00:0011h30 sur BFM TV, merci de nous rejoindre dans le live week-end.
00:04C'est une histoire tout à fait surprenante dont nous allons vous parler à présent.
00:07C'est une information BFM TV que vous nous réveilliez hier, Boris Karlamoff,
00:11avec notamment vos équipes Maxime Clier-Ruza et Lucie Norlog,
00:15un détenu qui s'est échappé vendredi de la maison d'arrêt de Corbat, on est près de Lyon.
00:19L'administration pénitentiaire s'en est aperçue hier.
00:22Ce qui surprend, c'est la façon dont il s'est échappé, Boris.
00:25On a l'impression d'être dans un film ?
00:27Oui absolument, il est âgé de 20 ans, ce détenu, et il était incarcéré dans la prison de Lyon-Corbat.
00:33Il a quitté cette prison d'une manière assez inédite vendredi matin,
00:37puisque selon le parquet de Lyon à BFM TV, il aurait profité de la remise en liberté,
00:41en fin de peine de son co-cellulaire, pour se cacher dans l'un des sacs de ce dernier.
00:47En l'espèce, il s'agit d'un sac à linge.
00:49L'évasion a été constatée que le lendemain, peu après 13h,
00:52donc il y a un délai de plus de 24h entre la commission des faits
00:55et le fait que les services de gendarmerie de l'administration pénitentiaire soient avisés de son évasion.
01:01Cet homme, il exécutait plusieurs peines d'emprisonnement
01:03et faisait par ailleurs l'objet d'un mandat de dépôt dans le cadre d'une information judiciaire
01:07liée à la criminalité organisée.
01:10Il y a une inspection qui a été diligentée par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin,
01:15une enquête interne du côté de l'administration pénitentiaire
01:17pour identifier les failles dans cette évasion,
01:21et puis surtout l'enquête judiciaire, cette fois-ci diligentée par le parquet de Lyon,
01:25une enquête confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée du Rhône.
01:29Cet homme est toujours activement recherché au moment où l'on se parle.
01:32Alors vous restez avec moi Boris, puisqu'on accueille un invité exceptionnel sur BFM TV.
01:35Sa parole est rare, Sébastien Coel.
01:37Merci d'être là.
01:38Vous êtes le directeur de l'administration résidentielle, le patron des prisons.
01:43J'aimerais que vous reveniez tout d'abord sur les faits tels que vous les connaissez.
01:45Qui est ce suspect tout d'abord ?
01:47C'est effectivement un détenu de nationalité française de 20 ans,
01:52qui a déjà un parcours pénal assez ancien,
01:54puisqu'il était déjà incarcéré en tant que mineur il y a quelques années,
01:59qui est incarcéré pour différentes condamnations dans des faits mineurs,
02:04en tout cas des condamnations de quelques mois d'emprisonnement
02:06pour des faits liés à des trafics ou des vols assez classiques,
02:11mais sans ampleur importante.
02:13Il est aussi en instruction, dans une instruction criminelle,
02:17pour une association de malfaiteurs et un meurtre en bande organisée.
02:21C'est un détenu qui, aujourd'hui, n'est pas suivi par le renseignement pénitentiaire,
02:26qui n'est pas identifié ni comme un haut de spectre,
02:29ni même comme un lieutenant d'une organisation criminelle.
02:32Ce n'est pas non plus un détenu qui est classé parmi les particulièrement signalés.
02:37Ce qui surprend, c'est la façon dont il s'est évadé.
02:40Quel est le genre de sac qu'il a utilisé ?
02:42Racontez-nous ce qu'il s'est passé, comment cela se serait passé ?
02:45Effectivement, il a profité de la libération de l'un de ses co-cellulaires.
02:49Ils étaient trois en cellule.
02:51L'un de ses co-cellulaires était libérable vendredi matin.
02:56Et il a profité de la complicité de son co-cellulaire
02:59pour se cacher dans un gros sac de linge
03:01et profiter de la levée d'écrou de ce détenu
03:05pour pouvoir s'extraire et s'évader de cet établissement.
03:08C'est évidemment un phénomène qui est extrêmement rare,
03:11que nous n'avons jamais connu dans cette administration
03:14et qui révèle manifestement toute une série de dysfonctionnements,
03:18des dysfonctionnements graves, des dysfonctionnements inadmissibles.
03:22C'est la raison pour laquelle j'ai immédiatement demandé
03:25une enquête interne à l'établissement.
03:27Et c'est aussi la raison pour laquelle le garde des Sceaux
03:29a immédiatement diligenté une inspection de l'inspection générale de la justice.
03:33Comment expliquer qu'il se soit échappé le vendredi
03:36et ça a mis 24 heures pour que la prison s'en aperçoive ?
03:40C'est-à-dire que certains disent mettre le doigt
03:42sur la surpopulation carcérale, notamment.
03:46Il y a eu à ce sujet d'ailleurs des rapports
03:48qui ont été faits sur cette prison en particulier.
03:51C'est évident que nous connaissons une période
03:52de suroccupation de nos établissements pénitentiaires.
03:55Aujourd'hui, nous avons 85 000 détenus
03:57pour un peu moins de 63 000 places.
04:00Cet établissement connaît un taux d'occupation
04:02qui est d'environ 170 %.
04:06Et donc, ça rend les conditions de travail
04:08de nos agents plus compliquées.
04:10C'est une évidence.
04:11Mais ce qui est révélé par ces faits,
04:14par cet incident,
04:15est plutôt une accumulation d'erreurs,
04:18d'erreurs matérielles, éventuellement de fautes
04:20que l'enquête verra,
04:22mettra éventuellement lumière
04:23à ce qu'elles nous tireront l'ensemble des conséquences.
04:25En l'espèce, il me semble que les défaillances
04:27sont plus des défaillances humaines
04:29que des défaillances purement liées
04:30à la surpopulation carcérale
04:32qui, effectivement, touche un certain nombre
04:33d'établissements, dont celui-ci,
04:34et qui rend le travail de nos agents plus compliqué.
04:36Mais en l'espèce, nous aurions dû,
04:38l'établissement aurait dû,
04:39éviter cette évasion.
04:42Et sans l'apercevoir aussi plus tôt, peut-être aussi.
04:43– Certainement.
04:44– Oui, Boris.
04:44– Vous disiez qu'il y avait donc trois détenus
04:46dans cette cellule.
04:47Il en manquait deux.
04:49Le premier était en fin de peine,
04:51donc il a pu sortir librement de cette prison.
04:52Et puis il y avait le deuxième qui s'est évadé.
04:55Aucun surveillant, l'après-midi, le vendredi d'après-midi,
04:57le soir, n'a constaté l'absence de ce détenu
05:00qui s'est évadé vendredi matin ?
05:01– Encore une fois, l'enquête montrera ce qu'il s'est passé.
05:04Et ce qui est certain, c'est que,
05:06compte tenu des taux d'occupation,
05:07à chaque fois qu'un détenu est libéré,
05:09et sa place est immédiatement remplacée
05:10par un autre détenu.
05:12Donc très rapidement, la place du détenu libéral
05:14a été remplacée par un autre détenu
05:15qui a été affecté dans cette cellule-là,
05:17ce qui peut éventuellement avoir entraîné
05:20chez les surveillants qui travaillent
05:22sur cette coursive-là pendant cette journée-là
05:24une forme d'incompréhension
05:25ou peut-être d'absence de vigilance suffisante.
05:28Mais je le redis, il y a eu des absences
05:30de vigilance nécessaires, suffisantes.
05:33Et j'ai d'ailleurs immédiatement repassé des consignes
05:35à l'ensemble des établissements pénitentiaires français
05:37pour les appeler à la plus grande rigueur
05:39dans les procédures de levée des croûts,
05:41mais également dans les contrôles d'effectifs
05:42à plusieurs reprises dans la journée.
05:44La piste d'éventuelle complicité
05:45au sein même de la maison d'Arier,
05:47elle est étudiée aujourd'hui de près
05:48ou c'est une piste qui est d'ores et déjà écartée ?
05:50Complicité entre la surveillante et le dit détenu ?
05:54Aujourd'hui, il n'y a aucun élément
05:56qui permet de mettre en lumière
05:58ce type de phénomène.
06:01Donc il y a une enquête judiciaire qui est en cours,
06:02qui est menée par le parquet,
06:03qui regardera les choses.
06:05Mais aujourd'hui, je n'ai aucun élément
06:06qui me permet de dire qu'il y a une complicité interne.
06:08Nous étions il y a quelques minutes
06:09avec Jean-François Fouglière-Hinault,
06:11que vous devez connaître,
06:11secrétaire général du syndicat national
06:13et directeur pénitentiaire.
06:14Il avait deux questions à vous poser.
06:16On l'écoute, je vous reprends juste après.
06:18La première, c'est par rapport à cet effort RH
06:22au niveau des surveillants pénitentiaires.
06:24Il y a bientôt deux ans,
06:25nous avons travaillé avec l'administration centrale
06:27sur un projet de recrutement
06:29de surveillants contractuels
06:31pour venir en renfort
06:32et pour former des jeunes personnes
06:35à nos métiers
06:36et ensuite leur faire passer les concours
06:38et avoir des gens qui savent là où ils vont travailler.
06:41Parce qu'on a aussi beaucoup de démissions.
06:43Donc où en est ce projet ?
06:45La deuxième question,
06:46c'est par rapport à nous,
06:47en tant que directeurs pénitentiaires,
06:49que ce soit directeurs de prison
06:50ou directeurs de SPIP,
06:51quels sont en fait les projets
06:53pour nous apporter des soutiens
06:55sur cette situation très tendue
06:57qui dure depuis déjà plusieurs mois.
07:01Alors je vous laisse lui répondre.
07:02Lui, il disait aussi,
07:03il avait le sentiment,
07:03parce qu'on le faisait réagir à ce drame,
07:05qu'on mettait tout sur les prisons
07:06à haute sécurité,
07:07à savoir, bon,
07:08il y aura 250 personnes à l'habilité
07:10pour une centaine de détenus seulement,
07:12alors que c'est bien plus,
07:14et qu'au détriment de la sécurité
07:16et des moyens dans les autres prisons.
07:18Non, ce n'est pas exact.
07:21La réalité, c'est qu'aujourd'hui,
07:22nous nous battons,
07:23le garde des Sceaux se bat actuellement
07:25dans la construction du budget 2026
07:27pour obtenir les moyens suffisants
07:30et les effectifs suffisants
07:31avec une vraie ambition
07:32de rattraper des difficultés RH
07:35que nous connaissons depuis maintenant
07:36plusieurs années,
07:37si ce n'est plusieurs dizaines d'années.
07:38Donc il y a une vraie volonté
07:39du garde des Sceaux
07:41de pouvoir,
07:41dans la construction budgétaire,
07:43doter les établissements pénitentiaires,
07:45les personnels pénitentiaires
07:46de moyens humains
07:47et des moyens matériels
07:48tout à fait suffisants.
07:50Alors une question qui a été posée
07:52est de savoir pourquoi
07:53nous ne recrutons pas
07:54à des personnels de surveillance contractuelle.
07:57Cette possibilité-là
07:58est une possibilité nouvelle,
07:59mais qui ne doit se mettre en place
08:01que dans l'hypothèse
08:02où nous n'aurions pas réussi
08:03à recruter les personnels,
08:05des personnels titulaires
08:06par voie de concours.
08:07Or, aujourd'hui,
08:08l'ensemble des personnels
08:09qui me sont dotés,
08:11dont l'administration pénitentiaire
08:11est dotée par la loi de finances,
08:14sont recrutés.
08:14Donc je n'ai pas de postes vacants
08:16qui me permettent de recruter
08:17un personnel contractuel.
08:18Donc aujourd'hui,
08:19les concours sont complets,
08:21le métier est devenu attractif
08:22grâce à une évolution statutaire
08:24importante d'il y a maintenant
08:25une année,
08:26une année et demie,
08:27et donc je n'ai pas la possibilité
08:29aujourd'hui de recruter
08:29des personnels contractuels.
08:31Sur ce qui est fait
08:32pour les personnels de direction,
08:33encore une fois,
08:34les personnels de direction
08:35font comme l'ensemble
08:36des personnels pénitentiaires
08:36un travail admirable.
08:38Je tiens vraiment à le dire,
08:40les personnels pénitentiaires
08:41de surveillance,
08:42personnels de direction,
08:42d'insertion et de probation
08:43font un travail excessivement exigeant,
08:46excessivement difficile
08:46dans des contextes parfois très compliqués
08:48et je crois qu'ils sont régulièrement
08:50les derniers remparts de la République
08:53et il faut leur en savoir gré.
08:55Pour les personnels de direction
08:56qui dirigent effectivement
08:57des structures extrêmement complexes
08:59dans des conditions
09:00qui sont parfois très compliquées,
09:01évidemment nous les accompagnons énormément.
09:03Il y a eu des évolutions statutaires
09:05importantes ces dernières années.
09:07Nous les mettons,
09:08nous donnons aussi un maximum d'outils
09:10pour pouvoir travailler
09:11dans des meilleures conditions
09:13et nous essayons de les accompagner
09:14quotidiennement pour faire en sorte
09:16qu'ils soient en capacité
09:17d'assumer leurs responsabilités.
09:18et nous essayons de les accompagner
09:20de la République.
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