriel marseillais est arrivé
02:51avec une idée nouvelle,
02:52mettre des machines à vapeur sur les bateaux
02:54pour leur propulsion,
02:56de façon à ce qu'ils aillent plus vite
02:58et surtout qu'ils ne soient pas tributaires de la météo.
03:00Et on a connu comme ça les premiers bateaux à vapeur
03:03construits sur la Méditerranée.
03:05Ça a transformé les chantiers
03:06et ça a transformé l'Aciota.
03:09Les chantiers navals se sont développés
03:11d'une façon exponentielle.
03:12Les bateaux sont passés de 35 mètres,
03:14on dit 1835,
03:16à plus de 100 mètres à la fin du siècle.
03:20Le bruit est devenu constant
03:21avec les bruits particuliers de chaque atelier.
03:24Les tôles des coques,
03:25tout ce travail du métal,
03:27c'était rassurant.
03:28Ça signifiait qu'il y avait du travail
03:30et lorsqu'il est arrivé
03:31que des interruptions de production se produisent,
03:34le silence était absolument sinistre, étouffant.
03:37Pour suivre la cadence,
03:44la ville s'agrandit
03:45et son cœur se met à pulser au rythme des chantiers.
03:55Plus d'un millier de travailleurs
03:56sont employés pour construire les navires.
03:59Des ciotadins,
04:00mais aussi de nombreux immigrés
04:02sont employés du sud de l'Europe,
04:03faisant de la ciota une des villes
04:05les plus cosmopolites du littoral.
04:08Et c'est tout autour du port,
04:11dans le quartier le plus ancien de la ville,
04:13que la communauté ouvrière s'installe.
04:16La plupart des ciotadins
04:18vivaient dans la ville.
04:20Et la ville,
04:20ce n'était que des ruelles étroites et sombres,
04:23comme celle-ci,
04:25avec des maisons très hautes,
04:26avec un, deux, trois, quatre étages,
04:29qui étaient insalubres pour la plupart.
04:32Pour garder l'œil et la main sur les travailleurs,
04:35la direction des chantiers
04:37bouleverse le mode de vie des classes populaires
04:39en inaugurant en 1858
04:42une cité ouvrière des plus modernes
04:44à l'intérieur du chantier.
04:47Elle sera détruite en 1976
04:49pour agrandir les ateliers de construction navale.
04:52Les gens, lorsqu'ils ont eu la chance
04:57d'avoir un logement à la cité
04:59où les maisons étaient très basses,
05:01où les pièces étaient aérées,
05:03ça a été pour eux quelque chose d'extraordinaire.
05:06De plus, la cité,
05:08qui était déjà bien installée
05:10avec ses voies rectilignes,
05:11c'est elle qui a eu droit,
05:13en premier lieu,
05:14à la création du tout à l'égout.
05:17Alors qu'ici, il y avait encore
05:19une charrette qui passait,
05:21il fallait vider sa tinette.
05:22Etc.
05:28Un mode de vie qui va durer plus de 100 ans.
05:32La cité ouvrière abrite près de 800 personnes
05:35unies par le même statut
05:36et soudées par la même aventure.
05:39Tant et si bien qu'elle fait naître
05:40chez ses habitants
05:41un esprit fraternel
05:43et une fierté prolétarienne.
05:45Il n'est pas rare
05:47qu'un habitant de la cité
05:49à qui on offre une promotion
05:51à l'intérieur des chantiers navals de la cité,
05:53cette promotion, il a refusé.
05:56Il ne voulait pas entrer dans la réarchive
05:58pour garder son statut d'ouvrier
06:01et demeurer toujours
06:03dans son petit univers de la cité ouvrière.
06:06Bonjour.
06:07Parmi ceux qui ont grandi dans la cité ouvrière,
06:10certains sont retournés
06:11dans le quartier ancien de la Ciotat
06:13et perpétuent l'esprit communautaire
06:15de leur enfance.
06:17Alors vous faites une petite fête
06:18pour rassembler les gens du quartier.
06:20Un petit goûter, tu vois.
06:22Un petit goûter, c'est très bien.
06:26Les chantiers subventionnaient largement le quartier
06:30et donc il y avait un concours de moules
06:31richement doté
06:32et tous les champions de la région
06:34venaient se rendre à la cité
06:36parce qu'ils étaient attirés
06:37par le prix qui était donné.
06:39Et en même temps,
06:41c'était la plus belle fête de la ville
06:42avec un très bon orchestre.
06:47Ça durait 2, 3, 4 jours.
06:49Mais les enfants n'étaient pas oubliés
06:51de cette histoire.
06:54Pour les enfants,
06:55c'était la liberté.
06:57C'était la grande fête.
06:58Du tout petit au plus vieux.
07:00Il y avait de tout.
07:01Il y avait des manèges,
07:02des chanteurs, les balles.
07:04Et après ça,
07:05les chantiers fermés,
07:06c'est les vacances.
07:09Mais la plus grande des célébrations
07:11se jouait à l'extérieur
07:13des murs de la cité
07:14pendant le lancement
07:15des nouveaux navires.
07:17Contrairement aux autres chantiers navires,
07:19les paquebots glissaient des cales
07:21non pas en direction du large,
07:23mais face au quai du vieux port.
07:26Lorsqu'un bateau était lancé,
07:29il était lancé dans ce petit port.
07:36C'était très impressionnant
07:38de voir ce mastodonte
07:40qui descendait face à la foule,
07:43qui regardait ébahie
07:44une vague extraordinaire.
07:46qui submergeait le quai en face.
07:56Les boutiques qui étaient au bord
07:57très souvent se retrouvaient inondées.
07:59C'était un spectacle extraordinaire.
08:02Il était gratuit en plus.
08:03Et dans le fond,
08:04c'était un petit peu
08:05un remerciement
08:06à tous les ouvriers
08:07qui avaient participé
08:08et qui avaient quand même au cœur
08:10un sentiment de fierté
08:11en voyant les paquebots,
08:13les pétroliers énormes
08:15qu'on arrivait à construire
08:16dans ce petit port minuscule.
08:19Le bal des lancements de bateaux
08:21s'ancre dans le folklore des habitants.
08:24Mais la Seconde Guerre mondiale
08:25va faire prendre à ce petit monde
08:27un tournant des plus inattendus.
08:29Lorsque l'armée allemande
08:35débarque en Provence en 1942,
08:38elle décide d'occuper la Ciotat
08:40et d'utiliser les futurs navires
08:42pour l'effort de guerre.
08:44Une île de pain
08:46nommée l'île verte
08:47attire leur attention.
08:49Elle surgit des flots
08:50comme un poste de surveillance
08:51naturel idéal.
08:53L'île verte est une petite île
08:55à proximité de la ville de la Ciotat,
08:57juste au large,
08:57à la porte des chantiers navals.
09:00C'est un havre de paix vert
09:02puisque c'est l'île la plus boisée
09:03du département des Bouches-du-Rhône.
09:05Pour les Allemands,
09:05l'île verte va être
09:06un poste avancé stratégique
09:07puisqu'ils avaient vu
09:08sur la flotte
09:09qu'ils pouvaient arriver par la mer
09:10mais aussi sur toute l'aviation
09:12qui arrivait.
09:13En plus, ils étaient protégés
09:14par les pains.
09:15Et puis aussi,
09:16ils avaient équipé l'île verte
09:17de bunkers.
09:21Depuis le large,
09:22les Allemands surveillent
09:23l'activité du chantier naval
09:25et la construction d'un paquebot
09:27qu'ils rebaptisent
09:28le maréchal Pétain
09:29et qu'ils prévoient
09:30de lancer au combat.
09:32S'ils ont les yeux partout,
09:34ils ne voient pas pour autant
09:35la résistance
09:36qui se met en place
09:37dans les chantiers.
09:39Les ouvriers ciutadins
09:40ne veulent pas construire
09:40un bateau
09:41qui servirait aux Allemands.
09:43Donc, ils vont utiliser
09:44plein de stratagèmes
09:45pour ralentir au maximum
09:47la construction de ce navire.
09:48Donc, les stratagèmes,
09:49ça va être
09:49les ouvriers vont tomber malades.
09:51On ne sait pas comment,
09:52pourquoi.
09:52Donc, beaucoup d'absence.
09:53Les ouvriers sont sous-alimentés.
09:55Donc, là aussi,
09:56ils ne peuvent pas bien travailler
09:57et ils ne peuvent plus
09:59faire de gros efforts.
10:00Les équipes de nuit
10:01au péril de leur vie
10:02vont démonter
10:03ce que les équipes de jour
10:03ont fait
10:04et vice-versa.
10:05Et donc, tout ça
10:06va arriver à une certaine
10:07forme de résistance,
10:07à une vraie résistance
10:08qui va ralentir considérablement
10:10le travail de la construction
10:12de ce fameux bateau,
10:13le maréchal Pétain,
10:14pour l'armée allemande.
10:15Deux longues années plus tard,
10:20quelques jours après
10:21le débarquement des alliés
10:22en Normandie,
10:24la coque du maréchal Pétain
10:25prend enfin contact
10:26avec son élément,
10:28échappant de justesse
10:29à son destin militaire.
10:31Image du temps de paix,
10:33image réconfortante.
10:35Ce lancement d'un nouveau
10:36paquebot français,
10:37à l'heure où notre pays
10:38connaît tant de souffrance
10:39et de deuil,
10:40fait naître au fond de nos cœurs
10:42une lueur d'espérance.
10:45Dans cette France meurtrie
10:52par la guerre,
10:53plusieurs années sont encore
10:55nécessaires pour finaliser
10:56la construction du paquebot
10:57qui prendra enfin le large
10:59en 1949,
11:01sous le nom cette fois
11:02de la Marseillaise,
11:03comme le symbole victorieux
11:05d'un nouvel avenir,
11:06celui de la reconstruction
11:07et des Trente Glorieuses.
11:12Alors pour continuer
11:14à tanguer sur les flots
11:15de la grande histoire,
11:16les chantiers navals
11:17de la Ciotat
11:18vont devoir se diversifier.
11:20Les pétroliers
11:21prennent peu à peu
11:22le pas sur les paquebots,
11:23propulsés par l'essor
11:24de l'automobile.
11:29On est sur la course
11:30au gigantisme.
11:31Il faut construire
11:32des pétroliers
11:32de plus en plus importants
11:33avec un tonnage
11:34de plusieurs milliers
11:35de tonnes.
11:36C'est vraiment très important.
11:37On va aller jusqu'à
11:38240 000 tonnes.
11:41Six ateliers sont nécessaires
11:42pour élaborer
11:43à la façon d'un puzzle géant
11:45la coque de ces supernavirs.
11:48Deux des nefs,
11:49aujourd'hui en friche,
11:50sont toujours debout
11:51et témoignent de cette époque
11:52de tous les records.
11:55Dans chaque atelier,
11:57on construisait une partie
11:59du bateau.
12:00Ces ateliers étaient immenses
12:00parce que les pièces
12:01que l'on construisait
12:02à l'intérieur
12:03étaient aussi immenses,
12:05aussi grandes
12:05que ces hangars.
12:06Chaque élément
12:07allait sortir de ces hangars
12:08jusqu'au moment
12:09où on les assemblait
12:10comme un gros Lego
12:11sur la cale de lancement.
12:13Et là,
12:14la magie prenait
12:15puisque le bateau
12:17se formait.
12:18Et là,
12:18on découvrait
12:19un gros paquebot,
12:20un navire magnifique.
12:24Le vent en poupe,
12:25la construction navale
12:26de la Ciota
12:27prolonge sa course.
12:29Mais elle est freinée
12:30par les chocs pétroliers
12:31et l'émergence
12:32d'une nouvelle concurrence
12:33venue d'Asie
12:34qui fragilise les chantiers
12:35comme jamais auparavant.
12:39En 1986,
12:41l'arrêt des subventions
12:42de l'État
12:42pour les chantiers navals
12:43entraîne la fermeture
12:44du site
12:45au grand désarroi
12:46des habitants.
12:48Mais l'âme de résistance
12:50des ouvriers
12:51va à nouveau
12:52faire dévier
12:53le cours de l'histoire.
12:55105 d'entre eux
12:56entament un bras de fer
12:57pour empêcher
12:58que les pelleteuses
12:58n'emportent
12:59de leur patrimoine industriel.
13:02Jean-Claude Julien
13:03a mené la lutte
13:04aux côtés
13:04de ces ouvriers
13:05irréductibles
13:06en occupant le chantier
13:07pendant six longues années.
13:10Du haut de ces 93 mètres,
13:13le grand portique
13:13en charge d'assembler
13:14les pièces de navire
13:15devient le symbole
13:17de ce patrimoine
13:17à sauver
13:18et se réincarne
13:19en un poste
13:21de surveillance.
13:23Il était hors de question
13:25qu'on voyait
13:26démonter le portique.
13:26C'était notre tour Eiffel,
13:31je veux dire.
13:32De là,
13:32tu avais une vue
13:33à 360.
13:35Quand on faisait la nuit,
13:36il y en a certains
13:37qui dormaient,
13:38mais il y en a d'autres
13:39qui tournaient
13:40sur le site.
13:42Parce qu'on ne savait jamais
13:43si il n'y avait pas
13:43les CRS
13:44qui allaient venir
13:44nous sortir du site.
13:46C'était important
13:47de le préserver
13:48parce qu'il y a
13:48quatre générations
13:49qui ont travaillé
13:50sur ce chantier.
13:51Il y a mon père,
13:52il y a mon grand-père,
13:53mon arrière-grand-père.
13:54Et donc,
13:54pour moi,
13:55c'était inconcevable
13:56de laisser fermer
13:56ce chantier.
13:57Il fallait se battre
13:58pour que ce soit industriel.
14:00Il ne fallait pas
14:01que ce soit des hôtels,
14:02des bâtiments,
14:03des marinas.
14:06La lutte
14:07finit par porter ses fruits.
14:09En 1994,
14:11les chantiers
14:12sont officiellement
14:12réouverts
14:13pour la maintenance
14:14et l'entretien
14:15des bateaux
14:15de haute plaisance,
14:17parmi lesquels
14:17les plus beaux yachts
14:19de notre planète.
14:20Les travailleurs
14:21portent fièrement
14:22au dos le chiffre 105
14:23pour rendre hommage
14:25à ceux qui se sont battus
14:26et ne jamais oublier
14:28que l'union fait la force.
14:29Dans le sud de la Bretagne,
14:50sur la côte du Morbihan,
14:52une lande marécageuse
14:54s'est métamorphosée
14:55en l'une des cités
14:56les plus prospères
14:57du royaume au XVIIIe siècle,
14:59l'Orient.
15:05L'Orient est le berceau
15:06du projet colonial
15:07et commercial
15:08de Louis XIV,
15:09la compagnie française
15:11des Indes orientales
15:12et elle lui doit tout.
15:16Orient vient de la destination,
15:18c'est la compagnie
15:18des Indes orientales
15:20et donc le lieu dit
15:22Orient
15:22qui va être utilisé
15:24pour qualifier ce site,
15:25mais pendant très longtemps,
15:26au XVIIIe siècle,
15:27on écrivait avec un L'apostrophe.
15:28Presque intégralement détruite
15:34en 1943,
15:36la ville martyr
15:37défigurée par la Seconde Guerre mondiale
15:39ne conserve que très peu de traces
15:41de son passé oriental.
15:42mais dans la mémoire collective
15:47des L'Orientais,
15:49cette incroyable épopée maritime
15:50vit toujours.
15:55Une histoire complexe,
15:56pleine d'épices,
15:57de soie,
15:58de porcelaine,
15:59mais aussi de sang
16:00et d'hommes
16:01arrachées à leurs terres.
16:15Nous sommes en 1664.
16:16Louis XIV poursuit une obsession,
16:25concurrencer les Portugais,
16:27les Anglais
16:27et les Hollandais
16:28déjà bien installés en Asie
16:30et y asseoir
16:31sa puissance militaire
16:33et commerciale.
16:34Dans un contexte de guerre permanente,
16:37il faut un lieu sûr
16:38pour construire
16:39et lancer les vaisseaux
16:40de la toute nouvelle compagnie
16:42que Colbert vient de créer.
16:43Plusieurs sites avaient été envisagés,
16:52le Havre,
16:52Pain-Boeuf,
16:53Bayonne.
16:54Le gros atout de L'Orient
16:55par rapport au Havre,
16:57c'est qu'on sort directement
16:58sur la Dontique.
17:00Tandis que l'inconvénient du Havre,
17:01c'est qu'il fallait traverser la Manche
17:02et la Manche,
17:03elle est difficile
17:05en raison de la domination anglaise.
17:08La race,
17:08c'est très étroit comme entrée
17:10en sachant qu'on entre
17:11à ce moment-là
17:11avec des bateaux à voile.
17:13Il faut tirer des bateaux
17:13des bords
17:14et il faut dire
17:15que jamais la rade
17:16n'a été attaquée
17:17par la mer
17:19jusqu'en 1940.
17:21De plus,
17:23l'imposante citadelle
17:24édifiée au XVIe siècle
17:25par les Espagnols
17:27fait déjà office de sentinelle
17:29à l'entrée du chenal.
17:31Ajoutée à cela
17:31l'île de Groix,
17:32juste en face,
17:33rideau de protection supplémentaire
17:35pour les attaques ennemies
17:36et une main-d'œuvre
17:37de pêcheurs et d'ouvriers
17:38déjà présentes dans la région,
17:41le site est stratégique.
17:42Le 24 juin 1666,
17:46une concession royale
17:47est octroyée
17:47à la Compagnie française
17:48des Indes orientales
17:50qui s'installe
17:51sur la lande
17:52du Fawédic.
17:54Sans le savoir,
17:55Louis XIV
17:55vient de signer
17:56l'acte de naissance
17:57de ce qui deviendra
17:58l'Orient.
17:58En 1666,
18:01le 31 août,
18:02le directeur
18:03de la Compagnie des Indes,
18:04Denis Langlois,
18:05va faire un peu
18:06son Romulus l'Orientais.
18:07Il va délimiter au sol
18:09le site initial
18:11du chantier.
18:15L'année suivante
18:17commence la construction
18:18du Soleil d'Orient,
18:20le fleuron de la flotte
18:21de la compagnie,
18:22avec ses 60 canons
18:23et sa capacité
18:24de 1000 tonneaux.
18:25Près de 3000 hommes
18:29sont mobilisés
18:30et toute une ville nouvelle
18:32se développe
18:33autour du chantier.
18:34L'Orient,
18:35la ville surprise,
18:36est née.
18:39La ville sort du chantier.
18:42Ce site de construction
18:43va devenir en fait
18:45un bourg-chantier,
18:46c'est-à-dire
18:47qu'il va héberger
18:48à l'intérieur
18:49de ses limites,
18:51dans des baraques,
18:52ses ouvriers,
18:53mais qui va aussi
18:54héberger
18:54tous ceux qui permettent
18:56à une communauté
18:56de vivre,
18:57tous les gargotiers,
18:58différents métiers
18:59liés à la nourriture,
19:00liés à la construction.
19:02Et puis,
19:02entre 1732 et 1750,
19:05là,
19:05on a véritablement
19:06l'édification
19:07de la cité marchande.
19:12De cet âge d'or
19:13l'Orientais,
19:14un bâtiment subsiste.
19:16Unique relique
19:17architecturale
19:17de la compagnie,
19:19l'hôtel Gabriel.
19:19Deux pavillons
19:26destinés
19:27à la vente
19:27aux enchères
19:28annuelles
19:28des marchandises
19:29de la compagnie.
19:31Donc,
19:32il y avait eu
19:32vraiment la volonté
19:33d'avoir un port
19:35à la hauteur
19:36des ambitions
19:36de la compagnie
19:37des Indes,
19:38qui n'était pourtant
19:39que la troisième
19:39par rapport
19:40aux Provinces-Unis
19:41et puis à l'Angleterre.
19:43Contrairement à ses voisins
19:50hollandais et anglais,
19:52la France arrive tardivement
19:53sur un marché
19:54déjà très concurrentiel.
19:56Mais la compagnie
19:57est une affaire d'État,
19:59la chose du roi.
20:02Pour comprendre
20:03ses prérogatives,
20:04il faut se rendre
20:05au musée
20:06de la compagnie
20:06des Indes.
20:09Bien caché
20:10dans les remparts
20:10de la forteresse,
20:11ils conservent
20:13les trésors
20:13rapportés par les navires
20:15français
20:15au XVIIe
20:16et XVIIIe siècle.
20:20Quand les Français
20:21arrivent,
20:22les bonnes positions
20:23pour avoir
20:24les marchandises
20:24sont déjà prises.
20:26Donc,
20:26les Français
20:26vont se replier
20:27en quelque sorte
20:28sur des territoires
20:29libres
20:30et principalement
20:31en Inde.
20:32Ils vont faire
20:32de Pondichéry
20:33sur la côte
20:34est de l'Inde
20:35leur capitale
20:36asiatique,
20:37leur capitale indienne.
20:38Mais il y a aussi
20:39les comptoirs
20:41du Bengale.
20:42Le principal,
20:42c'est Chandernagore
20:43qui est sur le fleuve
20:44Ougli.
20:45Et puis,
20:45on a d'autres comptoirs
20:47dans le sud
20:47de l'Inde,
20:48notamment à Yanao,
20:50un peu plus au nord
20:51de Pondichéry,
20:52c'est Masoulipatam.
20:53Et puis,
20:53sur la côte
20:53de Malabar,
20:54il y a Mahé.
20:56Là,
20:56c'est pour accéder
20:57au poivre.
20:57Les expéditions
21:07à destination
21:07de ces comptoirs
21:09aux noms si exotiques
21:10sont des odyssées
21:11extrêmement périlleuses,
21:13à l'image
21:14de l'un des nombreux
21:14voyages du Massiac,
21:16un des voiliers
21:17partis de l'Orient.
21:18Il part en mars 66
21:23de l'Orient,
21:24donc ici.
21:25Il fait une première étape
21:26au bout de 12 jours
21:27à Cadix.
21:28Là,
21:28il va charger
21:28des piastres,
21:29c'est-à-dire la monnaie
21:30qui vient du Nouveau Monde
21:32et qui sera échangée
21:34en Asie
21:34contre les marchandises.
21:36Donc,
21:37une fois qu'il est à Cadix,
21:38il met 4 mois.
21:40Donc,
21:40il fait la vuelta,
21:41le grand tour,
21:41il prend les alizés
21:42pour rejoindre
21:43l'escale
21:44de l'île de France,
21:46c'est-à-dire
21:46l'île Maurice aujourd'hui,
21:47donc la compagnie des Indes
21:49est installée
21:49dans les Mascarènes,
21:50c'est vraiment son escale
21:51sur la route de l'Asie.
21:53Donc,
21:54il y reste 23 jours,
21:56puis il repart,
21:57il met un peu plus de 2 mois
21:58à aller jusqu'au pont de Digéry,
21:59il met les marchandises à bord.
22:04Entre les difficultés météorologiques,
22:07une navigation encore balbutiante
22:09et le scorbut
22:10qui plane sur les équipages,
22:13le danger est permanent.
22:15Mais le jeu en vaut la chandelle
22:16pour le Royaume de France,
22:17car à la clé
22:18se trouvent des biens précieux
22:20que seule l'Asie peut offrir.
22:22Des épices,
22:23du café de mocha,
22:25de la porcelaine de Chine,
22:27des lacs japonaises,
22:28mais surtout,
22:29ce qui fera la fortune
22:31de la compagnie
22:31et de l'Orient,
22:33des cotonades indiennes.
22:34Là, il s'agit d'une indienne.
22:38Donc, c'est une toile de coton
22:40qui est imprimée
22:43de la couleur de la garance
22:45et de l'indigo.
22:47C'est un panneau
22:48qui permettait de réaliser une jupe.
22:50Il y a plusieurs raisons
22:52à cet engouement pour les indiennes.
22:53D'une part,
22:55le matériau,
22:56qu'est-ce que c'est ?
22:56C'est du coton.
22:57C'est une plante originaire de l'Inde
22:59et en France, par exemple,
23:01on ne saura tisser
23:02la pleine armure de coton
23:04qu'assez tardivement
23:05dans le cours du XVIIIe siècle.
23:06Et le coton a beaucoup d'avantages.
23:08C'est une matière légère,
23:10c'est une matière hygiénique
23:12parce qu'on peut le laver
23:13très facilement.
23:14Et puis surtout,
23:15ce qui plaît tant aux Européens,
23:17c'est les motifs
23:18qui sont imprimés.
23:20C'est une mode qui est presque virale,
23:22qui s'empare de toutes les cours de France.
23:24Donc, tout le monde veut porter
23:25ces textiles colorés
23:27très exotiques,
23:28très frais,
23:30très beaux.
23:31Plus la cour de France
23:32se passionne pour l'Asie,
23:34plus l'Orient prospère.
23:41Sur le bien nommé
23:42Quai des Indes,
23:44d'anciens hôtels particuliers
23:45de négociants
23:46construits au XVIIIe siècle
23:48témoignent du succès insolent
23:50de la ville à son apogée.
23:52Mais ses fortunes personnelles
23:54et les profits récoltés
23:55par les actionnaires
23:56de la compagnie,
23:57le roi
23:58et des financiers parisiens
23:59ne se sont pas faits
24:01uniquement sur les ventes
24:02de ses nobles marchandises.
24:05L'Orient a participé
24:06au commerce triangulaire.
24:09À partir de 1720,
24:10la compagnie obtient en effet
24:12un monopole supplémentaire,
24:14celui de la traite négrière.
24:15Cette compagnie des Indes
24:19qui a été créée en 1664
24:21progressivement a mangé
24:23toutes les autres petites compagnies.
24:25Elle a mangé la compagnie du Sénégal,
24:26elle a mangé la compagnie de Madagascar,
24:29la compagnie de la Lousiane.
24:31C'est comme une multinationale de la mer.
24:33Mais évidemment,
24:34cette grosse machine commerciale,
24:35ce conglomérat,
24:36a besoin d'huile pour fonctionner,
24:38a besoin de main-d'oeuvre.
24:39Alors cette main-d'oeuvre,
24:41elle va être constituée bien sûr de matelots
24:42qu'il faut quand même un peu payer,
24:44des officiers qu'on paye beaucoup,
24:46mais aussi des esclaves.
24:51Depuis ce même quai des Indes,
24:54152 bateaux quittent l'Orient
24:56pour aller chercher de la main-d'oeuvre
24:57servile en Afrique.
24:59Deux routes se dessinent.
25:01Depuis la côte ouest-africaine,
25:03les hommes et des femmes sont raflés
25:05en direction des propriétés esclavagistes
25:08de Saint-Domingue et de la Louisiane.
25:10Depuis la côte orientale de l'Afrique,
25:12ce sont vers les comptoirs des Mascareignes,
25:14aujourd'hui l'île Maurice et la Réunion,
25:16que sont déportés des captifs.
25:19L'estimation, c'est que plus de 90 000 esclaves
25:22qui ont été déportés.
25:23Et on peut partager en gros
25:2545 000 pour des hommes
25:28qui auraient été transportés de l'Afrique
25:30aux Antilles,
25:31donc dans l'océan Atlantique,
25:33et 45 000 pour des hommes
25:34qui auraient été transportés
25:35aussi du Sénégal,
25:38mais aussi du Mozambique,
25:39sur les îles Bourbons
25:40et sur l'île de France.
25:42L'Orient devient ainsi
25:50le premier port négrier du royaume
25:52entre 1723 et 1725,
25:55devant La Rochelle ou Nantes,
25:57dont la mauvaise réputation
25:58est beaucoup plus documentée.
26:02Si à l'époque,
26:03aucun esclave ne peut poser le pied
26:05sur le sol du royaume,
26:07la présence d'Africains à Lorient
26:08est pourtant bien attestée au XVIIIe siècle.
26:12Par un subterfuge,
26:14les officiers de la compagnie
26:15qui ont droit à des domestiques
26:16font baptiser à la hâte,
26:19en mer,
26:19ou à peine débarquer à Lorient,
26:21des Africains
26:22ramenés de leur voyage.
26:23On a retrouvé dans les régions
26:26paroissiaux de Lorient
26:27119 noms
26:28avec leur origine,
26:30leur âge, etc.
26:31Et là,
26:31on a une image de tout l'Empire
26:33de la compagnie des uns à ce moment-là,
26:35parce qu'il y a des Sénégalais,
26:36des Angolais,
26:37des Mozambicains,
26:38des gens de Pondichéry,
26:40de Sumatra.
26:41On ramène des gens de partout.
26:42Et donc,
26:43ces gens-là,
26:44on les exhibe
26:44avec des beaux costumes
26:45ou comme domestiques,
26:47ça fait très chic
26:47lors d'un repas d'affaires,
26:49ça fait exotique.
26:51À la fin du XVIIIe siècle,
26:53la Révolution française
26:54abolit l'esclavage.
26:57La compagnie perd ses privilèges,
26:59ses comptoirs indiens
27:00et disparaît en 1793.
27:04Mais les Lorientais
27:05ont bel et bien pris goût
27:07à cet exotisme,
27:08depuis que le bout du monde
27:10ne leur paraît plus si lointain.
27:12Dès le XIXe siècle,
27:13on consomme quotidiennement
27:15du café,
27:16du thé
27:16et on épice sa cuisine.
27:20Au Halle de Merville,
27:21le marché couvert de la ville,
27:23la chef lorientaise
27:24Nathalie Beauvais
27:25a ses habitudes.
27:27Qu'est-ce que tu vas faire ?
27:28Écoute,
27:28je vais faire une sauce
27:29à base de tête de langoustine
27:31au carigosse.
27:33Dans son restaurant
27:34ou chez elle,
27:35comme aujourd'hui,
27:36la cuisinière bretonne
27:37perpétue une tradition
27:38et sublime fruits de mer
27:40et crustacés
27:40avec un certain cari,
27:43la déclinaison lorientaise
27:44du terme curry.
27:46Les premières fois
27:47que j'ai mangé du carigosse,
27:48je pense que c'était
27:48chez ma grand-mère.
27:50Tous les ans,
27:51la famille était invitée
27:52au repas du dimanche de Pâques
27:54et elle faisait
27:55des grosses langoustines
27:57en cocotte
27:57et elle relevait
27:58sa sauce au carigosse.
28:00Cette petite poudre orangée,
28:02chère au cœur
28:03de Nathalie Beauvais
28:04et des lorientais,
28:05est bel et bien locale.
28:07Elle a été inventée
28:08au XIXe siècle
28:09par M. Gosse,
28:10un pharmacien de la ville.
28:11« Alors,
28:13quand vous mettez
28:14le nez dessus,
28:15vraiment dessus,
28:16vous avez une forte hauteur
28:17de girofle,
28:18de cannelle,
28:19mais je ne mets pas
28:20trop le nez dessus
28:21parce que c'est piquant
28:22quand même.
28:23Donc,
28:23ça peut faire
28:25un petit peu tousser.
28:26Ça nous permet
28:26de voyager
28:27tout en restant
28:28dans notre cuisine,
28:28c'est pas mal. »
28:30Ce précieux mélange
28:32est toujours vendu
28:33aujourd'hui
28:33dans les pharmacies
28:34de l'Orient
28:35comme si le carigosse
28:36était un remède
28:37à la morosité.
28:39Un concentré explosif
28:41d'arômes
28:41qui continuent
28:42de flotter
28:43dans les ruelles
28:44de l'Orient.
28:45Un parfum
28:46venu des Indes.
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