00:00Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:02Une pluie d'hommage à Thierry Ardisson depuis ce matin,
00:05depuis que sa famille a fait savoir que l'animateur était mort d'un cancer à l'âge de 76 ans.
00:10Pour parler de l'homme en noir ce soir, celui avec qui il a formé un duo culte
00:14dans Double Jeux Salut les Terriens, mais surtout entre 2000 et 2006,
00:18dans l'émission, tout le monde en parle.
00:20Bonsoir Laurent Baffi.
00:21Bonsoir.
00:22Merci d'être avec nous.
00:23Pertinent, provocateur, irrévérencieux,
00:25beaucoup d'adjectifs dans les très nombreux hommages qui lui sont rendus.
00:30Vous, Laurent Baffi, quels mots employez-vous ce soir ?
00:33Pour le résumer, je dirais que c'est un rockeur.
00:38Il est mort comme un rockeur.
00:39Il a toujours dit qu'il regarderait la mort en face.
00:42Il a été incroyable.
00:46Ça force l'admiration.
00:48Qu'est-ce qui force l'admiration en particulier ?
00:52Son courage, la façon dont il en parlait.
00:55Bon, quand je l'ai vu à l'hôpital, jeudi, il gardait une lueur d'espoir.
01:02On parlait avec Audrey, on parlait peut-être du fait de trouver un traitement qui pourrait le stabiliser.
01:08Mais lui disait déjà, je ne veux pas d'acharnement thérapeutique, jamais, en aucun cas.
01:13Mais il y avait encore une lueur d'espoir, oui.
01:15Donc, il vous a bluffé jusqu'à la fin.
01:17Est-ce que je peux vous demander ce qui vous bluffait dans la vie ?
01:20Thierry Ardisson, c'était quoi pour vous ?
01:23Vous savez, moi, quand j'ai connu Thierry, avant de le connaître, j'étais fan de lui et de ses émissions.
01:28Après, j'ai eu la chance de le rencontrer, de travailler avec lui.
01:33Il m'a permis d'inventer un travail qui n'existait pas.
01:36Je n'ai pas beaucoup d'amis qui ont pu inventer un travail.
01:40Et tout ça, c'est à lui que je le dois.
01:42Voilà, on se connaît depuis 40 ans.
01:44C'est, comment vous dire, ce n'est pas une page qui se tourne.
01:49Pour moi, c'est un mur qui s'écroule et un mur porteur.
01:53La provocation était son terrain de jeu favori.
01:56On le sait, avec son ton, son langage.
01:58Il a vraiment inventé un style à la télévision ?
02:03Oui, comme Coluche a inventé son style dans l'humour.
02:06Il a été aussi radical que Coluche.
02:09Et puis, il était extrêmement rock'n'roll.
02:14Et j'ai eu beaucoup de chance de le rencontrer.
02:16Parce que c'était une télé que j'aimais beaucoup.
02:20Souvenez-vous que, quand il enregistrait une émission,
02:23il donnait une fausse cassette aux dirigeants de France 2.
02:27Ah oui ?
02:29Avec un faux montage, il diffusait ce qu'il voulait derrière.
02:32J'avais oublié.
02:32Qui faisait ça à part lui ?
02:35Vous étiez le fameux sniper de l'émission,
02:37dans Tout le monde en parle, Laurent Baffi.
02:40Et vous le disiez à l'instant.
02:42Moi, je ne connais personne qui a fait le même métier que moi.
02:45Il vous avait demandé d'être comme ça ?
02:47Ou simplement, dès le début, il avait aimé le personnage que vous étiez déjà ?
02:52Oui, ça a été une rencontre.
02:54On s'appréciait mutuellement.
02:57Au début, il ne comprenait pas toutes mes vannes.
02:59Et puis après, il s'est branché sur cette fréquence.
03:02Et moi, j'étais très admiratif de lui.
03:06Et lui, il me faisait l'amitié de me laisser croire que je le faisais rire.
03:11Et puis non, je le faisais rire.
03:13Même dans la vie, il reste au jeu, je le faisais rire.
03:15Et quand on sortait, je m'évertuais à le faire marrer, lui et Audrey.
03:21Parce qu'il était le bon public.
03:23Et puis, j'adorais le voir rire.
03:25Isabelle Morini-Bosque.
03:26Oui, il me disait, j'aimerais avoir le physique et la répartie de ce salaud.
03:30En parlant de vous.
03:33Thierry disait ça de vous, Laurent Bafi.
03:35C'est gentil.
03:36Moi, j'aurais aimé avoir beaucoup de choses qu'il avait.
03:41Et puis voilà, évidemment, maintenant, il est parti.
03:44Donc, tout le monde va l'encenser.
03:46Mais c'est vraiment un type qui a révolutionné la télé.
03:49On dit ça de beaucoup de gens.
03:51Mais lui, je pense que c'est vrai.
03:52Justement, le monde de la télévision le pleure depuis ce matin.
03:55Pourtant, il ne l'a pas épargné.
03:57C'était réciproque.
03:58Qu'aurait-il pensé, Thierry Ardisson, de tous ses hommages ?
04:03Je pense qu'il aurait pensé que c'était légitime.
04:05Parce qu'il ne faut pas oublier qu'il était aussi mégalo, Thierry.
04:08C'est ce qui faisait son charme.
04:10Non, non, c'est tout à fait légitime.
04:13Quand quelqu'un s'en va, on honore sa mémoire et on souligne ce qu'il a fait de bien.
04:18Moi, je trouve ça très très bien.
04:20Il a souvent dit qu'il aimerait mourir en 14 juillet.
04:23Isabelle, vous le confirmez.
04:24Oui, tout à fait.
04:26De là à dire qu'il a scénarisé sa mort, évidemment pas.
04:29Mais c'est vrai qu'il trouvait qu'il y avait une espèce de panache à ça.
04:32Il m'avait dit ça il y a 20 ans.
04:34Je ne sais pas si vous validez, mais...
04:37Non, mais moi, j'étais sidéré par la programmation de son départ, un 14 juillet.
04:44C'est pour un monarchiste, c'est incroyable.
04:47C'est farce.
04:48Je ne pensais pas dire ça un jour.
04:50Il a vraiment réussi sa mort et il y a eu des moments sublimes.
04:55Moi, j'allais le voir presque tous les jours à l'hôpital et je garderais ce souvenir à vide de le voir entouré par Audrey, Ninon, Manon, Gaston.
05:05Lui était déjà plus conscient et il y avait les Beatles qui chantaient la petite biche.
05:12C'était presque christique ce moment.
05:14C'est incroyable.
05:16Ça m'a bouleversé.
05:17Isabelle.
05:17Alors, vous avez eu un gros succès à partir des années 2000, Laurent.
05:20Mais Thierry me disait un jour, Laurent et moi, on a un record.
05:26On a été virés deux fois en moins de quatre mois avec Double Jeux et Ardimat.
05:32On a été virés dans la foulée comme des malpropres.
05:35On avait cette culture du...
05:39Tous les deux, on aimait bien scier la branche sur laquelle on était assis.
05:43Lui aimait bien se faire virer, moi aussi.
05:45On faisait tout pour ça.
05:46Quand je travaillais à la radio, moi, je demandais aux auditeurs d'écrire des lettres à la commandanture pour me faire virer.
05:52Le repin s'en souvient et puis les gens, ils ont fini par me virer.
05:57Oui, mais enfin, vous savez, les gens qui ont les moyens et le talent de Thierry, ils rebondissent ailleurs.
06:02Il avait 2000 idées à la minute et voilà.
06:07Et s'il était encore là, je ne vous dis pas le nombre d'idées qu'il avait en tête.
06:11Est-ce qu'il y a un héritage ardisson, selon vous, Laurent Baffi, aujourd'hui ?
06:15Est-ce que ça provoque, pourrait encore exister ?
06:20Lui survivre ?
06:20Il y a un héritage Thierry.
06:23Peut-être qu'on le verra plus sur Internet que à la télévision.
06:28En ce moment, c'est plus compliqué, oui.
06:31Mais évidemment, il y a un héritage.
06:33Alors après, il n'y aura pas un nouveau Thierry comme il n'y a pas de nouveau Coluche ou de nouveau Belmondo.
06:38Je pense que les gens n'existent qu'une fois.
06:40Il y a des gens qui sont dans la lignée.
06:42Il y a des suiveurs, des gens qui sont influencés par d'autres.
06:45Moi, j'étais jeune, influencé par Audiard.
06:49Je n'ai jamais prétendu arriver à la cheville de Michel Audiard.
06:53Mais Thierry va laisser une trace incroyable, oui.
06:56Je peux vous demander un moment particulier où il a été là pour vous et dont vous vous souviendrez toujours ?
07:02Il y en a tellement, j'ai du mal à extraire, à extraire des moments.
07:07Un moment qui me fait rire.
07:09Je fête mes 60 ans, je l'invite avec Audrey, il se trompe, il vient chez moi, j'habite à Perpète.
07:14Il gueule comme un putoir parce que je n'avais pas dit le restaurant à Paris où je faisais ça pour que tout le monde,
07:21pour que ce soit plus pratique pour tout le monde.
07:22C'est un moment...
07:26On s'est beaucoup, beaucoup, beaucoup marré.
07:28Beaucoup.
07:30En tout cas, merci beaucoup d'avoir accepté d'être notre invité ce soir sur RTL,
07:35de nous avoir accordé ce moment pour parler de Thierry Ardisson.
07:39Mort ce matin à l'âge de 76 ans.
07:40Merci infiniment Laurent Baffi.
07:42Merci.
07:43Dans un instant, le rappel des titres sur RTL et évidemment le club Jalabert avec Hortense Crépin.
07:49A tout de suite.
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