00:00Bonjour Sophie Binet. Bienvenue dans les 4EV. On va évidemment parler de François Bayrou qui doit
00:06déclarer et présenter cet après-midi à 16h les grandes lignes du budget 2026 avec évidemment
00:10beaucoup de questions et d'inconnus sur la table. D'abord, vous l'avez dit, on ne peut pas redresser
00:15les comptes sur le dos des salariés et pourtant il y a tout de même 40 milliards d'euros d'économies
00:19à faire. On fait comment selon vous ? Eh bien on prend l'argent là où il est chez ceux qui sont
00:24responsables du déficit, à savoir les plus grandes entreprises et les plus riches. Pourquoi est-on
00:29dans cette situation budgétaire ? Parce qu'Emmanuel Macron, depuis qu'il est président de la République,
00:32a baissé chaque année les impôts des plus riches de 73 milliards d'euros. Il suffirait de remettre
00:37la moitié de ces baisses d'impôts en cause pour trouver les 40 milliards. Voyez que l'équation
00:42n'est pas si compliquée. Oui mais avec évidemment plein d'inconnus, d'abord cette idée d'année blanche
00:47qui est mise sur la table à François Bayrou, qu'il a proposé à tous les partenaires sociaux,
00:51notamment les partis politiques, qu'il a reçu, gel des prestations sociales, des retraites,
00:54des embauches dans la fonction publique. C'est une ligne rouge pour vous, pour la CGT, cette année blanche ?
00:58Oui, cette année blanche, c'est en réalité une année noire pour les travailleuses et les
01:02travailleurs, pour les services publics. Ça serait une année où toutes les Françaises
01:07et les Français s'appauvriraient parce que ça veut dire très concrètement que les salaires,
01:12le financement des services publics, les prestations sociales, les retraites ne suivraient pas
01:16le montant de l'inflation. Donc que toutes et tous, nous perdrions en pouvoir d'achat.
01:20Mais ça fait 6 milliards d'économies.
01:22Oui, sauf que ça appauvrit tout le monde. Moi, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi
01:28le gouvernement refuse par principe d'aller chercher l'argent là où il est, à savoir
01:32dans la poche des actionnaires, des rentiers et des plus riches qui n'ont jamais été
01:36aussi riches. Il y a un rapport qui est sorti il y a quelques jours...
01:38Mais nous sommes aussi le pays le plus taxé d'Europe, celui qui prélève le plus déjà.
01:41Oui, il y a un rapport qui est sorti il y a quelques jours qui montre qu'en France,
01:45les inégalités n'ont jamais été aussi importantes. Les riches n'ont jamais été aussi riches
01:49et les pauvres n'ont jamais été aussi pauvres. Il y a de plus en plus de travailleuses
01:53et de travailleurs qui sont pauvres. Aujourd'hui, le 15 juillet, il y a des millions de Françaises
01:59et de Français, de travailleuses et de travailleurs qui ne peuvent même pas payer le départ en
02:03vacances de leurs enfants et on nous parle de leur imposer de nouveaux sacrifices.
02:06On parle aussi de travailler plus. Emmanuel Macron a dit qu'il n'y aura ni dettes supplémentaires,
02:10ni impôts supplémentaires. Il veut donc financer tout ça par, dit-il, plus de production.
02:14Est-ce que vous comprenez cette injonction présidentielle ? Il faudra travailler plus.
02:17Je suis scandalisée. Ça fait un an que la CGT alerte sur les licenciements qui se multiplient
02:23en France et sur les fermetures d'entreprises. Non seulement le gouvernement refuse de lever
02:28le petit doigt pour empêcher ces fermetures d'entreprises et ces licenciements,
02:32mais il nous explique qu'il faudrait travailler plus en faisant comme si on choisirait d'être
02:37au chômage et que les chômeurs et les chômeuses seraient des privilégiés. Il faut arrêter
02:41de se moquer du monde.
02:42Alors, il y a aussi la commission d'enquête, par exemple, sénatoriale, qui s'est penchée
02:45sur les aides aux entreprises. C'est vrai que c'est un montant important. C'est 211 milliards
02:50d'euros chaque année. Il y a eu 6 mois de travail au Sénat. Le Sénat demande donc au moins
02:54davantage de transparence parce qu'on ne sait pas forcément ce que ça peut rapporter aussi.
02:57Est-ce que vous comprenez déjà qu'il faut faire un état des lieux sur ce qu'on donne aux entreprises
03:01et les allègements de charges qui sont premiers ?
03:03Oui, ça fait des dizaines d'années que la CGT demande cela. Ces 211 milliards d'euros
03:08d'aides publiques, c'est l'éléphant dans la pièce. On n'a jamais donné autant d'argent
03:12à nos entreprises. On n'est même pas capable de les évaluer, de les chiffrer. Elles sont
03:16évidemment absolument pas conditionnées et elles bénéficient d'abord aux plus grandes
03:20entreprises qui versent des dividendes à leurs actionnaires. Et en fait, à chaque fois,
03:24dans les 400 plans de licenciement que la CGT a recensés, à chaque fois, ces entreprises
03:28reçoivent des aides publiques. Elles sont subventionnées pour licencier les salariés.
03:32Oui, ça serait le minimum. Il faut une transparence, il faut une évaluation de ces aides publiques,
03:37il faut les conditionner et les concentrer sur les entreprises qui sont exemplaires d'un point de vue
03:43social et environnemental, en nous donnant les moyens à nous, représentants du personnel,
03:47de pouvoir contrôler ces aides publiques.
03:49Sophie Benet, il y a plein de propositions qui sont sur la table, notamment une qui vous concerne
03:52directement. C'est possible le lancement de deux négociations pour les partenaires sociaux qui
03:56pourraient être annoncées par François Bayrou. D'abord l'une sur l'assurance chômage et l'autre un peu
04:00multi-sujet sur le travail et l'emploi. D'abord, est-ce que c'est une proposition qui peut vous
04:05satisfaire de dire ok, on va mettre les partenaires sociaux autour de la table et on va négocier sur
04:08des sujets essentiels, le travail, l'emploi et l'assurance chômage ? Il faut que le gouvernement
04:12arrête d'instrumentaliser les organisations syndicales. On a très mal vécu la séquence du conclave où le
04:18Premier ministre nous a annoncé des discussions sur les retraites pour aussitôt les refermer en disant qu'on ne
04:22parlerait pas des 64 ans. Là, nous demander de négocier sur l'assurance chômage alors qu'un accord a
04:28été signé au mois de décembre dernier, il y a à peine six mois, et que le gouvernement ne l'a même pas
04:32transposé dans la loi, c'est se moquer du monde. Donc vous n'irez pas dans ce genre de négociations si on
04:37vous le propose ? C'est pas la question à ce stade. J'attends de voir les annonces de ce soir et puis nous
04:42en débattrons à la CGT et avec les autres organisations syndicales. Mais si jamais les organisations
04:46syndicales et la CGT n'y vont pas, c'est le gouvernement qui va décider seul. C'est prévu comme ça dans la loi
04:50maintenant depuis plusieurs années. Oui, il assumera ses choix devant les Françaises et les Français.
04:55Les parlementaires n'ont pas été élus pour faire ces coupes et cette austérité. Il y a une majorité
05:01de Françaises et de Français qui sont opposées. Donc si c'est effectivement ce qu'on vous demande,
05:05vous ne voulez pas aller et en quelque sorte cautionner des éventuels coupes ou efforts
05:10supplémentaires qui seront demandés aux salariés ? Il ne faut pas compter sur la CGT pour cautionner cette
05:13politique d'austérité. Nous serons présents partout pour défendre les droits des salariés et empêcher
05:18ces scandaleuses coupes. Je rappelle que depuis qu'Emmanuel Macron est président de la République, il y a eu au moins quatre réformes
05:24de l'assurance chômage. Et dans ce rapport dont je parlais de l'INSEE sur la pauvreté, on voit que la pauvreté, elle explose
05:31chez les femmes, les familles monoparentales, les travailleurs et travailleuses précaires, les privés d'emploi à cause des réformes
05:37d'Emmanuel Macron. Il faut arrêter cet acharnement obsessionnel contre les chômeurs.
05:41Sophie Billet, nous avons 11 jours fériés en France. Il y a l'idée effectivement qui est aussi sur la table de supprimer l'un des jours fériés.
05:47Ça permet de faire des économies. Est-ce que c'est une solution vers laquelle on pourrait aller selon vous ?
05:52Ça veut dire travailler plus pour gagner moins. C'est nous demander de travailler gratuitement.
05:56Moi, la question que je pose, c'est quand est-ce qu'on va parler des dividendes ?
05:59Les dividendes n'ont jamais été aussi élevés en France. On n'a jamais distribué autant aux actionnaires.
06:04Maintenant, dans les grandes entreprises, on donne plus d'argent aux actionnaires que d'argent pour les investissements d'avenir.
06:09C'est peut-être là-dessus qu'il faut travailler, aller prendre les richesses là où elles sont, au lieu de vouloir toujours faire
06:15les poches des salariés. Dans le même temps, vous entendez effectivement que le chef de l'État a annoncé le 13 juillet
06:19dans ce discours devant les armées une rallonge de 6,5 milliards d'euros pour le budget de la défense sur deux ans.
06:23Est-ce que c'est une priorité que vous pouvez entendre dans ce contexte budgétaire
06:27quand on voit effectivement la menace russe, le monde qui n'a jamais été aussi instable qu'en ce moment ?
06:32Le problème, c'est que le chef de l'État nous a dit que ces milliards pour la défense
06:36se feraient au détriment des services publics et des Françaises et des Français.
06:40En gros, on va financer des rafales en fermant des hôpitaux,
06:45ce qui est très grave pour l'avenir de notre pays, pour lequel on ne fait pas les investissements nécessaires.
06:49Les Françaises et les Français n'ont pas besoin de rafales supplémentaires,
06:52ils ont besoin de Canadair. On l'a vu avec les incendies, les méga-feux qu'on a vus la semaine dernière.
06:57Mais la menace est pourtant là, on a aussi besoin de sécurité.
07:00Est-ce qu'il ne faut pas se réarmer malgré tout quand on sait qu'on ne peut plus compter de la même manière sur les États-Unis ?
07:04Il y a une vraie menace sur nos libertés et nos démocraties.
07:09Mais cette menace, elle n'est pas d'abord militaire, elle est démocratique.
07:13Cette menace, c'est Trump, Poutine, Netanyahou, etc., qui soutiennent les mouvements d'extrême droite
07:18pour que l'extrême droite arrive au pouvoir dans un maximum de pays européens.
07:22On ne lutte pas contre l'extrême droite avec des politiques de violence sociale,
07:26avec des politiques d'austérité, en augmentant les dépenses militaires.
07:29On lutte contre l'extrême droite en reconnaissant le travail, en défendant l'emploi, en finançant nos services publics.
07:34Un mot pour finir, vous allez écouter évidemment François Bayrou à 16h tout à l'heure.
07:37Ça nous promet, vous envisagez déjà une rentrée sociale agitée ?
07:41Nous prendrons nos décisions en fonction des annonces du Premier ministre,
07:43mais évidemment, nous ne le laisserons pas faire et nous ne le laisserons pas mener une politique de casse sociale.
07:49Nous l'écouterons vers 16h sur France Info cet après-midi.
07:52Le Premier ministre, on en reparlera évidemment demain dans Télé Matin.
07:54Merci Sophie Vines, traiteur générale de la CGT, d'avoir été l'invité des 4 veilles.
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